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TERRE ET CIEL. - PÈRES DE L'ÉTGLISE

pas un seul pas en cosmographie. On enseigne encore qu'il n'y a pas de limites à l'Océan.

— C'est ce que l'on voit avec évidence dans les auteurs ecclésiastiques de cette époque, remarqua le professeur. Ainsi Lactance soutient qu'il ne peut y avoir d'habitants au delà du tropique. Ce père de l'Église traite de monstrueuse l'opinion qui prétendrait que le Monde et la Terre soient ronds, que le Ciel tourne autour, que toutes les parties de la Terre soient habitées : « Y a-t-il quelqu'un d'assez extravagant, dit-il, pour se persuader qu'il y ait des hommes qui aient les pieds en haut et la tète en bas ; que tout ce qui est couché dans ce pays-ci soit suspendu là-bas; que les herbes et les arbres y croissent en descendant, et que la pluie et la grêle y tombent en montant? Faut-il s'étonner que l'on ait mis les jardins suspendus de Babylone au nombre des merveilles de la nature, puisque les astronomes suspendent aussi des .champs, des mers, des villes et des montagnes?...

« J'avoue que je ne sais que dire de ces personnes qui demeurent opiniâtres dans leuris erreurs, et qui soutiennent leurs extravagances^ si ce n*est que quand elles se disputent, elles n'ont point d'autre dessein que de se divertir ou de faire paraître leur esprit; il me serait aisé de prouver, par des arguments invincibles, qu'il est impossible que lé Ciel soit au-dessous de la Terre. » [Institutions divines^ li v. III, chap. 24. )

Saint Augustin dit , lui aussi , dans la Cité de Dieu, liv. XYI, chap. 9 :

« Il n*est aucune raison de croire à cette fabuleuse hypothèse des antipodes, c est-à-dire d'hommes qui foulent l'autre côté de la Terre où le Soleil se lève quand il se couche pour nous, opposant leurs pieds aux nôtres. Cette opinion ne se fonde sur aucune notion historique.... Mais fût-il démontré par quelque raison que le Monde et la Terre ont la forme sphérique, il serait trop absurde de prétendre qu'après avoir franchi Timmensité de l'océan, quelques hommes aient pu, hardis navigateurs, passer de cette partie du monde en l'autre pour y implanter un rameau détaché de la famille du premier homme. »

Ainsi parlaient saint Basile, saint Ambroise, saint Justin martyr,

saint Jean Chrysostome, saint Césaire, Procope de Gaza, Severianus, Diodore, évéque de Tarse, etc. , et la plupart des plus grands penseurs de cette époque.

— A cette revue rétrospective, dit le pasteur, j'ajouterai qu'Eusèbe de Césarée s'enhardit une fois dans son Commentaire sur les psaumes {ColkcUo nova patrum, etc., I, p. 460), à dire que, < suivant l'avis de quelques-uns, > la Terre est ronde ; mais il recule, dans un autre ouvrage, devant cette témérité. Du reste, même au quinzième siècle, les moines de Salamanque et d'Alcala opposèrent aux théories de Christophe Colomb les mêmes considérations contre les antipodes.

Au milieu du sixième siècle, Grégoire de Tours adoptait aussi l'opinion que les zones intertropicales étaient inhabitables; et, comme les autres historiens, il enseigne que le Nil vient de la Terre inconnue de l'Est, descend par le Sud, traverse un océan qui séparait dans ces cartes l'Antichthone de l'Afrique, et devient seulement visible.

Nous pouvons'juger aussi des connaissances cosmographiques et géographiques de saint Avite, poëte latin du sixième siècle et neveu de l'empereur Flavius Avitus , d'après ce qu'il dit dans son poème sur la création , où il décrit le paradis terrestre. « Par delà l'Inde, dit-il, là où commence le monde^ où se joignent, dit-on, les confins de la Terre et du Ciel, est un asile élevé, inaccessible aux mortels et fermé par des barrières éternelles, depuis que l'auteur du premier péché fut chassé.... »

— Mais, messieurs, interrompit l'astronome, vous ne connaissez pas le chef-d'œuvre de la cosmographie de cette époque ! le fameux système de la Terre carrée.,..

— De la Terre carrée? s'écria le professeur avec surprise.

— Oui, de la Terre carrée, continua l'astronome, avec de solides murailles pour soutenir le Ciell Voici, madame la marquise, l'antique et solennel traité de Cosmas.

CosMAS, surnommé Indicopkustès, après son voyage dans l'Inde et en Ethiopie, fut d'abord négociant et ensuite moine. Il mourut en 550. Son manuscrit a pour titre : Xpia-riavcx^ TOTroypa^îa, Topographie diretienne^ et fut écrit en 535.

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