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ASTRONOMIE ET PHILOSOPHIE DKS GAULOIS

lies de Jersey et de Gueraesey, jadis réunies à la terrede Gaule, veillent encore les vestiges du même culte, et jusqu'au fond de la Bretagne l'esprit studieux découvre les restes sacrés de la science de nos pères. Apprenons donc à lire l'Histoire du Ciel dans les annades de pierre et d'airain de notre antique famille, et cherchons à reconnaître, parmi les rares débris de ce passé glorieux, la grande et immortelle idée qui faisait palpiter le cœur de nos aïeux, et les éleva à ce degré d'héroïsme que leurs conquérants eux-mêmes envièrent sans pouvoir y atteindre !

Il est incontestable, dirai-je avec mon ami regretté Jean Reynaud, il est incontestable que, jusqu'ici, nous ne nous sommes pas fait

sufGt&eaatatent -honneur de nos pères. H tremble qu'éblouis par les prestiges de Tantiquité hébraïque, et de l'histoire classique grecque et romaine, nous nous soyons empressés, par une sorte de honte, de faire bon marché de la nôtre et de la glisser sous le voile. On croirait, à lire nos propres historiens, que nos druides n'étaient que des espèces de sauvages, ensevelis, à la façon des bétes fauves, dans les tanières de leurs bois. Sanguinaires, bruts, superstitieux, on ne voit d'eux que leurs sacrifices humains, leur culte du chêne, leurs pierres levées; sans rechercher si ces traits, dont se scandalise notre goût, ne sont pas simplement le legs d'une ère primitive, dont, à côté des religions délabrées du vieux paganisme, le drui • disme était demeuré le continuateur fidèle. Cependant nos druides méritent dans l'ordre de la pensée un rang éminent.

Pour les Gaulois, comme pour tous les peuples primitifs, Tastronomie et la religion étaient étroitement enchaînées. Pour eux, plus que pour aucun peuple, l'âme était éternelle, et les astres étaient des mondes successivement habités par les migrations spirituelles. Pour nos aïeux, la vie humaine réside dans les astres au même titre que sur notre planète, et c'est cette image de la vie future qui constitue leur force et leur grandeur. Ils repoussaient toute idée de l'anéantissement de la vie, et préféraient voir sous les phénomènes du trépas, un voyage pour une région déjà peuplée d'amis.

C'est la doctrine que nous partageons aujourd'hui, depuis que nous avons su rejeter la prétendue fin du monde qui devait clore

les temps dans le règne éternel de Timmobilité. Nous sentons en nous-mêmes une force secrète, nous avertissant que, non-seulement rien ne peut anéantir le principe de notre existence, mais que rien ne peut imposer l'inactivité à cette force, ni arrêter notre âme dans sa poursuite incessante de la perfection. L'univers matériel, lien physique de nos destinées spirituelles, loin d'être condamné à s'évanouir un jour, est fait pour nous offrir i jamais des mondes proportionnés à nos variations ; de sorte qu'en définitive, reconnaissant que toute créature vit toujours d'une vie véritable, et que tout le mystère de la mort se réduit à un déplacement, nous revenons de nous-mêmes aujourd'hui à l'ancienne cosmogonie de nos pères.

Sous quelle forme la science druidique se représentait- elle l'univers?—Leur contemplation scientifique du Ciel est en même temps une contemplation religieuse. Il nous est donc impossible de séparer dans notre histoire leur ciel astronomique de leur ciel théologique. Et au surplus, n'est-ce pas encore faire « l'Histoire du Ciel » que de saisir en passant les idées de l'humanité sur ce ciel théologique, plus ondoyant et moins solide, sans doute, que le premier, mais qui ne peut être réel qu'à condition d'être fondé sur la vérité de la nature ?

Pour la théologie astronomique — ou pour l'astronomie théolo gique — des druides, la totalité des vivants se divisait en trois cercles. Le premier de ces cercles, cercle de Timmensité, ceuganty correspondant aux attributs incommunicables, infinis, n'appartient qu'à Dieu : c'était proprement l'absolu, et nul, sauf l'être ineffable, n'y avait droit. Le second cercle, cercle de la béatitude, gwyn-fydy réunissait les êtres parvenus aux degrés supérieurs de l'existence: c'était le ciel. Le troisième, cercle des voyages, abred^ comprenait tout le noviciat : c'est là, au fond des abîmes, dans les grands océans, comme dit Taliesin, que commençait le premier soupir de l'homme. Le but proposé à sa persévérance et à son courage était d'atteindre à ce que les Triades bardiques appellent le point de liberté, vraisemblablement le point où, s'étant convenablement fortifié contre les assauts des passions inférieures, il n'était plus exposé à être troublé, malgré lui, dans ses aspirations célestes, et, arrivé à ce

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point si digne de l'ambition de toute âme jalouse de se posséder elle-même, il quittait enfin le cercle d'Abred pour celui de Gwynfyd : rheure de la récompense était enfin venue.

Démétrius, cité par Plutarque, raconte que les druides croyaient ces âmes d'élite tellement liées à notre cercle, qu'elles ne pouvaient en sortir sans en rompre l'équilibre. Cet écrivain rapporte qiie, se trouvant â la suite de l'empereur Claude, dans une des îles de la Grande-Bretagne, il y éclata tout â coup un ouragan terrible, et que les prêtres, seuls habitants de ces iles sacrées, expliquèrent aussitôt le phénomène, en assurant qu'un vide venait de se produire sur la Terre, par le départ de quelque âme considérable : « Les grands hommes, tant qu'ils vivent, disait-il, sont comme des flambeaux dont la lumière est toute bienfaisante et ne cause jamais de mal à personne ; mais quand ils viennent à s'éteindre, leur mort excite d'ordinaire, ainsi que vous le voyez, des vents, des orages et des troubles dans l'air. »

— Voilà une singulière météorologie! fit le capitaine de frégate.

— Cette superstition n'était pas dépourvue d'une certaine majesté, répondit l'historien, et nous rappelle la légende suivant laquelle le monde serait entré dans les ténèbres au dernier soupir du Christ. C'est une image populaire de ce que pèsent les grandes âmes dans la balance de l'univers.

Le système palingénésique des Gaulois est complet en lui-même, et prend l'être à son origine, pour le conduire jusqu'au dernier cercle céleste. Au moment de sa création, comme le fait remarquer Henri Martin dans son commentaire, l'être n'a pas conscience de ces dons' qu'il porte en lui à l'état latent. Il est créé au moindre degré de toute vie, dans Annwfn (annoufen)^ l'abîme ténébreux, le fond d'Abred. Là, enveloppé dans la Nature, soumis à la nécessité, il monte obscurément les degrés successifs de la matière inorganique, puis organisée. Sa conscience s'éveille enfin. Il est homme I < Trois choses sont primitivement contemporaines : l'homme, la liberté et la lumière. » Avant l'homme, il n'y avait dans la création que la fatalité des lois physiques : avec l'homme commence te grand combat de la liberté contre la nécessité, du bien contre le mal. Le bien et le mal

s'offrent à rhomme en équilibre : < et l'homme peut, à sa volonté, s*attacher à Tune on à l'autre alternative. >

Il peut paraître, au premier abord, que ce soit porter les choses à l'excès que d'attribuer aux druides la connaissance, non pas sans doute du vrai système du monde, mais de l'idée générale qui y conduit. Cependant, considérée de plus près, cette opinion ne laisse pas de prendre une certaine consistance. Si c'est aux druides que Pythagore avait emprunté le fond de sa théologie, comment ne serait-ce point à eux qu'il aurait emprunté aussi celui de son astronomie ? Pourquoi, s'il n'y a pas de difficulté à ce que le principe de la subordination de la terre ait pu sortir des méditations d'un esprit isolé, en trouverait- on à ce qu'il eût pris jour au sein d'une corporation de théologiens imbus des mêmes croyances que le philoso* phe sur la circulation de la vie, et appliqués, avec une assiduité séculaire, à l'étude des phénomènes célestes ? La Gaule, n'ayant pu, comme la Grèce, se bercer des erreurs mythologiques, était entraînée par là même à imaginer dans l'espace d'autres mondes du même genre que le nôtre.

Indépendamment de sa valeur intrinsèque, cet aperçu est appuyé de plus par le témoignage des historiens. Un détail singulier consigné par Hécatée, à propos des usages religieux de la Grande-Bretagne, s'y adapte d'une manière frappante. Cet historien rapporté que la Lune, vue de cette île, paraît beaucoup plus grande que de partout ailleurs, et que l'on va même jusqu'à distinguer à sa surface, des montagnes comme sur la terre. Comment les druides avaient-ils réussi à faire une observation de ce genre? Peu importe qu'ils aient réellement vu les montagnes lunaires, ou qu'ils les aient seulement imaginées, tout ce qui compte ici, c'est qu'ils se soient persuadés que cet astre portait, comme k'Terre, des montagnes et une surface de quelque ressemblance avec la nôtre. Plutarque, dans son traité De Fade in orbe Lunxy nous dit que d'après les Gaulois et conformément à une idée qui s'est longtemps maintenue dans la scieiice, la surface de la Lune serait parsemée de plusieurs Méditerranées, que le philosophe grec compare à la Caspienne et à la mer Rouge. On y avait également cru voir d'immenses abîmes, dont deux principaux que l'on supposait en communication avec l'hé-

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