MONNAIES ASTRONOMIQUES DE LA GAULE
de la Gaule nous ont bien réellement transmis sur leurs monnaies leurs croyances côsmogoniques.
— Est-ce que Tinterprétation de ces signes monétaires, dit Tastronome , n'est pas due à notre ancien ami , ce laborieux Duchaxais • • • •
—Mais surtout, répondit l'historien, à notre savant conservateur du musée du Guéret, M. Fillioux, qui a consacré de longues recherches à une discussion systématique des monnaies gauloises* Ses études l'ont amené à constater que les propensions astronomiques de nos pères se sont reflétées jusque sur leurs disques monnayés. «Après avoir fixé, me disait-il cet été, le caractère symbolique propre à chaque signe monétaire, je recherchai ses divers emplois et ses combinaisons variées, tant avec d'autres emblèmes qu'avec le type principal de la médaille sur laquelle il figurait ; en procédant ainsi, je ne tardai pas à reconnaître que, dans la plupart des cas, ces concor « dances de signes et d'emblèmes constituaient de véritables aspects célestes; et, dès lors, il me fut possible de poser les premières bases d'une sorte de langage hiératique, se rapportant à la divinisation des phénomènes du ciel et des forces de la nature. >
Il est permis, dès à présent, de reconnaître que cette branche de la science, si négligée, peut nous fournir un grand nombre de données positives qui nous manquaient sur la religion, les sciences, les mœurs, la langue, les relations commerciales, enfin surtout ce qui constituait la vieille civilisation celtique. Elle était loin d'être aussi barbare qu'on s'est plu à le supposer, et nous en serons plus fiers quand nous l'aurons mieux connue, quand la science moderne aura restitué les chaînons qui la rattachent, d'une part, aux époques Içs plus reculées, de l'autre, aux origines du moyen âge.
Après avoir cherché longtemps une formule claire et concise pour déterminer exactement le caractère symbolique et religieux du monnayage gaulois, notre ingénieux numismate s'est arrêté à la suivante :
Les monnaies de la Gaule odt pour champ ordinaire le ciel ;
Au droit elles représentent presque constamment des têtes idéales de dieux ou de déesses, ou, à leur défaut, des symboles qui leur sont consacrés ;
Au revers, pour le plus grand nombre des cas, elle» reproduisent, soit par des types directs, soit par des emblèmes combinés avec l'art, les principaux corps célestes, les divers aspects des constellations et probablement les lois qui, selon la science antique, présidaient à leur cours; dans une proportion plus restreinte, elles rappellent les mythes religieux qui formaient la base des croyances n<itionales de la Gaule. Nous l'avons vn plus haut: pour le Gaulois, la vie présente n'était qu'un état transitoire de l'àmè, qu'un prodrome à la, vie future qui devait se développer dans le ciel et les mondes astronomiques dont il est peuplé.
Empreintes d'un spiritualisme élevé, incessamment tendues vers les mondes célestes, ces idées convenaient singulièrement à une nation à la fois guerrière et marchande, ayant le goût des voyages et des expéditions aventureuses, à cette Gaule riche et toujours remuante qui avait porté au loin ses armes et son nom. Ces circonstances expliquent la raison d'être de ces types bizarres, à la fois entés sur ceux des autres peuples et empreints de ce symbolisme religieux qui était l'âme du druidisme. C'est bien, en effet, à cette caste sacerdotale qu'il faut reporter l'honneur de cette conception aussi ingénieuse qu'originale, consistant à transformer les revers des médailles gauloises en une véritable carte céleste ; pouvait-elle imaginer rien de plus capable d'inspirer le respect et la confiance aux populations que ces types monétaires, mystérieux et savants^ représentant les phénomènes des cieux !
Ne faisant pas usage de l'écriture pour l'enseignement de leurs dogmes qu'ils voulaient maintenir dans les mystères de l'initiation, les druides imaginèrent de placer sur leurs monnaies ce symbolisme céleste dont eux seuls avaient la clef.
Déjà plusieurs historiens avient conclu de l'observation de ce fait primordial, que lesdiverses religions qui se succédèrent dans lemonde antique dérivaient toutes d'une même source, l'adoration des grands phénomènes de la nature. Ce culte était celui des nations de Tlndo- Perse ; et la science actuelle, grâce aux merveilleux progrès de la philologie, n'a plus à se demander maintenant quels sont ces peuples, qui nous ont tout appris, comme le disait d'Alcmbert, excepté leur nom et leur existence