L'ASTRONOMIE, ORIGINE DES RELIGIONS
même doit être plus ancien. Leur année était de 365 jours. Diemschid régla qu'on n'y aurait point égard au quart de jour pendant 1 20 ans, au bout desquels on intercalerait un mois, d'abord à la fin du premier mois, qui de cette manière était doublé. Au bout de 120 autres années, c'était à la fin du second mois, et ainsi de suite ; de sorte que le mois intercalaire tombait, après 1440 ans révolus, à la fin du douzième mois. Ces 1440 ans s'appelaient la période de Tinterca-» lation.
On commença à compter par des années solaires à Babylone l'an 2473 avant notre ère. Cette date est celle du règne d'Evechous pre* mier, roi de Babylone, qui porta le nom de Ghaldéen.
— En somme, s*écria le député, il résulte de tout ce que nous venons de dire que, si l'on est assuré de la haute et vénérable anti« quité de l'Astronomie, on ne peut assigner à aucun peuple ni à aucun siècle des droits exclusifi^ à la fondation de cette science.
— Nous avons salué^hier les Gaulois anciens et les Chinois, repli* qua la marquise. Aujourd'hui nous avons reconnu les Aryas de 1 5 000 ans de date, et les Égyptiens étudiant l'astronomie 2000 ans avant les Grecs. Sans doute aurons-nous tout à l'heure d'autres peuples sous la main. J'aime assez cette richesse et cet embarras. Un peu de mystère en toutes choses ne nuit point.
— D'autant plus, observa le professeur de philosophie, que ces origines n'intéressent pas seulement l'histoire de 1 Astronomie^ mais encore celle des religions.
— Gomment cela ? fit le pasteur.
— Mais , répondit le professeur, nous avons déjà vu le nom dé Dieu lui-même en sortir, avec celui d'Uranus, celui de Jupiter, celui du Ciel, celui de la Terre. La dualité du Ciel et de la Terre forme surtout, selon moi, la charpente principale des religions. Deux aspects ont^ en efiet, frappé les hommes dans la contemplation du monde : ce qui semble y demeurer toujours^ et ce qui ne fait que passer : les causes et les efiets. Le Ciel et la Terre présentent l'imagé de ce contraste frappant de l'Être éternel et de l'être passager. Dans le Ciel, rien ne semble naître, croître, décroître et mourir lorsqu'on s'élève au-dessus de la sphère de la Lune. Elle seule parait offrir des traces d'altération de formes dans ses phases, tan-
dis que d'un autre côté elle présente une image de perpétuité dans sa propre substance, dans son mouvement et dans la succession invariable de ces mêmes phases. Elle est comme le terme le plus élevé de la sphère des êtres sujets à altération. Au-dessus d'elle, tout marche dans un ordre constant et régulier, et conserve des formes éternelles.
A la surface de la Terre, on voit la matière subir mille formes diverses, suivant les variations incessantes, de la vie et des meta- ' morphoses.
Cette distinction dut donner lieu à des comparaisons avec les générations d'ici-bas, où deux causes concourent à la formation des êtres vivants : Tune activement, l'autre passivement; l'une comme père et l'autre comme mère. La Terre fut regardée comme le réceptacle des germes et la nourrice des êtres produits dans son sein; le Ciel, comme le principe de la semence et de la. fécondité. Le Ciel, dit Plutarque, parut aux hommes faire la fonction de père, et la Terre celle de mère, c Le Ciel était le père, 'parce qu'il versait la semence dans le sein de la Terre par le moyen de ses pluies; celle-ci, en les recevant, devenait féconde et paraissait être la mère. » L'amour, suivant Hésiode, présida au débrouillement du chaos. C'est là ce chaste mariage de la nature avec elle-même, que Virgile a chanté dans ses beaux vers du second livre des Gèorgiques. « La Terre, dit ce poëte, s'entr'ouvre au printemps pour demander au Ciel le germe de la fécondité. Alors .Téther, ce dieu puissant, descend au sein de son épouse, joyeuse de sa présence. Au moment où il fait couler sa semence dans les pluies qui l'arrosent, l'union de leurs deux immenses corps donne la vie et la nourriture i tous les êtres. »
De là sont nées les Gctions que l'on rencontre à la tête de toutes les théogonies. Uranus épousa Ghé, ou le Ciel eut pour femme la Terre. Ce sont là les deux êtres physiques dont parle Sanchoniaton lorsqu'il nous dit qu'Uranus et Ghé étaient deux époux qui donnèrent leur nom, l'un au Ciel, l'autre à la Terre, et du mariage desquels naquit le dieu du temps Kronos ou Saturne.
— Mon cher professeur, s'écria le pasteur, vous nous rappelez que l'auteur de V Origine des Cultes s'est appuyé sur cette explication pour donner à toutes les religions une origine purement symbolique.