HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE. — GRÈGE
XénophaDes, qui vivait vers 360 ans avant J. C, ne fut pas celui qui eut les opinions les plus saines. Si Ton en croit Plutarque, il pensait que les étoiles s'éteignent le matin pour se rallumer le soir ; que le Soleil est une nue enflammée; que les éclipses arrivent par Textinction du Soleil qui se rallume ensuite; que la Lune est habitée, mais dix-huit fois plus grosse que la Terre ; qu'il y a plusieurs Soleils et plusieurs Lunes^ pour éclairer les différents climats.
On avait déjà supposé que le Soleil, la Lune et les étoiles passaient sous la Terre, plongeant ses racines dans Tinilni , par des tranchées analogues à des trous de taupes. Puis on avait supposé avec Homère que le "Soleil revenait de Toccident à Torient par le nord sur un char rapide, et les premiers romanciers avaient même osé dire que si on ne le voyait pas revenir, c'est parce qu'il accomplissait ce trajet pendant la nuit 1
Parménides fut disciple de Xénophanes. Il divisa, comme Thaïes, la Terre en zones. Il ajouta qu'elle était suspendue au milieu de l'univers, parce qu'il n'y avait point de raison pour qu'elle dût se mouvoir ou pencher d'un côté plutôt que d'un autre. On voit ici les premiers pas qu'on a faits pour expliquer comment il est possible que la Terre reste suspendue au milieu de l'univers sans que rien la soutienne, tandis qu'on voit tomber les corps sur la Terre lorsqu'on les abandonne à eux-mêmes. L'explication de Parménides est assez philosophique. Elle est fondée sur le principe de la raison suffisante employé depuis par Archimède, et dont Leibnitz a fait un si grand usage.
— C'est comme l'âne de Buridan, qui meurt de faim et de soif entre une cuve d'eau et une botte de foin, parce qu'ayant également faim et soif il ne peut commencer par satisfaire l'un de ces deux besoins avant l'autre ! fit le député.
— J'ai terminé mon esquisse, reprit l'astronome, si j'ajoute que Démocrite, après avoir beaucoup voyagé et beaucoup étudié, émit aussi des idées particulières sur la nature du ciel. Entre autres, il est le premier qui ait considéré la Voie lactée comme un amas d'étoiles infiniment éloignées , et dont la lumière se confond pour former une lueur blanchâtre.
Les philosophes que je viens de nommer, et les idées que je viens
d'esquisser résument les principaux traits de Thistoire de l'astronomie en Grèce.
— Dans tout cela, dit la marquise, nous n'avons pas vu le système de Ptolémée.
— Ce grand système^ répondit l'astronome, qui régna sur TEurope civilisée pendant plus de quinze siècles, fera l'objet d'une prochaine soirée, spécialement consacrée à Texamen des systèmes astronomiques. Nous n'avons vu ce soir que les opinions générales sur le ciel et les astres planétaires.
Mais comme intermède, avant d'entreprendre cette revue assez complexe, nous consacrerons la petite soirée de demain dimanche à à causer un peu des singulières opinions des siècles de l'antiquité sur la musique des sphères.
Telles sont les théories que nos ancêtres dans la science se sont formées sur le problème longtemps mystérieux de la nature du ciel.
Nous avons étudié dans notre troisième soirée les premières idées mêmes, antérieures à celles-ci, écloses à l'origine des histoires. Nous avons trouvé dans les étymologies primitives des mots qui désignent les éléments de l'univers, l'impression naturelle directe qui les a fait naître. La Terre était une surface plane indéfinie, formant le bas du monde; le Ciel était une voûte creuse s'appuyant sur elle. Ici, chez les Grecs, il y à déjà un immense progrès, puisque la Terre est déjà considérée comme ayant la forme d'un globe et comme isolée au milieu du monde. Mais l'idée dominante de la supériorité de la Terre sur le reste de l'univers va régner longtemps encore. Pendant de longs siècles, la circonférence extérieure du monde sera regardée comme le plafond du monde corruptible et le parvis du paradis, surtout à dater des siècles des conciles chrétiens. Les cercles astronomiques vont servir de charpente à l'édifice théologique , et nous constaterons un de ces soirs avec quelle solidité apparente le moyen âge a su bâtir à la destinée de l'homme une maison complète, à laquelle rien ne manqua ni dans ce monde ni dans l'autre.
— Et pourtant! s'écria le professeur, quelle différence entre cet univers solide, cette voûte des cieux, cette terre centrale, et la splendide réalité ? Combien la connaissance de la vérité surpasse,