L'HARMONIE DES SPHÈRES CÉLESTES. 1C
nent Toctave; nous Tentendons; mais deux cordes dont Tune fait 10 et Tautre 20 vibrations sont encore à l'octave Tune de l'autre, quoique ces mouvements soient trop lents pour être perçus par notre nerf auditif. La gamme n'est pas autre chose que la série des nombres suivants :
do, ré, mi, fa, sol, la, si, do.
Nous pourrions établir les mêmes rapports dans les ondulations
qui donnent la lumière. Ainsi, l'extrême violet du spectre solaire
est à l'extrême rouge comme 1 est à 2, car le premier est engendré par des vibrations de 369 millionièmes de millimètre, et le second
par le chiffre 738. Le ré de la gamme des couleurs se trouve dans
l'orangé (raie c), le mi dans le jaune (raie d), le fa à la limite du
jaune et du vert, le sol dans le bleu (f ), le la dans l'indigo (g) et le
si à la raie h, dans le violet.
Une rose au milieu d'un parterre chante par ses douces vibrations un motif dont les autres fleurs forment l'accompagnement; l'harmonie est un accord de nombres.
Par ses rapports numériques, le système du monde développe dans l'élher une mélodie grandiose dont le Soleil tient l'archet, et sur ce fond général se brodent les variations causées par les mouvements des satellites, les fugues des comètes échevelées, les rondes gigantesques des astéroïdes et des étoiles filantes. — Neptune forme la note la plus basse, Mercure la plus haute, à plus de trois octaves au-dessus. Les vitesses sont entre elles comme les nombres 10, 12,
16, 24; 44, 55, 67 et 100.
Mais cette digression musicale nous fait oublier l'âme du monde. Peut-être notre érudit philosophe a-t-il quelque chose à ajouter à sa thèse de tout à l'heure.
— Non , répondit le professeur, si ce n'est deux mots relatifs à l'origine des dieux et à la religion naturelle. Persuadés que le mouvement n'apparlient qu'aux êtres vivants, les anciens attribuaient aux astres (corps mobiles) des intelligences supérieures. C'est du nombre des sept planètes, qui furent les sept premiers dieux, que naquirent le respect, la superstition de toutes les nations, et
particulièrement des nations orientales pour le nombre septénaire. De là sont encore dérivés les sept anges supérieurs qu'enseignait la théologie -des Ghaldéens, des Perses et des Arabes, les sept portes de la théologie de Mithra, par où les âmes passaient pour aller au Ciel , les sept mondes de purification des Indiens , et surtout les si nombreuses applications judaïques et chrétiennes de ce fameux et sacré nombre VII.
Des divinités présidaient, dès TÉgypte, au cours annuel de la nature. Hercule, ou Jupiter Ammon, régnait sur Téquinoxe du printemps ; Horus, sur le solstice d'été ; Sérapis, sur Téquinoxe d'automne; Harpocrate, sur le solstice d'hiver. Les hiéroglyphes produisirent rapidement des symboles et donnèrent naissance à de nouvelles divinités. On trouve des traces de la marche que les anciens ont suivie, car on sait qu'ils peignaient le Soleil, au solstice d'hiver, sous la forme d'un enfant, et au printemps, sous la figure d'un adolescent; Tété, c'était un homme avec la barbe pleine; l'automne, ce n'était plus qu'un vieillard. L'astre du jour changeait de forme et de visage à chaque signe du zodiaque. On voit évidemment que ces peintures sont la source des dieux des équinoxes et des solstices.
— A ce propos, ajouta l'historien, il ne serait pas inutile de jeter un coup d'œil rétrospectif sur l'origine des dieux de l'antiquité. Et d'abord, me permettrez-vous de remarquer que le culte de la nature est aussi ancien que l'humanité, et répandu sur la surface entière du globe? Les Égyptiens, au rapport de Pline, reconnaissaient pour dieux le Soleil, la Lune, les planètes, les astres du zodiaque, et tous ceux qui, par leur lever ou leur coucher, marquent les divisions des signes. Le Soleil était le dieu-architecte et modérateur de l'univers. Ils expliquaient non seulement la fable d'Osiris, mais encore toutes leurs fables religieuses, par les astres et par le jeu de leurs mouvements, par leur apparition, leur disparition, par les phases de la Lune, par les accroissements ou la diminution de sa lumière, par la marche progressive du Soleil, par les divisions du Ciel et du temps dans leurs deux grandes parties, l'une affectée au jour et l'autre à la nuit; par le Nil; enfin par l'action des causes physiques. Comme le démontre Dupuis dans son ouvrage sur V Origine des cultes^ les animaux
même , conservés dans les temples de T Egypte et honorés par un culte, représentaient les diverses fonctions de la grande cause, se rapportaient au Ciel, au Soleil, à la Lune et aux différentes constellations. Nous avons déjà vu que la belle étoile Sirius ou la canicule était honorée sous le nom A'Anubis^ et sous la forroe d'un chien so/oré nourri dans les temples. L'épervier représentait le Soleil, l'ibis la Lune, et l'astronomie était l'âme de tout le système religieux. C'est au Soleil et à la Lune, adorés sous les noms d'Osiris et dlsis, que les mêmes peuples attribuaient le gouvernement du monde, comme à deux divinités premières et éternelles, desquelles dépendait l'organisation de notre monde sublunaire. Ils bâtirent, en l'honneur de l'astre qui nous distribue la lumière, la fameuse ville du Soleil, Héliopolis, et un temple dans lequel ils placèrent la statue de ce dieu. Les Phéniciens qui, avec les Égyptiens , ont le plus influé sur la religion des autres peuples, attribuaient la divinité au Soleil, à la Lune, aux étoiles, et ils les regardaient comme les seules causes de la production et de la destruction de tous les êtres. Le Soleil, sous le nom d'Hercule, était leur grande divinité.
Les Éthiopiens, pères des Égyptiens, placés sous un climat brûlant, n'en adoraient pas moins la divinité du Soleil, et surtout celle de la Lune , qui présidait aux nuits , dont la douce fraîcheur faisait oublier les ardeurs du jour. Tous les Africains sacrifiaient à ces deux personnalités célestes. C'est en Ethiopie que l'on trouvait la fameuse table du Soleil. Ceux des Éthiopiens qui habitaient au-dessus de Méroê, admettaient des dieux éternels et d'une nature incorruptible, nous dit Diodore, tels que le Soleil, la Lune, et tout l'Univers ou le monde. Semblables aux Incas du Pérou, ils se disaient enfants du Soleil, qu'ils regardaient comme leur premier père.
La Lune était la grande divinité des Arabes. Les Sarrasins lui donnaient Tépithète de Cabar ou de Grande : son croissant orne encore les monuments religieux des Turcs. Son exaltation sous le signe du Taureau fut une des principales fêtes des Arabes sabéens. Chacune de leurs tribus était sous l'invocation d'un astre. Le Sabéisme était la religion principale de l'Orient : le Ciel et les astres en étaient le premier objet.
En lisant les livres sacrés des anciens Perses, contenus dans la col->
lection des livres Zends, on trouve à chaque page des invocations adressées à Mithra, à la Lune, aux astres, aux éléments, aux montagnes, aux arbres, et à toutes les parties de la nature. Le feu Ëther, qui circule dans tout l'univers, et dont le Soleil est le foyer le plus apparent, était représenté dans les Pyrées par le feu sacré et perpétuel entretenu par les mages.
Chaque planète avait son temple particulier, où Ton brûlait de Tencens en son honneur.
Je ne puis m'empècher d'admirer cette grande religion de la nature ! continua l'historien en se tenant debout contre la Harpe de Fingal, et en laissant ses regards tomber sur la mer, qui déjà n'était plus qu'à quelques mètres de nous, et devait effleurer avant une demi-heure les rochers sur lesquels nous étions assis. En contemplant ce lent reflux de la mer, les anciens saluaient déjà par intuition l'influence de la Lune, comme on le voit dans Plutarque. Tous les peuples nous offrent le touchant témoignage du culte de la nature. Déjà, maintes fois nous avons reconnu ici l'astronomie à la fois politique et religieuse des Chinois. Ils ont élevé les temples du Soleil et de la Lune, et celui des étoiles du Nord. Le culte du Soleil, des. astres et des éléments a formé le fond de la religion de toute l'Asie, c'est-à-dire des contrées habitées par les plus grandes, par les plus anciennes comme les plus savantes nations, par celles qui ont le plus influé sur la religion des peuples d'Occident, et en général sur celle de l'Europe.
Pausanias, dans sa description de la Grèce et de ses mouvements religieux, montre partout des traces du culte de la nature; on y voit des autels, des temples, des statues consacrés au Soleil, à la Lune, à la Terre, aux Pléiades, au Cocher céleste, à la Chèvre, à l'Ourse ou à Calysto, à la nuit, aux fleuves, etc.
Les temples de l'ancienne Byzance étaient consacrés au Soleil, à la Lune et à Vénus. Ces trois astres, ainsi que Arcturus et les douze signes du Zodiaque, y avaient leurs idoles.
Rome et l'Italie conservaient aussi une foule de monuments du culte rendu à la nature et à ses agents principaux. Tatius, venant à Rome, partage le sceptre de Romulus, élève des temples au Soleil,
à la Lune, à Saturne, à la lumière et au feu. Le feu éternel ou Vesta était le plus ancien objet du culte des Romains. Tout le monde connaît le fameux temple de Tellus ou de la Terre qui servit souvent aux assemblées du Sénat. La Terre prenait le nom de mère, et était regardée comme une divinité.
Toutes les nations du nord de l'Europe, connues sous la dénomination générale de nations celtiques, rendaient un culte religieux au feu, à l'eau, à l'air, à la Terre, au Soleil, à la Lune, aux astres, à la voûte des cieux, aux arbres, aux rivières, aux fontaines. Notre seconde soirée a représenté cette théologie naturelle .
Dès quelles hommes eurent cessé de se rassembler sur le sommet des hautes montagnes pour y contempler et y adorer les astres, leurs premières divinités, et qu'ils se furent réunis dans les temples, ils voulurent retrouver dans cette enceinte étroite les images de leurs dieux et un tableau régulier de cet ensemble admirable, connu sous le nom de monde ou du grand tout qu'ils adoraient.
Ainsi le fameux labyrinthe d'Egypte représentait les douze maisons du Soleil, auquel il était consacré par douze palais, qui communiquaient entre eux, et dont l'ensemble représentait le temple de l'astre qui engendre l'année et les saisons en circulant dans les douze signes. On trouvait dans le temple d'Héliopolis ou de la ville du Soleil , douze colonnes chargées de symboles relatifs aux douze signes et aux éléments.
Le système religieux des Égyptiens était tout entier calqué sur le Ciel, comme l'a rapporté Lucien, et comme il est aisé de le démontrer. Les chants poétiques des anciens auteurs, de qui nous tenons les théogonies connues sous les noms d'Orphée, de Linus, d'Hésiode, etc., se rapportent à la nature et à ses agents. < Chantez, dit Hésiode aux Muses, chantez les dieux immortels, enfants de la Terre et du Ciel étoile, dieux nés du sein dcf la nuit et qu'a nourris l'Océan, les astres brillants, l'immense voûte des cieux, et les dieux qui en soDt nés; la mer, les fleuves, etc. »
Le monde paraissait animé par un principe de vie qui circulait dans toutes ses parties, et qui le tenait dans une activité éternelle. On crut donc que l'univers vivait comme l'honune] et comme les autres animaux , ou plutôt que ceux-ci ne vivaient que parce que
l'univers essentiellement animé, leur communiquait pour quelques instants une infiniment petite portion de sa vie immortelle , qu'il versait dans la matière inerte et grossière des corps sublunaires.
Nous venons de le voir par tous ces témoignages, l'Univers était un vaste corps mû par une âme, gouverné et conduit par une intel ligence. De même que la matière universelle se partage en une foule innombrable de corps particuliers sous des formes variées, de même la vie ou Tàme universelle, ainsi que l'intelligence, se divisaient dans tous les corps, y prenaient un caractère de vie et d'intelligence particulière. Voilà l'idée que les anciens eurent de l'âme ou de la vie universelle. C'est de cette source féconde qu'étaient sorties les intelligences innombrables placées dans le Ciel, dans le Soleil, dans la Lune, dans tous les astres, dans les éléments, dans la Terre, dans les eaux, et généralement partout où la cause universelle semble avoir fixé le siège de quelque action particulière, et quelqu'un des agents du grand travail de la nature. Ainsi se composa la cour des dieux dont on peupla l'Olympe et l'Empyrée, celles des divinités de l'air, de la mer et de la Terre. Ainsi s'organisa le système général de l'administration du monde.
A part les exagérations mythologiques , et les personnifications inventées par les poëtes, je reste convaincu que cette religion naturelle, cette conception à la fois dynamique et esthétique de l'univers, qui sentait sous les faits physiques les forces intellectuellement établies auxquelles est due la splendeur inaltérable de la nature, était plus rapprochée de la vérité que le dogmatisme dans lequel le moyen &ge a essayé d'enfermer la pensée humaine. Plusieurs d'entre vous peuvent certainement différer de mon opinion sur ce point; mais pour ma part je préfère cette adoration directe de Dieu dans la Nature, sous les grands cieux étoiles et devant l'infini, aux dogmes étroits et souvent puérils de l'anthropomorphisme.
Ces anciens n'étaient pas savants, sans doute, mais ils sentaient l'harmonie qu'à peine nous pouvons saisir encore. C'est à nous à continuer aujourd'hui par la science raisonnée ces nobles traditions de l'Orient.
Nous avons déjà vu l'origine primitive de ces conceptions dans la première pensée des Aryas (3' soirée). Là, en effet, nous trouvons la
cause et Texplication de la plupart des fables qui composent les diverses mythologies. Les anciens ne vivaient pas comme nous dans de vastes cités, enfermés entre de hautes murailles, et ne donnaient pas toutes leurs heures aux affaires de la vie matérielle. Leur temps s'écoulait plus lentement, ne se consumait pas comme le nôtre. Ils contemplaient la nature, observaient le Ciel, traduisaient les phénomènes parle sentiment. C'est pourquoi, en remontant dans l'histoire de l'astronomie , nous découvrons dans cette science primordiale la clef de presque tous leurs récits ; — ce qui nous ramène à notre axiome : la connaissance de Tastronomie est la plus utile de toutes, et nul ne doit maintenant ignorer cette science, car, sans elle, nous sommes incapables de rien savoir, de rien apprécier dans l'histoire de l'humanité comme dans celle de l'univers I
Ainsi parla l'historien. Il avait d'abord été question, dans le cours de la soirée, d*exposer les différents systèmes astronomiques sur le mande planétaire, auxquels on était déjà arrivé par diverses voies, et qu'on avait déjà effleurés dans cette causerie, comme dans la précédente; mais la soirée du dimanche s'était écoulée plus vite que les autres, et d'ailleurs la mer remontait, de sorte qu'on ne tarda pas à quitter Biedalle pour revenir au sommet de la falaise, au chalet, où une collation nous attendait. Nous trouvâmes là, occupés à un quatuor de violon, le médecin du bourg des Pieux, un ingénieur des mines , un membre du Conseil général , et un rédacteur du Siècle qui était revenu le matin même de Torigny sur- Vire. Une épaisse fumée les enveloppait, ce qui nous démontra que les cigares de la Havane peuvent parfaitement s'accorder avec la musique allemande.