IX—UNE JOURNÉE A LA SUCRERIE
Le congé qui suivit la fête de Pâques, premier grand congé de la saison, apportait aux élèves une de ces jouissat
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ces douces et pures qu'on n'oublie jamais. Ln effet, ils allaient passer la journée à la sucrerie.
Comme je me trouve ici en présence d'une scène toute canadienne, je me permettrai quelques détails qui pourront intéresser mes lecteurs.
Deux braves citoyens, M. Joseph Panneton, père de M. le Directeur du Collôge et M. Honorat Lacerte, (deux noms chers aux élèves de ce temps-là), qui avaient leur sucrerie attenante l’une à l'autre,au rang de Ste-Marguerite, s'étaient entendusavec M. le Directeur pour y recevoir, en deux groupes, toute la communauté.
Le 24 avril, après une forte gelée qui avait rendu solide la couche de neige qui couvrait encore les champs, le soleil se levait radieux, annonçant une journée splendide. A six heures, toute la communauté était prête pour le voyage et, quelques minutes plus tard, elle défilait par les rues encore silencieuses de la ville et se hâtait, alerte et vive, d'arriver à la cabane. Mais il fallait faire une marche de quatre milles, avant d'arriver au poste ! N'importe ! cette distance fut bientôt parcourue et il était à peine sept heures et demie, quand les élèves saluèrent par un immense cri de joie leurs aima. bles hôtes ! Vite ! il faut déjeuner. L'appétit est vivement aiguisé par la longue marche que l’on vient de faire Alors, parmi la gent écolière, tel se fait cuisinier, tel autre bûcheron, celui-ci attise le feu de la cambuse, celui-là distribue le morceau de pain et la tranche de lard qui doivent constituer le menu du déjeuner. Puis chacun de s’armer d’une longue broche et d'avoir sa place au coin du feu pour y faire rôtir sa grillade. Pendant ce temps-là, nos sucriers préparent la trempette, bientôt tous ont goûté au délicieux nectui, ct comme toujours. il en ont été bien vite rassasiés.
Cependant les agréments de la journée seraient tout à fait incomplets, si les amis du pefun, n'avaient pas ce jour-là leurs coudées franches! .. Du reste, pour reproduire plus exactement les scènes antiques dont ces grands arbres furent sans
doute témoins, il faut fumer le calumet de la paix, tout en
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causant de la guerre. (a) Donc, pendant que nos fumeurs non. chalamment assis sur le tronc noueux de quelque vieil érable, savourent avec un ineffable plaisir les séduisants enivrements de la pipe, de jeunes orateurs, montés sur de grosses souches en guise de tribune, pérorent avec feu sur les inconvénients et les dangers de l'usage du tabac. les agréments de } fête du jour, sur la bonté et la politesse de nos hôtes. sur ls beautés champêtres de la campagne, ete, ete,
D'autres s'essayent à des adresses de félicitations et de remerciements ; celui-ci préfère la harangue politique ou mil: taire ; celui-là goûte mieux les chicanes du barreau et vou: drait, à tout prix, faire immédiatement le procès de ce crimi nel qui, dans sa soif de l’eau sucrée, à dérobé son rassot à lé rable voisin.
L'heure du dîner étant arrivée, force est d’ajourner procès commencé, car chacun se sent apte à faire honneur au crèpes, Saupoudrées de sucre où légé aent arrosées de syrop que les cuisiniers viennent de prép Je dis ‘ saupoudrés de sucre ou arrosées de syrop ” aujourd’hui en effet, tout l'an culinaire, doit consister à faire entrer le sucre, sous divers combinaisons, non seulement à chaque repas, mais dans che eun des mets qui doivent composer le menu du repas Pour dessert, on servira des œufs cuits dans le syrop et finalement l’on aura la fire. La fire! mais c’est là, la plus délicieuse forme qu'on puisse donner à l’eau d'érable! Manger la tire, c'est li partie principale et essentielle de toute visite à la sucrerie!. Ne me parlez pas de la fire faite à la maison, bien que je h trouve excellente, elle n’a pas le fumet et la saveur caractéri tique de celle que l’on prépare au fer de la cabane! La ti ne connait pas d’ennemis ! On la trouve si bonne que chacui voudrait s’en faire une petite provision. Mais la chose nt pas facile, car, lorsque sur un brassin de sucre, quelque cons dérable qu'on ait pu le faire, l'on à pris de quoi rassasit toute une cinquantaine de bouches, on comprend qu'il n'el doit pas rester grand’chose. Cependant, en réunissant du
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cinq où six cornets d'écorce de bouleau toutes les petites boulettes qui ont échappé à la dent des gourmets, chaque groupe d'élèves pourra encore emporter un souvenir de la cabane, et faire, pendant quelques jours, mémoire des réjouissances de la fête, en goûtant encore quelques légères berquées de tire,
Au milieu de tant d'amusements divers, les heures coulent vite. Le soleil commence à s'incliner vers l'horizon. Il faut songer au retour, Mais après la longue marche du matin tune journée d'exercices continuels, comment revenir à la maison par des chemins affreux où la neige fondue, mélée à la boue, ne laisse au pied qu'un fond mouvant ? Voilà donc que déjà se montre le revers de la médaille! .... Non, non, on a prévu ces inconvénients et les parents des enfants de la ville ont voulu y remédier. Une multitude de voitures arrivent juste au moment du départ pour nous ramener en ville.
Après avoir salué nos hôtes et les avoir remerciés de leur bienveillant accueil, après avoir fait résonner les bois de joyeux hourras à leur louange, après avoir souhaité toutes sortes de prospérités aux bons vieux érables et Jeur avoir dit: ‘“ 4» revoir ; on se met en route au chant de }’ ‘Ave maris stella.”
À six heures, une longue file de voitures toutes plus ou moins appropriées aux chemins de Ia saison, rentraient en ville et allaient déposer au Platon la joyeuse troupe des promeneurs, et la fête du sucre était close.