IV—NOEL ET LA NOUVELLE ANNÉE
Bientôt les fêtes de Noël ramenerent sous les yeux charmés des élèves, les splendeurs et les magnificences des cérémonies pontificales, en mème temps qu'elles réchauflaient dans les cœurs attiédis par la légèreté et l'indifférence. l'amour de l'Enfant-Dieu. Ces fêtes de Noël sont celles que la jeunesse affectionne par dessus tout. Il y a chez elle comme un instinct inné qui lui fait comprendre que le Bon Jésus doit avoir pour elle des grâces spéciales, puisque, c’est sous la figure d’un petit enfant plein de douceur et d’amabilité qu'il apparait aux yeux étonnés du monde.
Et pour ne parler que de la force et de l’entraînement des exemples qu’il donne, quoi de plus propre, en effet, à encourager à l’obéissance et aux petites mortifications de la règk, que les humiliations, les abaissements et les souffrances de ce Dieu naissant sous le chaume d’une étable, et soumettant si volonté et sa souveraine indépendance sous la captivité de quelques langes et sous la dépendance de deux créatures très parfaites, il est vrai, mais d’une sagesse et d’une science infiniment inférieure à la sienne ! ........
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Voici le premier jour de la nouvelle année ! Ce jour est toujours salué avec bonheur par l’ardente jeunesse, c'est le jour des joyeux souhaits, c'est le jour des belles étrennes ! Une nouvelle année qui arrive, c’est pour l’enfant comme une aimable bienfaitrice qui vient à lui les bras chargés de dons magnifiques"! Elle lui en apporte de tous genres, et, avec une inépuisable libéralité, elle les répand avec abondance sur son corps et tous ses organes, aussi bien que sur son âme et toutes ses facultés. Oh !'oui, l’enfant a mille fois raison de courir joyeux au devant de l’année qui arrive, parcequ'elle apporte à son corps des forces et une vigueur nouvelle, à son intellivence, des secrets et des trésors jusqu'alors ignorés, à son cœur, des grâces et une ardeur plus fortes pour vaincre ses mauvais penchants et développer le germe de ses bonnes dispositions !
D'où vient cependant que ce jour partout si beau, apparait quelquefois, au collège, avec un certain caractère de triste mélancolie? Ah! c’est que dans l’âme de quelques élèves, l'idée de la famille absente évoque des souvenirs quelque peu pénibles. On voudrait, en ce jour, recevoir la bénédiction de son père et les délicates attentions de sa mère, on voudrait coûter avec les petits frères et les jeunes sœurs les joies pures du foyer paternel ..... Et ces pensées assombrissent les fronts et vont quelquefois jusqu’à faire oublier qu’au “ollège, on forme aussi une grande et belle famille dont le supérieur est le père. Qu'arrive-t-il alors à ces pauvres écoliers qui manquent de la force d'âme nécessaire pour dominer cette voix de la nature, par la voix plus autorisée et plus forte de la grâce et du devoir, et qui s'abandonnent inconsidérément à ces impressions trop sentimentales ? Ils tombent malades de cette étrange maladie que l’on a appelée, avec tant de raisons, “ Le mal des féles où du nouvel an.” C’est une maladie qui n’est pas du tout dangereuse pour le corps; mais pour le cœur, et surtout pour l'intelligence, elle a souvent des effets désastreux dont un étudiant ne se relève jamais; surtout quand il va, au renouvellement de chaque année, passer deux où trois semaines à la maison paternelle, sous prétexte de
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traiter cette maladie ou de chercher les moyens d’en guérir:
Dans les premières années du Collège, soit que le plx grand nombre des élèves eussent leurs parents en ville, «oi que les constitutions ou les caractères fussent plus vigoureux, on semblait ignorer absolwnent cette funeste maladie: ou du moins, les cas qui s’en produisirent furent excessivement rares.
Le premier de l’an au collège ne manque pas d'agrément et de charmes, et il est assez intéressant pour un observateur de voir les scènes originales et pittoresques qui s’y passent Tout d’abord, chacun des élèves ne manque pas de saluer tous ses confrères selon la formule antique, léguée par nos pères Bonne et heureuse année et le Paradis 4 la fin de vos jours.” Ur. comme tous les élèves se rencontrent en même temps à } récréation qui suit le déjeuner, on se figure aisément la con fusion, le désordre, l’enchevêtrement, le chassé-croisé de toutes ces poignées de main qui s'’échangent, de ces nuées de souhaïts qui remplissent l'air. Le flot de ce petit peuple qu va, qui vient, qui se croise et s’agite en tous sens, qui grossit à mesure que rentrent les élèves qui ont leur pension an dehors, paraîtrait une vraie tour de Babel à un étranger igno. rant de nos habitudes.
Bientôt cependant, sur cette mer agitée, le calme se fai soudain. La cloche annonce la visite de M. le Directeur. C'est le père qui vient bénir ses enfants. C'est le prêtre qui vien appeler sur son troupeau, par les vœux les plus ardents du cœur, toutes les grâces et tous les dons que l'on peut désir et souhaiter. C’est le directeur qui vient montrer à ses élèves le chemin du vrai bonheur, auquel tendent tous les vœux qui s'échangent en ce jour.
Aussitôt la visite du directeur terminée, les élèves d chaque classe vont rendre leurs hommages à leurs professeur respectifs. Tout cela est parfaitement dans l’ordre ; car, dans la grande famille de toute la communauté, chaque class forme une famille plus petite dont le professeur est le chel Les liens qui unissent tous les membres de cette famill
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sont plus étroits et plus intimes, et ils tendent à se resserrer toujours davantage par ces rapports journaliers que les élèves d'une mème classe ont entre eux et avec leur professeur ; en sorte qu'ils sont appelés et ils sont véritablement des confrères.
En définitive, au milieu de toutes ces distractions qui s'entremélent aux exercices religieux ordinaires, le jour de
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d'asréables émotions que si l’on était à la maison paternelle.
L:s examens du premier semestre eurent lieu au temps fixé l'année précédente, c’est-à-dire, vers la fin de janvier. Le résultat obtenu fut caractérisé comme suit: en Rhétorique moyenne des suecès, très-bien, en Belles-Lettres, très-bien, en Troisième bien, en Méthode bien, en Syntaxe bien, en Klément bien. Ce qui donnait une moyenne générale caractérisée par le qualificatif “ bon”. Aussi Mr le directeur en témoigna-til sa grande satisfaction, lorsqu'il eut à faire connaître le résultat de cet examen. En faisant ses félicitations aux classes plus avancées qui avaient soutenu leur rang et leur position en obtenant les meilleurs succes, il en prit occasion pour stimuler encore davantage l’ardeur et l’émulation chez les élèves des classes inférieures.
Le dimanche, 1er février, les élèves chantres furent appelés par Mgr Cooke à occuper le chœur de l'orgue de la cathédrale, sous la direction de Mr Richard. Les anciens chantres avaient été congédiés à la suite d’une désobéissance grave qui leur avait fait encourir la juste disgrâce de l’évêque.
La dernière semaine du mois de février fournit aux élèves l'occasion de suivre les exercices de la neuvaine de St-Francols-Xavier. Les exercices étaient donnés, avec un succès
extraordinaire, par Mr le grand vic. Laflèche.