‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 8 sur 84 · MGR. THOMAS COOKE. EV. DES TROIS-RIVIERES · texte numérisé non relu

MGR. THOMAS COOKE. EV. DES TROIS-RIVIERES

Fondateur du CîoUège des Trois-Biviéres.

Si Ton t'iivisage Icts cho.ses au seul point de vue de la iiécessité, on dira que le concours de l'un vaut celui de l'au* fre ; (|U(> raction de M. Turcotte est toute aussi essentielle (jml'action de M<i'r Cooke. Mais, si (»n dehors de la nécessité, on ronsidère de plus l'excellence et la valeur intrinsèque de leur action; alors il sera vrai dédire qui' l'action de Mgr Cooke. comparée à celle de M. Turcotte, l'emporte, en quelque façon, autant que rame Temporte sur le corps.

Ainsi, appuyé sur ces motifs, je dis : contrairement aux trois ou quatre premiers rapports de la corporation au Surintendant de l'Instruction Publique, où le nom de Mgr Cooke n'est pas même mentionné parmi ceux des fondateurs ; contrairement aux rapports subséquents et autres documents officiels de la corporation où le rôle princij^al dans la fondation du Collège est attribué à M. Turcotte et le rôle secondaire à Mgr Cooke ; je dis que " Le Fondateur du Collège des Trois-Rivières est Sa Grrandeur Mgr Thomas Cooke, premier évêque des Trois-Rivières, aidé du concours de l'Honorable Joseph Edouard Turcotte. C. R. Ex Orateur du Parlement Provincial et alors Maire de la Cité des Trois-Rivières."

Cette vérité, ce me semble, ressort assez évidemment de tout ce que nous avons déjà dit touchant la fondation du Collège et touchant la part d'action que l'évéque s'était réservée dans cette œuvre et qu'il a si dignement remplie. Cependant, pour jeter encore plus de jour sur cette question, il sera bon de faire connaître ici certains détails très-intimes qui ont pu échapper à l'attention de ceux qui ont eu à s'occuper du fait de la fondation de notre maison. L'ignorance ou l'oubli de ces petits détails, s'ajoutant à une appréciation fausse de la portée de l'action épiscopale, a pu aisément causer l'erreur dans laquelle ils sont tombés.

D'abord, il faut constater ici que M. Turcotte lui-même, malgré sa grande inlluence, malgré la bonne volonté de tous les citoyens des Trois-Rivières, malgré le concours empressé et actif que lui offraient les principaux d'entre eux ; M. Turcotte, dis-je, sentait si bien son impuissance à réaliser, avec

<'es seuls moyens-là. une entreprise aussi importante et aussi difficile, qu'il ne voulut pas agir avant d'avoir l'approbation de Monseigneur, et la promesse formelle que Sa Grrandeur pourvoirait Elle-même au personnel de la direction et de l'enseignement.

Il comprenait qu'une institution classique catholique n'était possible, et n'avait de garanties de prospérité et de succès que par l'action et le contrôle de Tévêque.

Il comprenait aussi que sa qualité de premier magistrat de la cité et de déjuité du peuple au Parlement Canadien, lui imposait l'obligation de ne pas rester indifférent à une entreprise aussi populaire. Il lui voua donc son énergie et son influence; mais il mit tout cela au service de son évéque. Ceux qui ont vécu dans l'intimité de Mgr Cooke, rendent c«^ témoignage que. du moment que s'est soulevée la question de la fondation du Collège. M. Turcotte eut avec Sa Grandeur, de longues et fréquentes entrevues. C'est là que furent con- «ertés, préparés et mûris, tous les plans qui devaient être réalisés plus tard.

Mais Mgr Cooke fit comprend^' à M. Turcotte toute la délicatesse de sa position et la nécessité où il se trouvait dt' rester absolument étranger à la gestion des aftaires temporelles de la nouvelle institution. Voilà pourquoi il fut décidé que la corporation serait exclusivement laïque et qu'elle pourvoirait seule à tous les besoins matériels de l'établissement. Cependant, il fut entendu entre eux que, du moment que les circonstances le permettraient, les mi'mbres laïques céderaient leur place à dt's ecclésiasti(|ues.

Il fut aussi réglé, dans ces entrevues de nos deux fondateurs, que la direction des études serait contrôlée uniquement par l'autorité épiscopale.

11 ne sera pas sans intérêt de citer ici, en entier, la lettre que Mgr Cooke adressait à M. Turcotte, à la date du 6 août 18(>0. touchant le sujet (|ui nous occupe. Monseigneur y résume en qiu'l([ue sorte, le piograninie de l'action épiscopale aussi bien que celui de la corporation. Voici cette lettre :

" ÏROIS-EIVIÈRES, lé G août 1800.

" Monsieur le Maire,

" Je suis heureux de pouvoir répondre d'une manière satisfaisante pour vous, à votre lettre du 25 ultimo, dans laquelle vous dites que la corporation du Collège des Trois- Ixivières désire des Ecclésiastiques pour ouvrir des classes au commencement de l'année scolaire. Il est difficile pour moi de me rendre à votre désir. Cependant, j'ai le plaisir de vous annoncer aujourd'hui qu'il sera en mon pouvoir de vous satisfaire cet automne. Je pourrai disposer en faveur de votre établissement de trois ecclésiastiques que je mettrai, ainsi que les élèves, sovis les soins d'un prêtre qui aura la surveillanc<' sur toute la maison pour le spirituel et ce qui concerne l'éducation.

" Il n'est pas nécessaire, je pense, de rappeler aux messieurs de la corporation qu'ils se sont chargés du temporel de l'établissement, de pourvoir à tout ce qui sera nécessaire, eutr'autres choses, aux honoraires, au logement et à la pension du Directeur et des, Régents.

" Je ne vous adresse qu'un aperçu des arrangements qu'il faudra faire par écrit quand le temps le permettra.

" Que Dieu bénisse votre entreprise et la conduise à bonne fin.

• J'ai l'honneur d'être, " Monsieur le Maire,

" Votre très humble servt.,

t THOMAS • Ev. des Trois-Riv. '" " Jos. E. Turcotte, Ecr., Maire"

Monseigneur fait, dans cette lettre, une allusion trèsdélicate aux difficultés qu'il rencontre dans ce projet : mai.». il est heureux de donner enfin une réponse favorable et il détermine officiellement la part dont il prétend se charger ;

à saA'oir : "le spirituel et co q^^i coucerue l'éducation. " Au reste, c'est avec l'assentiment de Monseigneur que la corporation adopta, pour les écoliers, le règlement du Séminaire de (Québec.

C'est encore Mgr qui eu.t l'idée de mettre le nouveau collège sous le vocable de St Joseph ; et le choix de notre patron c[ui demeure à jamais comme le fait le plus évident des vues providentielles de Dieu sur notre maison, constitue pour Mgr Cooke un titre immortel de gloire et lui donne un droit inaliénable à la reconnaissance de totts les enfants du Séminaire des Trois-Rivières.

Tels sont, avec cettx qu'on a mentionnés dans le chapitre précédent, les titres qu'a Mgr Cooke à être reconnu comme " le premier et le principal fondateur du Collège des Trois- Ivivières."

Ici vient se poser nattirellemeut une question grave et difficile à résottdre : Pourquoi dans les premiers documents officiels de la corporation, le nom de Mgr Cooke ne figttre-t-il pas parmi ceux des fondateurs ? Comment expliquer, sttr tiii fuit en apparen(;e aussi saillant, le silence -des promoteurs les plus ardents de l'entreprise ?

Quelc^u'explication qu"on essaye de donner de ce silence ou de cette dissimulation de la vérité, il cache toujours qtiel- (|ue chose de mystérieux et d'énigmatiqtte. Peut-être qu'on obéissait en cela à ttn mot d'ordre, reçu de Sa Grandeur. Alors, tout s'expliquerait sans mystère. Seulement dans cette hypothèse, on pourrait reprocher à la corporation d'avoir interprété les intentions de l'évéque dans un sens trop absolu, et rien u'enipèchait (pi'elle constatât, au moins dans ses rapports au (rouverneiuent. que le Collège relevait uiiicjueuient de l'évéqtte et \)(>ur la discipline et pour les études.

Mais si, au » ontraire, ce qtii est plus probable et phis raisonnable, Mgr Cooke s'en tenait purement et simplement il la i)<)sili()n prise dans sa lettre du 6 août; alors il faut chercher ailleurs (|ue <lans sa volonté, la cause du silence qui a été uardé stir son nom, comme fondat<ntr du Collège. Pour la

justilicatioii des plus drvoiU'S amis dv rinsliUitiou, Icsfjuds étaient eu mémo temps les sujets soumis et dévoués de l'évéque, je puis aliirmer, cepeudaiit, que la cause de leur silence Jie doit pas être cherchée dans des sentiments ou dc!^ dispositions hostiles à Mgr C^ooke. Au contraire, la corixjratioii voyant les difficultés pécuniaires de Tévét-hé et l'opposition acharnée du clergé diocésain au nouveau collège, crut faire acte de dévouement à son évéque, en dégageant ainsi entièrement sa responsabilité dans la nouvelle fondation.

Elle crut que ce serait le moyen d'éviter de l'éclat, d(^ ménager les susceptibilités des adversaires, d'enlever aux prêtres, amis de Nicolet, le prétexte et l'occasion de faire des misères à leur évéque. Ces motifs assurément étaient bons en soi et ils donnent une explication plausibl" au silence dis organes officiels de la corporation. ^Seuh^nent, il résultait de cette façon d'agir, de graves inconvénients dont un des principaux, était de faire à l'autorité épiscopale une position lausse et anormale, en la représentant comme marchant à la suite d'un mouvement qu'elle devait commander et qu'elle dirigeait en réalité.

Au reste, cette position prise par la corporatioji à l'égard de Mgr Cooke, si toutefois elle était ainsi motivée, n'eut pas le bon effi't c|u'on en avait espéré.

On a vu précédemment cj^ue le public et les adversaires du Collège des Trois-Rivières ne se hrent aucune illusion sur la véritable portée de l'acte épiscopal, et qu'ils le reconnurent comme le fait décisif de la nouvelle fondation. Quant à la corporation, après une expérience de c^uelques années, voyant que sa dissimulation n'a plus sa raison d'être, elle reviendra sur ses pas et opérera, assez heureusement, son mouvement de retour vers la saine vérité historique. D'abord, elle refusera sou approbation aux notes de M. P. Hubert et finira par adopter sur les faits se rapportant à l'origine de l'institution, un compte-rendu historique où l'on constate franchement que le nom de Mgr Cooke se joint à celui de M. Turcotte dans l'œuvre du Collège des Trois-Rivières.

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Voici ce quon lit à la page deuxième du registre des procédés et des délibérations de la corporation :

" A côté du nom de ce généreux citoyen, " (M. Turcotte) " nous devons naturellement placer celui de notre Vénérable " Evêque, Mgr Cooke. Non seulement, il a acquiescé aux " désirs des citoyens de la ville ; mais il leur a promis de s'in- •' téresser à l'Institution et de la favoriser de tout son pouvoir. " Il s'est chargé de pourvoir au personnel ecclésiastique. Dès ■ la première année, il plaça iin prêtre comme directeur et six • ecclésiastiques comme professeurs. Depuis, il n'a cessé de " concourir à la prospérité du Collège par ses lumières, par ses " conseils et par la surveillance toute paternelle qu'il a exer- •' cce sur la conduite et les travaux des élèves.

" Aussi les citoyens des Trois-Rivières devront-ils garder •' à Sa Grandeur Msr Cooke ainsi qu'à l'Honorable .T. E. Tur- '• cotte, une reconnaissance éternelle. "'

Le nom de Mgr Cooke reste encore, il est vrai placé au second rang et l'on donne à M. Turcotte seul le nom de fondateur du Collège ; mais cette erreur tient plutôt au défaut de rapproche^ment entre le mérite de ces deux honmies et au «aractère particulier de leur action, qu'à toute autre cause. Chez l'un, l'action est publique, palpable, pleine d'éclatants succès ; chez l'autre, c'est une action presque cachée, à l'effet insensible et lenl. Il n'est donc pas étonnant, c^ue l'attention de la corporation ait été peu attirée sur l'importance du concours de l'évêque et qu'elle se soit portée plus particulièrement, sur les actes et la personne de son président. Il n'est pas étonnant après cela, qu'elle ait, autant par enthousiasme et i)ar entraînement que par raison, ajouté à un nom qvi'entourait le prestige d'une brillante renommée, le titre de fondateur du Collège (les Trois-ltivières.

Je dois noter ici un fait assez peu important en luimême, mais qui est de nature à jeter quelque lumière sur la question qui nous occupe. Ce fait, ayant été la conséquence logiciue du retour de la corporation à des idées plus justes et plus vraies sur les commencements de Collège ; je puis l'in-

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