DE LA COMPAGNIE DES INDES
» La compagnie des Indes peut seule soutenir tout
le commerce des Indes en France; elle est assez
puissante pour fournir au royaume tout ce qui lai
est nécessaire, sans crainte de tomber par les faillites
-ou les pertes; mais il est vrai que depuis ce grand
établissementje commerce s*énerve et langait; il ne pardtt pas convenable au bien général qu'un certain nombre de marchands fassent tout le profit du commerce à l'exclusion d'un nombre infini d'autres qui n'osent rien entreprendre.
» DE l'argent nécessaire A LA PROVINCE DE GUYENNE POLR LA CULTURE DES TERRES ET LE COMMERCE.
En Hollande , où il n'y a point de denrées à vendre, la sortie de l'aient est permise comme une marchandise ; cet État a d'autres moyens pour faire venir de l'argent : le crédit de sa banque , qui surpasse peut-être la valeur intrinsèque ou le nombre réel des matières; mais en France, nous avons beaucoup de denrées produites par nos terres , et nous avons à vendre toutes les denrées excédant la consommation ; il faut donc de l'argent pour les acheter toutes , afin que les propriétaires puissent icontinuer la culture de leurs terres, bâtir des maisons , entre-, tenir leurs factures , avoir des habits et leur nourriture , élever leurs enfants , payer les subsides et les charges; il s'ensuit que dans un État plein de denrées qu'il produit, l'argent doit être en proportion avec les denrées. De cette proportion , il suit que l'abondance ou la disette des denrées doit faire hausser ou baisser le prix de l'argent, et que c'est l'abondance ou la disette d'argent qui feront baisser ou hausser le prix des denrées : la règle est vraie. Pour juger à présent de la quantité d'argent nécessaire à la province, il n'y a qu'à prendre , comme terme de
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con)|iaraison , la denrée la plus aboDilanle , et se rciuIre compte de la valeur et des frais de culture. Oo charge chaque année , dans notre port, 50,000 tonneaux de vin, lesquels, à 100 lîv. par tonneau. Tan portant Tautre, produisent 5,000,000 de liv. Chaque tonneau a coûté , pour la culture et les barriques , 50 liv.; le produit des frais est de 2,500,000 liv., et les droits de bureau, à 20 liv. par tonneau, i, 000,000.
» Il est consommé dans le pays , pour le moins , un égal nombre de tonneaux de vins qui se vendent en délail 5,000,000, et qui coûtent, poUr la culture et les barriques, 2,500,000 liv.; doù il suit que, pour la récolte totale, 5,000,000 sont avancés pour la culture et les tonneaux, et 10,000,000 pour l'achat des vins.
» Ajoutons le prix des eaux-de-vie, qui ont consommé beaucoup de vin , ainsi que nous avons vu ♦dans le premier article, et le prix des autres denrées; le tout monte bien encore à 5,000,000 de livres, dont il faut distraire les prix de culture, qui doivent s'élever à 2,500,000 liv. environ. En résultat, le prix total des denrées étant de 15,000,000, et les frais avancés de 7,500,000 liv., on voit qu'il faut, pour la vente des denrées et l'avance des frais, un capital de 22,500,000 liv. dans la province de Guyenne.
» On dira qu'il y a assez d'argent, mais qu'il ne circule pas parce qu'il est tout entre les mains des receveurs du domaine, qui le font valoir par lettres dont ils retirent de gros béncflces. Ils sont les mai-
ires de le resserrer et de le rendre rare pour le vendre plus cher ; mais c'est tout de même que s il n y avait poiot d'argent, car il ne circule pas dans les mains des marchands, ils ne peuvent acheter les denrées, et s'ils ne Font qu'à gros intérêt, la denrée tombe de prix , car alors l'argent est trop cher par sa rareté; de là, le peuple tombe dans la nécessité, parce qu'il ne vend qu'à bas prix ses denrées.
» Il serait nécessaire que les remises des revenus du roi a Paris ne se fissent qu'en lettres.de marchands, alors l'argent circulerait dans le commerce. Il serait convenable que les receveurs ne gardassent point d'argent dans leur caisse/ et qu'à-mesure qu'ils l'enlèvent et reçoivent, ils l'employassent en lettres de change sur Paris; ils trouveront toutes les lettres sur la place de Bordeaux à deux usances et ^u pair, c'est-à-dire sans qu*il en coûte rien au tireur, d'autant plus que les fermiers généraux accordent 1/2 pour 100 aux receveurs pour leur remise. Par ce moyen, il y aurait une circulation continuelle de l'argent au lieu de cette rareté qu'on voit souvent et qui ruine le commerce et les propriétaires des denrées, qui deviennent pauvres môme par l'abondance et la fertilité. »
Avant de terminer cette première partie, nous devons encore mentionner quelques détails.
Le nombre des navires chargés annuellement dans notre port avait considérablement augmenté depuis vingt ans. En 1740, il présentait Teffectif suivant :
178 UlSTOiaE DO COMMERCE
De Hollande 350 navires.
Hambourg 55
Lubeck . . . 22
Dantzick 17
Bremen 11
RosUKk 3
Husum. . .]
Hombourg.) pour tous 12
Treptow. .)
Pétersbourg 3
Suède 17
Stettin (Poméranie). . 4
Angleterre.)
Ecosse . . .> 200 petits navires.
Irlande. . .]
Dunkerque 17
Côles de France. ... 37
Bretagne. .
LaRochellel o^a u
) 350 barques.
Nantes. . .(
Rouen . .
Navires bordelais pour
TAmérique. ..... 165 de 120à250lonn.
Louisiane 2
Guinée 3
Une centaine de navires hollandais fréquentaient
alors le port de Libourne; ils venaient y charger, année moyenne v 15,000 tonneaux dq vin et 8 à
10,000 boisseaux de graine de lin.. (Les Hollandais fabriquaient Thuile de lin et nous la revendaient ensuite.)
Blaye expédiait pour la Bretagne et la Hollande de 2 à 3,000 tonneaux de vin.
Bourg, de 6 à 7,000 tonneaux (1).
Continuons le tableau du commerce colonial, poursuivant dans le continent européen cette marche rapide à laquelle notre port prit une si belle part.
Les importations de sucre , café et autres denrées des îles, qui s'élevaient, pour Bordeaux, à une valeur de 8,000,000 de livres en 1740, atteignaient le chiffre de 18,000,000 en 1750 etcelui de 24,000,000 en 1753.
Nous donnons d'autre part le résumé précis et clair des rapports de notre ville pendant une période de neuf ans, et de ses bénéfices approximatifs pour le commerce maritime seulement.
(I) Manuscrit dc1*abbé Dellet.
BALANCE DE l'importation et exportation des DEMÈi
l'année 1750 iNGLirsrvEMBii
TALBOR on nFORTATUniB PAITB SAIS U PORT 00 OQODOAUX
SOIITAKT DIS PORTS iriUIfOBIIS.