‹ Histoire du commerce de Bordeaux depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 41 sur 86 · LA GUINÉE · texte numérisé non relu

LA GUINÉE

(Armes, vêtements, outils, quincaillerie, vins, eau-de-vie.)

En 1750, pour. . . 398,344 liv.

1754 355,330 1 ,353,985 li v.

67,457,999 liv.

Balance du commerce de l'Amérique dans le port de Bordeaux . . . 64^764,558

132,222,557 liv.

192 uiSToias DU commkkge

RÉSUMÉ DU BÉNÉFICE DU POBT DE BORDEAUX DANS SON COMMERCE AVEC LES PORTS ÉTRANGERS PENDANT NEUF ANNÉES, DE 1750 INCLUSIVEMENT JUSQu'a 1758, SUIVANT LES REGISTRES DES IMPORTATIONS ET EX|>ORTATIONS DE SON COMMERCE, SAVOIR :

BËNÉnCE DU PORT DE BORDEAUX

dans son commot» avec :

L'Angleterre 681 ,680.Iiv.

Le Danemarck 17,072,303

L'Espagne 4,895,998

La Hollande 87,028,142

Le Nord 89,345,207

La Suède , 7,845,080

La Russie 2,494,625

Le Portugal 128,095

La Flandre autrichienne. . . . 861 ,826

L'Italie 11,680,186

La Savoie 490,553

La Suisse et Genève. 1,478,591

194,002,286 liv.

Il résulte donc que Tétranger a été rendu débiteur envers le commerce de Bordeaux du principal cidessus, dont le fonds doit être rentré en arbitrage de change ou en marchandises.

RESUME DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIOJNS POUR LES ILES FRANÇAISES DE l' AMÉRIQUE PENDANT LES DITES NEUF ANNÉES 1750, JUSQU£S ET Y COMPRIS

l'année 1758, SAVOIR :

MONTANT des importations des denrées territoriales des iles françaises pendant les dites neuf années, ci 132,222,557 liv.

MONTANT des exportations du port de Bordeaux pendant les dites neuf années pour les iles françaises,

ci 66,104,014 liv.

Id. pour la Guinée.. 1 ,353,985 67,457,999

64,764,558 liv.

Le résultât des importations des colonies dans le port de Bordeaux, présente un bénéfîce-au commerce de 64,764,558 liv., laquelle somme est entrée dans le principal de, celle dont l'étranger a été constitué débiteur du commerce de Bordeaux (1).

Toutefois, il ne faut pas cesser de faire remarquer que dans cette énorme progression du commerce bordelais, le mouvement des vins, eaux-de-vie et farines, c'est-à-dire du commerce naturel de notre port, était toujours resté dans les mêmes conditions.

La (in de la guerre de sept ans fut déplorable pour noire commerce ; Bordeaux y perdit plus de la moitié de ses navires; une grande partie de nos colonies tomba au pouvoir de l'ennemi.

Les malheurs de notre place ne firent qu'exciter

(1) Archives départementales, Commerce, carton C, n9 754.

494 HISTOIRB DU COMMERCE

le patriotisme de ses habitants; une soascriptioo , couverte des premières signatures bordelaises , offrit au roi un vaisseau de premier rang ; noble et généreux exemple , digne d*un grand port maritime, et que Bordeaux a renouvelé plusieurs fois (1).

Au surplus, ce n'était là, selon nous, que rac-

complissement d'un devoir; si le Gouvernement et tous les sujets sont gardiens solidaires de l'honneur national, cette vérité est plus décisive encore à l'égard du commerce; il recueille pendant la paix toutes les conséquences de la grandeur et de la force do pays, il doit les défendre pendant la guerre sans ménager ni son sang ni sa fortune.

Notre chambre de commerce manifesta de nouveau le patriotisme le plus énergique, lorsqu'on apprit, en 1761, que la cession du Canada devait être comprise dans les conditions de la paix. Il serait difficile de trouver, même dans les pays de grande liberté politique, un langage plus rempli de franchise, d'indépendance et d'élévation. Ce document honore trop le commerce de Bordeaux pour n'être pas recueilli dans cette histoire :

(1) Lettre de la Chambre de commerce de Guyenne k M. Je duc de Choiseul : <( Monseigneur, la bienveillance et la protection dont Votre Grandeur honore le commerce, nous font espérer qu'elle accueillera avec bonté l'extrait de la délibération de la chambre de commerce de la province de Guyenne; nous nous sommes occupés de décider par 'exemple les négociants à concourir k la construction d'un vaisseau que la province est dans l'intention d'offrir à Sa Majesté; nous avons suivi sur cet objet les mouvements de zèle et de patriotisme que votre glorieux ministère inspire ii tous les sujets. Nous sommes, etc. ))

Dfi BORDEAUX. 195

« La Chambre de commerce de Guyenne à M. te duc de Choiseul :

» Monseigneur,

» L'importance du sacrifice projeté pour obtenir la paix , manifeste bien sensiblement la tendre et paternelle sollicitude de Sa Majesté pour le repos et le bonheur de ses peuples; mais si en bénissant la main du bienfaiteur il nous est pernûs de réfléchir sur le bienfait, la paix n*a pas tous nos vœux s il doit en coûter la cession du Canada.

» Cette colonie, si précieuse par sa situation, relativement à la sûreté des îles , si utile par la nature de son commerce, considéré dans l'intérêt àes différents états qui y versent leurs produits , si redoutable enfin pour nous entre les mains des Anglais, nous paraîtrait une perte irréparable, et la continuation de la guerre serait peut-être moins funeste. Intimement persuadés que les circonstances essentielles de celte colonie n ont point échappé à votre attention , Monseigneur , qu'il nous soit permis d'en hasarder le tableau pour justifier nos regrets, et qu'il ne paraisse pas que nous sommes affectés de la privation sans en connaître le mérite.

» Le Canada fournissait en temps de paix, au commerce de France, deux objets considérables: 60 vaisseaux sortaient chaque année de nos ports pour y transporter les choses propres à la consommation ; 1 50 autres y allaient pêcher la morue. Le chargement de ces 60 vaisseaux était composé de vins, d'eaux-devie, de draperies fines et communes, et générale-

ment (1c tous les objets de consommation et de luxe; on en peut évaluer le capital à 10 millions, et à S millions le profit qui en résultait. Le produit de ces chargements était employé partie en lettres sur les trésoriers de Sa Majesté, et les dépenses que comportait le service du Roi dans la colonie en étaient ainsi acquittées avec d'autant moins de frais, partie en pelleteries provenant de la chasse des sauvages, marchandises qui, devenant en France un objet de commerce, était dans le Canada une occasion de liaison avec ces mêmes sauvages que l'on a toujours utilement employés à la défense de la colonie, partie enfin en était convertie en huile de loup marin et en morues provenant de la pèche des habitants.

» Tandis qu'un certain nombre de ces vaisseaux transportaient ces objets en France , les autres chargeaient des bois de charpente qu'ils apportaient aux îles. Ce n'est point les seuls avantages que les îles en recevaient : ces mêmes vaisseaux , en augmentant le nombre de ceux: qui s'y trouvaient déjà, faisaient diminuer le prix du fret , et la colonie remettait en France ses denrées à moins de frais. Les îles trouvaient aussi dans le Canada le débouché des tafias et des sirops , débouché utile qui , joint à la circonstance de la diminution du fret , lie l'intérêt des îles à la conservation du Canada.

» Tel était Tétat du commerce du Canada avant la guerre ; mais ce n'est pas tout ce que le Canada pourrail fournir; nous ne croyons pas déplacé d'en parler ici , puisque , raisonnant sur le mérite de la colonie,

DE fiOBDEAUX. 197

il e^t également utile de voir ce qu'elle était avant la guerre et ce qu'elle pouvait devenir lorsqu'une paix heureuse l'aurait rendue à la France.

» Le tabac croit parfaitement dans le Canada; si la plantation en était encouragée, la colonie accroîtrait en nombre d'habitants en raison de ce que les produits seraient multipliés en quantité et accrus en valeur. Cet encouragement dépend du fermier; si les considérations qui le conduisent chez les Anglais peur y acheter le tabac de leurs plantations, ne sont pas telles que l'intérêt de la nation ne puisse bien les balancer, qu'il verse dans cette colonie, en achats de cette denrée, les sommes considérables qu'il porte chez les Anglais , la colonie lui devra sa force essentielle, résultant de l'accroissement du nombre de ses habitants, et la nation , les profits d'un nouveau commerce!

» Le Canada fournirait encore de la mâture et du bois de construction; ce bois sec et attendu serait employé utilement dans nos chantiers; ainsi ménagé, il ne ferait pas dans nos mains un moindre usage que chez les Anglais; mais c'est lorsque le bois manquera en France que l'on goûtera cette ressource ; si jamais on l'employait , si le tabac devenait en Canada un objet d'agriculture, l'exportation de l'un et de l'autre rendrait nécessaire un plus grand nombre de vaisseaux, et de l'accroissement de la marine marchande résulterait la force de la marine royale, fondée sur 1(3 plus grand nombre de matelots. On y cultiverait aussi avec succès le chanvre. Il ne manque

198 HISTOIBB DU COMMERCE

pour rendre cette colonie une des plus utiles par la nature des choses dont elle est susceptible , que des bras pour cultiver les terres et fouiller les mines.

» Nous avons dit que 150 vaisseaux sortaient chaque année des ports de France pour aller pêcher la niorue dans les mers du Canada ; 10 à 12,000 hommes employés sur ces vaisseaux cherchent au fond des mers le capital d'un commerce solide par ses rapports avec les besoins de la vie , et d'autant plus à considérer pour nous que notre morne, mieux prépaparée que celle des Anglais, ou préparée avec de meilleurs sels, en nous acquérant la préférence dans la vente , assure les profits de notre pèche. Ces mêmes hommes, exercés dans une navigation dure et pénible, deviennent d'excellents matelots.

» Le Canada, considéré relativement au commerce, tel qu'il était établi avant la guerre et tel qu'il pourrait être pratiqué après la paix, est donc de la plus grande importance ; l'agriculture , les manufactures, toute Ib masse de l'industrie le réclament; la navigation y voit d'une part une école qui lui forme de nouveaux matelots, de l'autre des ressources pour suppléer au défaut de nos bois dans la construction des vaisseaux. Il ne mérite pas moins si on l'envisage du côté de la pêche de la morue; les établissements offerts par les Anglais ne sauraient y suppléer : sans ressource utile par leur situation et n'offrant d'ailleurs aucune retraite assurée, on craindrait de tenter une pêche au milieu des Anglais, dont le mauvais vouloir toujours impuni pourrait la rendre

infructueuse; le commerce a présente la violence qu'il éprouva de la part des Anglais sur la côte d'Afrique, immédiatement après la paix d'Aix-la-Chapelle, et il peut craindre les mêmes excès partout où en concours avec eux il se trouvera sans défense. La cession du Canada entraînerait infailliblement la ruine de la pêche de la morue, et la France , privée de ce commerce , se verrait obligée de se pourvoir chez les Anglais eux-mêmes.

»r Si toutes ces considérations doivent rendre cette colonie précieuse à la France, de quel intérêt ne lui est-elle pas encore relativement à la sûreté de nos îles? L'Anglais, possédant le Canada et n'ayant rien à craindre pour ses denrées, peut. former dans la nouvelle Angleterre les apprêts des entreprises que son ambition ne manquera pas de lui suggérer. Ses flottes partiront de ses ports en Amérique, elles attaqueront et surprendront nos îles, possessions importantes, objet d'une navigation immense, et qui fournissent à la France un commerce qui , la répandant dans toute l'Europe , détermine partout en sa faveur la balance des profits. Les traités les plus solennels opposeraient faiblement contre une puissance qui compte pour juste tout ce qui lui est utile, qui fait la guerre pour acquérir, qui ne voit la gloire dans les succès que comme cause seconde, chez qui le désintéressement du vainqueur le cède sans cesse à l'intérêt du commerçant; la force seule peut la contenir, ou toute l'Amérique conquise suffira à peine à son ambition ; sûre de dominer quand elle possédera la

iOi) HISTOIRE nr commerce

richesse , elle trouvera dans ragramlissomcnl (le son commerce la source de ces richesses mêmes.

n Vainement espérerait-on sur la Louisiane : celle colonie, accrue des débris du Canada, pourrait par ses communications et par le produit de son sol mieux cultivé devenir plus florissante; mais reculée dans le golfe du Mexique et d'ailleurs hors de proportion de force, elle ne saurait opérer une diversion utile et capable de contenir les projets ambitieox des Anglais; elle serait elle-même le premier objel de leur conquête. La continuation de la guerre ne peut manquer de faire sentir aux Anglais le besoin de la paix et de réprimer cet essor imposant qui menace toute TEurope ; cette nation, élevée sur âês conquêtes, compte vainement ses flottes nombreuses, ses officiers de mer braves et expérimentés : sa force repose sur son crédit, qui dépend lui-même de la continuité des succès : l'inaction est perte pour elle; un échec peut devenir une révolution.

» Cest ainsi. Monseigneur, que le commerce se représente Timportance du Canada et croit voir dans la continuation de la guerre les moyens de le recouvrer. Comment désirer une paix qui préparerait une guerre plus funeste que celle qu'elle aurait finie? Ou plutôt qui ne désire point la continuation d'une guerre que le bien général nécessite et dont les circonstances, confiées à vos lumières supérieures, Monseigneur, donneront les plus grandes espérances. Déjà la confiance reproduit les ressources; Sa Majesté puisera loujours dans le cœur de ses sujets les secours que l'intérêt et

le profit sollicitent chez les autres peuples; tous les États du royaume offrent leur fortune, le commerce ne compte la sienne que pour la gloire de Sa Majesté; plus immédiatement frappé des malheurs de la guerre, la paix serait pour lui un intervalle utile qui suspendrait ses maux; mais ne considérant son inlérêt que dans le bien général , il n'est point de sacrifice auquel il ne se livre pour concourir à recouvrer par une paix glorieuse Jes possessions essentielles qu'un injuste mais heureux ennemi a enlevées.

» Nous osons , Monseigneur , hasarder ainsi , sous vos yeux, le sentiment du commerce de Bordeaux sur la cession du Canada; les vues du bien général qui nous dirigent peuvent faire notre excuse.

» Nous sommes , etc. »

Ces considérations arrétèrentTin moment les projets du Gouvernement; la guerre continua avec vigueur, mais elle ne fut pas heureuse, et deux ans aprèt^, le traité de Paris régla définitivement la paix^ en cédant à l'Angleterre, non-seulement le Canada, mais encore TAcadie et l'île du cap Breton.

Cependant, malgré ses malheurs, la France, fatiguée mais inépuisable dans ses ressources, reprit le cours de ses prospérités; le flot du commerce d'Amérique montait toujours et envahissait l'ancien monde; presque tous les ports de l'Europe venaient chercher à Bordeaux les sucres et les cafés estimés de nos Antilles. Les cultures, la population, la fortune générale avaient décuplé, surtout depuis vingt ans, à Saint-Domingue et. dans toutes nos îles; plus de

quinze villes populeuses et un nombre considérable d'habitations opulentes faisaient une immense consommation des produits de l'industrie et du sol français.

En 1769, un nouvel avantage s'ouvrit pour le commerce de Bordeaux : le Gouvernement rendit la liberté aux opérations maritimes avec les Indes orientales, et les armateurs bordelais profitèrent rapidement de cette situation. A partir de cette époque, jusqu'à 1786, moment oîi l'État mal inspiré crot devoir rétablir de nouveau le privilège exclusif de la grande Compagnie, Bordeaux expédia aux Indes dix navires par an , terme moyen; nos exportations consistaient , savoir : les deux tiers en piastres , le reste en vins, eaux-de-vie, liqueurs, objets de quincaillerie, mercerie, draperie, cordages, fil d'or, bijoux, etc. Les retours se faisaient en mousselines, toiles de coton propres à l'impression, toiles pour la traite, thé, salpêtre, soies écrues, drogues médicinales, boi3 de teinture, etc. Bordeaux , dit M. Jouanoet, avait sur tous les ports de France l'inappréciable avantage d'être l'entrepôt naturel de tous les objets dont se composaient les cargaisons destinées aux Indes; il tirait en effet de son propre sol les vins et les eaux-de-vie; de ses fabriques spéciales, les liqueurs et les cordages; de ses rapports journaliers avec tout le Nord, le fer, le cuivre, l'acier et le plomb ; enfin , le solde de ses transactions commerciales avec l'Espagne s'opérait en piastres avec l'avantage de 1p. 100 meilleur, marché. Il résultait

de cette situation que le bénéfice de Bordeaux dans le commerce des Indes était supérieur à celui des autres places et s'évaluait à une moyenne de 37 p. 100. En 1775, rimportation des marchandises colonia- (es de nos ties d'Amérique s'élevait, dans notre port, à une valeur de 53,232,025 liv. , chiffre trois fois supérieur à celui de 1760, savoir :

- De Saint-Domingue. . . 38,51ft,603 liv.

De la Martinique. . . •. 7,115,355

De la Guadeloupe. . . . 7,592,696

DeCayenne 7,371

Total. . . . 53,232,025 liv.

Ces importations s'étaient opérées par deux cent vingt navires.

Cette immense prospérité atteignit enfin son apogée vers 1778. Au moment où la France contractait une alliance offensive et défensive avec les États- Unis, et déclarait la guerre à l'Angleterre, le mouvement commercial de Bordeaux était réellement prodigieux ; il accaparait presque complètement toute la navigation de Saint-Domingue; cette île et notre port formaient, pour ainsi dire, deux noms inséparables dans la statistique commerciale. Sur deux cent quatre-vingt-quatorze navires expédiés à cette époque par Bordeaux aux colonies françaises , les deux tiers au moins ne faisaient que les voyages d'Haïti; la plus grande partie des émigrants et des passagers pour cette île venaient de tous les points

^^ 204 HISTOIRE OC COMMBRCB

(le la France s embarquer à Bordeaux; nos cales, encombrées nuit el jour de lonneaux et de colis,

permettaient à peine la circulation ; la Garonne , continuellement sillonnée par les bâtiments et les embarcations, présentait le tableau le plus magnifique. Un écrit, publié à peu près à cette époque, s'exprime ainsi : « De toutes les villes de France, Bordeaux est une des plus curieuses à connaître. Si vous voulez avoir le tableau de rabopdance, cherchez-le à Bordeaux. A Paris, peu de gens jouissent : tout le reste n a de jouissance que par Timilation et la société de ceux qui jouissent; à Bordeaux, vous trouverez une abondance facile, une abondance généralisée, celle qui en donne le sentiment à toutes sortes de spectateurs; on dirait que le Pactole y coule, et coule pour le peuple. » — Arthur Young, voyageur anglais, dit encore : « Malgré tout ce que j avais vu ou entendu sur le commerce, les richesses et la magnificence de la ville de Bordeaux, tout cela surpassa mon attente. »

La place de Bordeaux offrait, en effet, les résultats les plus heureux qu'ait jamais présentés le commerce : les affaires répandaient dans toutes les classes un luxe , un confort , qui devait surprendre les étrangers. Des quartiers magnifiques remplaçaient de tous côtés la vieille ville; l'intelligence et l'aptitude commerciales se montraient partout ; déjà marchaient dans tout leur éclat des armateurs que notre commerce compte encore dans ses rangs : les maisons Abraham Gràdis, Cabarus, Bonaffé, Leiellier, jouis-

saîent d'une réputation européenne; nulle part au monde les opérations ne se faisaient d'une manière plus régulière et plus rapide. La tenue des maisons de commerce était admirable et digne de la richesse du pays. « Pour se faire «ne juste idée de notre port à celte époque, dit M. Jouannet, il ne faut pas seulement considérer le produit des affaires, ces millions qui , partagés entre une foule de maisons de commei^pe, les entretenaient dans l'opulence; il faut surtout regarder comme un bénéfice plus général et plus réel ces frais de construction navale, d*armements, de désarmements, d'achats et de transports de vins, frais qui , de la caisse de l'armateur, faisaient passer la majeure partie de ses bénéfices dans les mains du cultivateur, de l'ouvrier, du marin, enfin de toute une population active et nombreuse; nul n'était pauvre, pourvu qu'il eût des bras, du courage et de la santé. »

Le tableau du commerce maritime se résumait ainsi :

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