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Lorraine faisaient un commerce à peu près égal à celui de la Haute-Normandie. La généralité de Tours est la seule de l'intérieur du royaume à laquelle Arnould attribue une exportation supérieure à 5 millions. Le Midi l'emportait sur le Nord par le chiffre de ses exportations : c'est le contraire aujourd'hui.
Arnould fait observer que dans le cours du xviir siècle la richesse a plus augmenté dans la région côtièrede l'Atlantique que dans le centre de la France parce que le commerce maritime s'est alors beaucoup développé *.
On peut se demander quelle valeur représente, comparativement à la valeur du commerce delà France au xix* siècle et au xx® siècle, ce chiffre de 1.018 ou 1 .078 millions de livres à la fin de l'ancien régime, La livre tournois renfermant depuis la réforme de 1785 un poids de métal fin (calculé sur la moyenne de la monnaie d'or et de la monnaie d'argent) égal à celui de 0 fr. 99 de notre monnaie actuelle, on peut dire que le commerce de 1787-1789 représentait une valeur intrinsèque d'un peu plus d'un milliard de francs. Or pour trouver, dans la statistique officielle du commerce extérieur de la France un chiffre qui atteigne et dépasse le milliard, il faut aller jusqu'en 1825.
Mais sous le règne de Louis XVI le milliard était-il le prix d'une quantité de marchandises égale à celle qu'un milliard achetait sur la Restauration ?
11 n'est pas inutile de faire observer que le prix des denrées agricoles, qui avait été généralement bas sous le règne de Louis XV jusque vers le temps de la guerre de Sept Ans,avait augmenté ensuite jusqu'à la Révolution. Le vicomte d'Avenel a évalué,d'après ses recherches, le prix moyen de l'hectolitre de blé à 10 fr. 63 (monnaie actuelle) en 1741- 1750, à 13 fr. 28 en 1761-1770 et à 15 fr. 32 en 1781-1790. Pour la plupart des autres denrées et pour les métaux communs, on constate une augmentation du même genre ; on en constate aussi une, mais moindre, pour les salaires '. Quelles que soient les causes de celte augmentation des prix, elle a dû influer sur le grossis.sement du chiffre du commerce extérieur depuis 1764.
De 1821 à 1830, le prix du blé, faible dans la première moitié de la période, fort dans la seconde, a été en moyenne de 19 fr. 80 l'hectolitre, supérieur par conséquent au prix moyen des dernières années de l'ancien régime. A Paris les salaires semblent avoir été alors peu différents de ce qu'ils étaient en 1789, bien que préalablement un peu plus élevés. Ce sont là sans doute de très insuffisants termes de comparaison,
1. Ea calculant sur une exportation de produits français de 364 raillions, Arnould estime que la part des sections maritimes était de 228 millions, celle des sections frontières de 77 millions, celle des sections intérieures de 11 millions, celle de la généralité de Paris de 17 millions, celle de la généralité de Lyon de 29 millions.
2. Pour une étude plus détaillée de cette question nous renvoyons les lecteurs à notre Histoire des classes ouvrières et de l'industrie avant 1789, 2' éd., t. II, p. 826 à 849.1
LE COMMERCE EXTERIEUR
et nous nous écarterions de notre sujet en insistant sur ce point : nous pouvons toutefois conjecturer que l'argent avait en 1789 'une valeur commerciale peu différente à celle de 1825 et partant que le milliard représentait une quantité de marchandises au moins égale.
Le commerce extérieur de la France à la fin du règne de Louis XVI n'était donc probablement pas inférieur à ce qu'il a été vers la fin de la Restauration. Il a fallu trente-cinq ans pour que la France, à travers les perturbations de la Révolution et les guerres de l'Empire, remontât au niveau qu'elle avait atteint.
Importations et exportations . — Les principaux articles du commerce extérieur étaient :
A l'importation : les matières premières de l'industrie textile et les huiles (36 millions 1/2 d'Europe, 26.8 d'Amérique, etc.) ; les bois et combustibles (54.2 millions d'Europe, etc.), les combustibles (53 millions), les drogueries (17 millions d'Europe, 11.6 d'Amérique, etc.), les épiceries, café, sucre, épices, etc. (9.4 millions d'Europe, 6 d'Asie, '2.7 d'Amérique, etc.), le tabac (15.9 millions), les boissons (9.2 millions), enfin les produits manufacturés (22 millions), etc.
A l'exportation : les produits manufacturés de l'industrie textile (39 millions pour l'Europe, 10.3 pour l'Afrique, 27.2 pour l'Amérique), les produits d'autres industries (34.4 pour l'Europe, 2.9 pour l'Afrique, 15.2 pour l'Amérique), les comestibles (26.5 pour l'Europe, 19.6 pour l'Amérique, 1.8 pour l'Afrique), les boissons (55.6 pour l'Europe, 3 pour l'Afrique, 7.3 pour l'Amérique), le tabac (8.6 millions), les bois et autres combustibles (10.3 pour l'Europe, 6.5 pour l'Amérique), les matières textiles (14 millions).
Les marchandises des colonies françaises de l'Amérique et de l'Océan indien figuraient, en outre, dans la statistique pour 156 raillions à l'exportation. A cette somme il y a lieu d'ajouter les noirs vendus dans les colonies françaises et portés pour près de 5 millions à l'importation, et les 30.000 nègres achetés sur les côtes d'Afrique et directement transportés en Amérique, lesquels, à raison de 1.300 livres par tête, représentaient une valeur de 39 millions : ce qui ferait un total de 200 millions*.
Il y a encore à ajouter 19.3 millions à l'entrée et 15.2 à la sortie pour les métaux précieux.
Ces chiffres, quoique semi-officiels, sont, avons-nous dit, loin d'être à l'abri de la critique. Necker en trouvait dans les cartons de son ministère d'autres que ceux d'Arnould pour les années qui ont précédé la guerre d'Amérique ; mais ses chiffres ne portaient que sur les provinces des Cinq grosses fermes (230 millions à l'importation et 300 à l'ex-^
1. Dans un de ses tableaux Arnould porte pour l'Amérique le chiffre de 192 millions.
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portation *) et il regardait comme invraisemblable la balance de 70 millions qu'ils accusaient 2. Quelques années plus tard, le député de Boislandry présentait dans un discours à l'Assemblée Constituante un total de 300 millions à l'importation, dont une cinquantaine en métaux précieux, et de 310 environ à l'exportation ; mais il ne comptait pas l'importation des colonies 3.
1. Arnould donne 3.456 millions à l'importation et 3.378 à l'exportation pour toute la période 1777-1783.
2. Voici les chiffres donnés par Necker. Us diffèrent beaucoup de ceux qui se trou- ^ vent dans l'ouvrage d'Arnould :
' Marchandises Importalions Exportations
Millions de livres
Matières premières 70 »
Combustibles 25 »
Cuirs, bas » 6
Chevaux, suifs, peaux, plumes, drogues .... 10 à 12 »
Comestibles 40 »
Produits agricoles » 16
Vins, eaux-de-vie, liqueurs » 35 à 40
Produits de l'Inde orientale 14 18
Denrées des lies d'Amérique » 70 à 75
Tabac 10 »
Pierres précieuses 20 »
Objets manufacturés 40 150
Total 230 300
Numéraire 40 à 41 »
3. M. de Boislandry, député de Paris, fabricant de mousselines à Versailles, homme compétent en matière commerciale, a donné dans son discours (30 novembre 1790) un aperçu des divers chapitres du commerce extérieur : l" à l'importation, 130 millions de matières premières (presque toutes exemptes de droits), 60 millions environ de denrées, charbon, drogueries, épiceries, métaux non œuvres, etc., 20 à 25 millions en marchandises de l'Inde et de la Chine, 75 millions en produits fabriqués, 40 à 50 millions en métaux précieux, total 295 à 300 millions ; 2° à l'exportation, 120 millions de produits manufacturés, 60 à 70 millions en produits du sol et de l'agriculture, 120 millions en denrées coloniales,l ou 2 millions en charbon de bois, engrais, etc.; en tout 300 à 312 millions. Soit un total général d'environ 610 millions dans lesquels l'auteur ne comptait pas les importations des colonies.
Dans son dernier rapport à l'Assemblée Constituante Goudard, rapporteur du projet de tarif général des douanes, donna des chiffres un peu plus élevés : !• commerce avec l'Europe, les Etats-Unis d'Amérique,les Levantins et les Barbaresques : à l'importation 302 millions en 1788 et 345 en 1789 (augmentation due à l'importation de grains nécessitée par la disette), à l'exportation 365 millions en 1788, 357 en 1789, quoique l'exportation des produits agricoles et des marchandises ouvragées eût augmenté ; 2° commerce avec les colonies françaises d'Amérique et d'Afrique : à l'importation 196 millions en 1788 et 219 en 1789, k l'exportation 98 millions en 1788, 78 en 1789; 3» commerce avec les Indes orientales (Ile de France,Bourbon, Inde, Chine, etc.) : exportation 16 millions; 4o exportation des pêcheries (/i Terre-Neuve),en 1788 16 millionSj^H en 1789 12 millions ; 5* navigation dans les mers d'Europe et cabotage en 1788,^b' 1.160.000 tonneaux dont 330.000 français, en 1789 1.200.000 tonneaux dont 260.000 français. Le cabotage était presque exclusivement sous pavillon français. Le total est
LE COMMERCE EXTERIEUR
Le rapporteur du tarif général des douanes donnait, de son côté, pour l'année 1788, 998 millions (498 à l'importation et 495 à l'exportation).
Quoique l'imperfection des documents et surtout les nombreuses omissions qui doivent se trouver dans les premiers états n'autorisent pas un véritable parallèle numérique, il n'est pas sans intérêt de rapprocher les chiffres de l'année 1716, commencement de la statistique commerciale et du règne de Louis XV de ceux de la fin de la monarchie absolue, afin de prendre une idée du progrès accompli en trois quarts de siècle. Le commerce avec l'Europe apparaît comme ayant quintuplé à l'importation et quadruplé à l'exportation. L'importation enregistrée était dix fois plus forte sur les tissus, les drogues et les boissons, neuf fois sur les matières premières de l'industrie, sept fois sur les bois, métaux, goudron, charbon de terre, mercerie, quincaillerie, cinq fois sur les bestiaux, trois fois sur le tabac. A l'exportation la valeur était trois fois plus forte sur les tissus et fils qui étaient de beaucoup l'article le plus important, deux fois sur les boissons qui venaient au second rang dans l'ordre d'importance, cinq fois pour la mercerie, quincaillerie, verrerie, dix fois pour les bois et métaux, etc. Le commerce avec l'Inde et la Chine avait passé de 2.8 millions à 17.4, celui des colonies françaises et des pêches de 9.1 à 17.9 millions'.
Arnould, comparant la valeur des produits de l'exportation française au commencement du règne de Louis XV et à la veille de la Révolution ', donne les chiffres suivants :
Produits du sol
Produits de l'industrie française. .
Denrées coloniales de l'Amérique .
Marchandises des Indes réexportées Marchandises étrangères réexportées Balance en argent
Millions de livres
en 1716
en 1189
de 971 millions (498 à l'importaiioa et 495 à l'exportation) en 1788 et de l.OH millions (564 à l'importation et 447 à l'exportation) en 1789. Le rapporteur fait remarquer que les Trois Evêchés, l'Alsace et la Lorraine ne sont pas compris dans son calcul.
1. Cette balance résulte de 104 millions payés par l'Espagne, l'Allemagne, la Hollande (laquelle se couvrait par les ventes de produits français qu'elle faisait dans les pays du Nord) ; de ces 104 millions il y a à retrancher 57 millions que la France payait à l'Angleterre, au Portugal, à l'Italie et aux Étals-Unis.
2. Voici, d'après Arnould, le détail en 1716 et en 1787, que Peuchet, dans ]& Statistique élémentaire de la France (p. 480), reproduit comme étant la moyenne des années
3. Dans cette somme ne sont pas compris 12 millions de livres exportées pour les Echelles du Levant, mais ayant servi à acheter des marchandises.