‹ Histoire du commerce de Marseille pendant vingtChapitre 145 sur 167 · LAINES · texte numérisé non relu

LAINES

Voici quelques chiffres qui exprimeront sornmairement , mais très exactement, combien s'est développé à Marseille, depuis un demi-siècle , le commerce des laflnes. La valeur totale des laines importées, pendant cette période, S'est accrue de la manière suivante :

1827 2,816,145 francs.

Nous allons encore demander au recueil des comptes-rendus publiés par la Chambre de commerce, le résumé historique des progrès de cette branche de notre commerce, depuis une quinzaine d'années.

Les importations de laines se sont élevées au chiffre de 111,098 balles.

n n'existe à Marseille ni filature, ni tissage. Il faut donc que l'on réexpédie au loin toutes les laines importées sur notre marché , et comme notre principal débouché est le Nord de la France, on comprend que la réduction des frais de transports est le seul moyen de réserver à l'industrie nationale le monopole des laines de la Méditerranée.

La laine paie, de Marseille à Roubaix, 120 francs par tonne, soit la moitié plus que n'exigent, pour un semblable parcours, les chemins de fer allemands ou anglais.

L'industrie réclame instamment une réforme dans les tarifs des grandes lignes françaises, et tout fait supposer que, si l'abaissement de tarif qui a été promis était enfin accordé, il en résulterait une telle augmentation de trafic, que les administrations de chemins de fer y trouveraient une large compensation.

Le commerce des laines, en 1862*, a présenté des phases inaccoutumées.

D'abord , sous l'influence de la situation nouvelle faite à nos fabriques par le Traité avec l'Angleterre, les laines à la tonte, en France, ont subi une baisse de 10 à 15 0/0.

Ensuite, les producteurs du Levant, ceux de la Syrie et de la Perse notamment, onf , au début de la campagne , tenu leurs prix à 15 et 20 0/0 au-dessus de ceux payés

à la tonte de 1861, dans l'espoir que la disette de coton et la hausse extraordinaire survenue dans les cours de ce textile feraient naturellement surenchérir les laines.

Par suite de cette double circonstance , la position des importateurs est restée fort difficile, pendant plusieurs mois ; car, réduits aux débouchés habituels de la consommation, ils allaient se voir obligés de niveler les prix des laines exotiques avec ceux des laines indigènes, ce qui n'eût pas manqué de leur occasionner des pertes considérables.

Heureusement pour eux , les armements des Etats-Unis d'Amérique vinrent provoquer des demandes importantes pour fourniture de draps, de housses et de couvertures. 20,000 balles exotiques et un million de kilogrammes environ de produits de Midi, en suint, furent ainsi expédiés de notre port.

n est à remarquer qu'à l'exception de l'année précédente , pendant laquelle on en expédia une petite quantité aux États-Unis , les laines indigènes du midi n'avaient jamais été achetées pour l'étranger.

La hausse énorme et constante qu'ont subie les cotons, a largement contribué à l'augmentation des arrivages de laines et a naturellement provoqué l'élévation des prix sur les marchés producteurs.

Malheureusement, ni la position de nos fabriques, ni môme la qualité des laines, qui étaient généralement plus chargées de suint que l'année dernière, ne justifiaient les cour? élevés qu'étaient obligés de soutenir les importateurs, à cause des premiers coûts de la marchandise. Aussi, pendant les trois premiers mois des arrivages, il y a eu une telle résistance de la part des acheteurs, que la presque totalité des laines importées a été mise en magasin ; notre dépôt a donc pris une très grande importance.

Sur ces entrefaites, quelques ventes considérables pour l'Amérique sont venues changer une situation qui serait devenue périlleuse pour les détenteurs, si nos fabriques n'avaient alors suivi l'impulsion qui venait d'être donnée, et c'est ainsi que les cours ont obtenu une hausse d'environ 4 à 5 0/0 sur les plus hauts prix pratiqués Tannée dernière.

L'importation des laines s'est élevée à 131,400 balles, soit une augmentation de 16^075 balles sur l'année 1863.

Cette augmentation s'est plus particulièrement produite sur les provenances du Levant et de la Syrie et sur celles de l'Algérie.

La vente des laines a été facile et régulière pendant toute l'année, et les qualités

propres au peigne ont eu une active demande avec une hausse de 8 à 12 0/0 sur les plus hauts prix de 1863.

Tout permet d'espérer que cette situation favorable devra se maintenir et faire encore de nouveaux progrès. Mais, pour que Marseille puisse demeurer en possession de tous les avantages, qui résultent naturellement pour elle de sa position exceptionnelle dans la Méditerranée, il est indispensable que la modération des prix de transport, par chemin de fer, lui permette de lutter d'une manière efficace contre le développement que tendent à prendre, à son détriment, les expéditions directes des ports de la Méditerranée vers les ports de l'Angleterre et les ports français du Nord.

Les laines qui arrivent à Marseille sont, en majeure partie, expédiées dans le bassin du Nord, où elles vont alimenter les fabriques de Roubaix et de Turcoing, et, tandis que les cotons pour les mêmes destinations jouissent d'un tarif de 5 c. par tonne et par kilomètre, et cela sans être astreints à l'obligation d'être expédiés par parties de 5,000 kilogr., les laines se trouvent encore soumises à un tarif de 8 c, par tonne et par kilomètre, pour les parties formant wagon complet de 5,000 kilogr., et de 10 c. pour les parties inférieures à 5,000 kilogrammes.

« Une pareille anomalie, que rien ne saurait justifier, dit la Chambre de Commerce, « pèse d'une manière trop lourde sur le commerce des laines pour qu'elle puisse durer « longtemps encore sans en arrêter l'essor. On ne saurait la signaler sans exprimer (( le désir et sans concevoir l'espérance de la voir bientôt cesser.

Diminution de 6,400 balles dans le chiffre des importations, qui a porté principalement sur les provenances de Perse et de Syrie.

Les provenances de l'Algérie n'offrent pas de notable changement. Cependant, le chiffire des arrivages de la province d'Alger est descendu de 16,270 balles à 12,738; celui des provenances de la province d'Oran est resté stationnaire, et la province de Constantine a seule donné une légère augmentation sur l'importation de l'année derr nière : 19,592 balles contre 18,790.

Ce résultat s'explique par la persistance avec laquelle les Arabes continuent à frauder les laines dans les provinces d'Oran et d'Alger, en éloignant de plus en plus les acheteurs sérieux. Les laines de Constantine, qui, au contraire, sont exemptes de toute fraude, sont recherchées avec plus d'empressement.

Les arrivages de laines ont augmenté de 33,801 balles sur l'année 1865. Cet accroissement provient surtout des importations du Levant, de la Syrie et de la Géorgie.

Les 17,000 balles arrivées en plus du Levant, ainsi que les 7,300 balles arrivées en plus de la Gréorgie, sont le véritable signe du progrès de nos importations.

Nos importations en laines d'Algérie Sont demeurées stationnaires et ne présentent aucun notable changement; ces laines sont de plus en plus directement achetées sur les lieux de production par les maisons de l'intérieur.

L'importation des laines de Buénos-Ayres , qui s'était un peu relevée en 1865, a fléchi encore cette année. L'absence de service régulier de bateaux à vapeur pour La Plata et le Brésil met toujours obstacle au développement de nos relations avec ces contrées , « et nous ne devons pas nous lasser, lisons-nous dans le compte-rendu « de la Chambre de Commerce , de formuler des vœux pour que ce service, depuis si « longtemps promis et si légitimement désiré , nous soit enfin donné. Nous ne devons « pas nous lasser non plus , de demander une réduction sur les frais de transport « par chemin de fer. Mai*seille ne saurait perdre de vue que l'avenir de son commerce « est étroitement lié à la multiplicité , à la rapidité et à l'économie des moyens de « transport par terre et par mer. »

L'année 1867 a été, pour les afiaires de laines, l'une des plus mauvaises dont le commerce de Marseille ait gardé le souvenir.

Une pareille prolongation de malaise dans une branche de commerce qui , depuis longtemps , n'avait cessé de suivre une marche ascendante et prospère , donne la mesure de l'intensité de la crise commerciale et industrielle qui , sous l'influence de causes multiples, a éclaté en 1868 et dont les effets se sont prolongés au-delà de toute prévision.

Le commerce des laines s'est naturellement ressenti de cet état de choses , et nos importations, qui s'étaient élevées, en 1866, à 159,800 balles, sont descendues, en 1867 , à 122,900 balles.

Cependant, les arrivages de Buénos-Ayres ont sensiblement augmenté. Cet accroissement est dû, sans doute, à l'établissement d'un service régulier de bateaux à vapeur avec l'Amérique du Sud , qui vient d'être créé par la Société Générale des Transports maritimes.

Augmentation de 16,000 balles sur les arrivages de 1867. Les importations de Buénos-Ayres ont continué le mouvement ascendant signalé Tannée dernière. La Chambre de Commerce voit , dans ce fait , la preuve des bons

effets du fonctionnement des sefrvices réguliers à voiles et à vapeur établis entre Marseille et l'Amérique du Sud.

Notre port , cependant, est bien distancé par les ports du Nord et notre importation de 7,180 balles ne saurait être comparée aux arrivages constatés au Havre, où on a reçu 60,459 balles, et à Anvers, où on en a reçu 144,087.

Les importations ont sensiblement diminué , et les transactions ont été , pendant la plus grande partie de Tannée , lentes et difficiles. Les prix n'ont pu commencer à s'améliorer que dans les derniers mois de 1869.

Vers cette époque , Marseille a ressenti les bons effets du mouvement qui s'est manifesté dans le nord. D'ailleurs, notre commerce a été puissamment aidé par les notables réductions consenties par la Compagnie du chemin de fer Paris-Lyon- Méditerranée sur le prix de transport des laines en destination de Roubaix , Turcoing et Verviers. Grâce à ces réductions, qui ont donné une juste, quoique tardive, satisfaction à notre commerce, nous avons pu, non seulement lutter plus facilement contre les importations directes des laines du Levant qui ont lieu par Dunkerque , mais nous avons eu encore la possibilité de lier avec la Belgique des relations à l'établissement desquelles l'ancien tarif avait mis , jusque là , un obstacle que rien n'avait pu surmonter.

La guerre contre la Prusse et les événements politiques survenus pendant sa durée ont détruit les espérances que la reprise des affaires avait fait concevoir vers la fin de l'année dernière.

Les arrivages en laines qui, en 1869, étaient descendus à 93,700 balles, ont atteint à peu près ce chiffre en 1870, malgré les douloureuses circonstances qui ont, en réalité, réduit la campagne des laines à une durée de six mois.

Le mouvement d'affaires qui s'est produit dès le mois d'avril 1871, a provoqué sur les prix des laines une hausse progressive qui a bientôt atteint des proportions trèsélevées. Cette hausse, qui, sur certaines qualités, n'a pas été moindre de 50 à 55 0/0 , a eu pour cause non seulement l'importance des besoins qui se sont manifestés à la suite du long temps d'arrêt que la guerre et l'insurrection parisienne avaient

imposé à toutes les transactions commerciales , mais encore las demandes sjrrivées sur notre marché pour l'Angleterre et les États-Unis d'Amérique.

Les importations de laines d'Algérie , qui avaient sensiblement décru en 1869 et 1870, par suite de la mortalité et de la destruction du bétail qui avait eu lieu en Algérie à la suite de la famine, se sont énergiquement relevées en 1871 (32,446 balles contre 20,341 en 1870).

Le haut prix des laines et la recherche des viandes de boucherie sont pour l'Algérie un puissant encouragement à développer la production du bétail. Tout fait espérer que, de ce côté, nos importations pourront 'encore s'accroître notablement.

Le développement qu'a pris la navigation à vapeur, la concurrence qui s'est établie entre les diverses compagnies qui desservent le littorçil algérien , ont amené , sur les prix des transports par mer, des réductions qui tendent à remener vers notre port des importations qui étaient dirigées directement vers les pays de consommation.

Ce mouvement serait plus prononcé encore , si nos tarifs de chemin de fer étaient moins élevés.

Le chiffre des importations en laines a été, en 1872, de 181,201 balles, au lieu de 116,608 balles arrivées en 1871.

Les arrivages de l'Algérie ont été considérables : 60,377 balles, soit 27,931 de plus qu'en 1871.

Il est permis d'espérer que ce mouvement ascensionnel ne se ralentira pas. Mais , pour assurer ce résultat , il est indispensable que les transports par chemins de fer soient établis à des prix modérés.

La majeure partie des laines qui arrivent à Marseille sont consommées dans les départements du Nord ; elles ont donc à faire un long parcours à travers la France , et l'influence que peuvent exercer sur nos importations les tarifs de chemin de fer est naturellement considérable.

Les importations de Buénos-Ayres , qui, depuis quelques années , n'avaient cessé de décliner et qui étaient descendues à. 1,652 balles, se sont relevées en 1872, sous l'influence des prix élevés obtenus en 1871, et ont atteint le chiffre de 5,489 balles.

Légère diminution dans le chiffre des arrivages en laines , qui sont réduits à 160,770 balles.

Les importations de l'Algérie ne se sont pas maintenues au chiffre élevé de 1872» . qui avait été une année exceptionnelle.

Il est vrai que, sur les 60,000 balles de 1872, 22,000 avaient été de passage, tandis que : sur les 42,000 balles de 1873, 18,000 seulement ont été de passage.

n n'en existe pas . moins une différence de 14,000 balles sur les quantités restées sur notre marché.

Les fabricants du Nord et quelques fabricants du Midi, s'approvisionnant directement sur les marchés de l'Algérie , les importations de ce genre de laine , par notre port, ne peuvent donner une idée complète de l'importance des quantités de laine exportées de l'Algérie pour la France ; les expéditions directes , soit par Dunkerque , pour les fabriques du Nord , soit par Cette , pour les fabriques du Midi , prennent chaque année un plus grand développement.

Ces expéditions directes sont évidemment préjudiciables à la prospérité du port de Marseille ; mais il ne peut y être remédié que par la réduction des tarifs de nos chemins de fer.

De 160,770 balles, les arrivages sont descendus à 149,152 balles; mais cette différence de 10,000 balles ne résulte que de la diminution qui s'est produite sur les laines de passage.

L'importance du marché de Marseille n'a pas fléchi ; « mais , dit le compte-rendu « de la situation commerciale de cette année , nous ne saurions voir avec indifférence « le chiffre des balles de passage éprouver, depuis quelques années , de successives « diminutions. Des services de bateau^ à vapeur établis à Dunkerque apportent « directement dans ce port, rapproché des grands centres de consommation, les « laines qu'ils vont prendre dans le Maroc et en Algérie ; ils enlèvent ainsi à nos « compagnies de bateaux à vapeur un élément de fret assez important. »

La Chambre de Commerce insiste, à cette occasion, sur là nécessité de réduire nos tarifs de chemin de fer; elle fait remarquer que cette situation est aussi préjudiciable aux intérêts de la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée qu'aux intérêts du .commerce de Marseille.

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