‹ Histoire du commerce du Levant au moyen-âgeChapitre 28 sur 49 · IV. Les états croisés de Syrie · texte numérisé non relu

IV. Les états croisés de Syrie

n existe également un antre document prédenx on peu plus moderne (1256 ?X le grand livre des statuts de Marseille, connu sous le nom de Livre rouge. Il y a là des dispositions non-seulement pour les citoyens habitant dans l'intérieur des murs, mais pour les commerçants qui parcourent la Méditerranée, pour ceux qui ont des établissements à Ceuta ou à Bougie, à Alexandiie ou en Syria Tous ces individus devaient avoir, tant pendant la traversée que pendant leur séjour dans les stations d'outre-mer, des chefs choisis parmi eux, représentants de la municipalité marseillaise et responsables vis-à-vis d'elle. Parmi les consulats coloniaux, celui d'Acre fait l'objet d'une mention spéciale.^ Marseille ne possédait pas de grands quartiers marchands dans les villes du Levant, mais elle avait dans diverses localités des entrepôts ou fondaci pour lesquels le livre des statuts donne des règlements.^ H serait inutile d'y chercher des détails sur les possessions marseillaises dans le Levant et, malheureusement, les diplômes des princes syriens où nous avons puisé oe que nous avons pu dire jusqu'ici en sont également très avares. Ainsi, il ne nous est plus possible de savoir par quel enchaînement de circonstances les Marseillais virent restreindre leurs franchises et leurs propriétés à Acre, en Chypre et sur d'autres points encore, pendant le cours de la période que nous étudions; mais il est positif que lorsque Marseille fit sa soumission à Charles d'Anjou, en 1257, on rédigea un document intitulé Chapitres de paioc, dans lequel ce prince promettait de les aider de tout son pouvoir à récupérer ce qu'ils avaient perdu.^ Effectivement, quand il fiit élevé sur le trône de Jérusalem, il usa de sa prér(^ative royale pour confirmer les franchises des Marseillais à Acre et dans d'autres lieux (6 sept 1284).^ D'après cela, on peut admettre comme certain que les Marseillais visitèrent la Syrie et y conservèrent leurs privilèges et leurs propriétés jusqu'à la chute définitive de la domination chrétienne. Les villes du midi de la France dont il nous reste à parler étaient loin d'approcher de l'importance de Marseille et de Montpellier. Saint Grilles expédiait des vaisseaux marchands en Syrie ^ et entretenait, nous l'avons vu, un consulat à Tyr, à frais communs avec d'autres villes de Provence; cela n'empêche que cette ville ne soit jamais devenue une grande place de commerce. Narbonne faisait déjà des affaires à Acre

langa, de macis, de gingembre et de car- dans VArek, star. ikU. IV® série, T. Vu,

damome. Bawdon Brown, Galendar of 1881, p. 304. Déjà, en 1267, Charles d'Anjou

State papers Venetian I, p. 1. avait accordé le maintien des franchises

^ Méry et Guindon IV, 121. des Marseillais ''in.partibns tranamarinis";

' Ibid. n, 205—212. Del Gindice, Chd. dipl. di Carlo éPAngid

^ Ibid, IV, 322. I, 296.

* Rum, Eist, de Marseille I, 150 et s.; * Lib. jur. I, 908.

Begeste communiqué par Minien Biccio,

880 Deuxième période. — I. Fondtxtian des colonies commerciales.

au Xm« siècle,^ mais le point ctOminant de la prospérité de cette ville, le moment où son trafic avec le Levant atteignit son maximum d'activité, se rapproche davantage des temps modernes. Même observation poor Aiguës 'Mortes y le premier port possédé par les rois de France snr la Méditerranée. On sait que Saint Louis tenait à réunir ses flottes dans un port à lui, de manière à pouvoir les faire partir à sa guise; c'est d'Aiguës -Mortes qu'il mit à la voile pour ses croisades de 1248 et de 1270, mais il avait dû, d'abord, acheter ce port à l'abbé de Psalmodi. n commença par l'agrandir et le fortifia pour le mettre en état de répondre à sa destination, mais, après cela, il conçut le projet de transformer la petite localité inconnue en ville populeuse et d'y créer on grand marché avec des relations outre -mer: il voulait qu'Aigues- Mortes eût son quartier et son consnlat à Acre et y jouît de l'exemption des droits de douane comme les républiques italiennes.' Nous ne savon^^ si ce désir ftit satisfait; en tout cas, jamais Aigues-Mortes ne fut un centre commercial important. CSependant son port devint par la suite le rendez -vous d'un grand nombre de navires marchands, ce qui donna beaucoup d'importance à son bureau de douanes; mais ce résultat était dû moins à la situation favorable de la ville qu'à la volonté des rois de France.'

Nous avons fini de passer en revue toutes les villes de l'Occident chrétien représentées i^ur les marchés du Levant pendant la deuxième période de l'existence des états croisés. Gr&ce à la grande quantité de documents de l'époque qui ont été conservés jusqu'à nos jours, il nous est fiidle maintenant de donner un exposé détaillé de la constitution et de l'organisation des colonies anciennes ou nouvelles fondées en Syrie par les Occidentaux, ainsi que des droits et privilèges des colons. Nous aurons de plus à noter en passant plus d'un changement dans la vie coloniale.

Commençons par l'administration des colonies. Nous avons vu que le rôle et surtout le rôle politique des communes marchandes, des communes italiennes en particulier, avait pris une importance toute nouvelle. Jusqu'alors elles avaient vécu isolées, chacune travaillant pour son compte, sous la direction de leurs vicomtes; les républiques dont elles étaient issues jugèrent le moment venu de ci'éer des liens entre elles par un système de centralisation. Pour Venise, la transition est marquée par l'installation d'un fonctionnaire dénommé tantôt bajtdus (seu rector)

' Port, Essai sur Vhist. du commerce Mém, de la Soc. archêol. du Midi de la

fw«nWmc<feiVarô()nfw(ParÎ8l864), p. 124. France , T. H; Em. di Pietaro, flto.

* ULéDATà, Hist. de Nismes, 1, I^euvesy cT Aiguës - Maries , Paris 1849; et enfin p. 78; Yoy. encore p. 110. Martins, dans la Revue des deux numdes

• Pour l'histoire de ce port, voyez Du dn 16 féyr. 1874. Mège, Mém. sur Aiguës -Martes, dans les

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Syriœ, tantôt bajtdus Venetorum in Syria, tantôt bajulus in Ma terra Syriœ super Venetos, tantôt hajulus Venetorum in Äccon, in Tyro et in tota Syria.^ Lorsqu'on le trouve désigné par le titre de Baiîe d'Acare on Baile à Acre,' cela signifie qu'il avait sa résidence officielle à Acre, résidence du roi, centre de la vie politique de toute la Syrie,^ bien que la colonie vénitienne de Tyr f&t plus importante que celle d'Acre> Le premier de ces baUes vénitiens pour toute la Syrie sur lequel nous soyons assez renseignés pour fixer approximativement, avec documents à l'appui, l'époque où il remplit ses fonctions, se nommait Pantaleone Barbo; il entra en fonctions à l'époque où le comte Henri de Champagne gouvernait le royaume de Jérusalem (1192—1198);^ le plus connu de toute la série est Mai*silio Giorgio (Zorzi); après avoir rempli diverses missions diplomatiques,^ il fut envoyé à Acre en 1240 et, pendant son séjour, qui se prolongea jusqu'en 1244 ou peut-être même au-delä, il travailla à obtenir la restitution des biens et des droits possédés autrefois par ses compatriotes & Acre et à Tyr et dont ils avaient été dépouillés par des actes de violence de certains rois, par le manque de foi de certains vassaux ou par la négligence de certains fonctionnaires. On peut se demander si, à côté de ce baile résidant à Acre, subsistait encore en sons-ordre l'ancien vicecomes in Accon; cela semble assez probable, car nous voyons qu'un certain Andrea Vitalis qui remplissait à Acre, en 1214, les fonctions de baue, s'y trouvait quelques années auparavant avec le titre de vicecomes; ^ ou bien &ndrait-il admettre qu'alors le même fonctionnaire prenait

* Taf. et Thom. Il, S08, 261; Lit. trouve dans le document (p. 382, 366, 867, jtir. I, 612, 818; Taf. et Thom. U, 854, 379, 888) les noms de divers bailes: Do-

196; n, 860 et s.; lU, 151. menico Acotanto, Giov. Tonesto et Ste-

* Taf. et Thom. III, 82; Thomas, Die fano Giustiniani, mais le texte n'est pas ältesten Verordnungen der Venetianer für assez explicite pour qu'on puisse en conauswärtige Angelegenheiten, dans leaAbh. dure des dates; tout ce quMl est permis der MUnehn. Akad, 01. 1, vol. XIII, sect 1, de dire c'est que St Giustiniani doit avoir p. 107 et s., 121 et ss. été en fonctions postérieurement & P. Barbo.

'Taf. et Thom. Il, 174: "Dominus Pour Dom. Acotanto, la date de son entrée

Andreas Vitalis habitator civitatis Acon, en fonctions est 1199; elle se trouve dans

qui pro voluntate domini ducis Yenetiœ V Archiv, Venet. XXTT (1881), p. 825 et ss.

preerat bailus in civitate Acon pro juris- ® Taf. et Thom. H, 819 et ss. (à

dictionibus defendendis, quas habebant in Bhodes); Archiv, stor. ital. m« série XTTT

partibus Syri»*' (Charte de 1214); 2bid. (1871), p. 228 (à Bavenne).

n, 890 et s.: ^'paUitium, domus, ubi bar ^ 1207. "^ Andreas de Yituli (ce doit

bitat bajulus.*' être de Vitali) vicecomes venatorum** (! sans

*■ n faisait de temps en temps un se- doute Venetorum), dans Strehlke,to6.oriin.

jour à Tyr où une maûion était totgours Tmtan. p. 84; et encore 1212; ** Andreas

prête à le recevoir: voy. Taf. et Thom. vicecomes Venetorum in Accon**: Lttnig,

n, 886. QmL dipl. Bal. I, 2459 et s.

'^ Taf. et Thom. Il, 379, 887, 389: on

882 Deuxième période. — L Fondation des colonies commerciales.

alternatir^&ent le titre, devenu plus tard usuel, de baile, et celui, plus ancien, de vicomte? En tout cas, la colonie de Tyr avait un administrateur local nommé par le baile d'Acre, et son subordonné.^ Il portait ^;alement le titre de baile* et avait un vicomte pour adjoint Les colons vè* nitiens de Tjr et tous les individus établis à demeure dans leur quartier, ainsi que les nouveaux arrivants, juraient obéissance non-seulement an baile de leur nation chef des colonies de toute la Syrie, mais encore à tout baile ou vicomte chargé, par lui ou par un autre mandataire du doge, de l'administration de leur quartier.^ Le consul de Beyrout, le consul, plus tard le baUe de Tripoli^ et le vicomte (?) d'Antioche étaient assurément placés aussi sous les ordres du baile-généraL

Gènes comprit aussi la nécessité de centraliser la direction de ses colonies de Syrie, mais, au lieu de confier l'autorité à une seule personne, elle la partagea entre deux fonctionnaires dénommés consUles^ ou encore consuies et vicecomiks Januensium in Syria.^ On les trouve ainsi deux à deux dans une série de documents à partir de l'année 1192 ; si, parfois, la pièce ne porte que le nom de l'un de ces deux fonctionnaires agissant à titre officiel, comme on en trouve un exemple, en 1190, pour un certain Mauiînus, en 1192, pour GuilL Bicius, en 1232, pour GugL de Orto, en 1233, pour Pietro de Maii,^ ce ne sont que des cas isolés dont il faudrait se garder de conclure que, ces années-là. Gênes ne fat représentée en Syrie que par un seul consul-général; en effet, on trouve, dans d'autres occasions, le nom de GugL de Orto accouplé à celui de son collègue Ingo Feirarius, celui de Pietro de Mari à celui d'un nommé Piccamiglio,^ et il ne peut manquer

'■ Taf. et Thom. Il, 361. à Tripoli; c'est aussi le titre domié au

' BntL 360 et s., 364. Marsilio Gi- chef de la colonie Ténitienne de Tripoli

oigio porte dans son inyentaire : „una dans le diplôme de Bohémond YI , de

domuB (à Tyr) proprie deputata pro co- Tannée 1277 (voy. Bey, L c).

muii cnm duabus curiis, nbi habitat ba- ' lAb.jur. 1, 366, 400 et s., 406, 665,

juins/ On peut rapprocher de ce passage, 668, 1286: Canale, Nuoea isioria deüa

qui date de Tannée lS4d, les ordonnances des republica di Oenava IL, 310 et s. ; Strehlke,

années 1266, 1279, 1280, réglant les at- Tab. ord, teuton, p. 37; Ltlnig, Ood. dipl,

tributions du baile de Tyr; yoy. Thomas, Bal. I, 1259 et s.

Die äUeeten Verordnungen^ op. cit. p. 107 ^ Lib. jur. I, 899, 941; Arek. de VOr,

et s., 127 et s. Leo Faletro, ""qui fuit lot. U, 2, p. 214 et s., 217 et s., 222;

prelatus terde diviBioms Tyri" (Chart.de Canale, H, 296, 300, 311. Voy. aussi

1206, dans Taf. et Thom. n, 12) n'avait Belgrano, dans VAreh. stor. ital. Série m,

peut-être pas encore le titre de baile. YSI, 2« part, p. 160.

* Taf. et Thom. U. 361. ' Lib. jur. I, 366, 400 et s.; Mas-

* ^Consoli ad ammimstrar giustisia in Latrie, Eist, de Chjfpre I, 282 (extr. du Tripoli e Baimt,^ élus à Venise (Lib. pleg. chroniqueur Amadis); Archives des mission» p. 66). Suivant M. Thomas (Die ältesten scientifiques U, 363. Verordnungeny op. eit. p. 107 à Tannée ^ Lib. jur. I, 899, 941 et s.; Oiom. 1279), il y eut aussi plus tard un baile ligusL 1877, p. 22.

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