‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 18 sur 145 · X, etc · texte numérisé non relu

X, etc

* Dès le temps du roi mérovingien Dagobert I, vers 629, des marchands "longobards" fréquentaient la foire de S* Denis (Paris): Pardessus, Diplom.,Chart. etc. II, p. 5.

4 Verneilh, L'architecture byzantine en France, p. 180 et s.

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un mouvement de va et vient continuel entre Rome et Constantinople; ces relations amicales persistèrent encore pendant les premiers siècles du Moyen -Age, et elles ne furent troublées que plus tard, à la suite de querelles dogmatiques et de compétitions hiérarchiques; enfin, le luxe du culte allait toujours croissant dans la riche métropole de la chrétienté occidentale et, pour y satisfaire, il fallait des étoffes brillantes et des parfums en grande quantité; or, l'industrie du monde germanoromain était trop peu avancée et le sol de l'Europe trop pauvre pour suffire à ces besoins.

Arrêtons - nous un instant sur ce point. Au commencement du Moyen -Age, c'est Rome qui reçoit et absorbe de beaucoup la plus grande quantité des produits de l'Orient Les biographies des papes, surtout des papes du VIIIe et du IX0 siècle,1 si avares de détails sur les événements historiques, abondent au contraire en renseignements du plus grand intérêt sur le sujet qui nous occupe. Ce qui y tient le plus de place, ce sont des listes de dons offerts par les papes à diverses églises de Rome, ornements précieux pour les prêtres, étoffes magnifiques, tentures, tapis pour revêtir les murs, les autels, les colonnes. En recherchant, dans toutes ces listes, l'origine des étoffes, nous en rencontrons bien parfois qui ont été fabriquées à Rome, ou qui sont venues de l'Espagne arabe;2 mais le plus grand nombre sortent des mains des ouvriers alexandrins ou byzantins. Comme Alexandrie et l'Egypte en général étaient déjà au pouvoir des Arabes, il est probable que maint tisserand ou brodeur arabe travaillait, sans s'en douter, à la splendeur du culte chrétien. Ces étoffes, ces tapis sont généralement couverts de figures de lions, d'éléphants, d'aigles, de faisans, de paons, de licornes, de basilics, de griffons etc. tissées ou brodées; mais ce serait généralement du temps perdu que de chercher à y retrouver la symbolique chrétienne; toute l'ornementation est dans le goût oriental, qui dominait au même degré chez les Arabes et chez les Grecs. Il en est tout autrement pour les étoffes à personnages, où sont représentées des scènes de l'histoire sainte, des légendes ou des croix; là, nous avons évidemment sous les yeux un travail grec Parmi ces ornements d'église on trouve plus d'un exemplaire de pourpre byzantine, et les noms grecs appliqués à certains tissus ou à certaines pièces ne sont pas rares: ce sont autant de preuves d'origine orientale. Que l'on songe encore aux quantités de perles et de pierres précieuses

1 Anastasius Bibliothecarius, dans Vi- stauracin, dans la Vie de Si Amegius.

gnoli, T. II et III. abbé de Funtenclle, par Mabillon, Aeta SS.

* Ibid. H, 231, 243 — 246 , 248. Cf. Bmed. saee. IV. pars I, p. H34. Stragulum hispanicum de fundatum et

De Vapparition de Mahomet croisades.

dont on couvrait les objets affectés au culte, croix etc., à la quantité d'encens ou d'autres parfums que l'on brûlait pendant les offices, et l'on pourra se rendre compte de ce que la ville de Rome à elle seule pouvait consommer de produits de l'Orient Tout l'Occident se modelait sur Rome pour les cérémonies du culte, et beaucoup d'églises lui demandaient même les étoffes dont elles avaient besoin. Maint évêque ou abbé profitait d'un pèlerinage à Rome pour y acheter des objets destinés à l'embellissement de son église. C'est ainsi que Benoît, abbé de Wearmouth en Angleterre, rapporta de Rome deux pièces d'étoffe d'un travail incomparable; il est vrai qu'elles lurent détournées de leur objet pieux, car il les céda au roi Egfried en échange d'un grand morceau de terre.1 Souvent aussi c'était sous forme de dons que des objets destinés au culte se répandaient en Occident: ainsi, l'apôtre des Allemands, S1 Boni face, recevait assez souvent en présent, des clercs romains, des parfums rares pour servir d'encens.2 Parfois, on joignait à l'encens et au storax, du poivre et du gingembre, preuve qu'à Rome on était abondamment pourvu des épiées qui s'employaient comme assaisonnements ou comme remèdes. Mais jamais les bourgeois de Rome ne se sont distingués par une grande activité commerciale: comment donc se procuraient-ils ces épices et ces précieuses étoffes de travail grec ou arabe? D'abord, les empereurs de la Nouvelle Rome envoyaient souvent en présent aux souverains pontifes des soieries précieuses sortant des fabriques grecques; on en a la preuve dans les biographies des papes; mais cette explication serait insuffisante. La grande majorité de ces objets était, naturellement, importée par le commerce. L'Italie était aussi féconde en marins expérimentés qu'en marchands entreprenants et habiles: de tout temps, ils avaient été en relation avec les Grecs, mais il ne se faisaient aucun scrupule d'entrer en contact avec les Arabes mécréants; ils poussaient même l'intimité avec eux plus loin que les papes ne l'eussent désiré; le fait est qu'on ne tarda pas à s'apercevoir que, pour l'amour du lucre, certains marchands chrétiens ne craignaient pas de vendre leurs propres coreligionnaires comme esclaves aux Arabes d'Espagne, d'Afrique ou de Syrie. Charlemagne et, après lui, les papes Zacharie et Adrien Ier prirent des mesures sévères pour mettre fin à cet horrible trafic;8 les Vénitiens n'avaient-ils pas poussé l'audace jusqu'à acheter, dans Rome même, des esclaves des deux sexes?4 Mais le commerce des autres marchandises marchait de pair

1 Beda, Vita S. Bencdicti abbat. Wire- 3 Cenni, Monumenta domination™ pon-

muth. primi lib. I, n° 9. tifieim, I, 369 et sa.

■ Jaffé, Biblwtheca rerum germant- * Liber pontificalis , vita Zaeharia

rarum. III. 156, 157, 199, 218, 231. papa. éd. Vignoli, II. 79. D y avait

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avec le scandaleux trafic des esclaves, et il vaudrait la peine de rechercher si ce n'étaient pas les mêmes marchands vénitiens qui se procuraient les produits de l'Orient en échange de leurs esclaves, ou les achetaient tout simplement, puis les apportaient à Rome. N'oublions pas cependant les AmalfUains, qu'il faut peut-être encore faire passer avant les Vénitiens, du moment qu'il s'agit de rechercher de qui Rome recevait les produits de l'Orient Amalfi est beaucoup plus rapprochée de Rome que Venise et ses habitants visitaient l'Orient tout comme les Vénitiens; nous ne tarderons pas à le voir.

Nous allons chercher maintenant qu'elles étaient, pendant la période qui nous occupe, les villes d'Italie qui s'occupaient activement du commerce de l'Orient, et nous commencerons par la basse Italie. Un moyen d'abréger la traversée du Levant, c'était d'aller s'embarquer dans l'un des ports de la Pouille; aussi étaient-ils le rendez-vous d'une foule de pèlerins désireux d'arriver à Jérusalem tout en passant le moins de temps possible sur une mer inhospitalière. Il serait bien extraordinaire que le commerce n'eût pas tiré parti de cette circonstance; mais, pendant longtemps, des guerres, de fréquents changements de maîtres, empêchèrent la région des côtes de jouir du calme nécessaire à sa prospérité; d'une part, les Lombards descendant de l'intérieur de l'Italie, de l'autre les Arabes de Sicile, en disputaient la possession à ses anciens maîtres, les empereurs byzantins. Enfin, vers la fin du Xe siècle, ceux-ci réussirent à rétablir leur domination d'une manière durable: Bari devint la résidence de leur lieutenant (Katapane) et la population de la ville, d'ailleurs fortement mélangée d'éléments grecs,1 profita de cette circonstance pour développer son commerce avec la métropole. On en possède une preuve, au moins négative, dans une Bulle d'or des empereurs Basile et Constantin, datée de l'année 992: interdiction est faite aux capitaines de navires vénitiens faisant voile pour Constantinople, de recevoir à leur bord des marchands de Bari avec leurs marchandises et de leur procurer ainsi, aux dépens du fisc impérial, la jouissance des privilèges accordés aux Vénitiens.8 Il est évident que les gens de Bari ne seraient pas désignés nominativement dans ce document, s'ils n'avaient eu aucun rapport avec Constantinople. Mais ils ne bornaient pas leurs expéditions à la capitale: en 1086, leurs vaisseaux allèrent porter des fruits et autres marchandises jusqu'à Antioche: cette traversée serait tombée dans l'oubli comme tant d'autres, s'il ne s'y rattachait le souvenir d'une précieuse relique

aussi des Grecs, marchands d'esclaves qui 1 Pet roui , Storia di Bari, 1 , 35 et

croisaient le long des côtes de la mer de s., 103.

Toscane pour emmener des Lombards que 1 Taf. et Thom. I, 38.

la misère poussait à se livrer à eux ou

même qu'ils achetaient: Cenni, L c.

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