‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 57 sur 74 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Guerre avec la France. — Convention commerciale entre ce royaume et les Pajs-Bas. — Troubles à Gand. — AflGûres d'Allemagne. — Diète hanséatiqne à Lubeck. — Nouvelle expédition en Afrique. — Armements maritimes dans les Pays-Bas. — Reprise des hostilités entre François I'' et Charles-Quint. — Martin Yan Bx)ssem. — Nos relations politiques et commerciales avec 1* Angle terre. — Droits perçus à l'exportation. — Du commerce de l'argent. — Ligue entre Henri VIII et François I«'. — Expéditions maritimes. — Opérations militaires en France et en Italie. — Paix de Crespy. — Traité commercial avec le Danemark. — Ordonnances industrielles. — Les marchés hennuyers. — Transfert du comptoir hanséatique, de Bruges à Anvers. — Débats avec les Anglais. — Aibires d'Allemagne. — Des péages sur la Moselle et sur la Sarre. — Luttes navales entre les Écossais et les Flamands.

Les relations commerciales des Pays-Bas avec le Danemark, ^i longtemps compromises, étaient à/peine rétablies, que déjà de graves perturbations paralysaient Tàctivité des marchands l^elges et hollandais. François I«% après avoir repoussé les î^rinées impériales, se préparait à son tour à prendre l'offensive ^ci attaquant l'Artois et la Flandre. Il passa en effet la frontière, J^ 16 mars 1537, tandis que les États Généraux se réunissaient ^Bruxelles, où ils avaient été convoqués par ordre de la régente. '^^s ressources du domaine étant insuffisantes pour assurer la •^étense nationale, le gouvernement se voyait obligé de récla- ^^r de nouveaux subsides afin de payer les gens de guerre. ^Ue demande excita des murmures, et rencontra de la part des ^^niois une opposition décidée. Leurs députés déclarèrent

klST. DO COMMEtCl, T. m. i

qu'ils étaient sans pouvoirs et devaient en référer à leurs gobmettants. Les représentants du Brabant, plus traitables, acco^ dèrent 400,000 florins carolus, et ceux de Bruges, dTpreseiii Franc votèrent la même somme pour la Flandre, engageant indirectement, par cette concession, la commune gantoise à acqiàter une somme de S6,000 livres , à laquelle était évaluée a quotité.

La campagne, heureusement pour la Belgique, ne fut longue. François P' s*empara assez rapidement de Hesdin, Pernes et de Saint- Venant, puis battit en retraite, préférai diriger toutes ses forces sur Tltalie. L'armée flamande péoâll à son tour en France, se rendit maîtresse de Sainl-Pol et geait Thérouanne, lorsqu'une trêve de dix mois, s'étendant Pays-Bas et aux provinces limitrophes de la France, fut cond» à Bomy, le 30 juillet 1537. On y stipula une entière liberté* navigation pour les bateaux de pêche appartenant aux des peuples, et les contestations relatives aux prises de mer bit» de part et d'autre durant la lutte furent soumises à l'exaM de tribunaux spéciaux, siégeant h Bologne et k Dunkerque.

Les commissaires de l'empereur eussent désiré la levéecoiplète de l'interdiction commerciale dont nous avaient frapfii nos voisins du Midi, mais ne purent en obtenir la révocatioi. Quelques villes, dont les produits manufacturés se débilairt dans les manîhés français, en souffrirent considérablement (1).

La trêve do Bomy fut bientôt suivie d'un armistice dans le Piémont. Les dépenses considérables faites par les belligéranH avaient épuisé leurs revenus, et l'attitude agressive des Tores, devenus les alliés de François P% excitait l'inquiétude * Charles-Quinl. Le pape profita habilement de ces dispositions, et, ayant réuni les deux souverains à Nice, les décida à sigtw une trêve de dix ans. L'heureux suôcês de cette négociation hi fit concevoir l'espoir de parvenir également à rétablir la pai dans l'Église, et il fit d'activés démarches pour la réunion ffBi

(1) Voy. une lettre du maycur cl des échevins d'Arras à la régcute* Pays-Bas, louchant la décadence de la sayelleric dans celle vUle, en date' 23 nov. 1337. Bulletin de la Commisa. Roy. d'histoire; Richardson, Hislùin Charles-Quint, Irad. J. B. Suard, 1812, l. 111, p. 93.

concile en Italie. Maître de cette assemblée délibérant en quelque sorte sous ses yeux, il se rendait aux vœux des protestants sans compromettre son autorité. Ceux-ci comprirent qu'ils n'y jouiraient d'aucune indépendance, et refusèrent d'y comparattre.

La ligue protestante, fortifiée en lo38 par l'accession du roi de Danemark, devenait une véritable puissance, qu'il fallait de plus en plus ménager, et dont les domaines s'étendaient presque sans interruption depuis les bords de la Baltique jusqu'aux rives du Rhin. Tandis que l'empereur négociait avec les nobles d'Allemagne et de Caslille, dont il cherchait à calmer le mécontentement, il prenait sa revanche dans les Pays-Bas en y poursuivant les derniers défenseurs des vieilles libertés communales.

Les Gantois s'étaient refusés, comme nous l'avons vu plus liaut, à payer leur part de subside de 400,000 carolus voté par les députés de Bruges, d'Ypres et du Franc. Marie de Hongrie voulut les y contraindre, et soutint que trois des membres de Flandre ayant octroyé les aides, il ne restait plus aux habitants de Gand qu'à se soumettre à la décision de la majorité. Cet fument ne satisfit pas les récalcitrants, qui y répliquèrent que, d'après leurs anciens privilèges, « l'ung des membres de Flandres ne povoit chargier l'autre sans son consentement. » I-a régente ayant insisté, ils invoquèrent en leur faveur divers 3ctesdeGui de Dampierre, de Louis de Nevers et de Marie de Bourgogne, particulièrement la charte générale accordée au ^ïnié par cette princesse le 11 février 1477. Le gouvernement, de son côté, leur opposa les dispositions de la paix de Cadzant et les lettres du 11 avril 131o prescrivant l'observation de cet record. L'opposition, jusqu'en ce moment, n'était pas sortie des voies constitutionnelles, et était même très fondée, car si Retraité de Cadzant ne reconnaissait que sous certaines réserves •es anciens droits et privilèges de la commune, elles étaient étrangères à l'objet en litige.

U conflit ne tarda pas cependant de changer de caractère, ^e de Hongrie, après de nombreux essais de conciliation, ^lara aux Gantois qu'ils étaient libres de porter leurs plaintes devant le grand conseil de Malines, mais qu'elle ne pouvait

suspendre plus longtemps l'exécution des ordres de l'empereur. Des poursuites Turent aussitôt entamées dans les chàtellenies contre ceux qui se refusaient à acquitter les aides. Abandonnées quelques mois plus tard, à la suite d'une démarche collective des quatre membres de Flandre, elles furent reprises à la nouvelle que Charles-Quint avait repoussé un acte d'appel interjeté par les Gantois. Ceux-ci, excités par les habitants des campajçnes, ordonnèrent l'arrestation des officiers qu'on avait chargés de faire rentrer l'impôt, refusèrent d'autoriser Taifermage des accises, et se mirent en insurrection ouverte contre l'administration impériale. Ils coururent aux armes, s'emparèrent de plusieurs de leurs magistrats, et appliquèrent h la torture le grand doyen Liévin Pyn, accusé d'avoir permis la soustra^ lion, au dépôt d'archives de la ville, d'un titre important.

La bourgeoisie, désormais débordée, fut remplacée au pouvoir par la faction des creesers (1), décidés à ne reculer de^'ant aucune extrémité. Ils se firent produire les lettres du H avril 1515, invoquées par le gouvernement, et les déchirèrent en mille pièces. La lacération du calfvel, — car tel était le nom que l'on avait donné à ce document, — mettait à néant tout espoir de conciliation.

Les insurgés ne se firent pas illusion sur les dangers dont ils étaient menacés, et songèrent aussitôt à s'assurer un prolecteur contre les forces redoutables qu'ils s'attendaient à voir rassembler contre eux. Ils prirent donc le parti de députer quelques-uns d'entre eux Ji François I", pour lui offrir non seulement de le reconnaître pour leur souverain, mais même de Taider à reconquérir les provinces qui avaient anciennement appartenu à la couronne de France (2).

L'agitation gagnait peu à peu le pays. L'esprit municipali comprimé sous les ducs de Bourgogne, combattu sous Maxim'* lien, Philippe le Beau et Charles-Quint lui-même, se réveillait

(1) M. Slcnr fait dériver ce mot du verbe creysscken, troubler, agiter, l** treesers, d'après celle élyinolof^ie, seraient donc des «• agitateurs, • ou,sfl*'* une expression plus vulgaire, mais j)lus exacte, des «braillards. ■ Voy-lf*roM/'onwf^par TAcad. de Belgique, l. X, 183;).

(i) Robertson, Ilisi. de Charlefi'Qmut, l. 111, p. lin. Voy. aussi Garhiird. lielation des troubles de Gand, inlrod., p. iî3.

partout avec énergie, et réclamait des réformes. Une intervention française, en de pareilles circonstances, eût causé les plus grands embarras à l'empereur, mais la conduite de François l" lui enleva bientôt toute appréhension. En effet, le roi ne se contenta pas de faire part II Charles-Quint des ouvertures qui lui avaient été faites par les rebelles, mais lui offrit même le passage par ses États, dans le cas où il se déciderait à marcher en personne contre les Gantois (1).

La saison étant défavorable à un voyage maritime, et Charles désirant arriver au plus tôt dans les Pays-Bas, cette proposition fut acceptée. L'empereur se dirigea donc vers Bayonne, au grand étonnement de la plupart de ses alliés, qui ne pouvaient croire qu'il consentit à se remettre entre les mains de son rival, avant de lui avoir donné satisfaction concernant le Milanais. Reçu avec de grands honneurs par le Dauphin et le duc d'Orléans, il traversa rapidement la France, rencontra François à Chatelleraut, demeura six jours à Paris, et passa enfin la frontière à Saint-Quentin, sans avoir eu à regretter une démarche désapprouvée par ses conseillers, et que le roi d'Angleterre « trouvoit de fort dure digestion. »

X^s Gantois, pris au dépourvu, n'ayant point de chefs capables de les diriger, et trouvant peu d'appui chez leurs propres coDQpatriotes, se virent hors d'état de résister à leur seigneur, prôi à marcher contre eux à la tête de troupes nombreuses, ïttquiets et troublés, ils lui envoyèrent des députés pour implo- ^r sa clémence et lui offrir leur soumission. Charles, sans vouloir écouter leur Justification, leur dit qu'il était venu

• Pour mestre bon ordre et pollice es affaires de la ville, et

• y faire les pugnitions et corrections des mésuz commis par

• îes manans et habitans en icellc; » ajoutant, « qu'il lo

• feroit de sorte qu'il en seroit mémoire, et que son plaisir

• estoit d'aller à eulx en souverain. »

Il prit congé des princes français à Valenciennes, se rendit Sabord h Bruxelles, puis, après un court séjour à Termonde, fttson entrée à Gand, le 24 février 1540. Il y parut entouré d'une véritable armée, dont le défilé dura plus de six heures.

(1) Gachard, Relation des troubles de Gand, introd., p. 27.

Tous ceux qui raccompagnaient étaient en tenue de combat, A poriaient la lance, la haliebarde et Tarquebuse, préparés k ap en cas de besoin.

On peut se faire une idée de l'étendue et de la richesse de II ville à cette époque, par le fait qu'elle reçut et hébergea, duraft le séjour de Tempereur, 60,000 hommes et 15,000 chevan. Charles, loin de calmer les inquiétudes des habitants, laissas! menace peser sur leur tôle durant un long mois, sans leur faite connaître sa décision. Les Gantois, passant de la crainte ï l'espoir, commençaient à croire à une amnistie, lorsque, le 17 mars, 19 personnes furent livrées au bourreau pour avoir pris part à la révolte.

La sentence générale fut prononcée le 19 avril. Toutes la Charles qui faisaient la gloire de la cité, tous les privilégfl qu'elle avait si longtemps et si héroïquement défendus lui étaiei enlevés en même temps.

Les métiers se voyaient privés de leurs maisons, de leuB rentes, de leurs armes, de leurs munitions de guerre, confisquées au profit du domaine (1). La vieille cloche Roland, qui

(1) Les biens de 50 corporations furent vendus, de 1541 à 1513, et prodnsirenl, d'après un compte dépo>é aux archives de Gand, la Mjmrac * SC,r>Hî> livres, 13 sols, 11 deniers. Voici les noms des corporations ijanloisw. extraits d'un document du temps : les mesureurs de vin, dont ounedéjipif pas le local ; les houlanj^ers, (pii avaient une maison snr lu Craenl^yfJtf épiciers, qui se r(îuni>saient au Miroir; les chaussetiers, local inconnu;!» rom/>n/r«' de bois, dans la XaglidstraetUen ; les viemrarricrs, sans dési;:naUonde local ; les brasseurs, même observation ; les couvreurs de cnir blanc. élaUis rue de liogocrt : les potiers de terre, sans local spc^cial ; les couturier?, qui* rassemblaient à Vcnsriym' de VÉpée d'or: les (pessiers^ sans maison: lesU»* neurs, (jui possédaient une ])ro\mé[6 place du Vendredi : Ict^ meuniers, •]«• le local n'est pas dési^^né; les esrryuiers, fixés rue Basse; les savetiers, su» maison; les orfèvres, (pii se rassemblaient au Sampson, à la Uaute-Porteite fustailliers^ maison dans la Vuurstege: \v^ teinturiers en rouîre, .sans Im*I« les barbiers, dans la /^'/J;/^.<^fr7/»^; \os avalleurs de vin, propriétaires de drti petit(»*^ maisons, au bout du sCtiavenbrugffhe, près du Crâne; les chapeliffS' sans local ; les peintres, établis non loin de l'église Sainl-Bavon, à proilai* de l'hôtel de Uerseele; les merciers, au V/Vux 3/(irf/i<f: les cordier*. si** local ; les lordeurs d'huile, au Marché aux Grains ; les placqumrs, sans mal**; les tapissiers, au Marthe au.r Pourceaux: les soyeurs, rue Baxse; lesp»)!"*^ au sacq, sans indication de local ; les cordonniers, sans biens; lesforgwn*.

haut du Beffroi les avaient appelés si souvent au combat, était à jamais condamnée au silence. L'empereur réclamait non seulement les aides, mais condamnait la viDe de Gand à payer une amende de 150,000 florins, et à compter annuellement au souverain une rente perpétuelle de 6,000 florins. La nomination des magistrats municipaux était désormais réservée au prince, et, pour contenir les bourgeois de Gand « enclins à anchiennes et mouvaises manières » il fut arrêté qu'on bâtirait une citadelle. Tout le pays avait souffert de ces commotions. Des tapisseries d'une grande valeur, expédiées d'Audenarde à Anvers, ayant été saisies en 1539 par ordre supérieur, les fabricants établis dans la première ville avaient renvoyé leurs ouvriers , (|ui se trouvaient dans la plus grande détresse. Philippe de I^laing, dans une lettre adressée à la régente, le 16 mars, en fait un tableau navrant :

« Puis mon arrivée en ceste ville d'Audenarde, écrit-il, j'ay « trouvé le peuple et commune d'icelle en sy grandt tourble, <« perplexité et lamentation, quetoutte créature humaine aurait ce pitié de les veoir, et oyr les cris et pleurs des pouvres ouvriers « qui de coutume euvrerent(l) à journée aufaict et négociation «« de la lappisserie, en sorte que, en grant inextimable nombre, « ce sont venu vers moy, priant voulloir advertier Vostre « Majesté de leur totale éminente ruyne et destruction, plaindant « ameirement qu'ils ont déjà esté pluisseurs jours, eulx et leurs « enfants, en grant pouvreté et famyne... (2). »

^D:s maison connue; les maçons, ayant leur lieu de réunion près du cimetière Saint-Nicolas; les couteliers, dont on ne connaît pas le local ; les mesureurs de blé, au Comleye; les corroyeurs, au Vieux Marché; les couvreurs de iQlies, au Groenen BrieUe; les teinturiers en bleu, les étainiers, les marchands de fromages, sans maison; les appareilleurs de peaulx d'aigneaulx, maison rve Basse; les charpentiers, près du cimetière Saint-Nicolas; les armoyeurs, les carrdiers, les cou^yreurs decuyrnoir, les courr«Mr« d'esirain, les les cuvelierSf les Granwerkers, sans maison ; les bateliers, à la Cornleye ; les «mlottiers, les constructeurs de navires, les bouchers, les slrypscheerers, les roMVfrs, ita ramreckers, les foulons, sans maison ; les fruitiers, au Marché aux Grains; les poisonniers, rue de Bruges; les tisserands de draps, à la Cl£ppe; Xestodeurs degrandes forses, au Quadham.

(\) £i»»r«u, ouvrent, travaillent.

[Vj Gachard, Relation des troubles de Gand, appendice, p. 233.

Charles , ayant rétabli son autorité dans les Pays-Bas, « rendit en Allemagne, oii il continuait à flatter le parti protOr tant. Les Turcs , sous ombre de défendre les droits du priMe Etienne à la couronne de Hongrie, réclamée par Ferdinand, roi des Romains, s'étaient emparés de fiude et y avaient nii garnison. Quelques concessions, habilement calculées, rallièrent autour de Tempereur les confédérés de Smalkalde, et ils reçut de tels secours d*hommes et d'argent, qu'il ne lui resll plus d'inquiétudes sur la sûreté de l'Allemagne pour la caipagne suivante.

Vers le même temps, la diète de Lubeck fut de noum appelée à se prononcer sur les doléances du comptoir de Brugn Les députés de Hambourg répétèrent h cette occasion « quel» établissements de Londres, de Bruges, de Bergen et dcKoi»gorod étaient les quatre colonnes fondamentales du commene hanséatique, et qu'en supprimant l'entrepôt de Bruges, m ébranlerait les bases de tout l'édifice. » Les envoyés de Nimègi^ de Deventer, de Wesel, de Groningue et de Kampen combattirent cette idée, et proposèrent la translation du comptoir hanséatique, de Bruges à Anvers. On résolut de ne prendre aucune décision avant d'avoir entendu le commissaire belfti qui fut introduit. C'était maître Jacques Macs, Anversois.el pensionnaire de sa ville natale. Ayant obtenu la parole, 11^?* pela les grands avantages dont les ducs de Brabant avaicfli doté la Hanse, y njouta de nouvelles promesses de privilé|;eSi d'induits et de dispenses, et invita les membres de ladièiel profiter du séjour de Charles-Quint dans les Pays-Bas pour Itfminer celte affaire en faveur d'Anvers.

Le bourgmestre de Lubeck, après avoir recommandé égate* ment une prompte décision, observa qu'Anvers, ville riche eJ prospère, attirait en effet les marchands, mais que les HaDséatcs s'exposaient h perdre, en quittant Bruges, une soid«* de 8,000 florins, des droits anciens et reconnus, et des relalioiB plus sûres que celles qu'ils se formeraient avec les Anversois-

On décida d'envoyer une commission auprès de fempereor. et d'autoriser le transfert demandé si l'on obtenait en Bt^ les mêmes libertés qu'en Flandre.

Charles-Quint songeait en ce moment h faire une nouvelle

expédition en Afrique. Le gouverneur d'Alger, Hassen-Aga, avait jeté fréquemment l'alarme sur les côtes d'Espagne, et ses déprédations excitaient des plaintes continuelles. De grandes levées furent faites, dans ce but, en Allemagne et dans les Pays-Bas, et de nombreux vaisseaux furent équipés à Gênes, à Naples, en Espagne, en Sicile, et dans les ports flamands et hollandais. Dès l'année 1538 , le sire de Boussu s'était activement occupé de la formation d'une escadre dans nos provinces. Les villes de Gouda, d'Enckhuysen et d'Amsterdam fournirent la plupart des navires qui la composaient; mais nous y voyons figurer aussi divers hulques et caravelles flamandes, entre autres le Saint-Jacques de Bruges y sous les ordres du capitaine Jean Simons ; Y Esprit volant^ commandé par Corneille Jacobson ; la Mxchiele^ qui avait 42 hommes d'équipage; le Saint-Jean VÉvangéliste; le Sampson; la Sainte- Barbe , qui avait pour patron Jean Dobber, et V Albert. Des placards avaient été affichés à cette occasion à l'Écluse, à Bruges, à Ostende, à Nieuport et à Dunkerque« contenant le traitement que ung chascun matelot auroit quy vouidroit venir au service » (1).

La flotte flamande mit à la voile pour Carthagène et Malaga en 1339, et y rallia les autres navires nolisés en Espagne et en Italie (2). Elle ne devait assister qu'à des désastres. L'expédition, blâmée par Doria comme ayant été entreprise à une saison trop avancée, fut des plus malheureuses. L'armée impériale venait à peine de débarquer, à quelques lieues d'Alger, lorsqu'une effroyable tempête dispersa les navires qui l'avaient amenée, et en fit périr un grand nombre. L'ouragan dura plusieurs jours, pendant lesquels les troupes, harcelées par l'ennemi, se trouvèrent sans approvisionnements sur cette côte

(1) < A Jehan Arentszoon, pour dix jours qu'il a vacqué pour avoir esté ù r&scluze, Bruges, Ostende, Nieuport, Dunckerckc, Grevclinge et autres Ueux tussy pour lever matelotz. o Voy. registre 25108, chambre des comptes, Àrck. gén, du roy. de Belgique.

(2) Cromwcll, dans une lettre adressée au roi Henri VII [, le 6 avril 1539, lui annonce le départ de Tamiral des Pays-Bas, alors en mer avec toute sa flotte. « Ledit amiral, ajoute-t-il, doit retourner dans les Pays-Bas, par terre, iprès avoir mené ses vaisseaux en Espagne. » State Paper$, 1. 1", S* partie, p. COS.

inhospitalière. Charles, qui partagea tous leurs dangers, nmem une partie de ses soldats à Matafuz, y mit à la voile pour liarope, et revint le 1'*' décembre 1841.

François 1^% informé des pertes importantes subies par l'empereur, crut Toccasion favorable pour se mesurer de nouvcm avec lui. Prenant pour prétexte le meurtre de deux agents français, massacrés en Italie par des hommes d*armes de U garnison de Pavie, il se disposa h assaillir son ennemi avec II plus grande vigueur, avant de lui laisser le temps de reprendre haleine. Fort déjà de l'appui de l'archevêque de Cologne, il s'assura le concours du duc de Clèves, qui disputait la Gueidre aux Impériaux, et celui des rois de Suède et de Danemark. Les Pays-Bas étaient particulièrement menacés, et les États-Généraux y furent convoques à la hùte par 3Iarie de Hongrie.

Pendant que les représentants des provinces belges et hollandaises délibéraient sur les propositions de la régente, les frontières étaient envahies de trois côtés à la fois. Le duc d'0^ léans, fils du roi de France, pénétrait dans le duché de Luxembourg; le duc de Vendôme attaquait l'Artois, tandis que Christian III armait une flotte contre la Hollande et la Zélande. Martin Van Rosscni, qui combattait au nom du duc de Clèves, après avoir ravagé toute la Campine et les environs de Bois^Ie-Duc, se prcscMila, le i2o juillet loiiî, devant Anvers, défendu par le prince Ilené crOrange, et somma la ville de se rendre. Trop faible pour en faire le siège, il se retira deux jours après, après avoir mis le feu au Béguinage, au couvent des Victorines,eli celui des Chartreux. Il continua ses dévastations jusqu à Lierre, et fut enliii repoussé devant Louvain par les étudiants et les bourgeois, commandés par leurs magistrats.

L'attaque imprévue des troupes clévoises ne nuisit pas îi li ville d'Anvers, et conlribua même à sa prospérité. L'administration prit le parti de faire bâtir les remparts actuels. Pour leur donner plus de sûreté, une ordonnance municipale défendit Je bâtir dans un rayon de 3,500 pieds des fortifications, etc^ mesure contribua Ji agrandir la cité de trois mille maisons.

Après la retraite de Van Rossem, les Belges, prenant Toflefl; sive à leur tour, fondirent sur les terres du duc de Clèves, et to prirent plusieurs places. Le duc de Vendôme, qui sVlait flall»^

pénétrer en Flandre, ne put sortir de l'Artois, tandis qu'un iTÎre que Christian II avait envoyé sur les côtes de Hollande, jr rechercher les lieux où l'on pourrait opérer une descente, saisi et conduit à Euckhuyzen.

\\x moment où François P^ resserrait son alliance avec les rcs et les Danois, un rapprochement s'opérait entre Charlesint et Henri VIII. Nos relations commerciales avec la Grande- Btagne, depuis le divorce du roi avec Catherine d'Aragon, is être interrompues, étaient devenues plus précaires. Des rires marchands, appartenant à des négociants anglais, dent été pillés en mer, en 1536, par les marins flamands, et John Hutton, alors à Anvers , avait recommandé à ses com- TÎoles, le 6 août de la même année, d'user de la plus grande conspection dans leurs rapports avec les Pays-Bas. Le gou- 'nement britannique reprochait en outre à la régente d'avoir rmis l'envoi d'une certaine quantité d'armes dans le nord de ngleterre, et d'avoir soumis les sujets anglais, établis à ivers, au payement de certains droits inusités. La situation lit encore empirée en 1539, l'empereur ayant fait mettre tnbargo, à celte époque, sur tous les bàtimenls, venant de utre côté de la Manche, qui se trouvaient dans nos ports. Des )résailles s'en étaient suivies, et Jean Osburn ayant voulu porter à Londres, pour compte du roi Henri , 200,000 livres cuivre et certaines pièces d'ordonnance fondues à Malines, Q était vu refuser l'autorisation.

lie 18 juin 1543, par suite du revirement politique dont nous ions de parler, la régente consentait à faire remise aux négonts anglais de Timposition dont ils se plaignaient, en témoi- 3ini cependant le désir que cette faveur restât secrète, d'aus nations pouvant en prendre ombrage, lîeiie imposition, établie sur toutes les marchandises sortant i Pays-Bas, était d'un cenlième sur la valeur brute de l'objet porté. Les comptes relatifs à cette perception, intéressants à f^sulier, nous fournissent quelques nouveaux renseignements ^ le mouvement général du commerce et de l'industrie dans ^s provinces, vers le milieu du x\r siècle. Les sommes peri^s de ce chef, du 10 février 1543 au 10 février 1544, monlè- 6^t à 60,963 livres de gros, monnaie de Flandre, soit 365,778

livres de gros ou florins carolus. Ce total équivalant li b cettième partie du produit des biens envoyés à Tétranger, ceui-ô représentaient par conséquent un capital de 36,577,837 floriv carolus, soii 77 1,792,860 francs de notre monnaie (1). Depaisie xm^ siècle, Tintérét de l'argent avait été de 20 à 30 p. c. Les besoins du commerce et les immenses bénéfices auxquels doinaient lieu les opérations de banque, avaient fait établir en diverses localités des « tables de prêt » où Ton exerçait TusoR, contrairement aux prescriptions du droit canonique. Gharlesp Quint, par un édit du 4 octobre 1540, autorisa les emprunts ï intérêt, mais à condition que les deux parties contracuottt s'occupassent d'affaires commerciales, soit directement, soit par leurs associés. Il fut défendu d'exiger plus de 12 p. c. de l'argent ainsi placé, et de s'en dessaisir pour plus d'un as. Toutes stipulations contraires furent déclarées illégales, ei leurs auteurs punissables comme usuriers. Les personnes qui tenaient « table de prêt » ne pouvaient assister au senriee divin, sous peine de perdre leur privilège. On avait voulu, par cette dernière défense, donner quelque satisfaction à l'autorité ecclésiastique (2).

(1) Nous avons fait dc^jà rénumération de la plupart de c«s marchandises- Nous apprenons, par les dorumenls de celte époque, que les draps joû. achetés à Gand, se vendaient alors à 3i sols, et les draps noirs à Wsob Tanne; les ostades de Valenciennes valaient lu sols de gr. la pièce; I'iuk de deini-ostade, 1 sol de gr. fl. ou 6 sols de Brabant; Taune de futaine,il de Brabanl; l'aune de camclol, 8 gros; l'aune de frises, 25 sols; les soie d'Arras, 24 sols la pièce; le satin de Bruges, \ô gros l'aune; le salin* Valcnciennes, 1) sols G den. la pièce ; le velours gris, 3 livres de gr.; la lo* de Flandre, H gros l'aune; la toile de Brabant, 10 sols; les dentelles, <gT* la pièce. Le vermiUion belge, connu sous le nom de « cinabre, • était le meilleur connu. Cliarles-Quint avait la plus haute opinion de l'activité et de l'industrie de ses compatriotes : « La Flandre sera riche, disait-il, laiitqu* n'aura pas coupé le pouce de ses (lieuses. »

(i) Les négociations publiques dargent, au xvr siècle, paraissent en général avoir été faites au taux fixé par cette ordonnance ; cependant, en i3it les états payèrent les inlérOlsà raison de 20 p. c, et, eu IS.'îâ, au denîertt ou 8 \{\ p. c. en renies perpétuelles, et au denier 6 en rentes viagères. U législation romaine, ù l'opposé du droit canonique, admettait le prêti intérêt.

Une foule de monnaies avaient cours dans les Pays-Bas, et leurs flacloi-

Henri YIII, que les intrigues de la France en Ecosse avaient lécontenté, conclut en 1843 une ligue offensive et défensive irec l'empereur. Ce traité, en rouvrant les portes britanniques jx vaisseaux belges, exposait ceux-ci aux déprédations des cossais. Le seigneur de Beveren se hâta d'écrire au viceniral de Flandre, le 2 avril 1543, l'autorisant à proposer la mction des flottes anglaise et impériale. Des navires français î montrèrent sur les côtes de la Hollande, tandis que les larins des Pays-Bas ruinèrent le littoral de la Norvège, et l'un 'eux enleva un vaisseau qui portait h Christian III les impôts B ce royaume.

Maximilien de Bourgogne alla croiser à l'embouchure de la ironde avec quelques navires, et s'y empara de plusieurs àtimenls français. Le vice-amiral Gérard de Meckeren opéra ne descente en Guienne, où ses gens rançonnèrent plusieurs illages, emportant comme trophées les cloches des églises (1).

ODS nuisaient beaucoup au commerce. Pour donner une idée du désordre ui régnait à cet égard, et des embarras qui en résultaient, il suffit d'une itation. On avait d'abord le réal d'or iln, de 46 au marc ; le demi-réai, de 0 1/8 au marc; le carolus d'or, de 8i; le réal d'Autriche, de 16 1/2; le noble la rose, de 32 ; le noble henricus, de 36 ; le noble de Flandre, de 36 ; l'anelold'or d'Angleterre, de 48 ; le toison d'or, de 54 1/i ; le castillan de fin or, * 53 1/'2; le lion d'or, de 59 au marc ; Je ducat d'Espagne, de 70 ; le crusat ' Portugal, le rider d'or, le ducat de Hongrie, de 69 au marc ; le ducat Italie, de 72 ; le salut d'or, de 72 ; le guillelmus, de 72 ; le florin à la croix int André, de 74 ; le scutkin, de 73 au marc ; le florin philippus d'or, de 74; norin des électeurs, de 75 ; le vieil écu d'or de France, de 72 ; le. philippus nckart, de 76; le pietcr de Louvain, le postulat de Bourbon, de 81 ; les Tins de Deventcr, Campcn et Zwolle, de 76 au marc; le johannes, de 73; ' florins David d'Utrecht, de 76; les florins de Liège, de 74 ; les frédericus florins de Bavière, de 78 ; le florin arnoldus, de 92 ; les postulats de ^nics, de 104; le rider de Gueldrc, de 76 ; les clcmmcrs de Gueldre, de 76 ' Bttarc.

Nous pouvons encore ajouter à cette liste : les doubles carolus de fin 'Seat, de 6 gros ; les patards ; le grand réal d'argent ; le toison d'argent; U* ^1 d'argent aux armes d'Espagne ; les doubles patards à 4 gros ; les dou- ^ patards à deux griffons, à 5 1^2 gros; les doubles patards à deux ^,les Malinois et ceux de Bourbon à \ 1/2 gros ; les doubles philippus et 'trolas de Bourgogne ; les johunnes braspennins; les philippus de Namur; It double pétard forgé à Luxembourg, à 3 1.2 gros, etc., etc. il) Wagcnaar, Vaderlandsche historié, V" deel, p. ii(i.

L'intrépide Flamand, après avoir ramené dilTérentes prises dans les Pays-Bas, se remit bientôt en mer avec dix navires, montés par les seigneurs de Hamme, de Capelle, de Hamstede et d'autres gentilshommes, pilla une petite île, captura qaatre barques revenant de Terre-Neuve avec des cargaisons de poissons, et reprit aux Français un galion d'Espagne.

On a conservé quelques détails sur ces deux expéditions. Nous citerons parmi les vaisseaux qui y figurèrent VUmk, ayant 230 hommes d'équipage; la Trinité; le Salvator monté par 135 hommes; la Marie de la Vere, avec un équipage de HO personnes; YAnge d'Anvers (1), commandé par Corneille Cuyper; Y Adolphe, sous les ordres de Jacob Clais; leRamùin, capitaine Geerit Haerkins; le Henri de Meckeren, capitaine Nicolas Dans; la Marie de Middelbourg, sous le commandement de Corneille Crumer ; le Boot, monté par 40 hommes; le ûwr volant, capitaine Pietcrs. Chaque capitaine recevait 40 livres, du prix de 40 gros, monnaie de Flandre, par mois ; les maîtres mariniers avaient 24 livres; les pilotes, 20 livres chacun. L'amiral touchait mensuellement 400 livres, ainsi qu'une ce^ taine part dans le produit des prises (2).

La lutte n'était pas moins active entre les armées de terre.

(l) Un dos marins qui so Iroiivaieiil à bord de ce navire, Adolphe Pielers,

reçut une ri^compensc pour sa belle conduite, de même que Van Bmessel

apparlenanl à réquipap:o du vaisseau amiral ; Dismas Van Ristes, sous le^

ordres du vice-amiral ; Sébastien Vander Gracht, du Snlvator et Cufck

d'Alkmaer, du Cigne.

(2i La réicenle avait décidé <- que le butin prins par le S' de Bevrcsel I«*

navires de sa charge, seroil parti moitié ù moitié, dont Tune motlléappJf"

tiendroit à Sa Majesté Impériale, et lautre moitié au dit admirai étapes

frens, réservé à luy admirai son droit de di\i^me. que préalablement**

avant toute (ruvre, il devoil faire lever sur tout le butin : bienenlewl''

que toute l'artillerie de métal, avec les appartenances seroil et demwr*"

roit à Sa Majesté Impériale, saulf et réservé que ledit admirai auroiio'''

des pi(^ces de chasoun baslel ou semblable artillerie se p rend roit : el si!

advenoit qu il y eust bataille formée en mer, où Ton print lechffjl'

l'armée des ennemis, que Sa Majesté auroit l'option de laisser ledlichio

au commun butin ou de le racheter, parmy payant 10,000 florins carolo-*»

qui paroillement devoit revenir au dicl butin. » Archives généralni*

oyaumf.

•*rançois F' s'empara de Laiidrecies, qu'il fit fortifier avec soin, tendant que Tempereur attaquait le duc de Cièves et le forçait i la soumission. Il chercha ensuite, mais sans succès, à •éprendre Landrecies, tandis que Soliman, allié de la France, « jetait sur la Hongrie, et que Barberousse, avec l'appui de la lotte française, tentait d'arracher Nice au duc de Savoie.

Les hostilités, suspendues durant l'hiver, furent reprises dès e commencement du printemps. Les Français, commandés par e comte d'Enghien, remportèrent d'abord quelques avantages m Italie, où ils défirent l'armée du marquis du Guast à Céri- *oles, tandis que Charles-Quint rassemblait ses troupes dans es Pays-Bas. La guerre fut bientôt portée dans le Boulonais, lar Henri VIII, et dans la Champagne par son impérial allié. Il tvait été convenu que tous deux marcheraient vers Paris, mais û l'un ni l'autre n'exécutèrent ce plan de campagne, dont la éalisation eût exposé le royaume aux plus grands dangers. î*andis que François I" se tenait sur la défensive, de nouvelles nésintelligences éclataient entre ses ennemis. Charles, qui 'était avancé jusqu'à Château-Thierry, ayant appris que le roi l'Angleterre refusait de lever le siège de Boulogne pour marcher sur Paris, se crut quitte envers lui de toutes les conditions lu traité, et libre de ne consulter que son propre intérêt. Il 3ntama des conférences avec les agents français et conclut t)ru8quement la paix, le 18 septembre, à Crespy.

Les deux souverains s'engageaient à se restituer les territoires conquis, de part et d'autre, depuis la trêve de Nice. Le duc d'Orléans devait obtenir en mariage, soit la fille aînée de Charles, avec la souveraineté des Pays-Bas h titre de dot, soit 'a nièce de ce prince, avec l'investiture du duché de Milan. Ce choix, une fois fait, dans un délai de quatre mois, au plus, ^ançois I" s'obligeait à rendre au duc de Savoie les villes Wl lui avait enlevées, et à refuser tout appui au roi de Navarre. Il renonçait à toutes ses prétentions sur le royaume ^ Kaples ou sur la souveraineté de la Flandre et de l'Artois, ^ lempereur abandonnait les siennes sur le duché de Bourfi^neet le comté de Charolais.

Cette paix, que l'attitude hostile du pape et l'état inquiétant ^^l'Allemagne rendaient nécessaire, fut fort mal accueillie dans

les Pays-Bas. Les Belges, après avoir si largement contriboé aux frais de la campagne (1), oii plusieurs d'entre eux s'étaient distingués, se plaignaient d'avoir été sacrifiés à des intérêts étrangers. Les corsaires écossais continuaient à entraver leur commerce, et attaquèrent en 1S44 plusieurs navires anversois dont ils s'emparèrent (2). Heureusement, par compensation, nos relations avec la Baltique s'étaient rétablies quelque temps auparavant, le roi de Danemark ayant fait des ouvertures de paix, acceptées par Charles. Dès le 8 mars 1544, Marie de Hongrie avait ordonné de restituer aux Danois les navires, l'argent et les marchandises pris en 1542 par des vaisseaux flamands.

Les manufactures de tapis de haute-lisse, si importantes en Flandre et en Brabant, furent introduites en 1544 à Tournai. L'empereur rappela, cette même année, par un édit du 16 mai, les dispositions interdisant la fabrication des tapisseries à tous maîtres ouvriers ou autres qui ne seraient point établis dans une des villes privilégiées à cet effet, ou n'y jouiraient pas des droits de bourgeoisie, par naissance ou par achat. Il imposai ceux qui désiraient entreprendre ce métier un apprentissage de trois ans, et aux apprentis un terme d'essai de six semaines. Le règlement détermina la conduite des maîtres envers leurs ouvriers et leurs apprentis, ainsi que les devoirs et les charges de ces derniers; le ;;enre de travail exigé de chacun d'eux; 1> manière de rexécuter. Deux cMitrepôts furent établis pourlt vente des tapisseries, l'un îi Anvers, l'autre à Berg-op-Zooffii placés tous deux sous la direction de courtiers assermentés (3).

Nous venons de parler des eflforts industriels qui se faisaient alors dans le Hainaut. La ville de Mons était parvenue, en 1545, à un haut degré de prospérité. Elle comptait des manufactures (le draps et de serge en grand nombre, et les produits de toutes ces fabriques s'exposaient dans une halle immense, située sur

(\) Indrpendaminoiil dos aid«».s volées par les étals, les droits du 10^'*' du 10' d«Miier, avait*nl produil des sommes considérables, l'n amba5S«<i^^[ xénilien, alors à la cour di' Bruxelles, eslimail que l'empereur avait reli»* des Pa>s-nas, à diverses époques, de quinze à vinpl millions d'or.

(•2i \Va^eiiaar. Vaiïn la mi schr historié, Tt" dOL'l.yi. Î68. i:r riar. (le Fïtivdir, l. l", p. (ilO.

ET DE LA lURlNE EN BELGIQUE. 91

iu prince. Un conseil de commerce, dit la Vingtaine^

ce que Tavidilé des fabricants ne fit pas dégénérer,

jloi de matières premières de mauvaise qualité, la

es objets vendus. II était défendu d'exporter aucune

toffe avant de Tavoir soumise h Texamen du conseil,

arquait d'une estampille. Les Montois travaillaient le

une grande dextérité, et comptaient parmi eux d'ex-

3rfévres. Un bourgeois de Mons, Brisselot, devint vers

primat de Sardaigne, et Orlando Lasso, un autre Mon-

nommé par ses contemporains l'Orphée du xvi« siè-

•rtance des marchés hennuyers engagea le gouverne- 'occuper de l'amélioration des voies navigables entre vince et le reste du pays. On établit, en 1544, un droit navires passant à Menin, h Teffet de trouver les fonds res pour faire approfondir la Lys à Courtrai (2). L'Escaut ment l'objet de quelques travaux, d'où résulta un débat, ni le conseil privé, entre les commissaires des villes , de Malines, de Gand, d'Audenarde, de Termonde, de le Valenciennes, de Mons, de Rupelmonde, et les made Tournai, les meuniers de cette cité se prétendant is leurs droits. Le conseil, sauf quelques restrictions, es conclusions des Anversois (3). Ceux-ci furent égaleureux dans leurs longues négociations avec les marillemands, et, le 9 février 1S45, obtinrent le transfert j du comptoir hanséatique.

iclusion de la paix de Crespy, en inspirant plus de séux armateurs, eût donné une impulsion nouvelle à la belge et hollandaise, si les Anglais, — qui n'avaient )re déposé les armes, — n'y avaient mis obstacle par urses continuelles. Ils ne respectaient pas toujours la Lé du pavillon impérial, et assaillirent, vers la fia de

daens. Mons sous les rapports historiques, statistiques, etc. Moqs,

^verbal de Lille, fol. SI verso, n' 148; Archives générales du

ebroch, Ann. Antv,, t. II, 292.

DO COMMIBCB, T. IU. S

l'année 154 i, une flotte de commerce, composée de navires hollandais, zélandais et anversois, revenant des côtes de France, chargés de vins (1).

Des réclamations ayant été présentées h ce sujet, inutilement, au conseil britannique, la régente eut recours aux représailles, et,le 6 janvier 1545, John Sturgeon, gouverneur des marchands aventuriers h Anvers, annonçait à la compagnie de Londres Tarrestation de tous les marchands anglais séjournant dans les Pays-Bas. Les ministres de Henri VIII, en présence de ces mesures énergiques, finirent par céder, et, se rendant aux observations de M. de Molembais, que Marie de Hongrie avait envoyé en Angleterre, ordonnèrent la restitution des biens confisqués (2).

La situation n*en restait pas moins fort tendue, et, peu de temps après cette affaire, la gouvernante tenta de nouveau de soumettre les négociants anglais, établis à Anvers, à la taxe dn vingtième denier. Leurs propriétés furent saisies, et on ne les leur rendit qu'à la sollicitation du margrave. Les Fuggers,i cette époque, étaient les banquiers de Henri VIII (3), comme ib le devinrent plus lard de son successeur (4).

Charles-Quint, retenu dans les Pays-Bas par une attaque de goutte, quitta Bruxelles, le 15 mai 1545, pour se rendre à Worms, afin de décider les princes protestants à contribuer à la guerre contre les Turcs, et h soumettre leurs griefs religieux au concile que le pape Paul III venait de convoquer à Trente. N'ayant pas réussi îi faire accepter de telles propositions par la diète, il dissimula le mécontentement qu'il en éprouvait et revint dans nos provinces, déterminé à ne reparaître en Allemagne qu'i'^ tête d'une armée. Les circonstances lui étaient favorables, car la France et l'Angleterre étaient encore en guerre, et rirrésolo-

11) On cilc entre autres, parmi les viclimes de celle agression, 8^ Borni, négociant d'Anvers, qui avait mis ses marchandises à borf " Pélican, el obtint un certificat ù ce sujet des bourgmestre et cchevin*'"^ ville natale, le i mars !:i5').

(2) Wagenaar, Vaderlandsrhe historié.

[[\) Ils lui prêtèrent, en 1.j46, un capital de 152,180 livres de Flandre. ^

(i) Edouard emprunta aux Fuggcrs, on lîil7, la somme de 129,7o0c3ro cl la ville de Londres en donna caution. Rymcr, fœdera, XV, p. 101.

tion régnait parmi les confédérés de Smalkalde. Soliman pouvait, il est vrai, nuire au progrès des armes impériales en intervenant dans le débat, aussi Charles, avant de jeter ouvertement le masque, voulut-il écarter ce danger. Il choisit Tun des plus habiles de ses agents, Gérard Van Veltwyck, et l'envoya à Constantinople. Van Veltwyck, né d'une famille juive, à Ravenstein, en Flandre, possédait parfaitement les langues orientales. Il partit pour Venise, accompagné de Mathieu Laurin, de Bruges, et parvint h faire signer une trêve au sultan (1). La mort du duc d'Orléans dégagea l'empereur, la même année, des promesses dites à François P% tandis que le Brabant, Malines, Namur, le duché de Limbourg, le pays de Fauquemont et le comté de Daelhem lui votèrent des subsides considérables.

Charles-Quint, dans le but de semer la division parmi les princes protestants, cachait soigneusement ses projets. Il prétendait n'avoir d'autre but que de punir l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse des actes de violence qu'ils avaient exercés contre le duc de Brunswick, et ne les menaçait nullement à cause de leurs opinions religieuses. Ce plan offrait de grandes chances de succès, car il n'éveillait pas la défiance des disciples de Luther, dont il préparait cependant la ruine par celle de leurs chefs.

Nous ne suivrons pas l'empereur en Allemagne, où les hésitations des confédérés, la coopération du prince Maurice, et Tactivité du comte de Buren, qui commandait le contingent des Pays-Bas, lui fit remporter d'abord des avantages importants.

La saison des pluies étant survenue, la difficulté des approvisionnements et le manque d'argent arrêtèrent cependant ses progrès. L'attitude de François I*' devint bientôt plus agressive, et il apprit que ce prince, réconcilié alors avec Henri VIII, cherchait à se liguer avec les réformés et à entraîner le roi d'Antfeterre dans cette alliance. Les Turcs, d'un autre côté, avaient 'ompu la trêve, et se disposaient à envahir les frontières. La fortune néanmoins ne l'abandonna pas, car, au moment oii il 1 *^t tout à craindre, la mort de Henri VIII et la maladie de

U) Oeidaiiiis, XVII, p. 187 ;MS. 1736:i, Bibl. de Bourgogne.

24 HISTOIRE DU COMUERCfi

François I" vint enlever aux confédérés de Smalkalde leurs plus puissants appuis. La guerre, continuée avec ténacité par les Impériaux, leur redevenait de plus en plus favorable, lorsque la victoire de Mulilberg couronna leurs efibits en faisant tomber entre leurs mains Télecteur de Saxe, dont la capture amena bientôt la soumission du landgrave de Hesse.

La défaite des chefs protestants raflermissaitmomeutanément Tautorité de Charles-Quint en Allemagne, et lui permettait de tenir tête à ses autres ennemis. François I" venait de rendrelc dernier soupir, le 31 mars 1547, mais Henri II, son successeur, manifestait les dispositions les plus hostiles, et se voyait appuyé en Italie par le pape Paul III, effrayé de la puissance de Fempereur, et mécontent des ménagements que ce prince croyait encore devoir garder envers le parti de la réforme. Une Diète fut convoquée à Âugsbourg, le 31 mars 1547, et la plupart des princes appartenant à la religion réformée, de même que les principales villes allemandes, déclarèrent se soumettre aux décisions du futur concile. On leur fit adopter, en attendant sa réunion, un formulaire de doctrine, en 26 articles, connu sous le nom de Vlntérim, sorte de compromis entre fancienne et la nouvelle croyance, qui ne satisfit aucun des dem partis.

La paix étant rétablie de Tautre côté du Rhin, Charles, dans le but de combattre rinlluence française dans les Pays-Bas, et de garantir ces provinces contre de nouvelles invasions, en réunit une partie à Tempire, sous le nom de Cercle de Bou^ KOgne (1). Les Etats annexés étaient considérés désormais comme membres du corps germanique, qui contractait Tobligalion de les défendre envers et contre tous; ils consenaien* leurs lois et leurs privilèges, une administration séparée, et contribuaient aux aides et aux subsides ordinaires prélevés sur les sujets impériaux.

(1) Celte (Icnimilalion comprenait les duchés de Lothier, deBrabanl, de Limbourg, de Luxembourg; cl de Gurldre; les comtés de Flandre, d'Artws, de Bourgogne, de liainaul, de Hollande, de Zélando, de Namur, de Znlpliee et de Charolois ; le marquisat d'Anvers, les seigneuries de Frise, dTlitchl. d'Overyssel, de Groningue, de Fauquemonl, de Dalhem, de Salins, de Milines, de Maeslrichl.

Ce décret, auquel on n*obéit pas sans opposition, fut promulgué le 26 juin 1348, et mis immédiatement à exécution. Cette même époque vit finir les longs et fôcheux démêlés existant entre le duché de Luxembourg et le pays de Trêves. Un traité, du 10 mars lo48, rétablit les relations d*amitié et de bon voisinage en concédant au duc de Luxembourg les tonlieux perçus sur la Moselle, et en reconnaissant les droits de Tarehevêque de Trêves sur la Sarre. Les Luxembourgeois obtinrent, à cette occasion, exemption du péage établi à Pralzel sur le blé et quelques produits manufacturés.

Dans rintervalle, les marins belges et hollandais avaient des lottes sanglantes à soutenir contre les Écossais, qui ne voulaient plus reconnaître leur neutralité, et les considéraient comme des alliés de TAnglelerre.

Les pécheurs de harengs, qui exerçaient particulièrement leur industrie sur les côtes d'Ecosse, s*étant plaints des pertes considérables auxquelles ils étaient soumis, on voulut les forcer à payer une dime, destinée à Tcntretien d*un certain nombre de navires armés. Ils s y refusèrent d'abord, les Flamands et les Zélandais ayant fait observer que le produit de cet impôt serait insuflisant. Les dangers auxquels ils se voyaient exposés les firent cependant changer de résolution, et ils consentirent enfin h faire quelques sacrifices, les États leur ayant accordé, de leur coté, un subside. La Hollande équipa huit vaisseaux de guerre, et la Flandre, à son exemple, envoya sur-le-champ une flottille dans la mer du Nord, pour la protection de la pèche et du commerce.

Un édit de fempereur, promulgué en 1549, enjoignit à tout armateur qui désirait envoyer des navires en France, en Espagne, en Portugal, aux Canaries, aux îles de Madère et de Saint- Thomas, en Italie, en Chypre, h Candie, à Raguse, en Irlande, en Norvège, en Danemark, en Suède, et y exporter des produits d*urie certaine valeur, tels que des laines, des métaux, de Talun, des draps, des soies, des graines de lin, des tapisseries, de la cire, etc., de se conformer aux règles suivantes :

Tout bateau en charge pour la France, TAnglelcrre, la Norvège, la Suède et le Danemark, devait être au moins de quarante tonneaux. Des oflicicrs spéciaux, délégués à ce sujet i

étaient chargés de s*assurer, à son départ, s'il était muni de voiles, de mâts, d'ancre et de cables de rechange. Son éqiùpage était fixé à 8 hommes, et il était ordonné d'embarquer à bord 6 doubles canons, 6 haquebutes et 6 à 8 piques.

Les navires en partance pour l'Espagne, le Portugal, l'Andalousie, le Levant, les îles Canaries, Madère et Saint-Thomas ne pouvaient être de moins de 80 tonneaux. On en faisait également la visite, et il était prescrit d'y placer 13 hommes d'éqnipage. Ils avaient 2 doubles canons, 6 simples canons, 6 haquebutes, et une douzaine de piques pour les combats d*abordage. Les vaisseaux de 80 à 100 tonneaux étaient beaucoup mieux armés. Ils portaient 4 demi-coulevrines, 6 doubles canons, une douzaine de haquebutes ou de demi-haquebutes. Ceux de 300 h 2')0 tonneaux devaient être munis en outre de 4 coulevrineSi de 6 simples canons et de 3 douzaines de piques. Il fallait aux navires de 250 à 300 tonneaux 6 coule>Tines, 4 demi-coul^ vrines, 12 doubles canons, 24 haquebutes et 48 piques.

Quelques Flamands, profitant de l'état de guerre, se liraient h la piraterie, sous pavillon écossais. L'amirauté de Dunkerqoe s'en étant plaint à l'amiral de Flandre, celui-ci avait pris contre eux tes mesures les plus rigoureuses (1). Charles-Quint ordonna, par redit que nous venons d'analyser, h féquipage de chaque navire, de faire serment au moment du départ, individuellement, qu'ils n'cntcmlaient point aller en course et se rendaient dans tel ou tel port. Un navire ne pouvait être assuré pour plus de la moitié de sa valeur, et les marchandises qu'il availi bord pour plus des neuf dixièmes du capital qu'elles représentaient. Il était défendu, sans autorisation spéciale du souverain, de solliciter des lettres de sauf-conduit de rennenii. Tout

(1) « J'ay diffère^, écrivailil à ce sujet à De Meckercn. de vous rendrt « rcsponse sur Tapréheusion dos pirales lanl Englois qno aullres, Jonl « m'avez onvo\é les infi^rniations jusques avoir le loul monstre à la n»>M « et ceulx du conseil; lesquels aujourd'huy ont déclaré que debviezeiem- « plairement les punir en leurs vies, dabondant que les suhjccts de pif « dechà que y sont trouve's soient mis comme traislres en quatre quartier* « et tous délaissés sur le granl chemin tyranl vers Englcterrc. Quant aai • dcspens et mises de la justice, semble qu'ils se doibvenl payer de leurs « navires et biens. »

de laine, et de laines brutes. Les Ânversois vendaient en outi àTAIlemagne et à l'Oostlandt pour 500,000 ducats d'épices, fruits secs, de viandes salées et d'autres marchandises; àTJ gleterre pour 500,000 ducats de draps de soie et d'épices. Toi ce tranc valait à la Belgique, outre le gain des artisans, pli d*un million de ducats de bénéfice. Un état du produit annu« des manufactures, dressé quelques années plus tard, porte plus de 40,000,000 de florins d*or les objets fabriqués dans l< provinces belges.

Mentionnons, en terminant ce chapitre, l'exécution €^c quelques travaux d'utilité publique, de 1547 à 1550. Le creusamont du canal qui va de Gand au Sas fut des plus utiles i la navigation, de même que rétablissement du canal allant de Bruxelles à Willebrouck, commencé par Jean de Locquenghien le M juin 1550, malgré la violente opposition des Malinois, et ouvert le 11 octobre 1561. Il avait coûté 1,800,000 florins W- Deux nouveaux bassins furent créés à Anvers, en 1549, pour les navires marchands.

(1) Leroy, Grand théâtre, elc.,ÎO.

aux intércts de sa dynastie. Celte considération le décida à appeler auprès de lui son fils Philippe, alors âgé de SI ans, aOa de le faire recevoir dans les principales villes des Pays-Bas.

Le jeune prince arriva en Belgique, en 1S49, et fut accueilli partout avec la plus grande magnificence. Son entrée à Anvers, animée par la présence d*une population de près de 200,000 ftmes, fut un véritable triomphe, et fournit l'occasion aux Ina^ chauds de tous les pays, lucquois, milanais, espagnols, anglais, ostcriings, allcinands, portugais, florentins et genevois de lutter (le prodigalité. Un sentiment de méfiance se mêlait cependant, dès cette épo(iiie, à l'expression de la joie populaire. Philippe, élevé en Espagne, soumis dès son enfance à une discipline rigoureuse, accueillait avec froideur les acclamations dont il était Tobjet. Entouré de gentilshommes espagnols, s*expriœut avec difficulté, plein de réserve, inhabile à tous les exercices de corps, il ifétail pas sympathique à cette vaillante noblesse belge, habituée à manier fépée, jalouse de ses prérogatives, attachée h ses princes, mais hostile à l'influence étrangère.

Charles ifignorait pas lui-même combien son llls était pet doué de ces avantages extérieurs qui captivent l'esprit dei peuples, mais il ne renonçait pas à l'espoir de lui ménagera puissance impériale, qu'il jugeait indispensable h la défense des Pays-Ras et à la possession de fltalie. Il acquit bientôlli certitude, en observant les dispositions des princes allemands à Augsbouriî, que de pareils vœux étaient irréalisables.

Tandis que Pliiiippc, empressé de se soustraire aux cérén»nies pomi)euscs cl aux réceptions bruyantes, retournait es Espagne, une nouvelle guerre menaçait les provinces belges. Henri II, sachant que la santé de l'empereur était très al&iMiCi comptant d'ailleurs sur la coopération énergique des protestants d'Allemagne, avec lesquels il avait conclu une lip* secrète, se dis|)osait à faire passer la frontière à ses troupes. Des vaisseaux de guerre français (1), sous le commandciM* de l'amiral de la Garde, vinrent bloquer les côtes de Flandre, tandis qu'une armée française se jeta si brusquement surle Luxembourg, que la gouvernante, qui n'était pas préparée ^

(1) lis avaient été achck^s, quelque temps auparavant, à Hambourg.

lie agression, ne se crut plus en sûreté à Bruxelles, qu'elle se ta de quitter.

La pêche nationale, redevenue florissante depuis quelques )is, un accord ayant été signé avec les Écossais, en 1S50, àce aux efforts du s^ de Praet, de Jean de Saint Maurice et

Viglius van Zuichem (i), se trouvait compromise par cette pture. Des scènes sanglantes désolèrent bientôt nos rivages, le gouvernement se li&ta de rappeler les dispositions de Tédit il5J49, en les renforçant.

Tout na\ire de commerce, chargé de marchandises de prix, 5 pouvait mettre à la voile qu'après s'être muni d'artillerie, armateur qui ne se conformait pas h cette règle était condamné, )ur un premier voyage, au paiement d'une amende égale au ers de la valeur de l'embarcation, dont il perdait les deux tiers Q cas de récidive, et qui était définitivement confisquée après ne troisième contravention. Il était enjoint aux patrons de arque, naviguant sous pavillon étranger, de ne prendre à bord, lour l'exportation, que des produits appartenant à leurs compatriotes, et il fut défendu à ceux-ci de se servir d'autres intermédiaires. Les marins devaient obéissance à leur patron, tant mils se trouvaient à bord, et tout acte d'insubordination en- Moait une amende de 6 florins carolus au minimum, et la Bort dans des circonstances plus graves. La désertion était ponie d'une peine pécuniaire de 20 florins, et même de l'exécutioa capitale si cette désertion mettait le vaisseau en péril. Le mitaine décidait, en cas d accident de mer, s'il fallait quitter '•bord, et les matelots ne pouvaient descendre dans les chabipessans sa permission. Ceux-ci avaient cependant le droit, licas où ron prétendrait, durant la traversée, leur faire faire M autre voyage que celui qu'ils avaient accepté, de réclamer W décharge. Si le navire ne mettait pas h la voile, après la %Bature de leur engagement, l'armateur leur devait le quart du Mtement stipulé dans ce contrat.

Les marins faisaient trois repas par jour, le malin, h midi et lus la soirée. Il leur était défendu de rien exiger au delù, et si

fl) 8or les bases du traité conclu autrefois enlre le duc Philippe et pqses 11, en 1418.

Si HISTOIRE DU COMMERCE

leur chef, pour une cause quelconque, se voyait empêché fc remplir son service, son remplaçant succédait à son autoriléel à ses prérogatives, sauf en cas de vente du navire. Il était alors , permis à Tcquipage, soit de se réengager, soit de réclamer une j indemnité.

En cas de dispute ou de querelle entre les gens du bord,lês i délinquants étaient condamnés à une amende de 3 florins caro- | lus. Si des blessures légères étaient infligées durant la lotte, ; Tamende s*élcvait à 10 carolus, montait au double lorsque les | coups portés étaient graves, et au quadruple, quand les ordfes du capitaine ou de ses lieutenants avaient été méconnus. L*0Q des adversaires succombait-il durant la bagarre, le meurtrier était à l'instant mis aux fers, et on le livrait h la justice en arrivant au port. La paie de tout matelot, devenu malade par accident, continuait à courir durant sa maladie, et s'i) mourait les armes à la main, en combattant Tennemi, ses héritiers avaient droit, sans frais, h tout ce qui lui eût été dû s*il avait pu achever le voyage. Les hommes de l'équipage recevaient, en 154T, ' 2 sols par jour, soit 3 florins par mois, et le prix des vivres j qui leur étaient alloués s'élevait, par tète, à 2 sols par jour. , En 1847 leur traitement fut porté à 2 sols 6 deniers, elleff j entrelien h 4 sols. Ils étaient divisés, une fois en mer, paf escouades de 4 personnes, et chacune de ces divisions avait son quartier-maître.

Nous avons vu que les pécheurs s'étaient soumis au paiement d'une espèce de dîme, dite last-ghelilt^ destinée à renlretien de quelques navires armés. Cette contribution était de 5 sols par last de harengs en caque, et de 6 sols 3 deniers par last de harengs frais (1). Ils avaient en outre l'habitude de consacref|i chacune de leurs expéditions, le produit de l'un de leurs fflelSi qu'ils appelaient le « filet saint, » au profit de leur église parws* siale. Indépendamment des sommes recueillies à l'aide du Mgheldt (2), la gouvernante avait reçu, pour mettre les côtes ea état de défense, l'autorisation de lever une redevance de 30 sob

(1) Faulconnier, Description hisl. de Dunkerqw.

(2) Cet impôt produisait par an, à Oslcnde, 5r>G liv. 16 sols 9 den. ; à Xieoport. 712 liv. 10 sols 4 dcn. ; ù Dunkerque, 697 liv. 5 den.

ir tonneau de vin importé dans les Pays-Bas (1). Grâce à ses issources, une flolille avait été rassemblée à La Vcre, et rendit i bons semées à la navigation et au commerce. Elle se com- Dsait du Dragon^ de 123 tonneaux, acheté à M. de Kœulx; du \tnari de Dieppe, du yacht Vllivoiidelle, du Salvator^ du Bocq, u Faucon^ de la Frégate, de YEspnt volant, du Jouas, du liomud d'Anvers, et de V Aigle. Ces bâtiments, en général bien innés et équipés (â) étaient commandés par le vice-amiral Jean le Croesere, et par les capitaines Adolphe de Ilamstede, Jean jillot, Louis Vander Binchorst, Christophe Vranckx^ Josse ilivers, Josse Van Dorp, Dierick Sluymer, Robert Cuyper et lopins Zybrants. Ce dernier, qui montait le Rossignol (C Anvers^ iTec60 hommes d*équipage, passa plus lard à bord AaV Esprit 'dont, et Tut remplacé dans son premier commandement par iierick Siuxmer.

Cette escadre devint bientôt plus nombreuse, les marchandf» inversois ayant reconnu la nécessité de faire convoyer les iches hulques qu'ils envoyaient en Biscaie (3;. Quarante et un âtiments de commerce mirent à la voile pour cette destination II 1352, escortés par le Sampson, portant le pavillon de Tamiral

\\} Celte redevance produisit, en 1.Ï51, en Brahahl, 2,1d& liv. 3 m>I!! ) ^hu. ; i Flandre, environ S.'jST \i\. : en Arloi*, l,TSîî hv H -oU U den. ; daii.» \t linaut, 3,1Si liv. ç 50b 8 den. Auh fj^u^fralff 'iu rrnjautM, OiHiihrH deî omptes

ft; LesfoLdecr&d'Arivçr? avai^ïnt rorilribu^ lar;-'*:rnerjl a le* iu>3r<ir4ar- Berie. Jo<?« de Schipjiere *^l J^an Van Obeidre rercir^ul de ce chef ft^i* î.v. I Mb 9 den. ponr * demi-ïerjj^Lliri^s. i q'iart- d*; •erj>e:il.:.e* et >j '^j«^.:;i»; ïrîen Xart}n> ré-i-àrr.a 4-*S l.^rfr-. 6 rol* p'/jr »j ?ri:,'3? *i\i:\t de ^''A'^.Is' W, 5 qnartf de se r ;•*•:. î::.r;. el ';:.? dr:7.;--^rp«:ri*»i:-ie L^* %SS»> de fe»

ax demi-5er;-?:il.Lrî tr frr î.ri--:. a-i^*. dvjze f.hi'j±:»:* eî ie.*?? if'.'i aal cik£«atie 5.i<»? l.vrr-. j^our iSO I.v In ayire î'/Sude-r i**:: Vii fe, rerit 1>; Kv. . >-.n::r.er rr,-rïna2iv Ii5 î.v eV.. l«et îi-vv:..--**-.! eal exp^.ér a --r. it: X:. i-v F;îTr:i :e- a-îre* fwxri-*^«5ft 4e 1» fy/.>. s re&e&&trXfr.* !« Lv.r c^ P:'.rre Vtr, tî^Le et **".*..e^ Vti ■»>**.-.•.;- , de TocrZha;. Jeai v^i A.r.:*:- iAL-.er». lr..//jLe V^tir*».*:. et v .le. etc. Arri f>i^ r--:-. :- v Citatre C4^! c.ii;/^». . lié piîà:*-: .tr ;*-x ■.-.:?•:*: «m^ïieL: ^et £ji~*/r*:e •aL^JuV}^- e. * rerBe»e-i.t «e ti-irse*-. -r -lier >derL"-«r'uien Vyy ^ M::t !•••

34 HISTOIRE DU COHMERGE

Adolphe de Bourgogne (1) ; le Salvator^ sous les ord Gérard de Meckeren; le Dragon^ capitaine Antoine de 1 Corbeau, dirigé par Popins Zybrants; VAigle^ capitain Gillot; YAiyle volant, monté par Josse Meyne. Ces deox i attaquèrent en mer deux navires français, dont ils s'emp: Nous devons encore ajouter à cette liste le Vliegende gr^ taine Adrien Crol, T Fleskin de FlessinguCy commandan Corne! issen ; Y Hirondelle, confiée à Robert Cuyper, et d'Yver, sous les ordres d'Arent Siekeenich.

Telle était h cette époque la vitalité du commerce bel malgré les persécutions religieuses, l'établissement de sition et les malheurs de la guerre, il ne cessait de se ( per. Les Brugeois, voyant les laines anglaises devenir en plus rares sur leur marché, commencèrent vers ce manufacturer les laines espagnoles, dont ils retirèrent de grands profits. L'imprimeur Abraham Verhoeven pi Anvers, dès iooO, une gazette flamande sous le titre rante, avec cette épigraphe « den tydt sal leeren » et co outre quelques rares nouvelles politiques et littérai; annonces commerciales et les arrivages du port (2). l typographe, Josse Destrée, fondait à Ypres la premier merle établie en cette ville (3); Mercalor, connu poi donné son nom à la projection employée dans les cai rines, se préparait h publier la première carte hydrogr de ce genre; Pierre Kocck, peintre architecte et gra) bois, partait pour l'Orient, aux frais des frères Vander>! de Bruxelles, pour fonder à Constantinople unemanufa tapis (4).

Les industriels bruxellois, qui continuaient à jouir dî

(1) II avait éié ponvcrneur de Gand. Sandcnis, dans sa Flanir rappelle « un autre Architalasaus de la nier Relgique. •

(2) Delopierro, La Belgique illustrée, p. 175.

(3) Il y exerça cet art dès i:;î6, comme le prouve une déclaralk gislrat, en date du 3 septembre de la même année, portant qu'il primé ni vendu aucuns livres prohibés. Voy. Lambin, Messager et Gand, t83l,t. II, p. 31.

(4) On lui doit une traduction flamande des œuvres de Vitruve lie. Sa lillc épousa Breugbel le Vieux.

(le nouveau la sollicitude du gouvernement. « L'an 1554 en (c avril, dit Vinchant (1), Jean comte d*Otinge, seigneur de ce Condet-en-Haynaut, impétra de Tempereur, par l'entremisâ (( de Marie, roync de Hongrie, sa sœur, de pouvoir besoignerk (c la rivière de Hayne, entre Mons et Condet, en sorte que (c dores en avant les bateaux venans chargez du dit Mons se (C puissent librement et facilement rendre en FEscault. A cest c( eflet, le dit comte feit faire des ventailles et rabutz, afin que ce les ditz basteaux allassent d'un bond amont et aval Feau, « sans plus descliargcr. »

Des écluses à pertuis et à vannes furent alors construites i Jemmapes, à Saint-Gliislain et à Boussu, et on essaya d'intnh duirela navigation h la rame, mode excellent lorsqu'il s'agit de descendre une rivière avec une embarcation chargée. Il est encore pratiqué sur l'Escaut , avec avantage » d'Ântoing ï Gand (2).

Ce fut en invoquant les intérêts commerciaux, lésés par le renouvellement des hostilités entre la France et les Pays-Bas, que la reine de Hongrie parut devant les Ëtats-Généraux, en janvier 1552, pour y défendre la politique suivie par Charles- Quinl à l'égard du roi Henri II. « II faut en premier lieu peser, ce leur fit-elle remontrer, que le dit roy, ayant cogneu que les ce Pays-Bas sont fondez sur la communication de marchandise, 'C laquelle en une bonne partie dépend de la marine, il est délice béré de faire tout ce qu'il luy sera possible pour vous guer* ee roycr non seulement par terre, mais aussi par mer, taschant <e vous fourclore la navigation, vous priver de proufficU el ce opulences que en rccepvez, diminuer le trafic, oster le moyen ec de dispenser vos artz et industries, suppéditer voslre liberté ce et entièrement vous ruyner(3). »

Ce langage fui compris, et un subside de 800,000 écus fui voté par les États, ce pourvu que Sa Majesté se décidât à faire h ^^uerre une fois pour toutes vigoareusement (4). »

(t) T. ni, p. 1050.

(2; Hachoz, yoticesur la navigation de Mons à V Escaut , p. 8, 9.

(a,) Knvyn tic I.ctlcnhovo, Ilist de Flandre, t. VI, p. 141.

(i) liullel. de la Commission roy. d'histoire, l. Xll, p. «08, f s*5rie.

H était temps, car la flotte française, forte de 84 navires de guerre, et dont Tcntretien coûtait à Henri II une somme mensuelle de 80,000 écus, commençait à nuire considérablement aux relations établies entre Anvers, les Indes, !e Portugal et VEspagne. Une flottille de commerce, à son retour de ce dernier pays, avait été capturée par des corsaires dieppois ea iS52 (1).

Les affaires de Charles-Quint étaient loin d'être prospères en Allemagne. Trahi par Maurice de Saxe, auquel il avait conflé le commandement de l'armée impériale, et qui changea tout h coup de drapeau, il se vit enfin réduit, pour éviter une lutte dangereuse et inéjrale, d'accorder des conditions favorables h ces mêmes princes luthériens, dont la répression avait été lobjet de tous ses eflbrts. Libre de ce côté, il accourut avec de grandes forces pour attaquer les Français en Lorraine, où ils avaient pénétré, mais il ne put s'emparer de Metz, défendu par le duc de Guise.

La fortune lui fut plus favorable en Belgique. La ville de Therouanne, que les Français avaient reconstruite, fut prise après un long siège. Hesdin, après avoir été enlevé par les ennemis, retomba également entre les mains des Belges. L'année suivante, Henri II obtint à son tour quelques succès. Il envahit la province de Xamur à la tête d'une puissante armée, marcha sur Bouvines, qu'il incendia, fit subir le même sort à la ville de Dînant, et porta ensuite ses ravages jusqu'à Binche et Mariemont. Tandis qu'on se battait dans les provinces méridionales, des vaisseaux de guerre mettaient à la voile, le 23 mars 15o3, sur les côtes de l'Ile de Walcheren, voyageant de consene avec 24 navires marchands, belges et hollandais, en roule pour l'Espagne. Ils élaieia commandés par Adolphe de Bourgogne. montant le Dragon , et par deux vice-amiraux, Gérard de Meckeren et Antoine de Leu. Ces deux derniers se trouvaient à bord de Y Aigle et du Cerf volant, deux bâlimenis d'égales force<,

(I) les Français, prétendant que la vf^inf: dÉcoi^e était à t->ri. Trr^'.r-'A les navires flamands et h^Handais de déohdr*'er leur? czljl^ -?:j y:, t::.nrar, ce qui fol fait, et occasionna la défaîl- de lef.aJre h.î iLii-b.:.-^. Voy. Van Metteren.

■UT. BC coiuLi-c. :. i:.. ■?

58 HISTOIRE DU COMUERCE

ayant tous deuv lo4 hommes d*équipage. Le prévôt général de l'escadre était Henri de Midler, un autre Belge, de même que Roland de Ghistele, Franrois de Steelandt, Adrien GuvilloD, Pierre Bouchet, Corneille Van Ryswyck, Jean de Diest et beaucoup d'autres gentilshommes, attachés au service de la flotte. Le capitaine Corneille Cuyper, d'Anvers, avait été chargé de visiter les navires avant leur départ. Ils retournèrent à la Vere en octobre 1553, après s'être emparé d'un bâtiment français, la Jeannette^ en vue de Lisbonne. Roland de Ghistele ramena la prise dans les Pays-Bas. Une barque marchande, le Christophe, avait péri durant la traversée (1).

Une négociation de la nature la plus délicate occupait en ce moment Charles-Quint et lui rendait l'espoir de ressaisir la suprématie que son rival lui contestait avec tant d'acharnement. Le roi d'Angleterre, Edouard Vl, venait de succombera une maladie de langueur, laissant la couronne à la princesse Jlarie, fille de Catherine d'xVragon. Parente de l'empereur et catholique zélée, la nouvelle reine devait subir son influence, et il avait conçu le projet de joindre l'Angleterre à ses autres royaumes par le mariage de l'infant Philippe avec l'héritière d'Edouard VI.

Cette union, peu populaire à Londres, ne tarda pas à se conclure, malgré les remontrances de la Chambre des communes. Charles acquiesça, d'ailleurs, sans balancer, à toutes les conditions que les ministres de Marie lui proposèrent, soil

il) Voici, d'aprè> le Ros. 2ri,ll3,.\rd</rfs génér.du royaume, chambre dfs complos, le nom des navires marchands faisant partie du convoi: leSoùt- Pierre, cap. Jacob Van Oislluiyzen; le Gédéon, cap. Jacob Janssoene. i^tn Schellincwoude ; le youveau Bourg, cap. Wybrant Gornclissoene; l'ANf. cap. Jean Machielsson, d'Anvers; les Trois Rois, cap. Rooclais; le Sn«l- Mivhvl, cap. Zyvert Janssoene; les Trois Rois, cap. Dirick Necssocn ; le Dii»« cap. Pierre Jean Tliys; le youvrl oison, cap. Jacob Mecusson; le Rouge Vê^ cai». Pierre Pierickx; le Siiint-Marlin, cap. Thys Jansson ; le SainS-SAailiff* cap. Corneille Synionsson; le Pellican, cap. Corneille Claisson ; le Jo«as, Clp. Jacob Zejrersson ; le Sainl-Micht'l, cap. Zeger Potersson ; le .Solvaior, cap. Pierre l>ol; le Morian, cap. Clûes Meeussen; le Suint-Jean, cap. Gerril Wcggcrson; le Vrllivan, cai). .Martin Nctersson; le Saint-Jacob, cap. Gerril Cuyper; le Sniut-^fartin, cap. Jean Woutersson; le Bourg de Ghisp, cap. Pierre Corneille * le fiiilnifi cap. Gerril Sx mousson ; le Christophe, cap. Clacs Moeiis.

I DOUP

ET DE LA MARIEE E.f BELGIQtE.

pour vaincre les répugnances du peuple anglais, soil pour calmer leurs craintes et la détiance que leur inspirait la doaiination d'un maître étranger. Il fut convenu que Philippe, pendant la vie de la reine, porterait le litre de roi d'Angleterre, mais que cette princesse gouvernerait seule, et disposerait entièrement de tous les revenus, oHlces et bénéfices du royaume. Leurs enTants devaient hériter non seulement du trûne britannique, mais aussi du duclié de Bourgogne et des Pays-Bas, la couronne d'Espagne et la possession des autres États héréditaires de l'empereur cianl réservées Ji Charles, le seul fils qui restât à Philippe de sa première lëmme.

Quelques partisans de la réforme ne trouvant pas ces garanties suffisantes, se soulevèrent dans le duché de Kent et marchèrent sur Londres. Vaincus presque sans coup férir, ils laissèrent leur chef, Thomas Wyalt, entre les mains des officiers royaux, qui le firent décapiter. Leur défaite accéléra la crise qu'ils avaient voulu prévenir, et ta reine Marie, aussitôt après son mariage avec Philippe, refut avec de grands honneurs le cardinal de la Pôle, qui donna une absolution générale à la nation anglaise et la réconcilia avec le pape. Des poursuites furent entamées aussitôt contre les hérétiques, dont les plus compromis se virent contraints de quitter le pays.

Beaucoup de Flamands, qui s'étaient réfugiés en Angleterre soua Henri VllI, prirent ce dernier parti. Ils convinrent de partir pour le Danemark, sur deux navires, et la plupart d'entre eux s'embarquèrent en effet, le 17 septembre, au nombre de 175 personnes. Ils avaient pour cliefs le baron de Lasco, inspecteur général des églises étrangères; Etienne Myerdman, Brabançon d'origine, imprimeur à Londres; Micron et Utenbove. Quelques autres de leurs compatriotes, sous la direction deGualterus et de Pierre Dclenus, restèrent sur le sol anglais, attendant une occasion favorable pour émigrer h leur tour. Les compagnons du baron de Lasco, après avoir essuyé, étant en taer, une tempête qui sépara les deux navires qu'ils montaient, arrivèrent à Ëlseneur le 20 octobre, après avoir subi les plus tristes privations. Leurs chefs descendirent alors à terre et se rendirent à Caldingua, pour représenter au roi ia situation péDible dans laquelle ils se trouvaient, et solliciter, avec la

permission de séjourner dans ses Éials, celle d\ exercer librement leur religion.

Paul Noviomagus, le minisire et le favori du prince, leur fil d'abord quelques promesses , mais elles ne furent pas tenues. Les Flamands reçurent Tordre de s'éloigner, en même temps qu'un subside de cent tlialers à distribuer entre les plus nécessiteux. Ils insistèrent, demandant avec instance que les vieillards, les femmes et les enfants pussent au moins passer l'hiver en Danemark, mais toute nouvelle faveur leur fut refusée. Désormais sans patrie, ils se transportèrent successivement à Rostoc, à Wismer, à Lubeck, h Hambourg, et finirent pars'éliblir h Embden. Ce fut là qu'Etienne Myerdman, devenu bou^ geois de cette ville sur la recommandation du baron de Lasco, imprima, en 1556, la première bible flamande- Il en fit use seconde édition en 1558 (1).

Le roi de France, craignant une prochaine rupture avec TAegleterre, poursuivait activement les hostilités, tant en Ittiie que dans les Pays-Bas. Quatorze navires de guerre (2), sousU charge de l'amiral de Wackcn, avaient quitté les côtes de Hollande, le 16 avril 1554, et s'étaient joints à l'escadre anglaisa pour concourir avec celle-ci à la défense des côtes. Ils croisèrent dans la Manche jusqu'au commencement de janvier 1555» effcctuèrcnt.unc descente dans le pays de Caux, et s'avancèrcnl jusqu'il près de Rouen.

Des négociations avec les protestants d'Allemagne, <|» eurent pour résultat le triomphe des idées de tolérance, et de

(1) Moreri. Dirt. hist., t. YI.

(î) Le Faucon, navire amiral; le Dragoriy 154 hommes d'équipage, W Nie. Dasncs ; le Bock, cap. Arnould de Hamstede ; le Soloator, 150 bomm»i cap. Corneille Cuyper; VAigle, cap. Jean Glllol; le Cfrf tofenl. cap. WW Keichlc; le Corbeau, 111 hommes, cap. Jean Me>'nne;les Trois Hoii, «P- Jean de Calz; le Moreau, cap. Robert Cuyper; la Bonne AveMurt, 10 b«». cap. Robert Vaes; les Trois Vierges, cap. Adrien Gornelis ; le Veni^imifliri cap. Jean Hoinricx ; le Chien Noir, cap. Victor Pieters; le Serpent, cap. Jacdb Janssens Vogel. Parmi les gentilshommes qui se trouvaient à bord, noo* remarquons Corneille doMeckcrcn, Focx Sybrants, Jean de Diesl, François Van Stoelandl, François Reyniors, Roland van Ghistele, Orner Claissneiw. Dirick van AValscap(;ll(\ Voy. Arch. génér. du royaume de Belgique, Chambre des comptes, Reg. îG,114.

nouveaux démêlés avec le pape Paul IV, occupèrent quelque temps Charles-Quint. L'état de sa santé devenait cependant de plus en plus précaire, et lui inspirait le désir du repos. Sentant ses forces décliner, il rappela son fils à Bruxelles, et, le 28 octobre 155o, en présence des États-Généraux, rassemblés dans la grande salle du palais de Bruxelles, il abdiqua publiquement le gouvernement de nos provinces. Il lui remit Tannée suivante l'administration de l'Espagne, et envoya les emblèmes de l'empire à Ferdinand, renonçant h toutes les dignités qui avaient été jadis l'objet de son ambition, pour aller passer ses derniers jours au couvent de Yuste, dans une vallée de l'Estramadure. La reine douairière de Hongrie, qui dirigeait depuis vingt-quatre ans l'administration des Pays-Bas, suivit son exemple et résigna la régence.

€harles, au moment de quitter la Belgique, avait entamé fes négociations avec Henri II, qu'il décida à signer une trêve otircinq ans, le 5 février ioS6. Cet accord était à peine conclu Lie le roi de France, cédant aux sollicitations du pape, son lié, reprenait les armes. Philippe, bien qu'élevé dans une protide vénération pour le saint siège, donna cependant, à cette >uvelle, l'ordre au duc d'Albe d'envahir les Étals de l'Église. Tandis que l'horizon politique s'assombrissait de nouveau, '"^arles-Quint s'acheminait vers Gand, où il prit congé des ï^bassadeurs étrangers, le 27 août 1356. Il se rendit deux >urs après h Biervliet, accompagné 'de la reine de Hongrie et ^ la reine Éléonore, ses sœurs, et y visita le tombeau de Beu- I^^Vs, le célèbre pêcheur flamand (I).

Il) Biervliet ne fut détaché de la Belgique qu'en 1604. Celle commune Wiaii partie, ainsi que le pays environnant, d'un vasle lerriloirequi lenail i 11 Flandre. 11 existe encore de très anciennes lettres relatives aux droils deionlicu levés sur les charriols qui passaient par là, allant de Bruiçes i Anvers. En 1377, le 19 novembre, ou, d'après Vaernewyck, le 11 du même ■wis, une grande partie de celle contrée fut submergée. Plus de 17 parofeses furent envahies par les flots, et Biervliet souffrit beaucoup. Il existe moore un vieux dicton à ce sujet :

Hct landt van Bierviiedt, en zovention ilor|N'n, ù nach! En die piclo liupen in, na Sinl Marteau dag.

Biervliet souffrit d'une nouvelle inondation en 1404.

Dans rintervallc, on lui préparait une floUeenZeIande.il était nécessaire, en effet, qu'il fût escorté d'un grand nombre de navires, les corsaires dieppois disposant à cette époque de forces considérables. Un combat san$;lant, dont les détails offrent quelque intérêt, venait d'avoir lieu entre eux et les marins des Pays-Bas, dans le Pas-de-Calais.

Voici ce qui s'y était passé. Le H août 1855, une escadre française, commandée par Louis d'Espineville, aperçut vingtdeux grosses hulqucs liollando- belges, revenant d'Espagne, chargées de riches marchandises des Indes. Les navires français, moins nombreux et moins bien armés que ceux de la flotte flamande, étaient beaucoup plus forts d'équipages. Après un moment de délibération, leur chef se décida à ordonner l'attaque, et, manœuvrant adroitement, de manière h empêcher ses ennemis de se servir de leur artillerie, aborda le plus gros vaisseau flamand, qui fut bientôt le théâtre d'une lutte aclla^ née. Son exemple fut suivi et, deux heures plus tard, les co^ saires s'étaient emparés de 14 hulques. Les marins d'Ostende et de Dunkerque avaient, par une dernière ruse, semé sur le tillac de leurs navires l'or, les perles et les joyaux les plus précieux. Six hulques flamandes, ralliées par le bruit de la canon* nade, trouvèrent les Dieppois épars, et plus occupés de recueillir leur butin que d'assurer leurs succès. Ces six hulques eussent pu aisément profiter de ce désordre pour se retirer honorablement devant des forces supérieures : elles préférèrent disputer la victoire aux corsaires, et les attaquèrent impétueusement

Cette intervention énergique changea un instant la situation des affaires. Louis d'Espineville fut frappé mortellement, d'un coup d'arquebuse, à bord du vaisseau amiral, le Saint-Xicolail le capitaine du galion royal YAïuje eut le môme sort; celui du vaisseau YEsmérilUm, couvert de blessures, se défendait avec peine contre les Flamands, lorsque les marins français, comprenant l'imminence du péril, se réunirent enfin à la voix de leurs chefs. Les assaillants, écrasés par le nombre, ftùblissaient à leur tour, lorsiju'un immense incendie, occasionné par l'explosion dos grenades lancées h bord d'un bâtiment dieppois, se développa au milieu de la flotte victorieuse. Treize navires se t'ouvrireni de flammes, depuis la proue jusqu'aux mâts, puis

sparurent lentement sous les vagues, chargés de cadavres et 3 débris. Cinq hulques flamandes, profitant de la conrusion, j dégagèrent, prirent le large, et parvinrent à rejoindre celles li n'avaient pas encore cessé de combattre (1). Charles - Quint mit à la voile pour l'Espagne, le 15 sepiinbre 1556. Des deux flottes qui devaient raccompagner, ioe, composée de navires biscayens, asturiens et castillans, Lait commandée par D. Luis de Carbajal, capitaine général de Armada de Guipuzcoa ; l'autre consistait en dix-neuf navires amands et zélandais, parmi lesquels il y avait huit vaisseaux e guerre : Adolphe de Bourgogne, seigneur de Wacken, en t^it l'amiral, et Gérard de Meckeren le vice-amiral (2). Maxililien de Bourgogne, alors chef de l'amirauté, avait brigué bonneur de conduire lui-même, en Espagne, le monarque u'il avait servi pendant tant d'années. L'empereur lui sut gré s sa démarche, mais ne voulut point qu'il quittât ses gouveremenls de Hollande et de Zélande.

(1) KervyndeLellenhove, Hist. de Flandre, l. VI, p. 145, 147; Bouwet, ^naks de la marine française, t. Il, p. 2G; HoUandsche chronycke, fol. 128 v*. ^^après Bouvet, la flotte des Pays-Bas ne se composait que de 18 navires, et L évalue la perle des Flamands à 1 ,000 hommes, et celle des Français à kO0 hommes. Les équipages flamands avaient été, en efTct, les plus maltraités, mais les Dieppois avaient perdu leurs principaux capitaines.

W Voici la liste des navires dont il vient d'être question : le Faucon, com- "ttndé par Tamiral, ayant à bord ÎOO gentilshommes, officiers, marins et WMde guerre; la hulque VÉléphant, placée sous les ordres du vice-amiral, rt montée par 196 personnes de tous rangs; la hulque le Vennsberg, cap. Anioald de Hamstede, 180 hommes d'équipage; le Chevalier de mer, cap. Weolas Dasnes, 148 hommes; la hulque '( Wilde Woudt, cap. Jean Gillot, ttt hommes; la hulque la Cateline, cap. Hans Cuychlen, 138 hommes; la ^Iqueles Quatre fils Aymon, cap. François Sleelant, lî7 hommes ; la hulque ^tSaiïït Pierre, cap. Corn. Cuypcr, lîs" hommes; la hulque le Saini Martin, ctp. Sibert Janssone, lîO hommes; la Marie, cap. Josse Olivier, 114 homm.; te iocq, cap. Josse Van Dorp, 90 hommes ; la hulque le Ysaac, cap. Eenwoudl Arboluut, 88 hommes ; le Dragon, cap. Josse Meyne, 88 hommes ; le SdMtor, cap. Jean, bâtard de Catz, 87 hommes ; la hulque le Saint-Jean- BaftiMU, cap. Jean Hendricxzoon, alias Schoene Jan, 80 hommes; \ Aigle, »p. Corneille de Meckeren, 80 hommes; le Cerf volant, cap. Robert Cuyper, t§ hommes; le Tigre, cap. Jean Janszone, 00 hommes ; la Licorne, cap. Jacob aiiszoDe Vogel, 45 hommes. Voy. Gachard, Retraite et mort de Charle$-Quinl m monastère de Yuste. Bruxelles, 1854, inlrod., append. L.

Charles- Quint avait d'abord choisi pour soq passage une hulque flamande, mais il se décida au dernier moment, ce vaisseau étant déjà vieux, h lui préférer un navire biscayen, el Espéritu Santo, appartenant à Martin Ximencz de Berlendona, et commandé par le fils de ce dernier, Antonio de Bertendona. El Espéritu était du port de 363 tonneaux; on y avait disposé un appartement commode pour Tempereur, sans oublier d'y mettre une étuve, dont, au moindre froid, il ne pouvait plus se passer. Les deux reines montèrent sur le Faum, qui portait le pavillon de l'amiral de Vvacken. Ce navire éiail également décoré avec luxe (1).

Les flottes avaient h peine levé Tancre, que le calme d'abord, et ensuite les vents de sud-ouest, les retinrent à la pointe de Ramekens. Philippe II y vint, le 17 septembre, visiter Tempereur dans son navire. Le môme jour, le vent ayant fraîchi et pris une direction favorable, les deux escadres poursuivirent leur route (2).

Charles-Quint, en s'éloignant, laissait les Pays-Bas dans une situation des plus critiques. Son règne, consacré tout entier Ji la défense du principe d'autorité, se terminait à la veille d'une révolution sociale. Il avait cru vaincre tout esprit de rëbellioa en affaiblissant le pouvoir des communes, et n'avait faitqua dépincer hi résislancc qu'on opposait à son despotisme. Le?» idées de liberté, qui n'avaient eu, jusqu'à cette époque, d'auire expression que les Charles cl les privilèges municipaux, s'étaient

(1) A licm à un^ marchant, demeurant à Bruxelles, la somme de Iroi^ « cenl ('in(|uanle-neuf livres, liuyt sols, du dit pris, que" à Tordonnance « du commissaire Nicolas Micault le receveur Acrt Molkeman luy ap>i^ « et délivré complanl pour semblable somme que deuc luy esloit pour II « livrance de cent quarante-neuT aulnes et trois quarts de damas jlQln^ « que le dit Micault a de lui acheplé pour emploier à faire houlxaine^. « proues, eslandars el ensaingnes aux navires de rempcrcar, de* dw^ « roynes et du S' de Bevres. » Xrvh. ytUu'r. du royaume, Chamb. des compt., He^'. i«,tlo.

Les voiles des deux vaisseaux amiraux étaient couvertes de pointuw?. Melcliior Schelz, Tiorry le Prince et quelques autres négociants d'Anvers. avalent fourni, en jrrande partie, les munitions de guerre qui se trouvaient à bord (le la flotte flamande.

(•2,1 (îachard, lielmile et mort de Charles-Quint, introd., p. 146.

(lodifiées au souflle de la Réforme, et là où il y avait auparaant une corporation, réclamant des droits eu s'appuyant suv es titres concédés, se présentaient des milliers d'individus, iscutant la compétence de leurs juges, et opposant aux décrets u souverain l'inviolabilité de la conscience humaine. Ce mouement n'avait encore pour objet que la libre pratique des ultes, mais Tempereur lui-même ne s'était pas mépris sur ses mdances. L'hérésie entraînait, en principe, des habitudes de bre examen qui devaient, tôt ou tard, dépasser le seuil de Église pour envahir le domaine de la politique. Non content 'avoir introduit finquisition à Anvers, malgré l'opposition égale des États, Charles-Quint, au moment même de se dessaiir du gouvernement, recommandait spécialement à son succeseur « de poursuivre les dissidents avec toute la rigueur de la 3i, quel que fût leur rang ou les circonstances qui les recommandaient à sa merci. » Après avoir pris l'initiative de la répresîon, il se retirait au début d'une lutte désormais inévitable, et ont Philippe, son héritier, allait recueillir l'impopularité.

Le mariage du nouveau souverain des Pays-Bas avec la reine '-Angleterre, ne fut pas sans influence sur nos relations commerciales. Marie, voulant favoriser les sujets de» son époux, ^leva aux Osterlings le privilège dont ils jouissaient depuis enri m, haussa le droit qui frappait leurs marchandises, et le orta jusqu'à vingt pour cent. Cette mesure excita de nombreuses Isiiûtes de la part des villes hanséatiques, qui prétendirent que ^lirs concurrents avaient acheté cette faveur à prix d'argent. fn voyageur anglais, William Towtson, qui fit trois voyages à ^ côte d'Afrique durant le xvi" siècle, rapporte que, de son ^nips, les marchands exportaient dans cette partie de la ^inée, qui est comprise entre Sierra Leone et la ville de Mina, UQe grande quantité de bassins de cuivre, ornés de ciselures, abriqués en Flandre, ainsi que des cassettes ouvragées provelaot du même pays (1). Une singulière expression, en usage de autre côté de la Manche, rappelle encore, de nos Jours, Tactile de nos rapports commerciaux avec l'Angleterre. Lorsque la Jde d'une opération, tous paiements effectués, produit un

f ] HiU, géu, des voyages, 1. 1", p. 290.

capital moins considérable que celui qu'on s'attendait à recô — voir, on donne à la balance le nom de a compte flamand» » o de Flemish account (1). Cet usage n'a rien d'injurieux pour 1 Belges. Il prit naissance à cause de la différence qui exista. ïi entre les mesures et les monnaies des deux pays. En effet, less calculs se faisaient à Anvers par livres, sols et deniers. Or, 1^ livre flamande équivalait à 12 sbcl. sterl., d'où il résulte que lorsque le négociant anversois déclarait à son correspondant de Londres avoir encaissé \ livre, 13 sols, 4 deniers, ce dernier ne recevait qu'une livre sterling. D'un autre côté, l'aune flamande ne valait que les 3/4 de la yard anglaise, qui mesure 5/4.

Un professeur de l'université de Louvaîn, Peckius, publia en 1556 une compilation des Pandectes et du code de Justloien sur le droit maritime. Le seigneur de Ravenstein, amiral delà mer, avait déjh écrit, quelque temps auparavant, ses « Instructions sur toutes manières de guerroyer, tant par mer que par terre, » travail qu'il avait dédié à Charles-Quint. Parmi les Belges qui se firent un nom au commencement du règne de Philippe II, nous pouvons encore citer Jean de Thuin, constmcteur de l'église de Sainte-Waudru h Mons, et Corneille Floris, architecte, qui rapporta d'Italie l'art d'exécuter ces groupes bizarres et chargés, connus sous le nom de « grotesques. » Dn Brugeois, Pierre de Wilh, bâtit le palais électoral de Munich et construisit le mausolée de l'empereur Henri IV; un autre flamand, Jean Van Santen, plus célèbre sous le nom de Sanzio, fut le premier architecte de Paul V et le créateur de la belle villa Borglièse, illustrée par le pinceau de Raphaël.

L'art typographique fut établi h Liège, en 1558, par un imprimeur allemand, nommé Waller Morberius. Le premier ouvrage qui soit sorti des presses de Morberius est un bréviaire à fusagp des chanoines de saint Paul. Plusieurs Liégeois s'étaient ië^ cependant occupés d'imprimerie, entre autres, Jean de Tongres, tixé à Anvers ; Jehan de Liège, qui vivait à Tours en 1496, etutt autre imprimeur du même uom qui introduisit son art îi Valencicnnes, sur la fin du \\T siècle. L'exemple de Morberius ne tarda pas a être imité, et les typographes liégeois, Gilles Radée,

(l) ?iotn and Quen's, vol. 1, déc. 18î9, p. 71. Londoii, George Bell, ISôO.

iry Hoyoux, Christian Ouwercx, Gérard Rivius, J. de Glen, Corswarem et Voes se distinguèrent plus tard par leur habi- . Un imprimeur d'Anvers, iEgidius Diestensis, ou Gilles de 3t, passe pour avoir employé le premier des cartes géogralues gravées sur métal.

andis que Tesprit d'entreprise agitait nos populations, le 3 se remplissait de gens de guerre. Philippe, après avoir (emblé dans nos provinces une armée de 60,000 hommes, imandée par Emmanuel Philibert de Savoie, était parti pour igleterre afin de décider la reine Marie à rompre toute relai avec les Français. Cette princesse, malgré l'opposition de conseil, entra avec chaleur dans les projets du roi, et lui oya 8,000 hommes, qui, sous les ordres du comte de Pemke, opérèrent bientôt leur jonction avec les troupes du duc Savoie.

^s hostilités commencèrent vers le milieu de l'été. Emma- 3l Philibert, par une manœuvre pleine d'habileté, attira bord l'attention des Français sur la Champagne, où ils se tèrcnt d'envoyer des forces considérables, et investit inopiinent la ville de Saint-Quentin. Le connétable de Montmoney, ne se sentant point assez fort pour livrer bataille, se ntenta d'inquiéter les assiégeants, et de jeter des secours iQs la place à travers les marais dont elle était entourée. (Cité par quelques succès partiels, il se rapprocha du camp inemi, et fit pénétrer dans la cité près de cinq cents soldats, ais cette opération hardie lui coûta cher. îl avait commis la Btc de s'exposer à se voir couper la retraite, et ses adverlîies profilèrent aussitôt de cette circonstance. Le jeune me d'Egmont, se mettant à la tête d'une partie des bandes ordonnance, culbuta les gardes avancées auxquelles le con- Stable avait confié la défense du seul passage guéable, entraîna a soite plusieurs escadrons belges et allemands, et alla se ployer devant les Français, ne leur laissant d'autre altornac que le combat. Tandis que ceux-ci hésitaient encore, îgmoiA chargeait leur première ligne, et ayant roçu «lo nourenrorts, repoussait la gendarmerie royale. L'inlanterio, en carré, lui opposa plus de résistance^ main lo canon rti hseotôt le désordre dans ses rangs, et lu dérouln devint

universelle. Les vaincus perdirent environ 4,000 hommes, parmi lesquels plus de six cents gentilshommes, et le nombre des prisonniers fut si considérable, qu'il fallut en renvoyer qm partie (1). Parmi ceux que Ton garda se trouva Montmoreoej lui-même, qui avait été blessé dans la mêlée.

Telle fut la fameuse journée de Saint-Quentin, dont PhiliRic consacra plus tard le souvenir par la fondation du riche moimtère de TEscurial. La ville fut prise d'assaut 17 jours apris, le 27 août 1557, et le célèbre Coligny, qui s'y était renfermé, partagea la captivité du connétable.

Charlos-Quint, informé de ce triomphe, ne doutait pas delà prochaine reddition de Paris, désormais sans défense. La timidité et la prudence de Philippe, qui arrêta l'élan de ses troupes, sauva la capitale. II se borna à faire saccager quelques villa frontières, et retourna à Bruxelles le 12 octobre, après avoir licencié la plus grande partie de ses soldats.

Les Français, sur ces entrefaites, travaillaient à réparer leurs revers. Le duc de Guise fut rappelé d'Italie, ainsi que les vieilles bandes qui servaient en Piémont sous le maréchal de Brissac. Ils reprirent Toffensive durant la mauvaise saison et, tournant d'abord leurs armes contre les Anglais, leur enlevèreol Calais et Guines, les dernières possessions britanniques efl France.

La prise de Calais nuisaitaux intérêts des industriels flamands,

qui s'y reiulaient souvent pour y acheter des laines. Le duc de Savoie écrivit, sur leurs instances, à la reine Marie, la priant de transférer rentrepùt anglais à Bruges, ce qui eut lieu. Ce commerce était encore considérable, car un écrivain contemporain nous apprend qu'on expédia, en 1560, de Bruges à Anvers, 25,000 balles de laine espagnole et l,î200 balles de laine anglaise, de tous prix et de toutes qualités. Les Brugeois continuaient, d'ailleurs, à faire les plus grands elïbrts pour lutter contre leur mauvaise fortune. Ils avaient fait proclamer, en 1554, que tous les métiers pourraient désormais s'exercer librement dans leur cité, et que tout étranger y serait admis avec droits de franchise, moyennant une somme de 5 escalins. Cette ordonnance, bien

(1) Mokc, Ilist. de Belgique, p. 317.

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