‹ Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 3)Chapitre 23 sur 141 · PRUNES · texte numérisé non relu

PRUNES

Comme par le passé, les prunes venaient à Bordeaux de l’Agenais et du Quercy *, et passaient de là en Hollande, en Angleterre, à Rouen, à Dunkerque et sur d’autres points du littoral de l'Océan. On en chargeait ordinairement dans notre port cinquante mille quintaux, à 6 livres le quintal, sur le pied d'années communes, ce qui fait la somme de 300,000 livres.

Le rédacteur du Mémoire de 1730 fait observer, avant de passer aux comptes qui suivent, que la prune payait pour droits d'entrée 17 sous par quintal, et que c'était toujours le propriétaire ou le vendeur qui acquittait ces droits. En octobre 1707, le percepteur de la contablie en ayant levé plus qu'il n'en était dû sur les marchandises entrées en foire, notamment sur les prunes, la Chambre ‘ de commerce intervint, et la restitution des sommes indûment perçues fut ordonnée.

Ce fruit était expédié dans des barriques d'une jauge différente de celle des futailles destinées à contenir du

1 Registre du Conseil de commerce F. 12. 63, folio 162 recto; séance du 20 octobre 1718.

? Voyez ci-dessus, t. 1, p. 469 et suiv. — Dans un ancien registre de la contablie de Bordeaux, pour 1593, nous retrouvons à chaque instant des mentions d'arrivages de prunes du haut Pays, en pipes et en sacs, en même temps que d'huile d'olive et de plumes. Voyez Rolle des bateulx quy sont montantz en sus au debant la rybyere de la Guarone, etc., folios 24 verso, 95 recto, 26 recto, 28 recto, 38 recto, etc.

3 Registre A de la Chambre de commerce, p. 88; séance du 29 décembre 1707.

vin’. Dès 1725, on songeait à substituer le poids à la capacité, et, le 7 août de cette année, le juge des ports de Bordeaux et des Chartrons rendait, sur la requête de l'adjudicataire général des fermes unies de France, une ordonnance portant que les prunes seraient pesées tant à l'entrée qu'à la sortie *. Cette mesure devait donner naissance à de longs débats. À un Mémoire sur le poids des prunes établi aux Chartrons, succéda une lettre relative au même objet; et l'un et l’autre furent discutés dans plusieurs séances de la Chambre de commerce. Les fermiers généraux ne restèrent pas muets; ils répondirent à leurs adversaires. En attendant, on prit des mesures par provision pour le pesage des prunes#. L'année suivante, les fermiers généraux firent une proposition relative à cette opération; mais presque en même temps, il fut présenté à la Chambre de commerce un Mémoire contre ce plan °.

En 1728, la Chambre de commerce adressa au Conseil supérieur des représentations tendantes à la suppression

! Pierre Chamau, maitre de la barque nommée le Petit-Pierre, de Bordeaux, du port de trente tonneaux ou environ, l'avait frétée à un marchand irlandais, le sieur Poor, qui devait la charger entièrement de vin de ville pour aller à Cork et revenir à Bordeaux, à raison de 24 livres de fret, y compris le chapeau du maître. Poor prétendait ne charger que sept ou huit tonneaux de vin, et tout le surplus en pièces de prunes, « beaucoup plus longues et plus grossea que barrique de vin; » Chamau lui répondit par une protestation par-devant le notaire Parran, le 30 novembre 1716. (Archives du département de la Gironde, E, notaires, Actes détachés.)

? Registre B de la Chambre de commerce, folio 220 recto; séance du 6 septembre 1735.

8 Registre C, folios 3 verso, 4 verso et 5 recto; 5, 10 et 17 septembre 1726.

# [bid., folios 10 recto (49 déc. 1726) et 47 recto (13 mai 1728). Cf. folio 48 recto (20 mai).

5 Registre C, folios 21 recto et 22 recto; séances des 8 et 15 mai 1727. Cf. folio 32 verso, 4 septembre, même année.

d'une nouvelle romaine établie au bureau des Chartrons, à l'effet d'y peser les prunes à l'entrée et à la sortie!. Dans le procès-verbal de la discussion qui eut lieu à cette occasion, on lit les détails suivants, par lesquels nous terminerons ce que nous avions à dire sur le sujet qui nous occupe.

« L'usage observé dans tous les temps pour le commerce de la prune n'obligeoit les marchands qu’à faire leurs déclarations, tant à l'entrée qu'à la sortie, de la quantité de futailles que les commis des fermes faisoient jauger et peser; et les droits en étoient tirés sur leur évaluation, la tare déduite.

« Le peu de valeur des prunes à donné lieu à cet usage, qui a été suivi jusqu’à l'ordonnance du juge des ports cy-dessus. Il n’est pas possible, en effet, qu'une marchandise qui ne coûte sur les lieux, année commune, qu'environ 25 sous le quintal, puisse supporter la dépense qu’il faut faire en faisant porter et peser ces fruits au poids du Chartron, à l'entrée et à la sortie, lorsqu'il est question de les charger pour l'étranger.

« Si l'usage... étoit changé, le commerce qui s'en faict ne manqueroit pas de s'anéantir..…. La quantité qu’on en recüeille et qui se débite, soit dans le royaume, ou pour être envoyée dehors, va, dit-on, à deux cent mille quintaux par année, et produit environ 250,000 livres, qui se répandent parmi les pauvres habitans de l'Agenois, de Montauban et des environs...

« On paye, ajoutet-on, 34 sous de droits, sçavoir : ‘16 sous à l'entrée et 18 sous à la sortie d'une denrée

1 Registre du Conseil de commerce F. 12. 75, p. 514; séance du 29 mars

qui ne vaut qu'environ 25 sous, indépendamment des 9 sous qui se perçoivent sur la route au bureau d’Auvilars. Il n'est pas possible qu’elle puisse encore supporter la dépense inutile à laquelle l'ordonnance du Juge des ports l’assujettit, et qui va à 20 sous par baril!. »

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