Tome I, p. 437, ligne
La pièce suivante, transcrite par M. Célestin Port, sur une copie authentique de 1546, conservée aux archives de la préfecture de Maine-et-Loire (série E. 2954, famille Kerentrec), offre un nouvel exemple de l'exercice
du droit de représailles sur les corsaires bretons pendant le cours de la guerre de Cent ans :
« À tous ceulx qui ces presentes lettres verront et orront, Bertran de Roede, marchant de Bourdeaux, salut en nostre Seigneur. Sachent tous, comme je, ledit Bertran, Pierres Faure, Durant d’Anglars et plusieurs autres marchans de la principaulté d’Acquictaine, çay en arreres, par la seureté des trieves qui estoient pour le temps ou duché de Bretaigne, nous fussions allez et porter vins, draps et autres denrées et marchandises pour marchander ès dictes parties de Bretaigne, et nonobstant lesd. trieves aucuns des subgiectz de très-noble et très-puissant seigneur Mons: Charles de Bloys nous pristrent, pillerent et desroberent de noz biens et marchandises, detenuz aucuns de nous en prison, ranczonnez et faict plusieurs autres dommaiges, et eussions requis led. Monsr Charles que sur ce nous fust pourveu de remede; et sur ce, je, led. Bertran de Roede, tant pour moy que pour lesd. Pierre Faure, Durant d'Anglars et autres marchans, eusse pryé et supplyé à noble et puissant seigneur Mr Hues de Karantraict, chevalier, seneschal et lieutenant du viconte de Lymoges, pour led. Monsr Charles, qu'il luy pleust se traire par devers la court dud. Mons: Charles, et faire tant et poursuyr que nous feussons desdommaigez de nostred. perte, et emprès laq. chose, led. Monsr Hues ayt tant faict et procuré par devers led. Mons: Charles, que led. Monsr Charles a voulu, octroyé et ordonné que l'on puisse lever et prendre 45 deniers par livre de et sur toutes les denrées et marchandises que les subgectz dud. Monsr Charles, du duché de Bretaigne, porteront, chargeront et deschargeront en la principaulté de Guyenne, jusques à troys ans prouchains ensuyvans amprès la my-aoust dernierement passée, pour estre converliz lesd. deniers, baillez et livrez à desdommaiger moy et les autres marchans de ce que sera trouvé que nous aurons eu de dommaige.. pour laq. poursuyte faire led. Monsr Hues, tant par luy que par les siens, a très-grandement travaillé et mys et frayé du sien propre jusques à la montance de mil francs d'or du coing du roy de France, et de plus, si comme je en suis diligemment et bien acertainé et informé. lesq. mil francs d'or... je, led. Bertran de Roede, tant pour moy que pour lesd.…. autres marchans, ay promis, promect et suis tenu speciamment, soubz l'obligation expresse de moy et de tous mes biens. rendre, payer et bailler aud. Monsr Hues de Karantret, chevalier, ou à honnorable homme, discrect et saige, Monsr Hamon Robert, prestre, procureur dud. Mons Hues..
c'est assavoir 500 francs d'or dedans la feste de St.-Martin d'yver…. et les autres 500 francs d'or dedans la feste de Pasques.… en tout ce que dessus est dit et devisé tenir, garder et accomplir. ay promis et juré aux sainctz Euvangilles nostre Seigneur, corporaument touché le livre, et en tesmoing de ce, je en ay donné aud. Monsr Hues de Karantret, chevalier, ces presentes lettres scellées, à ma supplication et requeste, du scel estably ès contractz en la Rochelle... Ce fut faict le xxre jour d'aoust, l’an mil cec soixante et quatre. »
À la suite de cette pièce, nous croyons devoir en rapporter une autre, datée également de la Rochelle, et qui n'éclaire pas moins l'histoire du commerce de Bordeaux pendant la guerre de Cent ans :
« À mes très-honnourez seigneurs messeigneurs les gens des comptes du roy, nostre Sire, à Paris.
« Mes très-honnourez seigneurs, je me recommande à vous tant humblement comme je puis. Et vous plaise savoir, mes très-honnourez seigneurs, que diemenche dernier arriva en la chenau de la Rochelle, hors la chaure, une barche appelée la barche Saincie-Marie de la Teillaye, qui venoit de Bourdeaux chargée de xj. fardeaux de draps d'Angleterre et de vi. Angloys. Et tantost après vindrent par devers moy les maire et eschevins de ladicte ville, et me prierent que je donnasse congié aus- - diz Anglois de entrer en ladicte ville avec leurdicte barche et marchandises. Ausquels je respondi que non feroie jusques à ce que j'eusse parlé aux gens du roy. Et pour ce que lesdiz maire et eschevins se doubtoient bien que je ne leur donneroie point ledit congié, actendu que lesdiz Anglois sont ennemis du roy, et que les treves estoient faillies, et aussi afin que cauteleusement mé amusassent durant-qu’ilz me faisoient leur requeste, ilz firent entrer dedenz ladicle ville lesdiz Anglois, leur barche et marchandises. Et incontinent qu'ilz furent descenduz, ledict maire mist lesdiz Anglois ès prisons de l'eschevinnage de ladicte ville, saisit ladicte barche et print lesdiz draps et autres denrrées, et encore les detient. Et après ce que je sceu lesdiz cas, feys commandement ausdiz maire et eschevins, sur tout quanque ilz se pouoient mesfere envers le roy, que incontinent ilz me rendissent ez prisons du roy lesdiz Angloys avec toutes leurs dictes marchandises; laquelle chose ilz ne voulurent fere, ains s’opposerent, protestans d'appeller. Et dient les gens de con-
seil de par deçà qu'ilz ont confisqué leurs privileges et jurisdiction. Et ne fust seulement que pour avoir fait entrer lesdiz ennemis dedens la ville du roy après la treve et sanz mon congié. Et après sont venuz par devers moy lesdiz maire et eschevins, et m'ont requis que je les receusse à opposicion; et pour ce que je leur ay respondu que je ne les y recevroie point jusques à ce que je vous en eusse escript et eu response de vous, ont appellé, et se fondent sur certaines lettres que depuis ont receues… qui ne faict riens à leur fait, consideré qu'il n’estoit nouvelles de trieve quant lesdiz Angloys entrerent. Et pour ce, mes très-honnourez seigneurs, que ce fait est gros et poysant tant pour ladicte prise, qui puet valoir ij= livres et plus, comme pour la consequence du temps à venir, et aussi qu'en nulles confiscations vacans ne espaves tant de biens d'ennemis du royaume que autrement, de leurs bourgois ne d’autres ilz n’ont aucun devoir ne congnoissance, ains est le vray demaine du roy, et en oultre que en ce il n'y a nul des gens du roy de par deçà qui me vueillent aidier, ne secourir, ne qui s’en vueille entremectre, ne le poursuir, se n’est le receveur, pour ce qu'ilz sont touz du conseil et college de ladicte ville, j'envoie presentement pour ceste cause ce chevaucheur par devers vous, afin que vous soyez avisez pour quelque cause que ce soit de non laissier aler ce droit, et que lesdiz maire et eschevins qui envoient devers le roy se tiennent certains de impetrer telles lettres du roy comme il leur plaira, ne viengnent à leur entencion dudict fait, et que sur ce m'envoiez lectres du roy et de vous necessaires pour la conservation de son demaine, ou autrement la plus belle branche de son dict demaine yra à perdicion, sanz ce que jamais on l'y puisse ramenner.. Si vous suppli, mes très-honnourez seigneurs, que, sur ce, vous plaise m'envoyer telles et si bonnes lectres que le droit du roy et son demaine y soit gardé... Escript à la Rochelle, 1è xve jour de novembre [1440].
« Le tout vostre, PIERRE DE VILLENNES, gouverneur de la Rochelle. »
(Bibliothèque impériale, collection Gaïgnieres, États de Normandie, 557, 2e pièce.)