‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 5)Chapitre 21 sur 126 · PLOMB · texte numérisé non relu

PLOMB

« Il n'y a, dit le rédacteur du Mémoire de 1730, que le plomb d'Allemagne qui puisse entrer en France, celui d'Angleterre ne pouvant être introduit par les négociants qu'en vertu d'un passeport de la cour ^, parce que la Compagnie française des Indes a seule le droit d'en faire venir. Ce sont les villes de Hambourg et de Brème qui fournissent Bordeaux de plomb d'Allemagne. Ce plomb se tire des montagnes du Hartz, en Souabe, où il y a beaucoup de mines de ce métal, et n'a d'autre débouché, outre la consommation du pays, que Hambourg et Brème. Il en vient ordinairement à Bordeaux 4,500 quintaux, à 22 livres le quintal ; font 99,000 livres. Il se vend actuellement dans cette ville 24 livres^. »

L'écrivain que nous venons de citer ne parle que du plomb d'Allemagne et de celui d'Angleterre; il y avait encore ceux d'Ecosse et d'Irlande, sans compter le plomb

' Registre du Conseil de commcrre F. 1:2. 55, folio 159 verso; séance du li février 1710.

2 « Le plomb d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, ayant été mis au nombre des marchandises de contrebande pour rentrée dans le loyaumc, par un arrêt du Conseil, du (5 .septembre 1701, et Sa Majesté ayant cependant été informée que... on les faisoit passer pour plombs d'.\lleniagne et du Nord... Sadite Majesté a trouvé a propos de prendre des précautions pour laisser l'entrée libre aux véritables plombs d'Allemagne et du Nord, et la fermer a ceux du cru d'Angleterre. C'est ce qui a été fait par un arrêt du 5 mars 1722, distribué en six articles. » Savary, Dict. un'iv. de commerce, t. 111, p. 210, col. 2, art. Plnml>.

^ Dans un acte de Dou/.eau, du 1 1 avril 1521, ixirtantvcnte par un marchand de Bordeaux, Nicolas des Landes, de 1,.".00 quintaux de plomb, ii Jean de Morra, évéque de (<ondom, on voit ce métal évalué 52 sous 6 deniers tournois le quintal.

(les Pays-Bas' et des Pyrénées"-. Quelques années auparavant, un gros marchand écossais, établi à Rouen, adressait au contrôleur général une demande de passeports pour faire venir des navires d'Ecosse avec vingt milliers de plomb dans chacun, et d'autres marchandises permises, et pour exporter les vins, alors très-abondants en Guienne. Renvoyée au Conseil de commerce, cette requête donna lieu à une discussion dont nous n'extrairons que ce qui a rapport à notre sujet. Il y fut dit que l'Ecosse ne pouvait fournir, au plus, que trois cent soixante milliers de plomb de son cru par an; que ce royaume voulant toujours entretenir de bonnes relations avec la France, on avait laissé venir vingt navires chargés de plomb et d'autres marchandises, et que vingt passeports avaient été déjà délivrés à cet effet, ce qui avait dû épuiser les trois cent soixante milliers du produit des mines d'Ecosse^. Le compte rendu de la séance ne dit pas dans quelle proportion Bordeaux avait reçu de ce

' On avait ouvert, durant le xvie siècle, plusieurs mines de plomb et de fer dans la province de Limbourg. Bruin, qui écrivait vers lo7o, dit que les habitants en retiraient de véritables richesses: «Multis etiam plumbi ac ferri fodinis prsestans cultores opura afBuentia nobiles reddit. » Voyez aussi Gabiiel Bucelin, Germaiiia topo-chrono-steinmato-rjraphiu (Augustœ Vindelicoruni, m. dc. lv., in-f"), p. 15, col. :2; M. S. P. Ernst, Histoire du Limbourg, etc., publ. parLavalleye (Liège, IS-lT-oS, grand in-8»), t. L P- 87; et Van Bruyssel, Histoire du commerce et de la narigation en Belgique, t. III, p. 102.

- Dans les minutes de Couthures, il est fait mention, a la date du ôi mars 1667, d'une saisie de soixante-trois barils de mine de plomb trouves dans les bateaux de quatre mariniers du Mas de Verdun cl d'Agen, et appartenant a un marchand de la Rochelle, « pour avoir passé debout pendant la foire et déchaigé devant le port et havre de Bourdeaux. »

•' Dans le mouvement du port de Bordeaux en 1706, 1707 et 1708, tel que nous le donne le Mercure galant (novembre 1706, p. 76 ; décembre, p. 62), les navires écossais montés a Blaye, en octobre 1706, figurent au nombre de deux, cl le mois suivant, (in en voit ((iintir se croisant ;ivei' deux aiilres bâtiments

plomb en échange de ses 'vins; mais nous savons que la requête d'Arbuthnot fut rojetée'.

Vint ensuite le tour des Irlandais, auxquels on avait accordé des passeports-. En rapport d'affaires surtout avec Nantes, ils y avaient importé du plomb, qui avait été saisi à l'arrivée. On proposait néanmoins d'en lii-er d'Irlande avec diverses autres marchandises^; mais l'autorité se montrait peu disposée à favoriser un commerce qui pouvait fournir des débouchés au plomb anglais, alors prohibé. Un marchand français établi à Bilbao, le sieur Michel Morgan, dont le nom trahit une origine irlandaise, avait acheté dans ce port 300 quintaux de plomb provenant d'une prise, et les avait envoyés à Bordeaux, où ils étaient tombés dans les serres du fisc. Ils n'en sortirent, à ce qu'il paraît, que pour être rembarques et réexportés à l'étranger, comme cela avait eu lieu pour une autre prise faite sur les Anglais, consistant en cent barils de plondj en grenoille, que le sieur Lamega, marchand portugais, avait reçus de Bilbao \ Une décision analogue fut rendue plus tard au sujet d'une forte partie de plomb, pareillement saisie par le directeur des fermes de Bordeaux, qu'un négociant de cette ville, con-

(lii même pays, ;i la descente. Pour les années 1707 el 1708, voyez io iii("iiie recueil, caliitis d'août 1707, p. 3G, de septembre, p. iî), TiO, 152, etc.

' Registre du Conseil de commerce F. 1:2. .'iô, folio <i.3 verso.

- Ibid., folio !I4 recto; séance du 19 novemiu'e 1700.

•■' Ihid., folios 7>îr.\ recio el ")ô verso. Cf. folio 5:26 verso. — P. 27(i verso (17 avril 1706), il est fait mention de cent quarante-trois saumons de plomb apportes d'Irlande pour un marchand de la Rochelle : cet article ne ligure |)as au nombre des productions de l'Irlande, énumérécs dans le Dirlionuairc de (omniercr de Savary, t. I, p. 2.")."j, col. 2.

'• Rcfiistre du C-onseil de commerce F. \i. ■)7,, fiijio 500 verso; séiince du ■Si mai 170S. CA'. folios 2S7 verso el î!)(l rcrto; Il cl IS iii;ii.

HT 1)1- LA NAVIGATION A BORDEAUX. 2n

signataire d'une dame de Saint-Sébastien, demandait à vendre en France, sinon à renvoyer en Espagne'.

Le 5 février 1713, le Conseil donna un ordre concernant l'entrée du plomb et autres marchandises anglaises; mais peu d'années après il fut révoqué; du moins, dans sa séance du 2 juillet 1718, la Chambre de commerce de Guienne recevait l'avis que cet ordre ne serait plus exécuté à l'avenir, à partir du l*^"" avril suivant -. La levée de cette prohibition dut donner l'idée d'établir à Bordeaux une manufacture de plomb laminé. Il est de fait que, vers 1720, un certain Jean Chastannet, de cette ville, présentait requête afin qu'il lui fût accordé un privilège exclusif dans la province pour une fabrique de ce genre. Nous n'avons plus qu'à ajouter que les députés du commerce se montrèrent favorables à la demande '.

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