‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 5)Chapitre 23 sur 126 · CIRE JAUNE · texte numérisé non relu

CIRE JAUNE

« La majeure parlie de cire qui vient du ^'ord, dit fauteur du Mémoire de 1730, se tire de Pologne, Moscovie et des environs de Magdebourg. Elle est estimée parce qu'elle blanchit bien, quoiqu'elle soit moins pure que celle de France. Hambourg fait la plus grande })ai'lie de ce commerce et en fournit les ports de France. » Ce que cette place envoyait à Bordeaux montait ordinairement à 800 (juintaux, à 25 sous la livi'e, année commune, et s'y dél)itait à 30 sous la livre.

Si ces détails ne sufrisenl i)oinl, on en lr(»uvera d'au-

très dans un factuni publié pendant le cours d'un procès engagé, en 1715, entre trois négociants de Lubeck et un marchand de Bordeaux, Jean Chaperon, pour des fers et de la cire jaune expédiés dans cette ville'. Dans un factum précédent, du même recueil, le litige roule sur cinquante-huit balles de cire, du prix de 10,000 livres, achetées à Bayonne par un magistrat, messire Jean Loret, conseiller du roi, garde des sceaux en la chancellerie près la cour, et lieutenant général de la Table de marbre du Palais, qui plaidait contre Etienne Denis, marchand et bourgeois de Bordeaux.

COCHEMLLE.

La cochenille venait à Bordeaux, des Indes espagnoles, par Cadix, en une quantité évaluée à vingt surons, pesant environ 2 quintaux chacun, poids d'Espagne, ce qui fait 4,000 livres. Pour la différence, qui était de 7 pour 100, entre ce poids et celui de Bordeaux, ôtez 280, reste net 3,720, à 25 livres tournois la livre, année commune, ce qui fait 93,000 hvres. A Bordeaux, la cochenille se vendait 22 livres.

Ht'ILE D OLiVE.

Bordeaux recevait ordinairement 15,000 quintaux de cette denrée, à 34 livres le quintal, année commune, ce qui fait 510,000 livres. Les deux tiers de cette quantité venaient de Séville, par Cadix, et le reste de Marseille et du Languedoc. L'huile d'Espagne était plus estimée

' Recueil (le lactums (Ril>l. de la ville de Bordeaux, .liiiispr., iv 507(5), t. IV, pièce n" iô.

sur notre place, et se vendait d'habitude 4 livres de plus par quintal que celle du Midi de la France.

On peut apprécier l'importance du commerce d'huile que Bordeaux faisait avec le haut Pays dès le xvi'^ siècle, en voyant les nombreuses mentions consignées dans un volume que nous avons déjà eu l'occasion de citera Pour l'époque à laquelle nous sommes arrivé, les registres de la Chambre de commerce de Guienne présentent, à chaque page, des traces des tracasseries du fisc au sujet des droits imposés sur l'huile, et de l'appui que cette compagnie donnait aux négociants lésés par les fermiers-.

Au xviu'' siècle, il se chargeait annuellement à Marseille, pour Bordeaux, cinq mille caisses de savon marbré, ou environ. Il en venait aussi du Languedoc, où l'on avait établi quelques manufactures; mais on en tirait peu de ce cùté-là, ce dernier savon étant inférieur à celui de Provence.

A ces détails, l'autour du Mémoire de 1730 ajoute :

' « Aiilliuny Miiillie desceiil avoc son guabarol, troys pipes huyllic o'oljf cl une pipe prune.... — Arnaud Vyolete dcscent dys pipes e demye prune, e dus pipes estany de liuyl d'olyf, » etc. {llolle (tes bateitlx qiiij saut iiniulanlz- en sus on déliant la rijhijere de Gnarone e par debant celle rijUe de Marwande, clc, 21 et -21 ocloijre 1095, folios 2i vor.so et 27 reclo.

- Nous ne citerons qu'un de ces négociants, le sieur l'into, que son noni indique comme Portugais ou Israélite. Voyez le registre A de la Clianihrc de commerce, p. 5i9 et .TJO, séances des 7 et li janvier 1712. Pour les réclamalions de la compagnie au sujet des exactions des fermiers généraux sur ks huiles, nous ne pouvons que renvoyer, pour l'année 1711, aux pages 17rj, 27«, ôOO, ôli), 027. Pour les années suivantes, les mêmes griefs se représentent encore plus fréquemment. Voyez le registre P, folios 2.") verso, 27 recto, 29 lecto. 51 verso, 52 recto, 15 recto, iG recto, etc.

liT DE LA NAVIGATION A liOHDF.ALX. 2SI

« Ce ne sont jamais les Marseillois qui envoyent à Borileaux leur savon; ce sont les néeocians de cette ville qui le font venir pour leur compte. » Ils en avaient fait un article d'exportation pour la Hollande', et le recevaient souvent par là, surtout quand ce savon n'y trouvait pas marchand'^. En 1706, un négociant bordelais, nommé Chaiimeton, demandait un passeport pour faire venir mille caisses de savon de Marseille et les envoyer ensuite dans les Pays-Bas, avec exemption de droits du bureau d'Agde et de ceux de Bordeaux, et un autre passeport pour recevoir en franchise trois cents barriques d'huile venant du Languedoc^.

Plus tard, à ce qu'il paraît, on établit des fabriques de savon plus rapprochées de Bordeaux, et même dans cette ville-*. On avait demandé qu'elles chômassent pen-

' Los Pays-Bas exportaient des savons jusqu'en Ecosse. Un Anglais avait monté une savunnerie a Leilh et obtenu un privilège pour la vente exclusive de SCS produits; mais on se vit bientôt obligé de revenir sur ce monopole. Le savon de Leilh était de mauvaise qualité, et les habitants des comtés éloignes trouvaient plus d'avantage a recevoir leurs marchandises de Hollande. La ville de Campver y devint le centre de cette fabrication. Voyez R. Chambers, bomestic Annuh of Scotlaiiil, vol. I, p. oll; et Van Druyssel. Histoire du. commerce et de la ncniyation en llel(jique, t. IM, p. 101.

^ Reg. B de la Chambre de commerce, folios 1.52 verso, 157 reelo, 138 recto; séances des 24 avril, 5 et 19 juin 1721.

■■'Registre du Conseil de commerce F. \-2. ."il, folio iôô recto ; séance du •i août I70G. Cf. folio 45.') recto; et reg. F. 12. .■i5, fjlios 6'> recto, 67 verso. — Plus loin F. 12. 83, p. 72; séance du 26 fevr. 1795j, il est fait mention d'une contestation entre le sieur Desclaux, négociant a Bordeaux, et les fermiers généraux, au sujet de la restitution des droits qu'on lui avait fait payer au bureau d'Agde sur soixante caisses de savon et une caisse do saucissons qu'il avait fait venir de Marseille pour les colonies.

* Voyez, registre C, folios 10 recto (19 décembre 1720), il verso et 10 reeto (2 et 28 janvier 1727). Plus loin, folios 27 recto a 29 verso (18, 51 juillet et 7 aortt), il est question d'un Mémoire du sieur Pelé, chef de la fabiique des savons blancs et marbrés de Bordeaux, au sujet de cette industrie et pour cm-

■•>Hi 1IIST011{E DU COMMERCE

daiit les trois mois d'été. L'intendant Boucher consulta la Chambre de commerce de Guienne, et les directeurs de la compagnie se montrèrent favorables à cette demande, donnant pour raison « qu'encore que les chaleurs soient plus supportables en Guienne que dans les pays voisins de la Méditerranée, elles sont néanmoins assez vives pour empescher que les savons fabriqués en esté ne soient aussi fermes qu'il est nécessaire, et que leur consistance estant molle, ils fondent et se dissoudent dans l'eau fort promptement, ce qui cause un préjudice considérable dans l'usage qu'on en fait*. »

En usage depuis un demi-siècle environ '^, le café, au-

pèchcr que larrèt du Conseil ne fût étendu aux produits de cette manufacture. 0)1 trouve encore dans le luêuie volume une plainte d'un sieur Medine contre le commis aux huiles et savons. (F"» 1 et 2; 51 juill., 8, 13 et -1-2 août 1728.)

' Ueg. D, folio -l'ii recto, 7 mars 1726. — Reg. F. 12. 75, p. 5-)."); 9 mai 1720. Suit un arrêt rendu en Conseil d'État, le 26 mai 1726, conformément il un autre arrêt du 5 octobre 1688. Cf. reg. B, folio 251 recto, 17 juillet.

'- Dans une lettre publiée par la Pairie, numéro du 25 août 1867, M. Edouard Fournier a indiqué un passage curieux sui' l'introduction du café en France; le voici tout entier :

.Xilifii, j'iiy si mal i'i la Icslc

(Jiic jo iiu sçais où mu tourner,

Kl cjnc le mal icy m'arrcste.

On ordonne de nie saigner ;

Mais je suis peu pour la sais^nce.

J'aimf mieux prendre du l;avc',

\lu\ jîuéril en moins d'un avé Uuand le resie ne pcul jfuérir en une aimée.

Ce mot de kavé vous surprend :

C'est une liqueur ar;i))esqnc.

Ou bien, si vous voulez, tiirqucsque.

Que dans le Levant cliariin prend.

On s'en sert en Affrique, on s'en sert en Asie ;

Klle a passé dans Vllatie,

Km llnllniule et clioz les Anijiois,

<»i'i l'on la Ir.invo fort utile;

LT DE LA NAVIGATION A lîUHUl-AUX. i83

jourd'hui si répandu en France, ne l'était pas encore beaucoup, à en juger par la quantité mentionnée dans le Mémoire de la Chambre de commerce de Guienne.

Bordeaux faisait acheter à Nantes, de la Compagnie des Indes, tous les ans, environ deux cents balles de café, pesant '250 livres, à 50 sous la livre, ce qui donne la somme de 125,000 livres tournois. Les balles, étant à 250 livres chacune, font 50,000 livres tournois. En 1730, le café se vendait 48 sous, et des marchands, stationnaires ou ambulants, en débitaient à la tasse depuis plus de quarante ans^

El (les Arméniens <iiii soiil dans cette ville L'apportent encore aux François.

Sa vertu n'a point île pareille, Tout le inonde s'en aperçoit, Et surtout pour la femme elle oprre meivcille, Quand c'est le niary qui la boit.

La Muse Dauphine adressée à monseirjneur le Daujihin, par le sieur de Subligny. A Paris, m.dc. LXVii., \i\-\'2, p. 2(51 ; xxvm" semaine, du jeudi 2 décembre lOfiC.

Dans la Helalion de l'audience donnée par le sieur de Lyonne ii Soliman Miista-Ferarja, envoyé au roy par l'empereur des Turcs, le mardi l'J norembre 1609, à Suresnes, on servit du cave : ce mot est répété dans la Gazette d'alors pour désigner le café, qui était encore peu répandu en France. — Voyez encore le P. Labat, Nouveau Voyage aux isles de l'Amérique, t. VI, p. ôil-ôW; et surtout Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée des François, t. in, p. 1:29. — On a fréquemment répété que M"'<= de Sévigné avait écrit que Racine passerait comme le café, et M. C.-.I. Jeaunel est parti de la pour affirmer que « la marquise de Sévigné a peu goiité Racine. » {La Morale de Molière, etc. Paris, 1867, in-8", p. 2i6.) La vérité est que non-seulenieiit le propos n'a pas été tenu, mais encore que Voltaire, sur la foi duquel Laliarpe, rai)i)é de Vauxcelles et Suard, ont débité cette falde, n'en est pas l'auteur. Voyez lu Notice sur M"»» de Sévigné, par M. de Saint-Surin, en tète des lettres de cette dame, dans l'édition de Riaise, 1818, in-12, t. I, p. [M; et surtout l'Esprit dans l'histoire, etc., par Edouard Fournier, ô^ édit. Paris, 1857, in-18, )). 552-555.

* Par ordonnance en date du 50 aoi'it 1087, les jurais avaient fait inhibitions et défenses a tous les vendeurs de café de vendre a|)r('S onze licurcs du soir, en toute saison. {Continuation de la Chronique bourdeloise, etc., p. 1:21.)

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