Tome H, p. 39, note
Les minutes de Douzeau offrent nombre de contrats bons à consulter pour dresser la statistique des piMx des vins de Grave et de Médoc vers le milieu du xvi® siècle. L'un des plus curieux, est un acte du 9 août 1532, par lequel N.-H. Baulde Dusaulx, écuyer et bourgeois de Bordeaux, réaccense à messire Pierre Ducasse, prêtre, la dîme du vin de l'année que ce gentilhomme avait précédemment accensée de l'abbé de Verteuil dans les paroisses de Margaux, Soussans et Cantenac, et ce moyennant trente -trois pipes de vin du crû de ces dîmes, avec obligation pour le sieur Dusaulx de fournir les futailles et un homme pour surveiller la fabrication du vin. Le 23 octobre, après les vendanges, Jean Bernard, voilier de Cissac, vend vingt-cinq tonneaux de vin claret, moyennant 500 fr. bordelais; et, le 28 mai de l'année suivante, une vente de vin pareil, de Macau, s'effectue au prix de 5 fr. la barrique. Le 3 août 1541, Arnauld de Saint- Saturnin, de Moulis en Médoc, vend une barrique de vin
478 ADDITIONS ET CORRFCTIONS.
blanc et trois de vin clairet, le tout passé par la canelle, c'est-à-dire soutiré et rendu à Bordeaux, moyennant la somme de 19 fr. bordelais, prix du vin du haut Pays (Douzeau, 18 février 1541), inférieur à celui qu'obtenait quelques années plus tard Bernard de Saint-Jean, pour deux tonneaux de vin de graves, vendus à Jean Lestonna (minutes de Gendrault, 28 juin 1548 ; liasse 293-1 , folio clxiiij), et à comparer au prix donné pour quatre tonneaux et demi de vin de même espèce, vendus le 24 janvier 1550, par Jean de Madronnet, chanoine de Saint-Seurin, pour Biaise de Madronnet, son frère, officiai de Libourne et curé de Cantenac. Cette même année présente, à la date du 18 août, une vente de quinze tonneaux de vin clairet, du cru et paroisse de Saint-Laurent et Pauillac, par ]\F Raymond de la Bégorce, notaire dans la première de ces localités, à Estève Daguerre, bourgeois et hôtelier de Bordeaux, au prix de 62 écus sol. — Dans un autre acte de Douzeau, du 6 mai 1552, deux barriques de vin de Ludon (« claret, fust, vin et ligne ») sont portées à 12 francs bordelais, prix d'une petite partie de vin clairet, vendue le 5 juillet suivant, par Léonard Jonson, marchand d'Astaffort; et dans un acte de Denhors, du 27 septembre 1561 (liasse 184-2, folio vij'^iiij'^'ix verso), un achat de vin rouge « du creu près de Siprès » a lieu moyennant le prix de 13 fr. la pipe, peu de jours avant une vente par Jean d'Anduissc, écuyer, homme d'armes de la compagnie du comte de Lude, à John James, marchand de Londres, de quatre tonneaux de vin rouge, à raison de 35 fr. 1/2 le tonneau. {ïhid., folio ix'^xxvij recto; dernier d'octobre 1561 .) Enfin, si nous descendons jusqu'à Couthures, nous voyons,
à la date du 27 novembre 1654 (liasse 118-2, folio 528 recto), du vin d'Ambarès, porté à 24 écus le tonneau, et au 23 juin 1665 (liasse 118-7, folio 118), du vin de graves vendu à raison de 25 écus le tonneau. Il est encore fait mention dans un autre acte de Douzeau, du 3 avril 1546, du vin claret, vin de graves et du « plantey de la Graberye, » à Caudéran. Nous n'en finirions point si nous voulions citer tous les actes de Douzeau qui éclairent l'histoire de la viticulture dans les graves de Bordeaux et en Médoc. Nous mentionnerons seulement : 1° une déclaration du 12 septembre 1541, par laquelle M® François de la Graulet , huissier en la cour de parlement à Bordeaux, reconnaît et confesse avoir et tenir 'féodalement des maisons situées en la paroisse Saint-Michel de Margaux, au lieu appelé aux Ayrins^ pour 2 deniers d'esporle et deux tiers de vin clairet du cru dudit lieu, chaque année , à rendre au port de Meyre ou de la Barde ; 2*^ une vente d'une pièce de terre et vigne à Margaux, contenant par un bout sept arregues, et par l'autre six, franche en aleu (28 août 1548) ; 3° un bail à ferme par messire Bernard d'Ornessan , sieur de Montagne , capitaine des galères du roi , à Jean de Poyallet et Jean de Merlateau, paroissiens de Pauillac, de la seigneurie de Mouthon dépendant de Castelnau en Médoc, « pour l'année et récolte , moyennant quinze tonneaux de vin claret du cru dudit Mothon. » (12 juin 1549.) — Nous avons encore remarqué, parmi les mêmes minutes, un acte relatif à l'île de Macau (21 novembre 1532, folio ij'^lix recto), dans laquelle un pacte de louage, reçu par Gendrault, le 24 décembre 1548, signale du vin. — Les graves et le haut Médoc étaient donc de bonne heure
plantés en vignes; toutefois, il y avait encore dans ces cantons bien des terrains en friche. Dans un acte de Themer, en date du 18 mars 1574, on voit Jean Mourin, lùgnier, s'engager envers Jean de Casau, élu en l'élection de Guienne, à « luy labourer et fudir les vignes qui s'ensuivent : 1" luy labourer le désert qui est par dessus la maison dudit de Casau en graves de Bourdeaux, size en Pipas, qui peut consister en vingt hommes. » (Liasse 488-16, folio 176 recto.)