HX
xn
APPENDICE
VI. — Note sur les chiffres de statistique donnés dans le livre I
Il est bien difficile cTétablir des statistiques, même ;ipproxim.itivc$, de U valeur du commerce du Levant entre 1610 et 1661. Aucun chiffre officiel ne nous est parvenu, sauf ceux qui furent recueillis à Marseille par M. de Seguiran. lors tic son inspection des côtes de Provence en 1633. On peut aussi regarder comme officiels les chiffres de Savarj' dans son DicliùtttMiu Ju comtnfrc4, car il eut à sa disposition les meilleurs documents qu'on possédait à la fin du xvne siècle. Malheureusement Savary ne fournit qu'un seul chiffre pour cette ptïriode, «lui de ta valeur des exportations du Levant vers 1661. Nous possédons aussi les chiffres d'un certain nombre d'adjudications de fermes des inii>OMtions ihablics sur le commerce du Lcviini entre )6io et 1^61. Les baux de ces fermes, adjugés toujours aux mOmes conditions, fournissent des termes de comparaison rigoureusement exacts pour la valeur relative du commerce aux diffé-rcntes anniics oit i\t sont conclus et nous font voir d'une manière saisissante les progrès de la décadence du commerce. Comme ils nous sont quelquefois parvenus avec le dt'tail de la valeur de la ferme pour chaque iJcliclie, iU permettent de se faire une idée des fluctuations de l'importance des échelles. Mais pour l'estimation de la valeur du commerce du Levant ils ne peuvent fournir que des évaluations approximative). En effet, les droits de 1 0/0 ou de J 0/0 (V. Livre I, cliap. iti| ne rcpnfscntaicat pas exactement le centième ou les trois centièmes de la valeur des r <:c»
taxées, car, pour ne pas surcharger les marchands, l'évaluation des n, i^t-s
qui servait de b.ise .1 la perception de ces droits, était (iiite à un taux très bas. De plus, le traitant qui affermait ces impositions avait i compter avec des fra'i* de perception considérables, puisqu'il lui fallait établir des commis dans les échelles, et avec les fraudes nombreuses des capitaines qui présentaient des nv Je
chargement incomplets ' ; il devait donc se réserver un bénéfice en .cC
le risque qu'il courait dans une opération aussi aléatoire.
Mais, en tenant compte de ces deux causes d'crncur, decorobictilâut'U majorer les estimations de la valeur du commerce fournies par les baux des fermes, c'est ce qu'il est impossible de calculer exactement. On peut cepend.int le conjecturer CM comparant ces estimations avec les chiffres officiels de \f>i} et de t66i fournis p.ir Seguiran ctSavarv, et les résultats obtenus ainsi seraient même assci probants s'il ne fallait se défier même des chiffres otHcicls. Colbcrt accusait plus tard les marchands de lui fournir systématiquement des statistiques inférieun» à I.) réalité pour taire croire i leur misère Les Marseillais qui présentaient leurs doléances .\ Seguiran et voulaient lui faire connaître la ruine du négoce ne durent pas manquer de dissimuler la vraie valeur de leur commerce. U faut ccmstdètvr
(1) r II i)c pouvxit prctendrc lucaa d^domm.igcmcnt ni d^clurgc. soat ptéicitc dr guerre on ioTcriliciion Ju commerce, ni cuntigion el «utrc ar'ulciii'^, i main; que quelque cr»ni1e guerre ciupccliic entièrement le négoce, ni i)u'' le roi et
le Cl. S., ni que quelque prince ou puissance te Sinitic vi ,. ■ Ter-
ni» (lu contrit de la ferme <iu }o)o pd^u: ivcc NUry L>ii^> kci [-oui liui; jii>. ut'in. '^^mm. di 3Jars. Drlihfr, — aj nov. 164t.)
dHÉ
APPENDICE
coroniv absolument exact lu nontbre annuel des voyages faits dans le Levant qu'ils lui di'i:l.irèretit. car il (}tJit facile Je le contrôler sur k's registres de r.imirnutt', mais los cvaUiations Je la valeur moyenne des chargcnjcnts qu'ils doimérem à Seguiran paraissent bien faibles en comparaison d'autres chiffres que nous possédons. Ils déclarèrent 120. ooo livres pour l.i valeur moyenne du fi>nds porté par les navires î\ Alep, or ceux qui en revenaient avaient fréquemment des chargements d'une valeur de 200. 500, 400.000 livres. Fermanel qui se trouvait en 16} i à Alcp, dit que les Frantjais y emploient chaque année 1.500.000 réaies ou écus, quelquefois 2.000.000 ; c'est le double du chilTre de Soo.ooo écus donné par les Marseillais à Seguiran. En admettant que les marchands d'.Mep se soient vanté» à Fermanel, car ils lui afiirmérent qu'ils faisaient un commerce double de celui des Anglais et des ^'énitiens, la vérité serait entre les deux chiffres. Pour les chargements destinés à Alexandrie les .Marseillais indiquèrent une valeur moyenne de 60,000 livres, or il ne partait pour cette échelle qt^y de gros vaisseaux qui portaient toujours en argent ou en marchandises un fonds bien plus considérable. Il faut aussi remarquer que les évaluations données par Seguiran dans son Rapport soBt celles des chargements destinés pour le Levant, Cîr on sait que sur l'argent qu'ils transportaient dans le Levant les Provençaux faisivient un bénéfice de 10 0/0 au moins et souvent de 15 à 17 0/0' et qu'ils employaient tout leur fonds ix faire des achats pour leur retour. Pour ces deux raisons, en majorant les chiffres de Seguiran de la moitié de leur valeur, on obliendr4 une estimation des chargements rapportés du Levant assez rapprochée de la vérité et qui d'après les indications des docuinents de l'époque sera encore pliiliM trop faible qu'e.\agcrée. Si on compare le chiffre ainsi obtenu pour la valeur des importations du Levant en France, en 16} 5, i ceux que donnent les adjudications des fermes du 5 0/0 en 1632 et 163), on voit qu'il faut multiplier ceux-ci au moins par trois pour approcher de la vraie valeur du commerce. Les chiffres que donnent ces calculs correspondent bien aux indications que fournissent les documents et l'étude des faits, sur les progrès de la décadence du commerce de i6to a 1661.
VII. — Note sur les chiffres de statistique donnés dans le livre II
Comme pour la période précédente il est impossible de fournir des statistiques exactes de la valeur des marchandises apportées du Levant en France, mais on peut heureiisemeiu calculer des chiffres approximatifs d'une valeur beaucoup plus siire. Les archives de la Chambre de Commerce de Marseille possèdent en effet deux séries de documents précieux. Ce sont d'abord les comptes de la recette du cottimo remis chaque année .'i la Chambre \;ix « les directeurs des deniers de l'exaction du cottimo « et il partir de 1675 par le trésorier du commerce. Ces registres de comptes contiennent la liste de tous les navires revenus des échelles de 1670 a 171 5 avec l'indication des sonmies qu'ils ont pyées (CC, 3j tt suimnls. — Registres reliés en parchemin ; il y en a un par an à
(l) Parfait Nigoc'uinl , p. 4}-».
xvni
APrENDlCE
partir de 1675. — Nous ne possd'dons pas tes originaux mais des copies £sUes juin 1716 lors de la r<îvi>ion des comptes de 1a Chambre depuis I.» créatiofi rfîT cottimo. On trouve en effet à la tin des registres h mention suivante : Vu par nous commissaires députés pjr lettres pjtcntos du S février 1716 pour procéder à la révision des comptes de la Ciianibre de commerce depuis 1669 inclusivement.... Fait à Marseille le....,, juin 1716. Signé, le maréchal de Villars, Lchfet, llaoussctdt Bourbon et de Bezieux. — Collalionné à l'original par moi i" secrétaire de Mk' le duc de Villars. ^ Gally).— D'autres registres (II, ij) non moms précieux contiennent, pour les années r700-i747, des tableaux, annuels Je* navires revenus de chaque échelle, avec le détail complet des ni.ircliandiscs de leurs chargements et de leur valeur, article par article.
Il semble au premier abord que ces registres tenus par les soins Je la Ownibnc nous donnent des cliilfres absolument sûrs pour la valeur du commerce a {urtir de 1700. Malheureusement, en comparant pour la périiide de 1700 .i 1715 les registres II et CC, on constate qu'ils sont très loin de donner pour chaquv année le même nombre de navires revenus du Levant ; c'est qu'en effet les statistiques de ces deux séries de registres sont incomplètes. Les comptes du cottimo ne mentionnent pas les navires qui revenaient chargés de blé, fromages, lé{;umes. parce que ces denrées étaient exemptes du droit. Les registres II les complètent sur ce point en nous donnant le détail des chargements de blés rapponés de l'Archipel, de Salonique et d'autres échelles entre 1700 et 1715 ; mais ils offrent des lacunes bien plus importantes. Rédigés par les soins de la Chambre, mais après 1747, ils omettent pour la période 1700-1715 un nombre assez convUcrable de navires. Ce ne peut être par ignorance puisqu'il n'y avait qu'a consulter les registres CC pour connaitro le cliitTre exact des navires revenus du Levant <wut ceux chargés de blé). Comme ces statistiques furent certainement dressées par ordre de la Cour pour préparer quelque arrêt ou règlement, la Chambre eut peutêtre à dissimuler les vrais chiffres du commerce. Quoi qu'il en soit, les tableaux II n'indiquent pour 1700-171 > que 697 gros vaisseaux revenus du Levant i.indis que les registres CC en comptent 782, c'est-à-dire 85 de plus. En revanche sur les premiers le nombre des petits bâtiments est beaucoup plus considérable 2.668 au lieu de 1888 parce que c'étaient les petits bâtiments qui faisaient presque exclusivement le commerce des blés et qu'ils ne figuraient pas sur les n.-gistrcs du cottimo. Les deux séries de statistiques se complètent donc Tune par l'autre pour la période de 1700-1715.
Le tableau ci-dessus (p. xv ), de la valeur des importations de marchandises du Levant, a été dressé d'après les chitiVes du cottimo, mais le calcul n'a pu être qu'approximatif. En cfTct le cottimo ne correspondait pas exactement à la valeur des charf^ements, le taux de ce droit dépendait de la catégorie à laquelle les navires appartenaient (vaisseau, polacre, barque, tartane) et de l'échelle où ils avaient chargé. Or le même vaisseau, venant de la même échelle, pouvait rapporter des chargements de valeur très variable suivant les circonstances, La Chambre estimait olliciellement la valeur du cottimo à 3 0/0 et après 1686 â I 1/2 o/û ; quand un navire revenait avec un cliargenicnt trop incomplet, au lieu de lui faire payer le cottimo entier elle lui faisait payer î ou i 1/2 0/0 de la valeur de ses marchandises. Mais on se tromperait fort en estimant le cottimo i
^mA
APPENDICE XIX
un taux aussi élevé ; en réalité il représentait une valeur bien inférieure. Ainsi, l'imposition du i i '2 o/o établie par la Chambre en 1705 produisit en 1704 120.000 livres pour 46 bdtiments, en 1705 95.000 pour 45, en 1706 81.000 pour }8, etc.. . Il y avait li des bâtiments de toute catégorie et de toute provenance, mais à supposer même que tous eussent été des vaisseaux venant de Smyrne payant i . 500 livres de cottimo (chiffre maximum) ce droit perçu sur les mêmes bâtiments aurait produit des sommes inférieures presque de moitié ; donc le cottimo ne s'élevait pas en moyenne à la moitié de la valeur du i 1/2 0/0. Et cependant l'on sait que, quand la Chambre établissait un droit ad vithrem de I 1/2 ou 3 0/0, les marchandises étaient estimées à bas prix pour la perception de ce droit si bien qu'il ne représentait pas le taux auquel il était évalué.
Il faut aussi remarquer que la valeur du cottimo relativement à celle des chargements des navires était bien différente suivant les échelles. Un vaisseau venant de Smyrne où l'on faisait les plus riches chargements, et où le commerce avait la plus grande sécurité, était taxé à i . 500 livres : s'il venait d'Alexandrie il n'en payait que 800 parce que les chargements y étaient en 1669 de moindre valeur et que les vaisseaux y payaient souvent des droits d'avaries élevés ; mais, à la fm du xviic siècle, le commerce du café procura de riches chargements et la sécurité devint beaucoup plus grand en Egypte, cependant la taxe du cottimo resta la même ; elle était donc beaucoup plus légère qu'à Smyrne. Il en fut de même à Constantinoplc dont les vaisseaux ne payaient que 600 livres parce que le commerce de cette échelle était d'abord assez misérable et que les ambassadeurs faisaient des levées fréquentes sur les navires ; or ces levées leur furent complètement interdites depuis 1685 environ et le commerce de l'échelle s'améliora.
Pour calculer la valeur des exportations du Levant d'après les chiffres du cottimo, il fallait donc rechercher d'abord quel était le taux exact de cette imposition pour chaque échelle. Cette recherche a été faite en comparant avec soin les registres CC et le tableau II : sur les uns se trouvent les chiffres de cottimo payés par les vaisseaux, sur l'autre la valeur des chargements des mêmes navires. Ces calculs ont été multipliés autant que possible, afin d'obtenir des chiffres plus sûrs. Un autre document a servi à établir la valeur relative des cottimos c'est un tableau, envoyé par la Chambre au Ministre, de la valeur des marchandises apportées du Levant en 1679, ^°' ^' (^fi> ^^)t où sont mentionnés à la fois les vaisseaux revenus de chaque échelle et la valeur de leurs chargements. Ces calculs dont les résultats ont en outre été comparés aux indications qui se trouvent dans différents documents sur la valeur des cargaisons qui provenaient des différentes échelles, ont amené à déterminer les valeurs suivantes pour les cottimos : Alep 1/130, Smyrne i 170, Seîdc 3/4 0/0, Alexandrie i/) 0/0, Constantinople 1/250, Candie, Archipel i 0/0. — C'est d'après ces taux divers qu'ont été calculés les chiffres des exportation de chaque échelle en France de 1670 à 171 5.
Malheureusement ces estimations de la valeur du cottimo ne représentent que des moyennes, trompeuses comme toutes moyennes. Les chiffres de notre tableau sont exacts pour une période de plusieurs années, ils risquent d'être sensiblement inexacts pour une année déterminée. Il ne faut pas oublier non plus qu'ils sont incomplets, la valeur des blés et autres denrées exemptes du cottimo n'y est pas comptée. Il est facile pour la période 1700-1715 de compléter ces chiffres en prenant dans les registres II, 13 les valeurs de ces denrées.
:Ci?* — ^rt:S?# jc-
: :SSi:
- . . ■•n<ns - • ■ • ■ ■ -c-o«— • • .
- - - -JS
: : rg'^
. .la
iSSîTi* ; :
aiunsa.i ç
Si
l3'i^'i:à3:~3'â'i .■=' :H:=3£2.>J>iSsz:s 222^22222:
f .il ïgli
^ 2 t ■" •— ■« •* ■«■ "îï «s «s ■■ ^
K b s SB
ri^.a
iS