DE LA PREMIERE ÉDITION
Ce livre a été écrit au milieu des agitations de la vie publique à laquelle, dans ces temps de révolution, aucun citoyenne peut rester étranger. Plus d'une fois, tandis que son auteur recherchait dans le passé Torigine et les traces des passions et des erreurs qui, naguère, menaçaient la civilisation d'un effroyable cataclysme, Tappel du tambour est venu le convier à soutenir par les armes les vérités sociales à la défense desquelles il consacrait les efforts de son intelligence. Qu'on ne s'étonne donc pas si cet écrit reflète parfois la tristesse, les craintes et les émotions que devaient faire naître dans tous les cœurs dévoués au pays et aux principes tutélaires de la société les doctrines préconisées, les actes accomplis, les luttes san* glantes soutenues pendant ces derniers mois. . Ce serait cependant se tromper que de voir dans ces paroles le prélude d'une exposition infidèle ou d'appréciations passionnées. Les impressions de l'homme n'ont pas altéré l'impartialité de Técrivain.
AVANT-PROPOS
Mais rimpartialité ne consiste pas à tenir d'une main impassible balance égale entre la vérité et Terreur, entre la vertu et le crim< à n'avoir ni croyances morales, ni convictions politiques ; à se mo; trer sans indignation contre les coupables, sans pitié pour les vici mes. Que d'autres continuent, s'ils le veulent, à considérer l'hum nité comme livrée à une fatalité aveugle et inexorable ; qu'ils pr sentent les révolutions et tous leurs excès comme le résultat d'u: force mystérieuse et irrésistible qui broie les générations présent pour frayer la route aux générations à venir : qu'ils ne tienne compte ni du sang ni des larmes; qu'ils ne voient dans les doctrin les plus subversives que des opinions plus ou moins plausibles, do le seul tort est d'avoir contre elles une majorité susceptible de chai ger ; pour nous , nous croyons que l'écrivain doit avoir un point vue déterminé, des principes fixes et certains, et ne pas hésiter à ji ger les faits, les hommes et les doctrines d'après ses convictions sa conscience. Exactitude scrupuleuse, étude approfondie des sou ces, voilà son devoir ; liberté entière et fermeté d'appréciation, voi son droit.
Aussitôt après la grande surprise de février, il fut évident à ni yeux, comme cela dut l'être pour quiconque avait observé le moi vement, que les partis extrêmes s'étaient efforcés d'imprimer ai masses pendant les dix dernières années, que la question qui ail; se poser pour la société était celle d'Hamlet : être ou n'être pâ Tandis que les préoccupations purement politiques dominaient e: chisivement la plupart des esprits, le véritable danger de la situ Uon nous parut résider dans l'invasion des doctrines communist et socialistes, dont la funeste influence était soit ignorée, soit déda gnée par la généralité des classes éclairées. Dès le 6 mars, no n'hésitâmes pas à signaler ce péril dans une circulaire, qui devi le manifeste de plusieurs réunions politiques (1).
Mais ce n'était point assez. Au moment où des théories subve
) Voir k la fia 4a volame, note A, le (eite 4e eetts dreolairc.
AVANT-PnOPOS. vir
sives attaquaient la société jusque dans ses fondements, empoisonnaient les sources de sa vie, et Texposaient à périr violemment ou à s'éteindre dans le marasthe , il nous sembla utile de remonter à Torigine de ces vieilles erreurs, de montrer le rôle qu'elles ont joué dans lliistoire de Thumanité, les folies et les atrocités par lesquelles se sont signalés les sectaires qui en ont tenté la réalisation. Bien que les générations, comme les individus, ne profitent guère que de Fexpérience acquise à leurs dépens, peut-être le spectable des aberrations du passé contribuera-t-U à neutraliser la déplorable influence de doctrines qui n'ont chance de faire des prosélytes que lorsque leurs antécédents sont incomplètement connus.
Déjà quelques parties de ce sujet ont été traitées avec talent par un écrivain contemporain. Dans ses Études sur les Réformaieurs modemeSy M. Louis Reybaud a tracé une rapide esquisse des oi»nions qui ont devancé celles des socialistes actuels. Malgré la valeur de ces travaux, il nous a semblé que ce champ était loin d'être épuisé, et qu'il y avait place pour un livre qui, au lieu de se borner à l'exposition de quelques théories, embrasserait le tableau des applications, retracerait les grandes expériences tentées à diverses époques pour organiser la société sur une base différente de la propriété individuelle et héréditaire.
Une autre tâche restait encore à remplir. Les communistes et les socialistes ont demandé à l'histoire des arguments à l'appui de leurs systèmes. Ils ont cherché partout des autorités à invoquer, et se sont notamment efforcés de se rattacher aux traditions du christianisme primitif et aux plus célèbres hérésies du moyen âge. Il y avait lieu de contrôler ces prétentions, de mettre un terme à la confusion déplorable à l'aide de laquelle on s'efforce d'établir une solidarité menteuse entre la religion et les plus monstrueuses rêveries. Enfin, il y avait à laver de la honte d'assimilations compromettantes d'anciennes sectes religieuses, pour lesquelles on peut avouer de l'estime et des sympathies sans partager leurs opinions.
C'est dans l'antiquité que se trouve la source première des théo«