CHAPITRE DEUXIÈME
terres de l'Eglise (Riaz, du moins, ne lui appartenait pas an dixième siècle), cet acte, disons-nous, consommée une époque où Thérédité des fiefs était établie, parut aux souverains de la Gruyère une usurpation à laquelle il convenait de s'opposer avec énergie. Hais ils furent vaincus par les armes de l'Eglise. En conséquence ils Grent, en 1200, à Bulle, avec le chapitre de Lausanne, un compromis dont voici la teneur. Pierre et Rodolphe déclarent formellement qu'ils renoncent aux droits et aux prétentions qu'ils pensaient avoir sur Albeuve et sur Riaz. Dans le cas où ils manqueraient à leur promesse, ils s'engagent par serment à réparer tout dommage dans les quarante jours qui suivront l'avertissement à eux donné par le chapitre ou par son messager, au défaut de quoi les deui frères, pendant qu'ils gouvernent en commun \ ou chacun d'eux, s'ils cessaient d'administrer le comté par indivis*, se rendraient avec un cavalier, soit à Vevey, soit à Houdon, au besoin à Pont en (^0, ou à Corbière, et y tiendraient Totage" jusqu'il ce que satisfaction entière eût été donnée aux chanoines. Les deux comtes ont juré pour eux et pour leurs hommes ou vassaux de maintenir cet accord de tout leur pouvoir. S'il advenait qu'on honmie d'un seigneur étranger , de concert avec un homme du comté de Gruyère, commit quelque dommage envers le chapitre, et que le coupable flt, sous la foi du serment, réparation aux chanoines, ceux-ci lui feraient remise <ie la peina encourue pour son délit ; sinon , les chanoines l'excommunieraient comme tout autre malfaiteur, ou pour-
' < Dam simul sunt. »
* tSî divisi essent,» c.-à-d. si l'un était comte de Gruyèret l'aatresei- C^eur de Montsalvens, ou du Vanel.
* Voir, sur l'otage, notre Introduction , dans les Mém. et Doc. , t. IX , p. 423 et saiTantes.
suivraient de quelque aulre manière Tinjure qui leur aurail été faite. Si, au contraire, les chanoines faisaient quelque tort aux comtes, ils le répareraient d'après Pestimation qu'en auraient faite des arbitres choisis parmi les voisins. Les comtes ont pris le même engagement à Tégard de leurs sujets; il ont juré de maintenir cette paix. Après eux, neuf de leurs vassaux ont fait le même serment, sous peine d'une amende de cent sous à imposer à chacun d'eux. Cet accord a été juré par Tobédiencier, de la part des chanoines, et par les comtes. Le jeune Rodolphe, 61s de Rodolphe II, promit à son tour de jurer ce que son père venait de promettre par serment, dès qu'il serait en âge, c'est-à-dire, dès qu'il aurait quatorze ans accomplis, soit l'âge de puberté, qui, dans la Gruyère, donnait la capacité d'action*.
Cet acte solennel , passé en présence de nombreux témoins, fut muni des sceaux de Roger, évéque de Lausanne, de Nantelme, évéque de Sion et prévôt du chapitre de Lausanne, de Guillaume, abbé d'Hauterive , d'Oton, abbé du monastère des Bénédictins de l'ile de Saint-Pierre, de Pierre et de Rodolphe, comtes de Gruyère*.
Dès lors Âlbeuve et Riaz dépendirent du Prévôt et du chapitre de Lausanne jusqu'en 1291, époque où ces deux villages ou leurs églises et leurs dépendances furent cédés à l'évéque, pour lui et ses successeurs, en échange d*autres droits et revenus, comme on le verra ci-après.
Une lacune regrettable dans la série des documents relatifs au comté de Gruyère, nous laisse ignorer ce qui s'est passé dans ce pays pendant les quinze années qui suivirent
' Voir DOire Introdtiction , p. 358 et saivanles. • Jf^'m. et Doc. t VI, p. 205-207.