LIVRE PREMIER
défaire, qu'ils n'intervinrent pas dans la décision. Pure invention, positivement contredite et par l'ensemble et par les détails du récit. Plus vous aurez cherché et représenter les Apôtres, non comme les fondateurs purement spirituels, mais comme les législateurs et les organisateurs de l'Église, ^- mieux vous nous donnerez le droit de ne regarder comme émané d'eux que ce qu'ils ont paru tenir à enseigner nettement. Si l'auteur du livre des Actes a eu le moins du monde la pensée que les laïques dussent être exclus des conciles, qui croira qu'il ait pu écrire , comme conclusion du récit , « les Apôtres, Les anciens, toute l'Église trouvèrent bon,.. ?» Que, en thèse générale, les laïques fassent mieux de laisser le dogme à la décision des pasteurs, c'est incontestable ; que l'Église, en convoquant des concifes, ait bien fait de n'y appeler que les évêques, c'est soutenable ; mais s'il y a eu un seul concile que l'intervention des laïques n'ait pas empêché d'ôtre légitime, si ce concile est précisément celui dont l'histoire nous est transmise par un auteur inspiré, — ce n'est donc pas de droit divin que les évêques entrent seuls dans ces assemblées, et ont par là saisi le monopole de l'infaillibilité.
« L'Écriture, dit le Catéchisme Romain, se sert assez souvent du mot d'Église pour marquer ceux qui en sont les pasteurs et qui y président. C'est en ce sens que Jé- «us-Christ a dit : Si celui que vous reprenea ne vous écoute pas, dites-le à l'Église, -^ car il est clair que par Y Église il entend là les pasteurs de l'Eglise. » Ce qui est clair, c'est précisément le contr£^ire. « Si ton frère t'a offensé (Matth. xviii), va le trouver, et reprends-le sans témoins ; s'il ne t' écoute pas^ prends avec toi une ou deux personnes ; s'il ne les écoute pas non plus , dis-le
à l'Église. » Donc, avant tout, toi tout seul ; puis, une ou deux personnes ; puis; la communauté entière. La citation est donc doublement fausse, nous pourrions même dire triplement. Fausse, parce qu'il s'agit de tout le troupeau, avec ou sans les pasteurs, comme on voudra ; fausse, parce que le mot Église ne signifie point là l'Église en général, mais la congrégation , la paroisse dont chacun est membre ; fausse , enfin , lorsqu'on prétend y trouver un argument en faveur de l'autorité de l'Église en matière de dogme, puisqu'il s'agit d'une querelle entre deux individus, et nullement d'une question dogmatique à vider.
Maintenant, revenons.
A la fin de mars, il n'y avait encore que quatre évoques, et deux parlaient de s'en aller. Pour les occuper et les retenir, on institua une espèce de comité provisoire que les légats consultaient, pour la forme, sur un certain nombre d'affaires. Mendoza y était admis. Bientôt, ce comité ayant l'air de prendre sa tâche au sérieux et de se croire un commencement de concile, il fallut trouver un moyen de contenir, sans choquer personne, des allures qui ne laissaient pas que d'être inquiétantes pour quand l'assemblée serait en nombre. Il fut donc entendu entre les légats et le pape qu'il y aurait toujours deux dépêches, l'une confidentielle et secrète, l'autre ne contenant que ce qu'on voudrait bien communiquer aux évêques. (( Et voilà comment on se préparait à recevoir