‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 21 sur 151 · LIVRE PRËMIUII · texte numérisé non relu

LIVRE PRËMIUII

disait que c'était le meilleur moyen de faire venir les évoques qui en avaient l'intention, mais ne voulaient pas s'exposer à faire inutilement le voyage ; on ajoutait que c'était aussi le meilleur pour mettre un terme aux libertés que se donnait Charles-Quint. Les légats décidèrent qu'on attendrait le cardinal Farnèse, nonce du pape auprès de l'empereur. Mais ils ne disaient pas leur dernier mot.

C'est qu'aux difficultés patentes s'ajoutait chaque jour quelqu'une de celles qu'on n'osait avouer, et qui n'en étaient que plus pénibles. Le pape ne pouvait rien sans l'empereur; l'empereur ne demandait pas mieux que de se passer du pape, et ce qu'il avait fait donnait assez la mesure de ce qu'il serait capable de faire, si l'occasion s'en présentait. Son amour pour l'Église, dont il ne cessait de faire parade, ne l'empêchait pas de rentrer perpétuellement en pourparlers avec ces hérétiques tant maudits. Selon que les Turcs s'éloignaient ou se rapprochaient de ses frontières d'Autriche, il était plus ou moins sévère, plus ou moins insinuant. Tantôt il se remettait à presser pour qu'on agréât le concile, promettant, du reste, qu'il se passerait en douceur; tantôt, renonçant il l'unité religieuse, il allait jusqu'à leur offrir de le faire dissoudre, pourvu qu'ils rentrassent sincèrement dans l'unité politique dont il tenait, avant tout, à être le chef. Avait-il, comme le pensaient généralement les protestants, l'intention de les écraser plus tard? C'est possible, et même probable ; mais le pape sentait que cet accord, dût-il ne dur^r qu'un mois, ne se ferait jamais qu'à ses dépens. Il fallait donc, à tout prix, non pas seulement le reculer, mais le rendre impossible ; et le seul moyen, c'était que la guerre éclatât sans plus attendre.

Aussi le cardinal Farnèse avait-il ordre d'y travailler de son mieux. Il offrait, de la part du pape, douze mille hommes et cinq cents chevaux.

Répéterons-nous, à ce sujet, ce qui a été tant dit ou écrit sur cette étrange et fatale transformation d'un évêque en roi, d'un prêtre en guerrier, d'un père des 'chrétiens en homme qui a des soldats par douze mille et qui les offre... on a vu dans quel but ! — Il est fâcheux que tant de déclamateurs s'en soient mêlés, que tant de plumes incrédules aient exploité la question. A force de déblatérer contre le pape et le clergé, on a presque condamné les gens sérieux à se taire sur un certain nombre de griefs, très-fondés, sans doute, mais trop souvent et trop ambitieusement répétés. Heureusement qu'une vérité rebattue n'en est pas moins une vérité. Si nous profitions de l'occasion pour redire que le pouvoir temporel des papes a souvent été aussi odieux en pratique qu'illégitime et anti-chrétien en théorie, — serait-ce donc moins vrai parce que Raynal et Diderot l'ont démontré avant nous ?

Même observation sur les mœurs de^ papes, car nous aurions encore ici une excellente occasion d'en parter. Au milieu de tant de préoccupations et d'inquiétudes, Paul n'oubliait pas sa famille. Nous l'avons vu élever ses deux petits-fils au cardinalat ; mais son fils n'était encore rien, rien que chargé d'or. Il ne voulait pas mourir sans lui avoir assuré une des premières places, et, si possible,

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