‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 37 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

C'est là, — Rome ne s'en cache pas, «- c'est là surtout la disposition d'esprit qu'elle demande, qu*elle a constamment cherché à entretenir, soit chez les individus, soit chez les peuples. Nous arrivons donc au second des trois moyens indiqués ci-dessus : habituer Tintelligence à se taire et à se tenir à l'écart.

C'est le plus sûr des trois; F Église en a largement et habilement usé. Elle y trouvait deux avantages ; régner, d'abord ; puis, régner sans obstacle, sans avoir l'air d'opprimer, sans s'appuyer, en apparence, sur autre chose que sur Tasuentiment unanime de ses membres. Est-ce à dire qu'il y ait réellement eu, chez ses docteurs et ses chefs, un plan régulier, positif, invariable, pour Tasservissement du genre humain ?— Non. Les docteurs, les chefs eus:-mèmes, nous l'avons déjà remarqué, ne faisaient qu'obéir à ce mystérieux esprit sous rinfluence duquel leur rôle était à la fois actif et passif, orgueilleux et humble. 6'il y avait calcul, c'était un calcul tout d'inslinct. Ils sentaient assez que, pour pouvoir exiger la soumission, il fallait commencer par se soumettre. De là Tétonnante docilité dont tant de génies supérieurs ont fait preuve envers l'Église ; de là leur respectueux silence sur tant de difficultés que nous ne pourrions concevoir qu'ils n'aient pas vues comme nous, et mieux que nous.

Mais, ce silence, Rome ne l'a pas souvent obtenu tellement complet que nous ne puissions l'analyser et en découvrir le vrai sens. « Dieu a permis un mauvais succès, » écrivait Fénelon *, en apprenant sa condamnation par le piape. Certes, celui qui dit : « Dieu a permis

* Lettre à l'abbé de Chftfiterae, son agent à Rome.

que je fusse condamné, » celui-là n'est pas près d'avoir abjuré, au fond du cœur, les idées pour lesquelles il a été condamné. <( Je me tais... Mais je n'en reste pas moins convaincu que j'avais raison, » voilà, d'après cette lettre et plusieurs autres % à quoi se réduisait la soumission de Fénelon.

Écoutez Luther, en 1518 : « Je m'offre et me jette à vos pieds, très-saint père, moi et tout ce qui est en moi. Donnez la vie ou la mort; appelez, rappelez, approuvez, désapprouvez... Je reconnais votre voix pour la voix du Christ qui parle et règne en vous. » La voix parla... Et Luther n'en devint pas moins Luther.

Écoutez Lamennais, en 1831 : « père! daignez abaisser vos regards sur quelques-uns de vos enfants qu'on accuse d'être rebelles à votre infaillible autorité. Si une de leurs pensées, une seule, s'éloigne des vôtres, ils la désavouent, ils l'abjurent. » La voix parla... et Lamennais n'en est pas moins devenu... ce qu'il est, — * im incrédule.

Donc, nous le répétons, l'autorité n'existe que pour qui veut, que pour qui peut s'y soumettre. D'influence directe, elle n'en a pas. Avec le plus ardent désir d'y être docile, vous pouvez encore ne pas l'être. Alors, ou vous vous soumettez, mais d'une soumission tout extérieure, tout apparente, comme celle de Fénelon, des jansénistes et de bien d'autres « ; ou, comme Luther, comme tous ceux dont la raison, droite ou non, les a empêchés d'obéir, vous résistez.

* On les trouvera dans sa Vie, par le cardinal de Bausset.

s « Le pape nous menace de constitutions foudroyantes. Une bonne intention avec peu de lumières, c'est un grand mal dans de si hautes places. » Bossuet, heure à l'abbé de Rancé,

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