LIVRE DEUXIÈME i
gles de l'Ordre, tous ceux qui recourraient à eux. Ainsi, pourvu que tout se trouvât de plus en plus directement enchaîné au trône papal , Rome s'inquiétait peu de relâcher, dans les régions inférieures de l'Église, tous les lietis de F obéissance et de l'Ordre.
Les répliques des moines n'avaient pas été sans effet. Le décret sur la prédication débute par des règles que Luther eût signées. « Gomme il n'est pas moins nécessaire de prêcher TËvangile que de l'enseigner dans des écoles, et que même c'est la fonction principale des évêques^y le saint concile ordonne que tous les évêques, archevêques, primats, et tous autres préposés â la conduite des églises, seront fenw^ et obligés de prêcher euxmêmes le saint Évangile de Jésus-Christ. » Rien de mieux; mais jamais décret ne fut plus mal observé. Combien y a-t-il d'évêques qui prêchent? Le décret ajoute, il est vrai : '(( S'ils ii'en sont légitimement empêchés. » A en juger d'après ce qui existe, il paraîtrait que c'est l'épiscopat même qui est considéré comme empêchement légitime. Mais, après cette solennelle déclaration que prêcher est la principale fonction des évêques, on devrait avoir au moins la bonne foi de ne pas tant reprocher au protestantisme que ce soit aussi la principale fonction de ses ministres.
Pendant ces discussions, Paul III avait réitéré ses
A Et hoc est prflBcipuum episcoporum munus.
premiers ordres. Il ne demandait plus, il exigeait qu'on abordât les dogmes, à commencer par le Péché Originel. Il fallut donc s'y mettre ; mais les prélats du parti de l'empereur ne cherchaient même plus à dissimuler leur désir de reculer le plus possible le moment où les luthériens seraient désignés et condamnés. Plus on avançait, plus la question politique se dessinait nettement au premier rang. Avait-elle jamais cessé , devait-elle jamais cesser d'y être? Tout ce qu'on peut dire, c'est que, selon les circonstances, elle y était plus ou moins apparente, plus ou moins voilée.
Les légats, qui ne demandaient pas mieux, au contraire, que d'engager fortement la partie, afin qu'il n'y eût plus d'accord possible entre l'empereur et les protestants, les légats, disons-nous, avaient préparé une liste de neuf propositions à condamner. Ils avaient eu soin de ne prendre que celles contre lesquelles ils savaient qu'on serait, unanimes ; en quelques heures de délibération, tout serait fait. Alors, les impériaux changent de batterie. Ils demandent que l'on commence par établir la doctrine de l'Église sur le sujet en question; ils sentent qu'une fois la discussion engagée, on ne sera pas de longtemps en état de rédiger des décrets. Les légats le sentaient aussi; mais comment refuser?
En conséquence, quatre questions furent posées :