‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 72 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

allaient la tenir seize ans à Tordre du jour, pour n'arriver à aucune solution.

Vingt-cinq propositions sur la Grâce, extraites des livres de Luther et d'autres théologiens , devaient servir à fixer le champ des débats. Nous ne les reproduirons pas. Sans explication, elles seraient peu à la portée du commun des lecteurs ; et nous ne pourrions les expliquer sans avoir à soutenir les unes, à attaquer les autres, ce qui nous mènerait beaucoup trop loin.

En face d'une religion où les œuvres tendaient de plus en plus à être tout , Luther n'avait peut-être pas suffisamment expliqué, dans l'origine, en quel sens il les considérait comme n'étant rien. « Si au commencement, disait-il plus tard *, j'ai parlé et écrit si durement contre les œuvres, c'est que Christ, dans l'Église, était obscurci, enterré sous les superstitions. Je voulais affranchir de cette tyrannie les âmes pieuses et craignant Dieu. Mais jamais, jamais je n'ai rejeté les œuvres. » Ainsi , épouvanté des conséquences d'un système où l'on semblait n'avoir plus besoin d'un Sauveur pour mériter, pour faire son salut, il ne s'était pas assez dit qu'un extrême ne saurait en justifier un autre. Mais, s'il avait exagéré, c'était plus dans les mots que dans les idées, — et les vingt-cinq propositions soumises au concile reproduisaient moins ses idées que ses mots.

i Tischnden*

â06 HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE

Bossuet a voulu prouver que les exagérations du réformateur n'avaient pas même eu de prétexte. L'Église romaine, selon lui *, admet pleinement le salut par grâce; jamais elle n'a enseigné qu'il pût être acheté, payé, par les efforts et les œuvres d^ l'homme. Il le démontre par quelques expressions du décret même qui allait être promulgué dans la sixième session.

Hais quand Luther avait parlé, où était ce décret? Il y en avait d'autres, dira-t-on. En effet, nous savons que plusieurs conciles, plusieurs papes même, notamment Innocent III, ayaiept écrit dç très-bellep choses sur la justification par la foi. En théorie et la plume à la main, qu'auraient-ils pu dire 4'autre? A moins de soutenir que l'homme peut ge sauver lui-même, que l'œuvre d'un Sauveur est superflue, il avait bien toujours fallu rester plus ou mpips dan^ }es idées qu'allait prêcher Luther. Mais ces idées passaient-elles dans 1^ pratique? Les retrouvait-on, nous ne dirons pas chez le peuple, toujours porté, quelque doctrine qu'on lui prêche, à croire à la justification par les œuvres, mais dans les enseignements ordinaires, dans les usages, dans les lois, dans les mœurs, dans les cérémonies de T Église? Que nous citerait-on qui, en dépit de ces quelques mots enfouis dans des livres, ne conduisît alors directement, inévitablement, à cette tyrannie des œuvres dont Luther voulait affranchir la chrétienté ? Même après le concile, qu'y a-t'il eu de changé ? Et quand on viendrait à décréter franchement que ce sont leg œuvres qui sauvent, qu'y aurait-il à changer, en tait, à ce qu'est la religion dans les pays fortement catholiques , et tout particu-

< Variations^ 1. III.

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