LIVRE DEUXIÈME
quoi en serait-il autrement aux extrémités? Chaque paroisse a donc sa chancellerie, ses articles, son tailf ; et quand on arriverait à prouver que le revenu moyen des prêtres n'est pas supérieur à celui des ecclésiastiques protestants, nous répéterions qu'il ne s'agit pas ici de personnes, mais de principes. Que cette manière d'avoir de l'argent en produise aujourd'hui peu ou beaucoup, ce n'est pas la question. Nous nous en tenons à dire, d'accord avec des millions de catholiques ainsi qu'avec une partie notable des membres du concile , que la fiscalité jouait et n'a pas cessé de jouer, dans leur Église, un rôle incompatible avec les vrais intérêts de la religion et la vraie dignité du sacerdoce.
En congrégation générale , les sacrements eurent le sort du Péché Originel : on recula devant la difficulté d'exposer ce qu'on avait si souvent et si hardiment appelé, dans le cours de la discussion, la doctnne de L'Église, On vota les vingt-sept anathèmes (quatorze sur les sacrements en général, dix sur le Baptême, trois sur la Confirmation), et on s'en tint là. •
Beaucoup d'évêques commençaient à être fort inquiets de l'accueil qu'on allait faire au dehors, soit chez les protestants, soit chez les meilleurs catholiques, à ce
dans les affaires de mariage, dispense des vœux de virginité, pouvoir de lire les livres défendus, de donner aux mourants la bénédiction papale, etc., etc. ' *
25d HISTOIRE tàV CdNCILË llÈ TRENTE
sitencë du concile sur tant de gravée questions ; et ce silence, aujourd'hui cotaine âlots, îl'est pas un petit embarras pî)ùr ïéS ôhaiïîJ)iOriÔ de l'autorité du concile. Siif îë fiaptêine, sûr fa Cortfirîïiâtiôïi, sur les sacrements éil gênëratl , aucune doctrine ëliseigriée ; des négations et des àriathèmes , ël puis riefi. Ce qu'il ne fâiit pas crèîfé, té voilà ; ce qu'il faudra crbire, où le prendre f Dan§ le Catéchisme fiomain , appài^emment ?
tky en effet, ce né sôîit pas les affirmations qui inàhqiiéril. ^6uà àvôtis cité quelqtiëfe détails ; ï'ensemblé lié serait pas moins cufiétix.
(( Il est certain , dît cet étrange lîVfé ; qtiè c'est Jésus-Christ qui a inàtiluê le Bâ|îtéiiie; î) — À îa Bonne heure! — pensez -vous; voilà qui est raisonnable et hors de doute. Attendez ! On ne s'en tiendra pas là ; ce serait par trop scripturaire et par trop simple. Jésus- Christ a institué le Baptême ; mais quand ? Vous croyez que c'est lorsqu'il a dit aux apôtres : « Allez, baptisez toutes les nations ? » Erreur ) c'est lorsque, baptisé luimême par saint Jean , il communiqua à l'eau, par l'attouchement de son corps divin , la vertu de sanctifier les hommes* « Tout le monde en convient , » ajoute la traduction française. Il est malheureusement vrai que plusieurs Pères ont enseigné ou paru enseigner cette miraculgise consécration de l'eau par le baptême du Christ ; mais, si c'est plus qu'une figure, s'il y a réellement eu un certain caractère communiqué à l'eau en général , — qui nous expliquera comment il n'y a pas profanation et sacrilège à l'employer tous les jours aux plus vils usages? Que devient-elle, dans l'eau d'un ruisseau ou d'un égout, cette « ^i gtande et si divine i?ertu * »
1 Tauta et tam divina virtus à DoiAino aqnis tribùta.
qui , selon vous , a passé des eâtii du Jourdain dans toutes les eaux de riiriivérs? — On éôt honteux d'avdit* â faire de si tniS-érablëS questions ; ffiaîs ft qtll là hotitë, si ce n'est â ceiii qui les ()r"OvoquentT
Et sur ce qtli à été dit que tous, juifs, J)aïeliS, hérétiques înôihe. ont le pouvoir de baptiser, « qui n*adimferâit Ici, dit le Catéchifeme, la bonté et la sagesse de notre bien ! ». Certes, une fttis le Ôaptême indispensable du Sàldt, 11 eût été d*urie MfbaHé affrëUsé de ne pas eil faciliter l'adnîînislration ; nlaîs où a-t-ôn vu que l)ieu ait en effet accordé pouf lé Ôaptéiné pltis de facilités que pour les autres sâCreinéhtS? Sera-ce dans Finsfitutiôn? Non. Qudnd le SauVeùr dit : « Allefc, baptisez, » c'est aux apûftés qu'il s'adresse, tout âtiSSi bieiî qu'en instituant la Cèïie. Sérâ-ce dans lés écrits des âpôlres? Aliciune tfacê. bans les usages de l'église prlltiitivét Pas davantage. A cette époqile, s'il y a des ïfàcilités, c'est bien plutôt pour Ja Cène, que nous voyons géhéràlétitent célébrée sous fôrnire dé repas, tandis qUé !e fiaptême reste une cérémonie, et 'même une céréAionie, COînme nous l'avons dit, n*àyant lieU que deiix fois par aîi. Aihsi, dans tout cela , 11 n'y â pas d'autre ordre divin que l'habileté de rËglisë, lias d'autres concessions que celles qui étaient indispensables tioiir pouvoir enseigner, puisqu'on y tenait, la nécessité absolue du Bapténle.
XXXVIÎ
Làissoiîs maintenant là doctrine, et venôns-ien aux déci-ets de réîofmatiôfl.
C'était une immense question que celle de la pluralité* des bénéfices ; immense par le nombre des cas qu'elle embrassait, immense surtout par celui des difficultés qu'elle remuait. L'éluder, on ne le pouvait. Si un homme a deux évôchés, il est clair qu'il sera toujours hors de l'un des deux. Et cependant, les évêques à deux, à trois évêchés, n'étaient pas rares. Quant aux bénéfices inférieurs, le même homme en avait souvent quatre ou cinq, quelquefois dix ou douze, quelquefois vingt. Des cardinaux en avaient eu jusqu'à trente. Léon X, avant d'être pape, en possédait vingt-huit, et des plus riches.
Quelque fâcheux que fût cet état de choses, tout n'y était pas aussi abusif qu'on pourrait le croire. Beaucoup de bénéfices étant trop pauvres pour qu'un prêtre en vécût, la pluralité se trouvait, en beaucoup de cas, positivement commandée par l'insuffisance des revenus ; mais, cette insuffisance, on s'était vite habitué à la mesurer bien moins sur les besoins légitimes du titulaire que sur les exigences de son rang dans le monde ou dans l'Église. Un fils de noble eût trouvé au-dessous de lui de n'en avoir qu'un. A défaut de noblesse , la possession même d'un bénéfice important était un titre à en posséder d'autres pour mieux soutenir l'éclat du premier. Presque tous les évêques avaient des abbayes ; ajoutons, et nous aurons noté d'avance le peu d'efficacité des règlements qu'on allait faire, ajoutons, disonsnous , qu'ils n'allaient pas cesser d'en avoir autant et plus que jamais. Un jour, — c'était un siècle et demi après le concile, — un évêque français, dans une conversation, se prononce avec force contre la pluralité. On s'étonne; on se regarde... N'est-il pas, lui qui parle, abbé de Saint-Lucien, prieur de Gassicourt, de Plessis^