‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 93 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

d'autreu* Au premier instant atisdi, Tempereur pouvait finir par se mettre à la tête des opposants. N^était-ce pas déjà il lui qu'on attribuait généralement Tespëee d'insurrection des prélats espagnols? N'avait-il pas dit au nonce lui-même, lors du départ des troupes pontifi-^ cales, qu'il n'avait pas de plus grand ennemi que le pape ? N'avait-il pas liautemetlt attribué au duc de Parme, fils du pape^ la sédition qui avait failli lui enlever Gènes? •^ Et il est permis de supposer que Paul III, quelque préoccupé qu'il fût du côté politique de toutes les questions, n'était pas resté insensible à l'inconvénient des querelles théologiques^ au danger d'exposer au jour tant de divisions jusque-là'cachées dans les entrailles de l'unité romaine. ^

L'écrit des Espagnols avait comblé la mesure* Il (û-^ lait en unir ; mais ni lui ni ses conseillers ne savaient encore comment s'y prendre. On ne pouvait songer ni h clore le concile, puisqu'il restait encore tant à faire^ ni à le suspendre, puisqu'il eût été impossible de dire ^urquoii et qu'il n'y aurait eu bientôt qu'un cri pour demander de lever la suspension. Restait un troisième parti, celui de transférer l'assemblée dans un lieu o& le pape en fût le maître ; et même on ne voyait pas bien Comment il le deviendrait, où que ce fût, à moins d'user de violence, plus qu'il ne l'était à Trente. Ûatis totis les cas, il fallait un prétexte ; et puisqu'on était resté à Trente au plus fort des agitations de la guerre, comment s'en aller lorsque Tempereur était etJ état de pCnirvoir pleinement à la sûreté de la ville? Le pape ne pouvait donc que recommander anx légats d'être prêts à saisir la moindre occasion. Ils devaient, du reste, se f^arder d'alléguer ses ordres, et agir, comme de lèuf

chef, en vertu de la bulle reçue deux ans auparavant. La suite allait montrer que ce n'était pas sans but qu'il leur ordonnait d'agir en vertu de pouvoirs généraux et déjà anciens. Il se ménageait ainsi les moyens, nonseulement de paraître étranger à la translation, mais de la désavouer en cas que ce projet n'eût pas la majorité, ou que, voté par l'assemblée, il soulevât au dehors trop d'orages. 11 était sûr, d'ailleurs, que les légats n'hésiteraient ni à assumer sur eux toute la responsabilité, ni à subir, s'il le fallait, un désaveu public. Sa cause n'étaitelle pas celle de tous les cardinaux? Et qu'importait à un légat de se compromettre aux yeux de l'Europe, pourvu qu'il eût sauvé ou affermi ce vieux trône sur lequel il pouvait toujours espérer de s'asseoir? — Mais ici, le dévouement ne suffisait pas. Toutes les questions que l'on s'était faites à Rome, sans y voir aucune réponse, on les retrouvait, à Trente, aussi insolubles que jamais. Gagner sous mains toutes les voix, supposé que ce fût possible, ce n'était encore rien ; bonne ou mauvaise, il fallait une raison à mettre dans le décret de translation.

La session avait donc eu lieu le 3 mars. Un jour, deux jours se passent. On commence à s'entretenir des matières à traiter pour la prochaine, fixée au 21 avril. Ne sera-ce pas l'Eucharistie? Les légats hésitent; leur peu d'empressement à organiser les débats contraste étrangement avec l'importance du sujet. Ils semblent préoccupés d'un grand problème; ils le sont, en effet. Ils consultent leurs afiidés. Rien ; toujours rien. Enfin, un évêque vient à mourir. On lui fait de magnifiques obsèques. Les légats y assistent, et tout le concile avec eux ; c'est toujours un jour de gagné. Tout à coup, on se rap-

Page 1