‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 99 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

pape... quoi? Ses quatre-vingts ans et le compte qu'il aurait bientôt à rendre à Dieu? Hélas! les idées religieuses n'avaient habituellement pas grand' chose à faire dans tout ceci. On ne voulait que prendre Paul III par son faible, en lui faisant entendre qu'il ne serait bientôt plus là pour protéger ses enfants contre la colère de l'empereur. Mais il y avait quelqu'un que Paul III aimait plus que ses enfants : c'était lui-même. Il y avait quelque chose qu'il aimait plus que lui-même : c'était l'omnipotence du Saint-Siège. La question avait grandi, à ses yeux, en proportion des instances de l'empereur, et de l'affront qu'on lui avait fait faire par des évoques. Plaisance même, Plaisance qu'on avait gardée a comme un aimant qu'on aurait à la main pour attirer l'âme de fer du pape*, » Plaisance ne l'émouvait plus. A aucun prix , il ne voulait qu'on retournât à Trente; mais comme son courage n'allait pourtant pas jusqu'à l'avouer, ce qui eût immédiatement causé un schisme,— prières, menaces, rien ne put lui arracher une réponse. Le cardinal repartit pour l'Allemagne, laissant l'affaire à Diego de Mendoza, jadis ambassadeur auprès du concile, et maintenant chargé des mêmes fonctions auprès du pape. Peu de jours après, Mendoza reproduisit tous les griefs et toutes les demandes. Sans protester encore, il déclara avoir ordre de protester, pour peu que le pape tardât à accorder satisfaction.

Ce fut alors que Paul III, levant le masque, ou, si l'on veut , prenant un masque nouveau , jugea bon d'entrer dans un rôle que nous l'avons vu préparer de longue main : c'était d'envisager l'affaire comme un débat entre

. * Pallav. liv. X, ch. vu.

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les deux assemblées. II se mettait ainsi comme en dehors de la querelle ; il avait Talr de n'agir que par respect pour Tindépendance du concile et pour le vœu de la majorité ; enfin, il gagnait du temps.

Son premier pas dans cette nouvelle voie fut de répondre à Mendoza qu'il ne pouvait prononcer sans avoir pris ravis des évêques de Bologne. La question allait $e trouver de plus en plus faussée, puisque les deux partis ne seraient plus sur le même terrain. Charles-Quint réclamait au point de vue de la convenance, de la nécessité, et l'assemblée allait répondre au point de vue du droit.

Elle répondit, en effet, comme on devait s'y attendre, qu'elle se considérait et ne pouvait pas ne pas se considérer comme la seule assemblée légitime. Sans repousser absolument l'idée d'un retour à Trente, elle déclarait que le seul moyen de la faire revenir sur sa décision, c'était que les évêques de Trente commençassent par s'y soumettre et vinssent à Bologne , ou , du moins , se déclarassent prêts h y venir. Alors, mais alors seulement, on pourrait voir ce qu'il y avait de mieux à faire.

Cette réponse, en soi, n'avait rien que de raisonnable ; mais pour en être satisfait, il aurait fallu oublier qu'elle était dictée par le pape, que les prélats de Bologne n'avaient aucune envie de retourner à Trente, et que, en somme, il n'y avait à peu près aucun espoir d'y revoir le concile. Charles-Quint parut cependant accepter la question dans ces nouveaux termes ; mais ce fut, selon sa coutume , pour la trancher aussitôt dans son sens. Prenant donc directement à partie l'assemblée de Bologne, il ordonna aux deux agents qu'il avait dans cette ville , François Vargas et Martin Velasco , d'user sans

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délai des pouvoirs dont il les avait investis , mais que personne ne connaissait encore. En conséquence, le 16 janvier 1548, ils demandent audience. On délibère, et l'assemblée s'en remet au cardinal ï)el Monte, seul légat présent, cai- son collègue était à Rome. Del Monte les fait introduire, et ils présentent leur mandat. « Contraint de protester, pour le bien de la religion et de l'Église, contre certains hommes qui se disent légats apostoliques, et contre une certaine assemblée qui s'in*tîtule concile, l'empereur a nommé et nomme, pour agir en son nom, les deux personnages ici présents'. » Et non contents de cette introduction insultante, les envoyés demandent qu'on laisse entrer cinq témoins et deux notaires, qu'ils ont amenés avec eux pour dresser l'acte de leur protestation. On délibère ; on vote de les renvoyer au surlendemain. Ils insistent, et, après quelques pourparlers, on cède. Seulement, avant de leur accorder la parole, on leur signifie un acte portant qu'on ne serait point tenu de les entendre, puisque ce n'est pas au concile que l'empereur les adresse, mais à une certaine assemblée illégitime, qui n'est sûrement pas celle de Bologne. Alors Vargas, avant d'en venir encore h la protestation, exhorta vivement ce qu'il appelait toujours Vcusemblée à bien peser ce qu'elle allait dire et faire. Et comme il s'écriait : « Nous sommes ici, nous, procureurs légitimes de l'empereur !» — a Moi aussi, dit le cardinal, je suis ici vrai légat d'un vrai et indubitable pontife, et c'est ici un concile légitime , légitimement transféré, pour la gloire de Dieu et pour le bien de l'Église. » La gloire de Diea, le bien de l'Église,

< Tou» ces derniers d^ils sont tirés de PaUftvicini.

grands mots dont il y avait trente ans qu'on ne se payait plus ; mais, malgré cela, Del Monte avait incontestablement le beau rôle. Ces légats devenus illégitimes pour avoir usé de pouvoirs d*une légitimité pateute, ce concile cessant d*être un concile parce qu'il avait prononcé contre l'avis de quatorze de ses membres, — tout cela sentait plus la brutalité du soldat que la dignité du prince.

Plus raisonnée et plus calme, la protestation écrite, que lut ensuite Velasco, n'était guère plus logique. Après un long tableau de tout ce que Gharles-Quint avait fait pour préparer et faciliter le concile, la translation était déclarée déraisonnable, précipitée, nulle; l'avis de l'assemblée, en vertu duquel elle avait eu lieu, était appelé trompeur, vain, captieux, digne cent fois d'être rejeté par le pape. Comment donc le pape osaitil, ajoutait-on, donner lui-même à cette coupable -scission le nom de translation, à cette assemblée illégitime le nom de concile général ? L'empereur déclarait enfin aux évêques qu'il mettait dès lors sur leur compte tous les maux à venir, et qu'il allait aviser aux moyens d'en garantir ses états.

La réponse orale fut vive ; la réponse écrite, fort douce. On la publia quatre jours après. Elle n'avait qu'une phrase : « Les choses alléguées étant manifestement en désaccord avec l'intention pieuse et catholique du très-invincible empereur, le saint concile est convaincu qu'elles ont été dites, ou sans mandat de sa part, ou sur un faux exposé à lui fait. )>

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