‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 212 sur 373 · La question de la résidence fut agi · texte numérisé non relu

La question de la résidence fut agi

lée pour la première fois dans une congre,

cation particulière, après la cinquième ses

sion , qui eut lieu le 17 juin 1546 , et elle n,

fut décidée que dans la vingt-troisième ses.

sion, qui eut lieu le 15 juillet 1563, c'est-a-dirt

dix-sept ans après. Comment le très-vertueux

président de Ligneris peut-il donc la von

emporter d'assaut, en 1546, à 1 aide du.

renfort envoyé de Rome? Mais voici bie

une autre difficulté. Le nombre des cardi^

naux, archevêques et évêques qui assistera

à la sixième session , celle qui vient mimé

diatement après les premiers débats sur \

résidence, et dans laquelle auraient du op,

ner les quarante évêques faits ad hoc et eij

voyés furtivement en Italie, fut le mên,

que dans la précédente. Où étaient (ta

passés les évêques apportés de Rome? Que,

avait-on fait? S'il était permis de me

tiret que la fantaisie nous prît d'user de cet,

permission , nous mentirions avec plus i

réserve que n'en ont mis ici ou le préside

de Ligneris, ou le célèbre Charles Du Mo

lin, a qui sa profession d'avocat pouv;,

permettre quelques amplifications , maisn<

pas les mensonges et les altérations qu il

jetées à pleines mains dans sa consullatio

6" Les présidents arrêtèrent, suspendire ou interrompirent et même transfer

HENT LE CONCILE POUR EMPÊCHER DE : DE< SIONS QUI AURAIENT DÉPLU AU PAPE, QUI S LON LE CARDINAL POL, EST SEUL INVESTI LA SOUVERAINE AUTORITÉ DANS L'tGLISE.

502. Il n'y eut, depuis l'ouverture du co cile jusqu'à sa clôture, qu'une seule trans lion du concile : c'est celle qui se ni Trente à Bologne, dans la 8e session tenu* 11 mars 1547. Fra-Paolo dit que le W craignant que l'empereur ne se servit concile pour opprimer le pontificat, von s'en assurer à quelque prix que ce lut cl vil rien de mieux que de le transférer en lieu où il fût absolu. Il choisit pour cela

(1) L'auteur de l'abrégé de la vie de Pierre Da le nomme Jean Desligneris. Il était président ci troisième chambre des enqwêies.

SECT. V. DES FORMALITES JURIDIQUES

logne. II dépêcha ensuite à ses légats un gentilhomme charge de ses ordres, avec recommandation expresse de n'entrer à Trente, que dans le temps de la session, afin que la translation fût faite immédiatement après, sous tel prétexte qu'on voudrait.

503. « Il y avoit par bonheur, conlinue-lil, beaucoup île domestiques des évêques , que les débauches du carnaval ou l'intempérie de l'air, a voient rendus malades. Monte aposta quelques uns des siens, pour demander aux médecins, si ces maladies ne seroient point contagieuses. Ceux-ci qui ont coutume le laire toujours le mal plus grand qu'il Vest, parce que leur pronostique arrivant, ls en paraissent plus habiles ; soit pour avoir >révu le danger, ou pour avoir su y rcmélier; répondirent quelque mot ambigu, gui 'tant seine avec adresse et recueilli par Ls

d'affaire, et de ne pas resler ensevelis à Trente avec la famine , et privés de tous les secours nécessaires. Plusieurs protestèrent qu ils vouloient partir, et que rien ne les arrêteroit... Les évesques impériaux répondirent aussitôt, que le mal n'ètoit pas si grand qu'on le faisoil; qu'on pouvoit licentier les peureux ; que, par la grâce de Dieu, le bruit qui couroit se dissiperoil bientôt ; qu'il n'y avoit qu'à différer la session.

506. « Au sortir de la congrégation, ils tinrent une conférence entre eux, où, approfondissant un point dont ils ne s etoient pas mis jusque-là fort en peine, ils découvrirent que ce bruit de peste n'éloit qu'un prétexte.

507. « Dans la congrégation du lendemain, il se trouva de manque onze prélats qui élqient partis... Le jour d'après se tint la session ou le décret fut aprouvé par trente-

impies, puis par les médiocres, passa jus- cinq évêques et trois généraux, et rejette par

u'à ceux qui brûlant d'envie de s'en aller

'ésiroient que la chose fust vraie. Deux ou

•ois jours après la session un évesque étant

lort, tout le concile célébra ses funérailles:

cela fut cause qu'on parla davantage de

>tte mort, et qu'il se répandit un bruit par

ville et dans les lieux circonvoisins, que

contagion éloit à Trente.

50i. « Cependant ks légats pour montrer

le ce bruit ne venoit point d'eux tinrent, le

«demain de la session, une congrégation

nérale, où il se parla de ce qu'il y avait à

liter sur l'Eucharistie; et la semaine d'a-

ès ils ouvrirent les congrégations des Ihéo-

;iens. Et quand ce bruit se fut bien aug-

:nle, Moule commanda à Hercule Séverole,

,jcureur du concile de dresser un procès-

rbal sur lu contagion, puis ayant consulté

I médecins, entre autres Jérôme Frasca-

t , qui porloil le litre de médecin du cou-

le cardinal Paceco et par dix-sept prélats. »

508. On aperçoit aisément dans ce récit, comme dans toute l'histoire du moine vénilien, des réflexions , des interprétations malignes, intercalées à dessein de jeter le blâme el la déconsidération sur le pape et la cour de Rome. Il y a aussi une manière singulière de présenter les faits qui met souvent en opposition les circonstances qui les environnent.

509. C'étaient les domestiques des évêques qui étaient malades, et il ne rapporte qu'une seule mort, et lie de l'evèque de Cappaccio qui mourut du pourpre. Amelol ajoute en note que le général des Cordeliers mourut aussi de la même maladie. Pourquoi Fra- Paolo ne l'a-t-il pas dit? pourquoi nous laL>se-l-il ignorer s'il mourut d'autres personne- ?

5i0. Cet historien n'est pas bien certain

(}, et d'autres gens, il lui fut rapporté que que ce soit à l'intempérie de l'air ou aux dé-

lieux d'alentour vouloient rompre tout (nmerec avec la ville de Trente. Ce qui (it, <: divers prélats demandèrent la permissu de se retirer, soit par crainte de, la Me ; ou par impatience de s'en aller (1). ^iile la donna à quelques-uns, à dessein •1. léguer leur départ pour l'une des causes ||la translation. 11 pria les autres, avec qui ' çentendoit mieux, de vouloir attendre, au li, pour avoir des voix toutes acquises, Iq.udil proposeroit la translation du coule ; m as en apparence, pour ne paroître jP approuver la rupture. D'ailleurs il leur d lit de protester dans les congrégations, |a que l'on prit quelque expédient. Il y avoit M1 jours, que duroit le procès, lorsque \ int iivclle, vraie, ou conlrouvée, que Vélr| 3 vouloit rompre son commerce avec |l nie. Ce qui effraya les Fores, qui voyoient |'l U J aloient être comme des prisonniers. )o. «Le 9, il se tint une congrégation In'îrale pour cela. Après la lecture du pro- | rbal, on traita des moyens de se tirer

i Voilà Je la logique comme il n'en fui jamais. On

■Ke 1 s uit: lecins sur l.i contagion : I»; résulta do

enquùto esl que /*;.•> lieux d'alentour veulent rom-

DecTrentc; ce qui lil i|lie divers prêtais (tenait*

Je il à se ii-ii i 1 par crainle -le la porta !

bauches du carnaval qu'il faille attribuer la maladie de beaucoup de domestiques. Prenons acle du nombre. Beaucoup de domesliqu,es étaient malades en même temps ; ceci a bien l'air d'être une épidémie : or, une épidémie n'est pas, que nous sachions, le résultat des débauches du carnaval.

511. Nous croirions volontiers à quelques actes particuliers de débauche de la part d'une valetaille dont les affections sont quelquefois brutales; mais des actes publics, des exi es de débauche faits en commun n'auraient été soufferts ni par les évêques, dont la vie était exemplaire, ni par le gouverneur de la ville de Trente. La première chose dont s'occupèrent les Pères à l'ouverture du concile, ce fut d'arrêter « qu'un chacun formeroil et instruiroil ses domestiques, afin qu'ils ne fussent ni quereleurs , ni ivrognes, ni impudiques, ni intéressés, ni fiers , ni blasphémateurs, ni voluptueux. » Celte règle de conduite fut exactement suivie jusqu'à la fin du concile.

512. Le cardinal del Monte n'avait nullement besoin d'aposter quelques-unes de ses créatures pour demander aux médecins si une maladie qui affecte plusieurs personnes en même temps esl contagieuse; chacun dul

DISCUSSION DES OBJECTIONS CONTRE LE CONCILE

tout d'abord craindre qu'elle ne le fût et songer à l'éviter (1). Les médecins de leur côté ne purent faire autrement que de répondre, que le pourpre était quelquefois une maladie pestilentielle, puisque telle était alors la doctrine de l'école, et que le nom même que quelques-uns lui donnaient, pestilena febris, fièvre pestilentielle, devait les porter, quelque sages et habiles qu'ils fussent, à répondre de manière qu'il restât des craintes sérieuses dans l'esprit de ceux qui les consultaient.

513. Les légats étaient des hommes de bon sens; ils ne se seraient pas exposés à jouer une comédie dont le ridicule serait tombé sur eux. Ainsi, pour rendre croyable le récit de Fra-Paolo, il faudrait des preuves que cet historien ne donne pas, et qu'il n'était certainement pas en mesure de donner. Voici en effet ce qu'écrivait à son souverain l'embassadeur de France:

« Sire, vous pourés voir par ce que mes collègues et moy vous écrivons, l'occasion de la prompte translation de ce concile, qui a esté si soudaine, qu'il estoit impossible d'avoir le temps d'en advertir voslre Majesté ny aussi l'Empereur ny autres princes : car pour certain en six jours la mortalité s'est tellement augmentée en ce lieu, que c'estoit presque chose impossible que cette grosse compagnie y eust sçeu demeurer, et sans la dite translation asseurement le concile se rompoit de soy même : car les prélats s'en alloient à toutes heures, pour la crainte de la mort. Toutes ces choses considérées, on a nommé le lieu à Bologne, pour parfaire la session indicle au 21 jour d'avril, et y résider jusques à ce que par le Pape avec vostre advis et celuy de l'Empereur sera éleu lieu convenable. Au reste, Sire, je pense que nous avons ensuivy vostre intention, avec telle dextérité, que vous en aurez le gré des deux parties du Pape et de l'Empereur, et à ce que j'ay peu sentir de chacune, je pense que de bref serez recherché de tous deux; car comme j'ay entendu de lieu sur lequel je puis fonder jugement, le Pape et l'Empereur commencent un train pour ne demeurer pas long-temps liez ensemble, et j'espère que cette mutation de concile aydera bien à la matière; ainsi que je prétends de bref vous faire entendre. Sire, je prie Dieu vous donner très-bonne vie et longue. » (De Trente ce 13 jour de mars 1547.)

d'Urfé.

514. « Sire, le concile a député six évesques qui sont partis pour aller à Rome soustenir la translation de ce concile devant les juges déléguez par sa saincteté, cependant les légats ne bougent de cette ville, attendant quelle fin prendra le jugement que sa saincteté a proposé de faire entre les deux conciles; avant deux mois l'on en pourra voir la définition, et afin qu'il n'intervienne

(1) Cependant le bruit de la maladie contagieuse qui se respandit dans Trente effraya tellement plusieurs prélats, que sans demander congé aux légats de s'en aller, ils partirent avec une grande précipitation (Godeau, Vie de saint Charles, 1. i, p. 91).

point d'autres protestations de la part d< l'Empereur, comme j'ay entendu en la maison desdits sieurs légats, sadite saincteb renvoyé deuers ledit sieur Empereur le sieui Hierosme de Corrège pour essayer de mitiger cela, et tous autres différents qui son entre eux deux » (d'Urfé, 19 mars 1548).

515. Lors même que le lieu de Trent n'aurait convenu que médiocrement aux 16 gats, et que l'appréhension de l'Empereu ou des protestants aurait fait prévoir le ca d'une translation et désigner d'avance le villes que l'on pourrait Choisir, il n'en serai pas moins avéré que la cause réelle de cett translation fut une maladie épidémique. S les Espagnols en avaient découvert une au tre, ils l'auraient fait connaître.

516. Au dire de FraPaolo, le cardinal de Monte avait permis à quelques prélats d partir, afin de pouvoir motiver, sur leur dé part, la demande d'une translation ; et, quel ques lignes plus bas, le même historié! donne à entendre que tous les Pères, qu avaient assisté à la session précédente, élaien présents à la congrégation dans laquelle 1 question de la translation fut agitée. Ce n. fut qu'à celle du lendemain qu'il se trouv: onze prélats de moins.

517. Selon lui encore, le décret de transition fut approuvé par trente-cinq prélats trois généraux d'ordre. Pourquoi n'ajou t-il pas les trois cardinaux légats et de abbés qui l'approuvèrent aussi?

518. 11 y eut donc en tout quarante-troi voix pour la translation du concile, et di huit contre. Une détermination prise ai par plus des deux tiers d'une assemblée, serait illégale qu'autant que des règlemer particuliers et faits d'avance exigeraient u majorité plus forte. La minorité était da son tort ; mais elle resta à Trente, parce q les ordres de l'Empereur ne lui permire pas d'en sortir. Elle attendit le retour ( autres Pères, et ne l'attendit pas en va Nouvelle preuve que le pape gouvernail concile à son gré, et que les Pères ne recevai pas d'autres inspirations que les siennes.

519. Pendant les négociations qui cur lieu entre le pape et l'Empereur, au sujet cette translation, les Pères, qui étaien Bologne, tinrent deux sessions dans lesqi les il n'y eut pourtant rien de décrété, prorogèrent indéfiniment la troisième, avait dabord été indiquée pour le 15 s tembre 1547. Le concile se trouva ainsi s pendu pour la première fois. Il fut suspe encore le 28 avril 1552, lorsqu'on apprit les prolestants venaient de prendre Ai bourg. Quelque bonne volonté qu'on pu y mettre, il nous paraît bien difficile qi parvienne jamais à découvrir, dans ces d faits, les motifs qu'ont eus les protestant les regarder comme une preuve de l'as:

vissement dans lequel le pape tenait < auguste assemblée, encore moins ceux ont fait regarder comme des nullités pa tes, des suspensions qui n'étaient contr; ni au droit naturel, ni au droit canor aux intérêts de la cause et des parties.

Pwus serions tout aussi embarrassés , s'il nous fallait dire en quoi les légats abusaient de l'indiclion des sessions pour dominer le concile , puisque les indictions furent constamment faites par les Pères eux-mêmes et d'un commun accord , ou du moins sans protestation ; mais pour ce qui est du cardinal Pol en particulier, il a enseigné à peu près le contraire de ce que lui fait dire Dumoulin , et cela aux endroils mêmes que cite cet intrépide adversaire (1).

7° LES PRÉSIDENTS FIRENT VOTER , TANTÔT PAR OUI OU PAR NON, TANTOT PAR PERSONNE ET PAR AVIS MOTIVÉ, TANTOT AU SCRUTIN ET SECRÈTEMENT, POUR AVOIR LA MAJORITÉ DES VOTES.

530. Ne dirait-on pas que les Pères de Trente étaient des marionnettes dont les légats dirigeaient tous les mouvements à leur fantaisie ? Il y avait à Trente des Pères qui ■étaient en garde contre les légats, et qui lauraient volontiers dit oui lorsque ceux ci disaient non , et non lorsqu'ils disaient oui. Us avaient derrière eux les souverains qui les avaient envoyés, et qui les soutenaient puissamment. Jamais les légats ne les eurent a leur disposition , et jamais on ne fit rien «•ntrairement à leur avis (voy. n° V74 , 527, etc.). Il y avait d'autres Pères qui ne prenaient conseil que de leur conscience , quelle que fût la nature de la question agitée. Ceux-ci étaient complètement indépen^dants , et n'auraient pas plus suivi les inspirions des légats du pape que celles des ambassadeurs qui étaient là de la part de eur souverain (2). Tous avaient le senti-

(1) Si vero (Je populo separaiim loqui volumus, et je ejus in hac Ecclesia aiiclorilale, ea quidein ejusnodi esl, non ut ipse aliquid statuai, jiibeat, aut veei, ut in populari siaiu fieri snlet , sed prorsus ut usais eorum obtempère! , qui ad ipsiiin pascendum, iiii|ii.nn pastores ad gregein, verbil Domini sunt lissi. Alqui bi sunl, qui cornus ipsuin concilii genealis, in quo de salute tolius giegis consulitur effilant (quaesl. 5).

Quamam sunt partes Komani pontifir.is in conciliis eneralibus. — R. Vicariaî Clirisli parles, quatenus bristi, principis pastorum et episcopi auiinarum nor.iruin, quo nomine eum divus Pelrus appellat, perinam geril (quaesl. 14).

Qu.riiain sunt Clirisli partes , quatenus ejusmodi

snonam gerit. — R. r aedem que Dei palris, pastoris

îrsonam sibi sunienlis in inedio ovium dissiualaruin,

ioquil Ezechiel propheta (quxsl. 15).

Quue tandem sunt b;c Dei partes. — R. Nempe i Ile

uis propbeta exponit liis verbis cum ait sub per-

na Dei : Ecce ego ipse super pastores requiram

egein meum de manu eorum, et cessare eos faciain

ultra non pascanl gregem, nec pascant aniplius

stores semelipsos et bberabo gregem meum de

e eorum, etc.

Nous ne nierons certes pas que ce ne '•oit là le langage in ullramonlaiu renforcé; mais qu'on le tourne cl tourne en tout sens, ou sera bien habile si ou en i sortir tout ce qu'y a vu Charles Dumoulin. (2i (lier ou lilparoistre les canons sur les abus de rdre, nue les Pères députez ont retouchez de la mière que votre eminence illustrissime pourri les ir dans la copie ci-jointe que je lui adresse. (Visai, 5 juillet 1563.)

L'ambassadeur d'Espagne qui estoit à Rome, luy voya son secrétaire pour lui faire voir la lettre du

Conc de Trente. Ml.

SrXT. V. DES FORMALITES JURIDIQUES. 874

ment de leur dignité , et la complaisance dont ils pouvaient être disposés à donner des preuves, soit au pape, soit à li»ur souverain , n'allait pas jusqu'à faire l'abandon de leurs convictions intimes et le sacrifice de leur indépendance. La preuve en est dans les acles même du concile (V. n° 548). Ils se conformaient, pour opiner, aux règles qu'ils avaient eux-mêmes établies, et quand il était question du dogme, parlie essentielle du concile, les résolutions n'étaient prises qu'à la presque totalité des voix.

8° LES PRÉSIDENTS EMPLOYÈRENT LES MENACES ET LE CHATIMENT ENVERS LES UNS, POUR LES INTIMIDER, LES PROMESSES ET LES RÉCOM- PENSES OU l'argent ENVERS LES AUTRES, POUR SE LEj ATTACHER.

531. Ceci est une calomnie manifeste. Outre que les légats n'avaient pas le pouvoir de punir les évoques, et que les évêques n'étaient pas disposés à subir une pareille- humiliation, il esl certain que le concile, jaloux de son indépendance, n'aurait pas souffert une conduite aussi scandaleuse de la part de ses présidents. S'il l'avait soufferte, les princes, qui étaient un peu moins timides que ne le suppose Flaccius, y auraient certainement mis bon ordre et bonne discipline.

532. Des reproches pareils devraient être appuyés sur des faits incontestables, el ceux qu'on allègue ne sont pas de nature à soutenir la plus légère discussion.

roy. L'archevesque, sans témoigner la moindre surprise, lui respondil : Qu'il s'assuroit que Sa Majesté luy faisoil l'honneur de croire qu'il ne manquoit point de zèle pour son service, mais que l'affaire dotil il s'agissait, estait purement ecclésiastique : qu'ainsi que dans les affaires civile-; il attendrit avec respect les ordres du roy, il ne cunsnitoil que Dieu et la vérité dans celles de l'Eglise, -cachant qnec'e-loil à lui qu'il estoit obligé d'en rendre conte. Qu'il esioil persuadé que le roy estant aussi sage ei aussi éclairé qu'il e«.ioii, le mépri&eroit comme indigne de sa charge, s'il changeoit ainsi d'avis, et s'il trahissoit son devoir par une basse et indigne complaisance. Que ce concile avoil esté entièrement lihre, et que si on commençoil a vouloir Ironhler, ou intimider les prélats, il ne penseroil pins qu'à demander son congé, pour s'en re.onruer en Espagne : qu'au reste le poinct qu'il avoil élably dans le concile esl'it une vérité de l'Ecriiure et de la tradition ; et que tant s'en faut qu'il pust affoiblir la moindre chose de ce qu'il en avoit dit, qu'il estoit presl au contraire de donner encore sa vie pour le soutenir.

Le secrétaire rapporta tout cecy à l'ambassadeur, qui écrivit au roy, qu'ayant fait sçavoir se-, ordres à l'archevêque de Grenade, il les avoit reçus avec de grands témoignages de respect; mais que se voyant obligé eu conscience de maintenir tout ce qu'il avoit propo>é au concile, non seulement il ne s'e>toit relâché en rien de son premier sentiment, mais qu'il lé- ' moignoil estre resoulu de n'eslre pas moins ferme à l'avenir, et qu'il voyoil bien qu'il esioil inutile de donner des avis à cet arebevesque. Le roy dom Pliilippc, qui avoit grande vénération pour les prélais dignes de leur charge, el qui avoit appris par la générosité qui luy estoit naturelle, à esiimer celle vertu dans les autres , non seulement ne s'offen-a pas de la liberté apostolique de ce prélat, mais il en conceut mesine depuis utu; csiime encore plus grande pou- sa oersonue (Godeau xi" de Barih. des Mart., p. 201).

(V ingt-huit.)

DISCUSSION DES OBJECTIONS CONTRE LE CONCILE

533. Heidegger parle d'un évêque qui, pour avoir parlé trop librement, fut appréhendé au corps, conduit à Rome, jugé et déposé. Cet évéque, selon Dumoulin, aurait eu la téméraire hardiesse de représenter que Jésus-Christ ne donnant lui-même à son Père d'autre qualiGcation que celle de Père saint, on ne devrait pas donner au pape celle de très-saint père, ainsi qu'on le faisait à tout propos.

534. N'est-ce pas se jouer de la crédulité du lecteur, que de lui raconter de telles choses? Sommes-nous obligés de dire qu'aucun Père du concile ne fut cité à Rome, jugé et condamné, et que le fait n'était même pas possible?

535. Heidegger rapporte encore que le cardinal Pol reprit avec amertume Marinier, qui s'exprimait trop librement sur les traditions, et que celui-ci ayant continué à parler avec la même liberté, fut ouvertement accusé de luthéranisme;, ce qui l'obligea à changer de ton et de langage; que Brace Martel, évêque de Fiésole, dénoncé à Rome pour avoir lui aussi parlé trop librement, fut obligé de quitter Trente, sous prétexte de santé, mais en réalité pour se mettre à l'abri des poursuites et du danger qui le menaçaient; que Perezius, évêque de Ségovie, prétendant que l'épiscopat avait été immédiatement institué de droit divin, fut pour cola tellement odieux au pape, que celui-ci défendit d'examiner une affaire que cet évéque avait à la cour de Rome; que Melchior Avosmedian, évêque de Cadix, ayant avancé qu'il y avait des évéques légitimes qui n'avaient été ni appelés, ni confirmés par le pape, entendit le patriarche de Venise dire qu'il fallait le mettre dehors comme schismatique.

536. Selon Jurieu, le pape entretenait là cinq ou six brouillons qui rompaient en visière à tout le monde, et Pallavicini reconnaît lui-même que l'évêque de la Cave, l'un de ces malhonnêtes gens, donna un jour un soufflet à un ;«utre évêque et lui arracha les poils de la barbe, parce qu'il avait opiné avec quelque liberté. L'évêque d'Aliste ayant voulu soutenir que les évêques sont institués par Jésus-Christ, le cardinal Simonelta l'interrompit en disant, vous êtes un insolent.

537. Selon Vargas, l'évêque d'Orense avait été traité d'hérétique.

538. Ces faits sont les seuls que les adversaires du concile de Trente aient recueillis. n est donc permis de croire qu'il n'en existe pas d'autres. Disons d'abord que les actes de violence, au lieu d'intimider une assemblée ouïssante qui délibère ailleurs que sous la oouche du canon, lui donnent au contraire plus de hardiesse et d'intrépidité. Par conséquent, si des actes pareils à ceux que nous venons de rapporter avaient été faits à Trente, le concile les aurait blâmés avec énergie. Il aurait protesté hautement et aurait pris à l'instant des mesures efficaces pour briser le joug qu'on aurait voulu lui imposer. Mais les faits sont, ou supposés, ou

altérés, et chose fort curieuse, ce sera Fra- Paolo, l'historien des protestants, qui nou! en fournira lui-même la preuve.

539. « Antoine Marinier, carme, dit qu'i ne falloit point parler des traditions... qu< Dieu, instituant l'ancienne loi, avoit vouh que son peuple l'eût en écrit... qu'il n'er étoit pas de même de la loi évangélique, qu n'a besoin ni de tables, ni de coffre, ni d( livre, le fils de Dieu l'ayant écrite dans le; cœurs. Que l'Eglise avoit même été très-parfaite avant que pas un des apôtres écrivît, et que rien ne lui auroit manqué quand rnêreu il ne se seroit rien écrit... Que l'on ne peui pas distinguer deux sortes d'articles de foi, les uns publiés par écrit, et les autres qu'il est défendu d'enseigner autrement que de bouche.

540. «Peu de gens goûtèrent cet avis, et le cardinal de Pôle dit, qu'il étoit plus digne d'un colloque d'Allemagne que d'un concile général, où l'on nedevoit avoir que la vérité pour objet; au lieu que dans un colloque, l'on ne se proposoit qu'un abord au préjudice même de la vérité ( p. 138 ).

541. «Marinier, dit plus loin Fra-Paolo, trouvoil qu'il ne s'agissoit que de mots, et disoit que, comme en passant d'un grand, fro;d à la chaleur l'on passe par un degré de moindre froid , qui n'est ni un chaud ni uij froid nouveau, mais un froid diminué : d<, même l'on passe du péché à la justice pa les fraieurs et par les atritions , qui ne son ni de bonnes œuvres ni de nouveaux péchés mais de vieux péchés exténués. Mais il fu contraint de se rétracter par la conlradictio de tous les autres téologiens » ( p. 182 )

542. 11 faudrait certes des yeux bien pré venus pour voir de l'amertume dans la ré ponse que fit le cardinal Pol aux assertion étranges du frère Antoine Marinier, et violation de la liberté du concile dans la ré clamation universelle de tous les docteur contre un de leurs confrères qui se trou; pait.

543. « Les légats... firent lire un sommair des opinions des téologiens et des canonisa qui avoient parlé dans les congrégalior précédentes , disant que comme les av étoient trop longs, ils en avoient pris la su stance pour épargner la peine des Père Mais Brace Martel, évêque de Fiésole, aia oui lire cet extrait, dit que cela ne se sul soit pas , et qu'il faloit que la congrégalif générale entendît toutes les raisons d'i chacun, après quoi il amplifia si fort Tau rite du concile et la nécessité de le bien i former, comme aussi le préjudice qu'il feroit , si quelques-uns seulement étoic arbitres des délibérations, ou si les résol tions venoient d'ailleurs , que les légats furent très ofensés, et tancèrent l'évéq avec une modestie afectée, mais pourtant des termes piquans.

544. « Le lendemain, ils lui firent dema der la copie de son discours , et l'envoier à Rome, comme une pièce séditieuse, y nr« dant qu'ils lui avoient fait une réprimai également sévère et modeste , et lai euss

SECT. V. DES FORMALITES JURIDIQUES

fait pis, comme il le méritoit, s'ils n'eussent craint d'exciter quelque dispute fâcheuse, qui enlrainât après soi une rupture; mais qu'il ne faloit pas le laisser impuni de peur qu'il ne lui prît envie de continuer, ou de

et à trépigner violemment, les uns se déclarant pour l'évesque, et les autres le condannant, au grand déplaisir des ultramontains. Ce tumulte fut difficilement apaisé par les légats, en faisant continuer les avis. Apres

faire encore pis. Qu il seroit toujours bon de la congrégation, Lorraine, qui y avoit dissi-

le faire sortir de Trente, de façon ou d'autre, et d'empêcher que l'évéque de Chiozza ( Jacques-Nachianti Jacobin ), à peu près de la même trempe , quoique tenant une autre route, n'y retournât plus. Cet évêque en étoit parti aussitôt après la session , sous couleur d indisposition, mais en éfel pour se soustraire aux légats qui le regardoient de mauvais œil, pour avoir dit que le concile n'étoil pas libre , à l'occasion d'une prise qu'il eut avec le cardinal Paul, en défendant 3onlre lui Antoine Marinier.

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