‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 324 sur 348 · LIVRE niX-IiUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE niX-IiUITIEME

les dispositions et les circonstances que nous venons de dire eussent été contre eux. lis furent éclairés , parce qu'ils apprirent qu'il y a beaucoup plus à espérer lorsque l'aulorilé se trouve réunie dans une seule personne, que si elle était partagée à plusieurs : pour celle raison qu'il est plus faciSe de persuader l'inlelligcnce et d'émouvoir la volonté d'un seul que de plusieurs. Ajoutez à cola que le monarque qui a seul tous les pouvoirs , par là même qu'il est supérieur à tous ceux qui, sous une autre foriîio , ont cliacuu une part de l'aiitorilé, veut élre aidé par les grands qui lui sont inférieurs, tandis que ce grand nombre qui partage l'aulorilé n'eu a pas un si gran.d besoin. De là vient que les républiques, beaucoup plus que les princes souvcraiiis, sont difficiles pour accorder des grâces et plutôt portées à les refuser. Par cet exemple encore, les princes purent comprendre que beaucoup d'évêques dans le concile ;iuraient volontiers donné leur suffrage, si la délibération avait eu pour objet l'augmentation de la puissance épiscopale au désavantage de la cour de Rome ; mais que dans tout le reste, pour obtenir des grâces, ils trouveraient plus de difficultés dans le concile que chez le pape. En effet, tout ce (]ui fut dit de favorable à la concession dans les discours, pour approuver la demande ou la remettre, sans l'improuver, au jugement du pape, (out cela était l'effet des boiis offices que les ministres du pape mirent en œuvresclon sesintenlions, lorscju'ils virent que l'affaire ne pouvait réussir, si on ne la soutenait.

2. D'après cette expérience les impériaux changèrent leur méihode. ils avaient d'abord rebuté l'expédient proposé par les lég.ils, de remettre l'affaire au souverain pontife, croyant qu'il y aurait plus d'honneur pour eux , et plus de satisfaction pour ceux qui demandaient la grâce , de la recevoir d'un concile, comme un concile l'avait supprimée. Au reste, la réussite leur paraissait immanquable : elle manqua cependant, et ils virent qu'ils avaient mal pris leurs mesures. 11 fallut donc revenir au moyen qu'ils avaient rejeté, comme n^uis le dirons bientôt. On aurait pu croire quedasis celle affaire l'ambassadeur espagnol Vargas leur eût porlé coup, car non-seulement il avait dissuadé le pape d'accorder la grâce, en disant que les suppliants n'étaient pas des hommes à tenir leur promesse ; mais il avait encore écrit à Paçnano, ministre d'Avr.los, résident à Trenle. il l'avertissait que la demande accoi'dée sérail un mauvais service rendu au roi, parce «lue sous une apparence de dévotion , elle ferait naîlre dans les Espagnols le désir de celle nouveauté. Or ces désirs des peuples, satisfaits ou non satisfaits, ne uianquent guère d'exciler des troubles dans un royaume : conséquemment il s'était cru obligé d'en écrire à Sa Majesté. En attendant il recommandait à Pagnano d'en détourner les prél.'ls de sa nation ; cependant comme Vargas frétait pas en grande considéralion , et sans autorité auprès des évcques , son entremise fut à peu près inutile, et les prélats espa-

gnols ne mirent pas plus d'opposition à l'af faire que ceux des autres provinces.

3. Muyantones, comme nous avons dit, avait préparé son suffrage en faveur, quoiqu'il changea ensuite d'avis , après avoir entendu l'évéque de Rieti. Les autres, en grande parîie, s'expliquèrejit en termes vagues et ambigus. Guerrero et Ajala, comme j'ai lu quelque part, avaient promis leurs bons offices à Drascovizius ; mais l'évéque de Nio diique le premier fit sa promesse à Drascovizius pour avoir de son côté les impériaux, lorsqu'on traiterait l'article de la résidence ; mais il prédit aussi que Guerrero ne tiendrait pas sa promesse, et il ne se trompa pas. Car d'un côté Guerrero en exhortait quel- <iues-uns à poursuivre la concession ; et de l'autre, dans son discours il ne fit qu'exposer son incertitude et ses doutes; et sa conclusion fut qu'il avait besoin encore de quelque temps pour se décider. Par ce procédé mixte , (lue personne ne crut sincère, il n'échappa ni à la censure de ses compatriotes, ni aux r( proches des Allemands. L'homme double et menteur ne c<intente personne, tandis que celui qui ouvertement se déclare pour un des deux partis contraires, gagne la bienveillance de ceux à qui il s'attache, et il est estimé dans l'un et l'autre parti pour son intrépidité et sa bonne foi.

4. Avant que de passer à une autre matière, il est bon que je signale ici quelques bévues de notre Soave. La première est légère, mais on ne peut lui pardonner la témérité avec laquelle il y tombe à tout bout de champ, je parle de l'anachronisme des deux journées. 11 ne mérite pas d'excuse, puisqu'il n'avait aucune nécessité de s'arrêter à ces minuties ; et s'il voulait en parler , il n'était pas assez instruit pour le faire avec vérité. Néanmoins il a la hardiesse de faire l'une sur l'autre ces remarques chronologiques. Il voudrait peut-être nous faire croire que sa tête est un répertoire où se trouve la noie de ce? grands événements ; il rapporte donc que les congrégations sur celte matière durèrent jusqu'au 0 de septembre, tandis que Ifc journal et les lettres des légats, et d'autres mémoires que tout le monde peut lire, assurent qu'elles ont duré jusqu'au soir du 6. La seconde erreur est plus grave, lorsqu'il fait dire à l'évéque de Camplemberg en Slyrie (qui n'a jamais été au concile, et le père Le Courayer ajoute qu'il n'est pas certain qu'il y ait dans le monde un évêehé de Camplemberg), il lui fait dire ce qui fut dit par l'évéque de Caurli ; et avant cet évéque, l'évéque titulaire de Philadelphie avait demandé que les ambassadeurs impériaux ne fussent point présents aux délibérations. La troisième erreur de Soave, c'est lorsqu'il raconte que les prélats espagnols firent instance auprès des légats , pour qu'on n'admît point aux congrégations les prélats allemands qui étaient en même temps ambassadeurs de l'empereur. Sur cette anecdote on ne trouve rien ni dans les actes du concile, ni dans les lettres les plus longues des présidents, ni dans celles de Visconti au cardinal Borromée bien qu'à

HISTomE DU CONCILE DE TRENTE.

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vrai dire . il est possible que quoiqu'un trompé parane fausse nouvelle ait écrit dans une lettre privée à un ami ce qu'on avait dit à lui-même, et celui-ci l'aura dit à ui^i autre ; cela peut arriver et cela arrive quelquefois. Si la chose était ainsi, il y aurait pour Soave quelque sorte d'excuse. Sa quatrième erreur est d'avoir fait dire à l'évêque délia Gava ce qui fut dit au concile, mais par une autre bouche. Ce fut l'évêque de Caurli qui se plaignit hautement du pronostic sinistre et de la menace faite par Drascovizius au concile, si la grâce n'était pas accordée. Nous pourrions mettre encore sur le compte de Soave les altérations malignes faites aux actions et aux paroles des pères Salmeron et Lainez, pour y trouver matière de blâme. Cependant ils n'ont reçu l'un et l'autre que des éloges dans les congrégations où ils furent admis. Ils en ont reçu entre autres de la part d'un homme qui n'était pas leur partisan dans tout le reste, comme leur étant opposé sur plusieurs points de doctrine ^ c'est l'archevêque de Zara. Mais la critique de Soave est si ouvertement affectée et son livre est 'si plein de contradictions, que la réfutation de tout ce qu'il a de mauvais, c'est le livre lui-même. Reprenons donc le fil de notre histoire.

S.L'applicationcontinuellequ'on avait mise à traiter dans les congrégations générales la concession du calice, n'empêcha pas que dans les réunions particulières on ne préparât encore d'autres matières. La manière dont elles étaient rédigées faisait espérer que tout le monde en serait content. Sur l'oblalion de Jésus-Christ, les députés avaient mis ce qui est plus communément approuvé, en omettant ce que plusieurs contestent. Ils avaient dit (comme porte actuellement le texte du concile) qile le Rédempteur dans la cène s'était offert en sacrifice à son Père, sans exprimer de quelle sorte de sacrifice. Aussi les décrets sur la doctrine furent portés à la congrégation générale, le 7 de septembre. Ils passèrent d'abord unanimement , mais ils trouvèrent ensuite un obstacle dans l'archevêque de Grenade, quoiqu'il fût un des rédacteurs. Mais comme il avait des opinions qu'il ne partageait pas avec ses collègues, il leur fut encore plus contraire quand il fallut dresser les canons. Quelques-uns ont cru qu'il se montra plus contraire qu'il ne Tétait en effet, et que par cette feinte il voulait faire relarder la session jusqu'à l'arrivée des Français, avec qui il voulait s'entendre sur les matières de la réforme. Il improuva par un long discours le troisième canon, (jui esta présentie second, où ilest défini qim par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi, Jésus-Christ a conféré le sacerdoce à ses apôtres dans la dernière cène. Pour soutenir le contraire, il alléguait le témoignage de Nicolas Cabasillas. (lui, dans son premier livre du sacrifice de la messe, a cru que cette puissance avait été donnée aux apôtres le jour (le la Pentecôte. Il cita encore saint Germain; le prêtre Hesychius, dans le pren>ier livre de ses (ommenlaires , sur le Lévilique; Richard d'Armach , qui a cru que les apôtres

avaient été ordonnés prêtres dans le même temps qu'ils furent établis apôtres ; saint Thomas et Scot. Ce dernier croyait qu'à la vérité ils avaient obtenu dans la cène la puissance de consacrer; mais que l'exécution ne leur avait été accordée qu'après qu'ils eurent reçu le Saint-Esprit, selon ce qui est marqué au vingtième chapitre de saint Jean. Enfin il entassa tant de preuves les unes sur les autres, qu'on douta s'il fallait prolonger l'examen delà doctrine, ce qui aurait obligé de différer la session. Mais le succès fut plus heureux qu'on ne l'attendait, car Guerrero ayant trouvé peu de Pères qui fussent de son sentiment , les décrets furent unanimement acceptés dans la congrégation du matin. La brièveté et la concorde avec laquelle on expédia l'affaire, malgré l'opposition du prélat espagnol, fit voir que celui qui s'estime soimême et compte pour rien le sentiment des autres, ne perd pas seulement leur affection , mais encore l'estime, qui augmente ou diminue selon l'affection.

6. Sur le chapitre second, où ilest dit que le sacrifice de la messe n'est pas seulement offert pour les péchés, mais pour les autres besoins des fidèles , Ajala, évêque de Ségovie, fit une difficullé; il prétendit que ces derniers termes fournissaient matière à différentes superstitions. Il y eut vingt-cinq Pères de Bon sentiment, mais le plus grand nombre leur étant contraire dans une controverse légère par elle-même, ils furent obligés de céder.

7. L'archevêque de Grenade ne suivit pas leur exemple dans une autre question beaucoup plus grave. Il alla le jour suivant chez les légats, accompagné de l'archevêque de Braga,dom Barthélémy des Martyrs, et des évêques de Ségovie, cl d'Almerie. Là il exposa ses scrupules sur le canon qui concernait l'institution des prêtres ; il dit que ni lui. ni les prélats qui l'accompagnaient, ne pouvaient l'approuver , que la matière n'avait pas été agitée dans les assemblées des théologiens du second ordre, et dans celle des Pères on l'avait traitée si légèrement que quelques évêques de grande réputation refusaient d'y consentir; que n'étant pas à propos que rop[K)sition lût formée en public dans îa session, il croyait convenable de renvoyer- cet article à la session suivante, où l'on établirait les dogmes du sacrement de l'orcire. Ce serait là sa place naturelle et le temps opportun, où l'on pourrait après avoir bi'>'n étudié et agile la question, prononcer la définition avec honneur et d'un consentemont unanime.

8. Le légat lîosius, qui dans ses ouvrages avait enseigné le sen'iinent exprimé par ce canon, le soutenait tranquillement ; il réfutait les objections, et tenait têle aux Espagnols. Les autres présidents furent d'avis qu'un refus moins manifeste et pins modestement exprimé serait, non-seulement le plus justificatif, mais le plus efficace. Ils répondirent donc qu'on lâcherait de les contenter, pourvu que le changement demandé par les j)rélais fût précédé d'un assentiment

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