CCXCIX
(7 avrU 1869)
Pétition de protestants anglais au Souverain Pontife sur l'observation du droit
des gens à l'égard des nations barbares.
Saint-Père,
Ayant cherché depuis longtemps, mais en vain, à obtenir de la part des Prélats et des ecclésiastiques des diverses communions auxquelles nous appartenons, qu'ils en vinssent à résister à des actes, à des pratiques et à des maximes à la fois contraires à la parole de Dieu et aux lois des hommes, ou à les condamner, nous venons nous adresser à Votre Sainteté, avec l'espérance que ce genre de désordre public ne sera point négligé par votre sollicitude, et qu'en prenant les mesures que vous proposez pour rectifier le jugement public, vous y comprendrez ces erreurs particulières que nous venons vous soumettre.
Les anciennes relations établies par la conquête et ladministration, qui ont mis en rapport la couronne de la Grande- Bretagne et dlrlande avec des régions situées en dehors des limites de l'Europe, habitées par des brahmanes, des boudhistes, des hindous, des musulmans et des païens, ont mis en danger dans ces contrées éloignées l'intégrité des anglais, en l'exposant à des tentations plus qu'ordinaires. Des traités y ont été violés, le sang y a été répandu injustement, et des outrages de diverses natures y ont été commis à l'égard de personnes innocentes. Pour justifier ces actions coupables, une maxime a été introduite et même publiquement proclamée par la plus haute autorité politique des temps modernes, sir Robert Peel, déclarant que les chrétiens ne sont point assujettis au droit des gens ni aux préceptes de la justice, dans leurs rapports avec ceux qui sont étrangers aux Christianisme et à la civilisation.
Dans l'exécution des actes qui ont été couverts par une telle
maxime, et dans ceux de même nature qu'elle invite à commettre à Tavenir, les sujets spirituels de Yolre Sainteté ont été et seront engagés amplement.
Nous nous sommes assurés que les Pères de TÉglise catholique, les Papes et les Conciles ont condamné et dénoncé, à plusieurs reprises et avec autorité, de telles pratiques et de telles maximes, comme étant contraires à la volonté de Dieu et aux lois des hommes, et exposant tous ceux qui les exécutent et qui en sont fauteurs, à être bannis de la communion des chrétiens.
Considérant qu'aucun État, quelque puissant qu'il soit, ne peut être en sûreté là où régnent de pareilles pratiques ; considérant qu'aucun homme, quelque pieux qu*il soit, ne peut être autre qu'un infidèle, qui en un tel sujet ne sait point discerner le bien du mal; considérant que tous les corps religieux de la chrétienté ont cessé sous ce rapport d'enseigner la loi de Dieu, nous faisons appel à Votre Sainteté pour déclarer de nouveau, soit en vertu de votre propre autorité, soit au moyen du Concile qui va s'assembler, cette loi et ces maximes qui furent déclarées et imposées jadis par le Siège même que Votre Sainteté occupe aujourd'hui, afin qu'elles puissent devenir un guide pour la conduite de ceux de nos compatriotes qui appartiennent à cette Église dont Votre Sainteté est le chef, tout en étant une lumière pour le monde entier.
Nous avons appris que Votre Sainteté a refusé l'absolution et les offices religieux à ceux qui, étant impénitents, ont, par un prétendu acte de leur propre volonté, répudié les devoirs d'allégeance envers notre Souveraine, et qui ne se reconnaissent point coupables d'un crime quand ils commettent des actes illégaux, en obéissant aux ordres de ceux auxquels ils ont juré une obéissance aveugle.
Considérant que les actes et les desseins de ces hommes égarés ne diffèrent en rien ni pour rien de ce qui constitue la pratique journalière de tous les gouvernements d'Europe, quand ceux-ci sacrifient la vie de l'homme sans due cause et sans mandat judiciaire; considérant que c'est par l'effet et par