‹ Histoire du Congrès de Vienne (volume 3)Chapitre 8 sur 180 · LIVRE HUITIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. I

répandpe le bruit dans le peuple et dans Far* mée, que les puissances divisées allaient se faire la guerre. Mais l'artifice qui réussit le mieux, quoique le plus grossier, fut celui de la coopération armée de l'empereur François I, en faveur de Bonaparte , par attachement pour sa fille Tarchiduchesse Marie-Louise (i). Cette fourberie ne pouvait séduire les esprits éclairés qui con* naissaient les liens nombreux qui attachaient l'empereur d'Autriche à la cause générale, et

(1) Ce serait avilir la dignité de Fhistoire que de s'attacher à réfuter les absurdités calculées que répandirent les agens de Bonaparte sur les .dispositions de l'Autriche à son égard, et sur un prétendu traité d'allismce conclu entre hii et François I , dans File d'Elbe, en octobre 1814 ; traité en vertu duquel « sa Mû^fiesié apostolique s'engageak Il À fournir à l'empereur Napoléon cent mille hommes ^ atis- 4 sitôt que celui-ci aurait débarqué en France; et, en re- « tour. Napoléon devait fournir deux cents millions à sa m Majesté apostoRque , qui se serait engagée à ne poser les « armes qu'après la reconnaissance faite paf tous les mo- « narques, de la légitimité des droits de Napoléon à la cou- « ronne de France. » Yùilà ce qu'on publia k l'époque du débarquement de l'usurpateur ; et voilà ce que des administrateurs, des colonels, des généraux en chef crurent: fable ridicule repoussée par le bon sens, et qu'on vient pourtant de' répéter encore avec une présomptueuse ignorance , dans les Mémoires d'une femme de qualité , et autres ouvrages de ce genre.

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qtii sayaient que la fidélité aux traités et aax Icis de l'honneur, était la base du. caractère de l'empereur d'Autriche. Là raison d*état^ l'intéi?ét del'JEurope et la moindre ré£kxion interdisaient 4 ce monarque toute espèce de rapprochement avec Bonaparte. U n'y eut pas à cet égard la «plus légère hésitation <, dans le cabinet impérial. Aussitôt que la nouvelle de l'évasion de Bonapa^te de Tile d'Elbe fut parvenue à Vienne, la chancellerie de guerre expédia l'ordre à un grand nombre de régimens de se porter vers l'Italie et sur le Rhin ; on rappela la landwher, récemment licenciée, et on ouvrit un emprunt de 5o millions.

L'empereur Alexandre irrité au plus haut degré, dit : « Qu'il sentait qu'il avait fait un^ ^ faute ^ en consentant , par générosité, au traité te du II avril; mais qu'il s'en hiverait, en expo- « sant dans cette nouvelle guerre son dernier « homme et son dernier écu. » Il envoie incontinent l'ordre de mettre en mouvement la grande i^roiée de Pologne et la garde impériale» £n Prusse et. dans toute l'Allemagne, on n'entend que le cri : Aux unnes l aux armes ! Dans ce même tems, le prince -régent d'Angleterre annonçait au parlement «c que les évériemens qui venaient d'avoir lieu en France, en contravention directe aux engagemens signés avec les puissances al-

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Këes, présentant des conaéquences Irès-dange^ penses poar la tranquillité et l'indépendance de FËurope', lui avaient fait prendre la résolution de donner àes ordres pour augmenter les forces de terre et de mer. j> Des corps nombreux d'Anglais soïit aussitôt embarqués pour les Pays«-Bas. L'Espagne ordonne un armement considérable. Déjà les Piéi]ik)ntais ont sturpris la place de Mo-* naco récemment rendue à la France ; et le vaisseau anglais le Rùfoli a enlevé la frégate iv^ni^^ï^ la Melpornène. A.insi^ de toutes parts^ TEurope s'ébranlait avec encore plus d'imanimité qu'en ï8i3,

Bonaparte, instruit de ces événemens, tente diverses démarches pour en neutraliser leifet Son ministre des affaires étrangères, Caulain-t eotu^, adresse aux agens diplomatiques à.rex-* térieur, uneciçculaîre, eq vue de les détaeber de Louis XVIII; et, avec cette forfanterie natu^ relie à son maître , il disait : a Uetnpereur s'eàt <c montré y et le gouvernement royal n'exùtè plus, y» fionaparte ppusse la oonfiance jusqu'à écrire atiK diverses e&^xf^ pour leur faire «voir son rch tour à Paris. La plupart des souverains infusent de décacheter ses lettres, et plusietors de ses courriers soht arrêtés* Il adressa aussi au g^* néral autrichien , comte Bubna^ qukcôiiiraand^t

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en Italie, une lettre pour Tarchiduchesse Marie^ Louise. Cette princesse, qui était alors à Schœn* briinn , Tenvoie à son père , sans même vouloir l'ouvrir. Cette lettre contenait le rappel à Paris , de l'ex-impératrice, et du jeune Napoléon. Mais Marie-T^uise, désabusée de sa grandeur passée^ avait déjà déclaré qu'elle ne retournerait jamais en France , quand même l'usurpateur resterait sur le trône. C'est alors qu'on forma à Paris le dessein d'enlever le jeune Napoléon. Ce projet fut dénoncé par Marie-Louise elleHnéme; et la gouvernante de l'en&nt, madame de Montesquiou, accusée de complicité, fut destituée, et mise à Vienne en surveillance. Afin de déjouer , toutes les intrigues de tout genre, le fils de Bonaparte fut transféré au palais impérial à Vienne» On sut à Paris tirer parti de cette translation, en répandant le bruit que c'était pour honorer le père et Vendant; et le peuple, toujours £sicile à tromper, le crut.

Bonaparte tenta de £sdre arriver à Vienne dif- £érens émissaires. Des individus, que l'histoire dédaigne de nommer, pénétrèrent jusque dans cette capitale, à la faveur de vils travestis^emens. Ils avaient la mission de séduire la légation française, qui ne reçut les propositions insidieuses faites par: ces émissaires, que pour en

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donner comniuaicatioD au cabinet autrichien. Bonaparte furieux du peu de succès de sa tentative, mit hors de la loi les plénipotentiaires français. On arrête à Lintz un Belge, le baron de Strassart, préfet sous le gouvernement impérial, et qui était porteur d'une lettre pour l'empereur François I. Bonaparte y manifestait le désir de la paix, et l'intention d'observer les stipulations du traité de Paris du 3o mai. François I, pour toute réponse , remet la lettre au prince de Metternich pour en faire l'ouverture dans la séance du 3 iliai du comité des huit.

L'intrigue s'agita aussi auprès de l'ex-vice-ror d'Italie, Eugène Beauharnais. Il était venu à Vienne, où il avait eu d'abord beaucoup de peine à être distingué de la foule des personnages ar* rivés dans cette capitale. Sa qualité de beau-fils de Bonaparte, et même celle de gendre du roi de Bavière, n'eusàent pas sùfE pour le tirer de l'obscurité où on paraissait vouloir le laisser, si l'empereur Alexandre ne l'en eût fait sortir par égard pour ses qualités personnelles. Mak , lorsque le débarquement de Bonaparte fut connu , Beau* harnais n'ayant pas paru le désapprouver; et désliaisons mystérieuses avec des inconnus qu'on lui avait adressés probablement de Paris, ayant achevé de le rendre suspect, il reçut Tordre

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de se retirer à Munich ^ où il était soigneuse* ment obserré fi).

Les tentatives de Bonaparte auprès de F Angleterre , n'avaient pas tnieux réussi <jii'auprès de rAutriche. Lesieur Otto, digne de consacrer ses taiens à une plus noble cause, avait été choisi pour offrir au prince^^régent son alliance; mais cet envoyé n'avait pu obtenir la permission de venir à Londres ^ et il était resté à Boulogne: Ainsi Tu* surpateur était partout repoussé, si ce n -est en France, pays qtii aurait dû le plus, ait seul souvenir des inaux passée ^ détester sa présence.

Malgré les doutes que l'usurpateur affectait de répandre sur l'authenticité de la déclaration du i3 mars, il sentit enfin que sa publicité exî^

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(i) Eugène Beaubamais faillit ne compromettre dans cette ville , en remetta.nt confidentiellement une lettre énigmatique à un courrier français , nommé Bourdet , qui était allé le trouver, en l'assurant de son dévouement. à la cause de Bonaparte. Ce dévouement imprudemment manifesté, -ayant fait arrêter ce courrier à Carlsruhe , sur la demande du ministre autrichien prés du grand-duc, la lettre d'Eugène fut trouvée dans une bouteille cachée dans la voiture de ce courrier, qui était à double fond, et pleine de contrebande, ainsi que le portefeuille même des dépêches qui avait été forcé. Le courrier, en arrivant à Heilbron, où il fut ramené, fut mis à la suite du quartier-général autrichien ; et, à son passage dans chaque ville jusqu'à Paris , il était déposé dans la prison publique.

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geait qu'elle fût discutée et réfutée. Le ministre de la polioe, Foucbé, la dénonça le 5^9 mars au coiiseU-*d'état, II représentait cette pièce cororne uniquement émanée de la légation française au Congrès, iaquelte aurait, suivant lui, falsifié la signature des plénipotentiaires du coaiité des HUfT, sous leurs propres yeux. On s^nt qu'il n'y avait que la pratique trop réelle de crimes de ce genre, qui fut capable d'inspirer à l'usurpateur . et à son ministre une pareille supposition* Ia conseil-d'état de Bonaparte ayant pris connaissance de la déclaration du i3 mars, fit rédiger par te conseiller Defermont un rappfort dont le préambule , après avoir signalé la déclaration du Congrès comme un acte inouï dans les fastes de la politique, attribuait cette foudroyante déclara^ tion aux seuls plénipotentiaires français. « Ceux d'Autriche, de Russie, de Prusse et d'Angleterre , dbait Defermont , n'auraient pu signer un acte que les souverains et les peuples auxquels ils; appartiennent > s'empresseraient de désavouer* £t d'abord, les plémpotentiaires , coopéra^urs pour la plupart du traité de Paris, qui savent que Napoléon y a été reconnu comme conser-^ vant le titre d'empereur et comme souverain de l'île d'Ëlbe, lauraient désigné par ces titres, et ne se seraient écartés ni au fond, ni dans la forme, du respectueux égard qu'ils imposent. Ils au-*

1à^ CONGRÈS DE VIENNE.

raient senti que, d'après les lois des nations, le prince le moins fort par l'étendue ou la population de ses états, jouit, quant à son caractère politique et civil, des droits appartenant à tout prince souverain, à l'égal du monarque le plus puissant; et Napoléon, reconnu sous le titre d'empereur^ et en qualité de prince souveraîtï par toutes les puissances, n'était pas plus qu'aucune d*eltes, justiciable du Congrès de Vienne. L'oubli de ces principes, impossible à supposer dans des plénipotentiaires qui pèsent les droits des nations avec réflexion, sagesse et maturité, n'a rien d'étonnant quand il est maitifesté par quelques ministres français, à qui leur conscience reproche plus d'une trahison ; chez qui la crainte a produit l'emportement, et dont les reuK)rds égarent la raison.

« Ceux-là seuls ont pu risquer la fabrication et la publication d'une pièce , telle que la prétendue déclaration du i3 mars, dans l'espoir d'arrêter la marche de Napoléon, et d'abuser le peuple français sur les vrais setttimens des puissances étrangères ; mais il ne leur est pas donné de juger comme elles le mérite d'une nation qu'ils ont méconnue, trahie et livrée aux armes de Tétranger. Cette nation brave et généreuse se révolte contre tout ce qui porte le caractère de lâcheté et de l'oppression. Ses affections s'exal*

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