LIVRE SSIZièME. 38g
arrêter plusieurs ministres étrangers. Foulant aux pieds ses sermens à la république , il contri* bua à élever Bonaparte à Fempire , l'abandonna, revint à lui, Tabandonna encore pour Louis XVni qu'il trahit pour servir de nouveau Bonaparte, et avait feint de revenir au roi. Banni, ce ne fut qu'alors qu'il cessa de trahir; c'était le génie vivant de l'infidélité.
Malgré sa seconde abdication , et la proscription sous laquelle il se trouvait placé, Bonaparte hésitait à résigner le pouvoir qui avait tant de charmes pour sa vanité. D'ailleurs, il craignait de retomber dans les mains des monarques qui pouvaient avec justice lui faire éprouver le poids de leur indignation et de la haine des peuples. La nécessité de céder aux événemens se fai- *sant impérieusement sentir, la commission du gouvernement instruisit les chambres que l'approche des alliés qui exigeaient la remise de Bonaparte , et la crainte d'un mouvement dans l'intérieur , imposant le devoir de le faire disparaître sans délai du territoire français, il avait résolu de l'envoyer immédiatement aux États-Unis.
A cet efiet, le ministre de la marine , Decrès , avait donné des instructions secrètes au capitaine Philibert, commandant la frégate lu Saale, et au capitaine Pomé, commandant la frégate la Me-
près vues, et se permit d'adresser aux tninistrès des puissances étrangères , des notes insi« dieuses. Il osa répandre que l'Europe était mena* cée d'une conflagration générale; que les peuples éclairés par la révolution française et pleins de ses maximes, songeaient k briser le joug des rois^ et qu'on ne pourrait ks satisfaire que par de larges concessions libérales. Ces manœuvres percèrent; et Fouché voyant l'orage prêt à fondre sur lui , donna sa démission. Le roi , qui le craignait même dans sa disgrâce , le nomma son ministre à Dresde; mais bientôt après, les chambres ayant proscrit les régicides, Fouché fiit contraint de quitter la Saxe. Il se retira à Prague où la cour de Vienne lui permit de séjourner; et de là il alla à Trieéte ou il finit sa carrière. Ce personnage qui a passé pour un grand politique, ne fut guère qu'un adroit intrigant. Sa conduite, dans tout le cours de la révolution, fut un mélange de crimes et de perfidies : il débuta par des crimes, et finit par la trahison. Terroriste sous la convention, révolutionnaire et anarchiste sous le directoire, il déserta sa cau^e pour fonder le gouvernement» consulaire sous lequel cet homme né dans la misère , acquit une immense fortune. Pour s'attacher le premier consul , il sacrifia beaucoup de royalistes. Sans respect pour le caractère diplomatique , il fit