‹ Histoire du Conservatoire impérial de musique et de déclarationChapitre 1 sur 271 · MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION · texte numérisé non relu

MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION

Lorsque Perrin et Chambert fondèrent TAcadémie Royale de Musique, en 1671, ils recrutèrent les sujets chantants dans les Maîtrises des églises. Les collégiales entretenaient, dans ces Maîtrises, environ quinze mille enfants de cljocur, qui devenaient d'excellents musiciens. Lorsqu'ils sortaient des Maîtrises, les Directeurs de rOpora sollicitaient pour eux un ordre de début des premiers Gentilshommes de la chambre du Roi, et la troupe était toujours formée de cette manière, à moins qu'on ne trouvât dans les théâtres de province quelque sujet distingué qu'on se hâtait d'appeler. — C'est ainsi que Legros, Rousseau, Chéron et Lays sont entrés à l'Opéra.

Au mois de septembre 1672, LuUy établit et dirigea à l'Opéra une École de chaint et de déclamation.

M"e Marthe Le Rochois se retira du théâtre en 1698, et ouvrit, rue Saint-Honoré, une École de chant et de déclamation supplémentaire, qui fut fermée en 1726, et qui forma plusieurs .sujets remarquables pour la scène (1).

Une nouvelle École fut ensuite fondée à l'Hôtel de l'Académie royale de Musique, rue Saint-Nicaise, et désignée sous le nom de Magasin (2).

Les Élèves femmes étaient appelées filles du Magasin. C'est pour

(1) Née à Caen vers l'an 1660; une des meilleures actrices et cantatrices de l'Opéra. Elle se fit d'abord connaître par- les rôles d'Aretfiuse et de Proserpine . Elle joua surtout avec un grand succès le rôle d'Armide en 1680. « Sa douceur égalait ses talents : elle donnait » des conseils aux actrices qui la consultaient, etc. » Elle mourut en

(2) Histoire de f Académie Impériale de Musique, par M. Gastil-Blaze.

elles que le corniste Rodolphe écrivit, en 1772, la série de leçons connues sous le nom de Solfèges de Rodolphe.

Les filles du Magasin, du chant et de la danse, figuraient à rOpéra avant d'avoir achevé leurs études. — Une femme ou une fille, inscrite au Magasin, n'appartenait, pour ainsi dire, plus à sa famille. — L'autorité des parents et des maris cessait sur le seuil de cet établissement.

Les principaux maîtres des Écoles, enseignant la musique, étaient :

Dun fils, en 1714;

Belacoste, Bluquet et Deshayes, 1719;

Dubreuil, 1737;

2 professeurs de solfège, 1 inspecteur des études, en 1750;

1 professeur de chant,

2 id. de solfège, . ^^^^ .

1 claveciniste accompagnateur, ' ' 1 inspecteur des études.

Les mêmes 1 professeur de déclamation,

Le 3 janvier 1784, un Arrêt du Conseil d'État du Roi, relatif à l'Opéra^ établit une École destinée à former des sujets pour ce théâtre.

(( Le Roi ayant reconnu que ce qui pourrait contribuer le plus )) efficacement à donner à un spectacle aussi intéressant pour le » public un nouveau degré de perfection, ce serait d'établir une » École où l'on pût former tout à la fois des sujets utiles à l'Acadé- » mie royale de musique et des élèves propres au service parti- » culier de la musique de Sa Majesté, etc.. Ordonne :

» Art. 1^^. a compter du l'^'' août prochain, il sera pourvu à » l'établissement d'une École tenue par d'habiles maîtres de mu- » sique, de clavecin^ de déclamation^, de langue française, et » autres, chargés d'y enseigner la musique, la composition^ et, en » général , tout ce qui peut servir à perfectionner les différents » talents propres à la musique du Roi et de l'Opéra. »

Aussitôt après avoir rendu cet Arr^t, qui organise avec soin l'École de chant, le Roi voulut créer les moyens de faire face aux dépenses qu'elle occasionnerait, et, le 15 septembre 1786, il rendit un nouvel Arrêt qui établit un bureau de timbre sur la musique à l'École de déclamation et de chant. Le produit du timbre

et des saisies devait être employé à Tentretien de celte École.

L'organisation en était complète et bien établie. Ainsi les élèves qui se destinaient au théâtre recevaient des leçons cYhabiks maîtres chargés de leur enseigner la musique, la composition, la déclamation, le clavecin, la langue française. L'enseignement du chant , était confié au célèbre Piccini, à Langlé (1), maître du Conservatoire de la Fieta h Naples, et à Guichard. C'est là qu'il faut rechercher Torigine du Conservatoire.

Le dernier Arrêt avait été rendu sur un rapport de Gossec à M. le baron de Breteuil," Ministre de la Maison du Roi. L'École fut établie dans l'hôtel des Menus-Plaisirs du Roi, qui servait alors aux ' , répétitions de l'Opéra, sous la direction de ce compositeur. Elle fut ouverte le l^i" avril 1784. 178;

Bien antérieurement à l'ouverture de cette École, le 4 septembre 1756, Lekaln, célèbre acteur de la Comédie Française, avait présenté le mémoire suivant à MM. les premiers Gentilshommes de la chambre :

A nos Seigneurs les premiers Gentilshommes de la Chambre -f' du Roi.

MÉMOIRE précis, tendant à constater la nécessité d'établir une École Royale^ pour y faire des Élèves qui puissent exercer l'art de la déclamation dans le tragique, et s'instruire des moyens qui forment le bon acteur comique.

Si l'on veut prendre sérieusement en considération l'art d'exercer les talents du comédien dans l'un et l'autre genre, on reconnaîtra sans peine que les théâtres de province, sur lesquels ils prennent les premières notions de leur métier, ne sont plus au- 'jourd'hui ce qu'ils étaient autrefois; c'est-à-dire, une milice réelle, de laquelle on pouvait tirer les meilleurs sujets pour compléter la troupe du Roi.

L'expérience démontrera que les jeunes gens de l'un et de

(1) Langlé, issu d'une famille française, les Langloîs, étSiblïa en Italie, fit ses études au Conservatoire de la Pieta, à Naples, vint à Paris en 1768 professer le chant et la composition; auteur de Corisandre, opéra en 3 actes, représenté en 1791.

Nommé maître de chant à la création du Conservatoire, sa place fut supprimée lors de la réforme de 1802. Dalayrac le fit alors nommer bibliothécaire.

Taiitre sexe regardent le talent de la déclamation comme un art purement accessoire au nouveau genre de l'opéra comique^ qui s'est introduit en France depuis cinq ans. 11 n'est, en effet, que trop bien prouvé que cette fureur entraîne toute notre Jeunesse, et qu'elle n'estime sa fortune bien fondée qu'en apprenant à fredonner quelques airs d'opéra bouffon, pour avoir droit à un supplément de gages qu'elle n'aurait jamais eu sans ce petit mérite.

Il en résulte que la facilité du genre, que des succès très-aisés à obtenir^ que l'espoir d'une fortune prompte, leur font négliger la partie essentielle de leur art, au point d'abandonner même les principes de leur langue, qu'ils corrompent en chantant, et les. notions les plus communes de leur mener.

L'intelligence, l'ensemble, l'harmonie, la tradition des grands maîtres, la vraie gaieté, la diction noble et sans enflure, le naturel sans trivialité, tout se perd insensiblement par l'oubli d'un art auquel on fait succéder, de nos jours, le débit de petites ariettes, qui ne sont ni françaises ni italiennes, et qui n'en font pas moins tourner la tête aux êtres les mieux organisés.

C'est une épidémie qui se répand d'un pôle à l'autre, et qui dénature par degrés le caractère de notre nation, dont l'essence a toujours été une gaieté naïve et franche, à laquelle est unie une prodigieuse sensibilité; et, assurément, le nouveau genre des ariettes n'est ni gai ni touchant. C'est maintenant le burlesque le plus grossier, auquel succédera peut-être quelque plate tragédie, qui fera sourire ou soupleiirer.

Ceux qui se fondent sur la légèreté de l'esprit des Français, sur leur inconstance dans le choix de leurs plaisirs > sur leur pente naturelle à revenir aux bonnes choses , prétendent que ce délire n'est que le débordement momentané d'un fleuve qui, insensiblement, rentrera dans son lit, et qui ne laissera sur le rivage que de faibles traces de son dégât.

Quand cette assertion serait admissible dans tous ses points, il n'en est pas moins vrai que le bon goût s'altère de jour en jour, que les Artistes faits pour le soutenir en perdent les moyens; que les bons modèles, qui en sont les dépositaires, vieillissent insensiblement, et qu'il est fort à craindre qu'après leur mort, ou leur retraite, l'art de représenter les pièces de théâtre ne retombe dans la barbarie dont Baron et mademoiselle Lecouvreur l'avaient retiré.

On ne peut nier que cette perspective ne soit effrayante, et qu'il

y a tout lieu de présumer que, clans di\ ou douze ans, la déca- ! dence ne soit au point de n'y pouvoir porter de remède.

L'on ne conçoit pas pourquoi Louis XIV, à qui nous devons l'établissement de toutes nos Académies, le dépôt précieux des Sciences et des Beaux- Arts, on ne conçoit pas, dis-je, par quelle ■ prédilection ce Monarque voulut que la danse et la musique se perpétuassent dans son royaume, à l'aide d'une École bien fondée, et pourquoi il ne permit pas qu'il y en eût une de déclamation pour faciliter les progrès d'un Art bien plus difficile à exercer qu'on ne peut se l'imaginer, et qui pouvait se perpétuer, jusqu'à nos jours, par des leçons publiques qu'en auraient données des hommes tels que : Salle, Legrand, Baron, Beaubourg, Poisson le père, Quinault, La Thorillière, Duchemin et autres. Est-ce omission de la part du Monarque? Est-ce pure négligence de la part de ses Comédiens, qui n'ont pas senti dès lors l'utilité d'un tel établissement? Ou bien n'est-ce qu'une simple indifférence de MM. les premiers Gentilshommes de la Chambre, qui, par le devoir de leur charge, devaient pourtant veiller au maintien et à la gloire du spectacle national? Ce dernier paraîtrait le plus vraisemblable.

Les Comédiens, sous leur ministère, n'ont jamais joui d'une considération bien grande, et la faible portion qui leur était accordée s'est trouvée bientôt éclipsée à la mort de Molière, et après la retraite de Baron.

On leur a fermé, depuis cette époque, toute espèce d'accès à la Cour; et s'ils eussent été protégés, comme ils méritaient sans doute de l'être, on n'aurait pas puni la république entière de la faute, inexcusable, il est vrai, de l'un de ses membres (1).

Ce n'est point pour offenser la mémoire de mes anciens supérieurs que nous hasardons cette conjecture; cependant, il y a lieu de croire que s'ils eussent daigné solliciter auprès du feu Roi l'éta-

(1) Baron fut congédié en 1690, avec deux mille francs de pension du Roi, et, pour ainsi dire, exilé de la Cour, dont il avait fait longtemps les délices. Ce grand homme, aveuglé par une vanité mai entendue, s'était obstiné à demander à Louis XIV la régie de la Comédie Française; il se fie ainsi des ennemis irréconciliables, qui ne lui pardonnèrent jamais.

Il faut avouer que sa demande était déplacée; sa punition fut dure, mais il la méritait. Sa retraite pensa faire retomber le théâtre dans sa première barbarie.

blissement d'une École publique de déclamation, ils l'eussent indubitablement obtenu.

Dans cette pépinière^ plantée sur un sol heureux et fertile, on aurait vu croître, au bout d'un siècle, des rejetons qui se seraient reproduits à leur tour; et là, où nous aurions cueilli des fruits excellents, nous ne pouvons à peine extirper que des ronces.

Si cette différence devient un jour sensible ; si, par le cours trop ordinaire des choses, l'ignorance doit prendre la place du savoir, faute d'école, faute de bons modèles; s'il faut absolument soutenir un art, et peut-être le seul dans lequd nous sommes encore supérieurs à toutes les nations de l'Europe; si la saine politique du gouvernement se réunit enfm à la voix des sages; si ces deux organes de l'administration publique veulent concourir une bonne fois au bien général, il faut donc chercher les moyens de satisfaire à l'un et de remplir les vues de l'autre.

Idée des principaux Statuts et Règlements d'après lesquels on pourra rédiger la forme convenable à V Ecole Royale dramatique, Établissement aussi utile que désiré.

Article premier. Sa Majesté sera très-respectueusement suppliée d'affecter un fonds de 20,000 livres annuelles sur la caisse de ses Menus-Plaisirs, pour subvenir :

Premièrement, à la pension alimentaire de quatorze Élèves j tant hommes que femmes;

Secondement, aux appointements de trois Professeurs qui leur donneront leçon, chacun une fois la semaine, et ce, dans les différents genres de la Tragédie et de la Comédie;

Troisièmement, aux frais nécessaires à consacrer pour l'orchestre, luminaire, etc. '

Art. 2. On demande pareillement à Sa Majesté la permission de faire élever un petit théâtre dans la grande salle du Palais du Luxembourg, et que ce soit le lieu destiné à tous les exercices des Élèves.

Art. 3. Qu'il soit permis que, dans le nombre infini de jeunes personnes des deux sexes, qui se destinent au théâtre, on fasse le choix de huit hommes et de six femmes, tous bien organisés, d'une figure honnête, de mœurs douces, d'une taille avantageuse, et que ce choix soit réglé de l'aveu même de leurs parents.

Art. 4. Que l'on puisse obtenir, comme une grâce spéciale de Sa Majesté, que les habits de tout genre, qui sont au magasin de ses Menus-Plaisirs, et qui ne sont plus de la première fraîcheur^ soientà Tusage des jeunes gens de TÉcole de Tun et Tautre sexe, lorsqu'il s'agira de les faire jouer tous ensemble devant Messieurs les premiers Gentilshommes de la Chambre et autres amateurs qui seront choisis par eux, à Teffet de juger des progrès de TÉcole, et de statuer sur ceux qui peuvent être gardés ou congédiés à la fin de Tannée.

Art. 5. Qu'il soit statué, par la forme de TÉtablissement qui sera donnée par Sa Majesté à la nouvelle École, que les jeunes gens de Tun et l'autre sexe n'y seront pas admis au-dessous de l'âge deiseize ans pour les hommes et de quatorze pour les femmes.

Que le noviciat sera de trois ans, sans autre délai; qu'au bout des trois années expirées, on fera sortir de l'École deux sujets, dont un homme et une femme, qui jouiront pendant leur vie d'une pension de 200 francs, affectés sur la Caisse des 20,000 livres accordées par Sa Majesté avec le brevet de Pensionnaire du Roi et à'Éléve de l'École Royale dramatique.

Que lesdits jeunes gens, remplacés à l'École par deux autres sujets choisis selon les formes désignées ci-dessus, pourront alors contracter des engagements dans les provinces du Royaume, si toutefois leurs services ne peuvent être utiles, pour le moment, à la troupe du Roi, auquel cas, ils y feront leurs débuts dans la forme ordinaire, pour y être ensuite admis à l'essai, puis reçus définitivement, si le public les agrée.

Art. 6. Qu'il soit spécifié que ces mêmes Élèves seront astreints à se conformer en tout au Règlement de police intérieure qui sera donné par Messieurs les premiers Gentilshommes de la Chambre, pour régler les heures d'étude, maintenir la subordination, prescrire l'honnêteté, la douceur et la politesse, qui doivent régner parmi des jeunes gens qui se destinent à un art que l'on ne peut professer avec une sorte de dignité qu'en observant la décence la plus exacte dans sa conduite.

Art. 7. Qu'il soit énoncé que ces mêmes Élèves de la nouvelle École , et pensionnés par Sa Majesté après leurs trois années de noviciat, relèveront directement de Messieurs les premiers Gentilshommes de la Chambre, et ne pourront jamais s'engager que pour leur emploi uniquement, sans avoir égard aux offres que l'on pourrait leur faire pour chanter dans les opéras comiques.

Ce dernier genre étant le plus incompatible avec ce qu'on appelle la bonne Comédie, s'il arrivait que^ par l'appât du gain, ils vinssent à manquer à la teneur de ladite convention, ils seraient alors privés de leur pension, leur nom rayé du registre des Élèves, et leur brevet déchiré.

La même punition serait encourue par ceux qui s'engageraient dans des Cours étrangères sans en avoir obtenu l'agrément de Messieurs les premiers Gentilshommes de la Chambre.

Art. 8. Qu'il soit dit encore très- expressément que ces mêmes Elèves auront toujours droit au Théâtre du Roi, préférablement à tous autres, dont les talents ne seraient pas plus éminents que les leurs, pourvu qu'ils prouvent à leur retour, et lorsque leurs emplois seront vacants, qu'ils ont fait les progrès que l'on avait lieu d'attendre d'eux , ^.ar un travail sans relâche, des études continues et conséquentes aux principes qui leur auront été donnés, principes qui ne pourront que fortifier leur génie et donner car • rière à leur imagination.

Art. 9. Qu'il soit énoncé d'une manière non moins précise que les Élèves de l'un et l'autre sexe, quoique doués de tous les talents imaginables, ne pourront prétendre aux emplois qui leur sont destinés au Théâtre du Roi, qu'autant que leurs mœurs et leur conduite seraient irréprochables; qu'ils n'auraient jamais été assignés en justice pour cause à eux personnelle, ni mandés devers les commandants pour le Roi, pour cause de dettes, de scandale^ de libertinage, etc.; voulant Sa Majesté que ceux qui font l'éloge des bonnes mœurs sur la scène française soient les premiers à en donner l'exemple.'

Art. 10 et dernier. Qu'il soit réglé, sous le bon plaisir du Roi, que les pensions des trois principaux Professeurs de la nouvelle Ecole, telles qu'elles seront réglées par Sa Majesté, leur seront affectées leur vie durant, et que ceux qui seront nommés pour les remplacer, soit dans le cas de retraite, soit après leur décès, leur succèdent aux mêmes conditions et appointements; c'est-à-dire, qu'au décès de chacun desdits Professeurs, le survivancier héritera de sa place et de ses émoluments, et que, dans le simple cas de retraite, il sera fait un fonds de 4,200 livres pour chacun des survivanciers qui sera dénommé.

Signe : Lekain, Bellecourt, Préville.

Nota. La formation d'une bibliothèque serait encore un objet essen-

tiel; moins nombreuse que bien choisie, on la monterait, je crois, à peu de frais, et son utilité deviendrait journalière. Quelques économies augmenteraient annuellement cette collection , qui pourrait un jour devenir précieuse, surtout par des traductions fidèles et savantes, des productions dramatiques étrangères , qui jouiraient de quelque célébrité; mais cet établissement exige un travail particulier.

Les Mémoires de Bachaumont affirment que Lekain et Préville , • obtinrent le privilège de cette École de Déclamation , dont ils , furent nommés Professeurs. Nous n'avons pu retrouver aucune trace de l'ouverture de cet Établissement.

Le fondateur du Conservatoire a puisé certainement plusieurs idées dans le projet de Règlement de Lekain.

18 avril. Premier Exercice public des Élèves de chant donné 1786 sur le Théâtre des Menus-Plaisirs; il servit d'examen pour les candidats aux classes de chant. On joua Roland , de Piccini; en voici la distribution :

Roland (basse) M. Dessaules.

Médor (ténor) M. Lefèvre.

Angélique M^'^ Mulot.

Thémire . . ■ M^'^ Thémire.

Chœurs Élèves hommes et femmes.

^S juin. Addition d'une classe de déclamation dramatique à j l'École de chant. \

Professeurs : MM. Mole, Dugazon et Fleury, comédiens du Roi. !

Le Professeur Dugazon donna sa première leçon le 20 juni 1786. ;

Un règlement fut rédigé le 2i mai 1786.

Talma^ qui débuta au Théâtre-Français en 1787, est le premier Tragédien sorti de cette Classe. Il fut admis comme Élève le 13 juillet 1786, après avoir répété le rôle de Xipharès de Mithridate. Il demeurait alors rue Mauconseil. • [

2 décembre. Première leçon donnée aux Élèves de la Classe de j déclamation par M. Delaporte^ secrétaire de la Comédie Française, \ répétiteur des Classes de Grammaire française et de prosodie. ^ M. Marsy était son suppléant.

12 ?20i;em6re. M. le baron de Breteuil, Ministre de la Maison 1787 du Roi, vient visiter l'École. Le soir, les Professeurs et les Élèves lui donnent un Concert.

iQ janvier. Exercice donné par l'École pour MM. les Députés 1792

— iode la 2e Législature, MM. Quatremère, Roux, de Fasillac, Prieur et Lac^pède^ Commissaires nommés par le Comité d'Instruction publique.

Nous croyons devoir insérer ici une lettre de M. Gossec à M. de la Fertéj qui contient des détails très-intéressants sur cette École (1).

Monsieur,

Avant qu'un Établissement tel que l'École Royale de Chant ait pris toute sa consistance, qu'il ait acquis tout le crédit qu'il doit avoir, et donné des preuves irrécusables de son utilité, il faut le temps qu'exige l'étude d'un art comme celui de la musique, comme celui du chant, quand on veut y exceller et réunir encore à cela le talent qui constitue l'acteur pour la scène lyrique. 11 n'y a que deux ans et demi que l'école de chant est établie ; ce terme ne suffit pas assurément pour former qes talents, c'est une vérité incontestable.

Cependant, en un terme aussi court, et malgré le nombre excessif de sujets qu'il y a à cette école, les progrès y surpassent toute attente, et les personnes qui tentent de vous persuader le contraire, monsieur, vous abusent et surprennent votre religion. Un intérêt particulier ou de mauvaises intentions, sans doute, dirigent leur démarche; mais une expérience de quarante ans dans la musique, un talent qui m'a donné quelque réputation dans l'Europe, quoiqu'on en ait négligé l'usage à Paris et à la Cour, une connaissance du théâtre, l'équité et la bonne foi dont je ferai toujours profession, mon respect et mon dévoûment , enfin, pour tout ce qui vous intéresse, monsieur, semblent m'autoriser à démentir toutes ces assertions, à rompre le fil d'une trame perfide, et à combattre les moyens que la mauvaise foi emploie pour vous faire prendre une idée défavorable du travail, des progrès et des avantages de cette École. Sont-ce des personnes de l'art qui soufflent le poison ? Elles ne sont, dans ce cas, que plus dangereuses, étant plus persuasives pour celles qui n'en sont pas.

Mais daignez croire, monsieur, qu'il est des personnes de l'art qui raisonnent fort maladroitement de leur art môme; chez qui un jargon doré et prononcé avec assurance, tient lieu de connaissances aux yeux de ceux à qui ils croient pouvoir en imposer. Croyez aussi qu'il en est qui, sous le manteau de l'intérêt, couvrent quelque perfidie.

N'en doutez pas , monsieur , des moyens artificieux et couverts sont mis en usage pour vous détacher petit à petit d'un établissement à qui l'on voudrait, en affaiblissant votre intérêt pour lui, porter avec plus de sûreté des coups funestes.

Que ces personnes de Tart soient de bonne foi à leur égard , et qu'elles vous disent, monsieur, combien de temps elles ont mis elles-

(1) Cette lettre est extraite d'un manuscrit original appartenant à M. Fétis.

mômes pour apprendre ia musique et pour transmettre leurs talents à d'autres, si elles ont été dans ce cas ? Ceci est encore un art particulier, surtout l'enseignement du chant, dont le mérite et les difficultés sont inconnus à qui n'en a pas fait usage, et dont le succès dépend des qualités, des défauts, des bonnes ou mauvaises dispositions de ceux à qui l'on veut l'inculquer. Beaucoup d'artistes les ignorent, ces difficultés, n'ayant jamais été dans le cas d'enseigner cet art; et c'est ceux-là, surtout, qui s'arrogent le droit de porter des jugements sévères qui, quoique dépouillés de toute justesse et de vérité, n'obtiennent pas moins de crédit, parce qu'ils sont prononcés d'une manière décidée, et qu'ainsi l'on inspire de la confiance. Pardonnez, monsieur, à une franchise peut-être trop audacieuse ; mais ma reconnaissance pour vos bontés, l'amour du bien dont je suis animé, et le désir que j'ai de repousser les traits des méchants, doivent servir d'excuse au plus zélé défenseur d'un établissement qui vous intéresse, qui intéresse le Ministre, les Arts et toute la Nation.

Page 1