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Invitation adressée au Tribunal de Bayeux par le doyen du Chapitre.
« Un autre usage qui remontait à une époque très-éioignée, et qui n'a été abandonné qu'à la révolution de 1830, mérite d'être rappelé ici. Lorsque le bailliage et, depuis, le tribunal civil, devait assister à une cérémonie religieuse, l'invitation était adressée au tribunal, audience séante, au nom de Msr l'évêque, par le doyen du chapitre , et deux chanoines en costume de ville et manteau long, précédés par le suisse en grand uniforme. Les deux battants de la salle étaient ouverts, les trois chanoines s'avançaient au pied de l'estrade, le barreau se levait, le tribunal restait assis , mais se découvrait ; puis après l'invitation adressée à haute voix et la réponse du président, les chanoines quittaient la salle, précédés des huissiers-audienciers, qui les reconduisaient. » [Etudes sur l'administration de la justice, par M. Pezet, président du tribunal civil de Bayeux.)
XL — page 73.
Calvaire de Bayeux.
« Contre l'église des Cordeliers , il y a un magnifique calvaire qui a été élevé aux frais des citoyens , en faveur desquels on a aussi établi sous le môme nom une confrérie dans
(l) Ce dernier vers était la devise de l'Académie,
cette église. Ce monument de leur piété est une suite de la mission dont les PP. d'Irlande , Langegu et Mayet firent l'ouverture le 1er de janvier 1747. Dieu bénit leurs travaux. L'esprit du christianisme sembla se rallumer dans tous les cœurs , et le bon exemple enleva à l'hérésie trente soldats du régiment de Berwick, alors en garnison ici, qui abjurèrent entre les mains de l'abbé de Graville, vicaire-général. Pendant ce temps-là, on bâtissait le Calvaire, dont la première pierre fut posée par cet abbé, le lundi 20 février; il bénit, le 17 mars, la croix qui, avant que d'être placée, fut portée processionnellement autour de la ville.
« Le lundi 20 mars, tout le clergé séculier de la ville, trentecinq ordinands du séminaire, et l'abbé de Graville à la tête, partirent en corps sur les deux heures de relevée de l'église Saint-Sauveur pour se rendre aux Gordeliers. Les officiers de Berwick y étaient déjà arrivés avec une compagnie de grenadiers. Après une courte exhortation que fit le P. d'Irlande sur l'objet de la procession , on chanta trois fois : 0 crux ave , pour se disposer à partir. La marche était ouverte par un détachement de grenadiers , la baïonnette au bout du fusil. Venaient ensuite les PP. Cordeliers, leur croix à la tête, et les croix des paroisses. Après eux marchaient douze ou quinze personnes qui portaient la chaire à prêcher, et d'autres qui portaient deux grands traiteaux couverts de tapisseries. Paraissait ensuite la croix du Calvaire, portée par cinquante hommes et escortée par quatre grenadiers qui avaient un tambour à. leur tête. Elle était suivie de six personnes qui portaient une espèce de carreau couvert d'un tapis violet. Ce carreau et ces traiteaux étaient destinés à recevoir le Calvaire dans les haltes qu'on fit durant la procession. Après cela venaient douze acolytes , qui , trois à trois , encensaient alternativement pendant la marche. Ils étaient précédés de deux jeunes gens qui portaient de l'encens sur deux plats d'argent. Ce cortège était accompagné de quarante jeunes- ecclésiastiques qui avaient chacun un cierge à la main. Il était suivi du reste du clergé en grand nombre, qui chantait des hymnes en l'honneur du
Calvaire , et cette marche était fermée d'un second détachement de grenadiers, conduits par leurs officiers.
« On fit deux pauses, vis-à-vis de la Cathédrale et devant l'église de Saint-Sauveur. A la première, le P. d'Irlande fit un discours sur les souffrances et la mort de Jésus-Christ ; à la seconde, sur les souffrances de la vie également utiles aux justes et aux pécheurs. Ces discours furent suivis de l'adoration de la croix, tant par le clergé que par le peuple. La croix fut portée: 1° depuis les Cordeliers jusqu'à la Cathédrale, par les soldats de Berwick , d'où ils se séparèrent sur deux lignes extérieures pour garder le clergé de la foule incroyable qui se trouva dans les rues. Les bourgeois prirent leur place et la portèrent jusqu'à Saint-Sauveur. Les jeunes gens leurs succédèrent et la portèrent jusqu'aux Cordeliers. On tendit devant les maisons par où passa la procession , comme on fait à la fête de Dieu.
« De retour aux Cordeliers, on plaça la croix dans la nef, sur les traiteaux. L'abbé de Graville, monté sur une espèce d'échafaud, au bout de la croix , donna la bénédiction avec le Saint- Sacrement, et le tout fut terminé par un cantique d'actions de grâces. » (Beziers, Mémoires inédits.)