OLIVIER LEFEBVRE ET PIERRE-PAUL LEFEBVRE
Nous apprenons que la liste de nos martyrs n'est pas encore complète. On nous communique trop tard , il est vrai , pour qu'ils soient mis à leur place , des documents du plus haut intérêt, qui corrigent, une fois de plus, le Martyrologe de M. Guillon.
Trois frères, originaires de Soliers (diocèse de Bayeux), tous trois revêtus du sacerdoce, étaient détenus aux Carmes, le 2 septembre 1792. Olivier et Piene-Paul Lefebvre avaient fait leurs études à Caen , chez les Eudistes, et leur théologie à Paris. Le premier y dirigeait, depuis dix ans , l'orphelinat de la Miséricorde; l'autre, après avoir administré la cure de Vacognes, au diocèse de Bayeux, était allé rejoindre Olivier. Le troisième, Jean-Baptiste Lefebvre, était attaché en qualité de chapelain à l'hospice des Incurables,
Deux autres membres de cette famille , Jean-François Lefebvre, chapelain du Bon Sauveur et sa sœur Françoise, étaient alors à Caen , cherchant un abri contre la persécution. Quelques jours après l'épouvantable catastrophe, ils virent arriver leur frère Jean-Baptiste. Il leur raconta qu'il était aux Carmes , avec Olivier et Pierre-Paul , le jour du massacre; qu'il y avait reçu leurs adieux et que, ne pouvant leur sauver la vie , il s'était enfui par-dessus les toits- Bientôt
après, il partit pour l'exil. Retenu par la faiblesse de sa santé , son frère Jean-François , celui-là môme qui avait appris de sa bouche les détails du massacre , continua donc d'exercer en secret le saint ministère , soit à Caen , soit aux environs. Vivement frappé du sort de ses deux frères, il en parlait souvent avec une jeune fille qui lui servait de compagnon et d'éclaireur dans ses courses apostoliques. Cette jeune fille était sa nièce (1), et c'est par elle que s'est conservée la tradition qu'on vient de rapporter. Elle aimait à s'en entretenir avec ceux qui l'entouraient ; il existe encore des vieillards qui , au besoin , en rendraient témoignage.
Il y a huit ans environ , à l'époque où les reliques des martyrs furent transférées de l'ancienne chapelle à l'église des Carmes , M. l'abbé Vallée , aumônier des Quinze-Vingts , fut chargé par Mgr l'archevêque de Paris, de rechercher le nom des victimes. Nous eûmes l'honneur d'en présenter et d'en faire admettre quelques-uns ; mais on rejeta sans pitié celui de Pierre- Paul Lefebvre. M. Vallée aurait souhaité que la preuve de Vécrou eût confirmé la tradition de la famille. Nous avons cru qu'en face de la preuve testimoniale, si claire, si bien établie, le silence de l'écrou ne devait pas nous arrêter. Durant les jours qui précédèrent le massacre des prisonniers , quelques heures avant que le signal en fut donné , les pourvoyeurs de la mort cherchaient partout des suspects et les amenaient au guichet de la prison. Le procès des Septembriseurs a révélé des faits de cette nature. Oserait-on soutenir que l'on a rempli envers chacun des prisonniers de la dernière heure les formalités de l'écrou? cette supposition est démentie par l'histoire. Qu'on lise, en effet , l'ouvrage de M. Alexandre Sorel , — Le Couvent des Carmes pendant la Terreur, — on y verra que, au mois d'août 1792, le nom des détenus n'était consigné sur aucun registre. On se contentait de l'écrire sur une simple liste. Après le massacre , cette liste fut remise au secrétaire de la
(1) Mlle Catherine Hubert, fille de Françoise Lefebvre; elle est devenue plus tard Mme Méry.
section du Luxembourg, nommé Daubanel , qui s'en servit pour compter ceux qui avaient péri et ceux qu'on avait pu sauver. On n'y trouve ni Pierre-Paul, ni Jean-Baptiste Lefebvre; et pourtant Jean-Baptiste, le survivant, était aux Carmes, puisqu'il y a vu périr ses deux frères. Comment rejeter son témoignage et celui de sa nièce? La logique la plus scrupuleuse devrait accepter ce raisonnement.
Quatre autres ecclésiastiques sont inscrits aux Carmes sur les plaques funèbres , comme ayant appartenu à notre diocièse. Ils se nomment: Poret (René-Michel), curé de Saint - Martin-de-Boitron (diocèse de Séez). On assure que , d'après un Fouillé du diocèse de Séez , il était né dans le diocèse de Bayeux. On ignore le nom de la paroisse. — Estard (Joseph), curé de Saint-Germain de Charonne (diocèse de Paris). Sur le catalogue de la Sorbonne , il est désigné comme appartenant au diocèse de Bayeux. — Nativelle (Jean-Baptiste), vicaire d'Argenteuil , et Nativelle (René), vicaire de Longjumeau. On croit qu'ils étaient nés en Normandie. Nous hésitons à nous prononcer sur toutes ces questions ; elles ne nous paraissent pas suffisamment éclaircies.