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Révocation de l'édit de Nantes.
Voici ce que dit M. Dupin de la révocation de l'édit de Nantes, dans son éloge de Malesherbes :
« La révocation de l'édit de Nantes, si l'on s'était borné à. retrancher de cet édit les dispositions politiques qui plaçaient les Protestants en face du gouvernement, comme une sorte de puissance rivale avec laquelle il fallait traiter, n'aurait pu être blâmée par aucun esprit raisonnable , ami du pouvoir et de la vraie liberté. Il suffit, pour en être convaincu , de relire cet édit, et de se demander ensuite si un gouvernement bien
réglé, ayant le sentiment de sa nationalité, de sa grandeur, pouvait laisser subsister indéfiniment des stipulations qui le tenaient en état permanent de capitulation. De ce nombre étaient les dispositions qui accordaient aux Protestants des places dites de sûreté, qui leur permettaient de tenir des assemblées politiques, de lever entre eux des contributions, d'avoir des juges spéciaux, et qui les constituaient en manière de république au sein de la monarchie.
« On pouvait donc abroger ces stipulations ; on le devait même , afin qu'une secte dans l'Église ne fût plus un parti dans l'État. Mais, en resaisissant ainsi l'intégralité du pouvoir politique , il fallait laisser aux français prolestants , comme aux autres citoyens, la liberté de leurs croyances, le libre exercice de leur culte, et la jouissance commune de leurs droits naturels, civils et politiques. »
I/VII.— pages 99-101.
Discours de M. de Foucault, intendant de la généralité aux Protestants de Gaen.
Ce discours fut prononcé au mois de décembre de l'année 1700, à l'ouverture des conférences qui furent faites dans l'église de Saint- Jean de Caen, par M. l'abbé Grancolas.
« Je vous ai fait assembler ici pour vous dire que le Roi a lieu d'être surpris d'apprendre que ses intentions soient si mal suivies de votre part, et que vous preniez si peu de soin de vous faire instruire des vérités de la religion romaine, dans le temps que dans les autres provinces du royaume, où il y a un nombre beaucoup plus grand que dans celle-ci de prétendus réformés , les ordres de Sa Majesté sont ponctuellement exécutés, et avec un très-grand succès. J'ai même un reproche à me faire d'avoir eu pour vous trop de condescendance, puisqu'elle n'a servi qu'à vous rendre, je ne dirai pas plus rebelles et plus endurcis, mais au moins plus indolents sur la religion ;
car, enfin, ne pourrait-on pas s'informer de vous si vous êtes chrétiens? Ne pourrait-on pas vous demander quelle religion vous professez, et s'il est permis de vivre en athée et sans culte aucun? Un coup de la Providence, un souffle de l'esprit de Dieu vous aurait heureusement jetés dans le port du salut ! Vous avez tous abjuré solennellement vos erreurs entre les mains des pasteurs de la véritable Église ; les registres publics que vous avez signés, en feront foi à la postérité. Voulez-vous qu'elle connaisse que vous avez été des parjures? Vous êtes revenus dans nos temples que vos pères avaient abandonnés; vous y avez chanté les louanges du Très-Haut avec nous ; quelques-uns de vous se sont approchés des sacrements; quelle raison pouvez-vous alléguer d'un changement aussi criminel? Croyez-moi , profitez de la clémence de votre souverain. S'il vous traitait comme des relaps (car enfin vous l'êtes), en quel état seriez-vous, et qui pourrait vous garantir de la rigueur de ses ordonnances? Sont-ce les puissances protectrices de votre religion? Le bon sens et votre expérience devraient vous avoir désabusés depuis long-temps de cette vaine espérance dont vous vous êtes laissés séduire , et qui doit être absolument tombée! Le Roi saura rendre, malgré les puissances du monde et de l'enfer, tout son royaume aussi catholique que ceux auxquels il vient de donner un maître »
« Voyant que nos conférences dégénéraient en disputes d'école, continue l'intendant, j'ai fait entendre aux religionnaires que dorénavant on n'en ferait plus , mais qu'on leur exposera l'Évangile, la doctrine de l'Eglise et la tradition, sans admettre ni dispute ni controverse; qu'ils pourront ensuite proposer leurs doutes , en particulier et en toute liberté, à celui qui leur aura proposé h sens de l'Écriture. »
Voici quelques fragments de ce discours , prononcé , le 6 janvier, aux religionnaires de Caen, dans l'église de l'évêché:
« Nous vous protestons, à la face des autels , que nous n'adorons qu'un seul Dieu; que nous rejetons toute autre adoration, prise, dans sa véritable signification, comme idolâtre;
que nous honorons les saints dans leurs images, sans leur rendre de culte religieux. Vous voulez , malgré cette confession de foi , si nettement expliquée , si publiquement protestée, que nous ayons tronqué les commandements de Dieu pour autoriser le partage de sa divinité. Toutes les démarches que nous faisons vers vous, ne peuvent fléchir vos cœurs, plus acharnés contre la religion romaine que véritablement attachés aux sentiments de Calvin , que vous avez tant de fois abandonnés dans les controverses. L'Église a fait la grâce aux hérétiques qui ont abjuré sincèrement leurs erreurs , de les recevoir dans sa communion ; et vous nous refusez la justice de nous écouter et de nous croire, quand nous vous déclarons, quand nous vous prouvons que notre doctrine n'est autre que celle qui a été transmise par les apôtres à. leurs successeurs ! Vous vous êtes unis aux Luthériens , quoique plus opposés à vous par leurs dogmes et par leurs pratiques que nous ne le sommes , et vous ne voulez pas même reconnaître les points sur lesquels nous convenons avec vous ! Quel jugement pourrait porter un juge désintéressé sur un pareil entêtement? Je sais bien, messieurs, que les préjugés de la naissance , que la haine que l'on a pris soin de vous faire sucer avec le lait contre notre religion , sont des obstacles difficiles à surmonter; mais ces mêmes préventions devaient empêcher vos pères de quitter l'Église romninc , dont ils connaissaient parfaitement l'antiquité, et vous devez avoir d'autant moins de répugnance à y rentrer, que vous ne pouvez pas douter qu'ils sont euxmêmes les fondateurs de celle qu'ils vous ont laissée. »
LVIli.— page 127
Sermon de M-r de Nesmond, à Saint-Nicolas.
I n des principaux griefs du prieur Chevillard contire M ' <!•• Nesmond est la visite <jue le prélat fit dans l'église Saint- Nicolas, le 5 juillet 1707. Il y prêcha, comme c'élail l'usage,
et y parla de ses démêlés avec les Bénédictins. Les officiers de l'abbaye recueillirent çà et là , dans la paroisse, quelques lambeaux de ce discours, et en firent un compte-rendu, d'après lequel le sermon n'aurait été qu'une suite de plates bouffonneries. Ils reconnaissent cependant que Msr de Nesmond avait déclaré qu'il était prêt à oublier les torts des religieux , s'ils voulaient imiter la soumission du curé de Saint-Martin , P. Cally, dont il fit un grand éloge. 11 termina en annonçant qu'il allait célébrer le saint sacrilice pour leur conversion, et engagea les fidèles à prier pour eux. M8r de Nesmond allait ainsi au-devant de la réconciliation. Dès le commencement de cette môme année, il avait consenti à recevoir le prieur, et l'avait mené faire des visites dans son carrosse.
L1X.— page 141.
Extrait d'une lettre écrite au nom de M. de Sartine, lieutenant de police, à M,le de la Fontaine, supérieure de l'hôpital Saint-Louis, cà Caen , par M. Brallet, négociant à Paris et ancien échevin de cette ville.
« Paris , 13 janvier 1767.
« Madame, « Je ne conçois pas que l'on puisse envier les légers fruits de vos longs travaux pour l'hôpital? Peut-on ne pas s'en rapporter à votre simple déclaration? Votre probité n'est-elle pas au-dessus de tout soupçon, et, loin que la ville de Caen ait raison de fatiguer l'hôpital , j'estime qu'elle vous a une singulière obligation. C'est vous qui , par votre courage et vos lumières, avez commencé rétablissement d'une manufacture (de dentelles), qui a eu de si heureuses suites pour vos concitoyens. Ils en ont profité par celles qu'ils ont élevées et qui se sont multipliées à l'infini; les leurs sont émanées de la vôtre, puisqu'elle en était la mère commune, et, loin que
ces pénibles travaux: vous aient donné de la satisfaction et du
repos, ils n'ont produit que de l'ingratitude et de l'envie
Au surplus, MM. vos administrateurs ont toujours eu la vue sur votre conduite et vos affaires : qui mieux que ces messieurs est en état d'en certifier à la cour? Suivez leurs conseils , et vous n'aurez point de reproches à vous faire. Voilà mes sentiments. « Brallet. »
IX — page 148.
Règlements pour l'extinction de la mendicité à Bayeux. Institution des filles de la Charité.
Les premiers statuts pour l'établissement de l'hôpital-général de Bayeux sont du 18 décembre 1667. Ils furent arrêtés dans une assemblée générale des habitants de la ville et des faubourgs , en présence de M. de Chamillard , intendant de h\ généralité de Caen; on fixa le lieu de l'établissement de l'hôpital, le nombre et la qualité des directeurs préposés à l'administration. Msr l'évêque ou son grand-vicaire et M. l'intendant furent déclarés directeurs perpétuels du dit hôpital. On fixa ensuite le nombre et la qualité des officiers appelés à le desservir, le nombre et la qualité des pauvres que l'on se proposait d'y recevoir soit de la ville, soit des faubourgs. L'hôpital fut soumis à l'administration spirituelle de l'évêque.
Il paraît que cette première administration, dont les procèsverbaux finissent en 1676, n'atteignit pas le but de ses efforts: car, le 16 mai 1684, nous voyons tous les corps de la ville se réunir chez Mgr l'évêque pour faire cesser la mendicité, et mettre la dernière main à l'érection de l'hôpital-général. Au nombre des règlements qui émanèrent de cette réunion, nous trouvons celui par lequel on s'engageait à distribuer du p;iin aux pauvres nécessiteux tous les dimanches, à dix heures ci demie du matin, dans les quatre quartiers de la ville, savoir; — à la ville, — dans le quartier Saint-Loup, — dans peluî de
Saint-Patrice, — dans celui de Saint-Jean.— Avant d'avoir part à la distribution, les pauvres devaient faire des prières publiques pour la ville, entendre le catéchisme et montrer leur chapelet. Ceux qui demandaient l'aumône publiquement , étaient mis en prison ; ceux qui l'auraient donnée, devaient payer cent sols d'amende au profit de l'hôpital. Il fut décidé que les passants ne seraient point reçus à l'hôpital , mais qu'on les logerait dans le lieu qui leur était destiné. — Nous avons dit, page 162, que ce lieu était situé vis-à-vis de l'flôtel-Dieu. — Enfin , les directeurs des pauvres honteux s'engagèrent à ne leur donner aucune aumône, sans un ordre secret du bureau.
La trésorière des dames de charité rendait compte au bureau, tous les mois, de l'argent recueilli par les quêtes dans les paroisses, pour secourir les malades « et faire subsister la marmite. » Nous ne saurions dire précisément quand a cessé cette pieuse association , mais nous pouvons affirmer qu'elle fonctionnait encore à la fin du xvnc siècle.
Le 4 mars 1704, W de Nesmond établit deux filles de la Charité « pour assister les pauvres malades de la ville et des faubourgs. » Elles devaient employer et porter à domicile ce qui leur était remis « par la confrairie de charité » ; elles étaient chargées de distribuer les médicaments et de faire les saignées ; elles logeaient dans un appartement acquis et meublé par Msr de Nesmond. Par le même acte, Mgr de Nesmond s'était obligé, lui et ses successeurs dans la terre du Bosq, à fournir, pour la nourriture et l'entretien des deux sœurs, la somme de trois cents livres chaque année; c'était la confrérie qui était chargée de soigner les sœurs, quand elles étaient malades, et au besoin, de pourvoir à leur inhumation. Les deux filles de la Charité continuèrent leur service sous i\l6r de Lorraine; leur nombre fut porté à trois, on ne sait trop à quelle époque , et à six, sous Mgr de Luynes, le 20 août 1732. C'est lui qui passe pour avoir établi à Bayeux les sœurs de Saint-Vincent de Paul; mais on voit que la première institution appartient à M5r de Nesmond.
1MÈCKS JUSTIFICATIVES. 49