‹ Histoire du diocèse de BayeuxChapitre 135 sur 161 · LX1I.— PAGE · texte numérisé non relu

LX1I.— PAGE

Manière de séparer les lépreux d'auec le peuple.

« S'il arriuoit , Dieu le permettant ainsi, que quelqu'vn se trouuast entaché de lèpre, le curé en estant aduerty donnera ordre aussitost auec le magistrat séculier estably pour la police, de luy trouuer vne maison séparée de celles des autres pour obuier à l'infection que sa conuersation pourroit apporter parmy le peuple.

« La maison trouuée et garnie de meubles et vtensiles nécessaires, comme de linge, habits, vaisselle, cousteau, entonnoir, baril et autres , le curé ou son vicaire célébrera la saincte messe à l'intention du lépreux, ainsi qu'elle ensuit.

« La messe finie, le lépreux sera conduit par le curé au lieu destiné pour sa demeure, où en l'introduisant, il luy fera les défenses qui ensuiuent :

« Je vous defens de plus entrer es églises, moulins, fours « ou marchez, n'y de vous trouuer es assemblées du peuple;

« De lauer jamais vos mains ny chose aucune qui soit à « vostre vsage es fontaines, rivières ou ruisseaux qui sèment « au public, vous enjoignant que si vous voulez puiser de l'eau « pour vostre nécessité, vous vous seruiez de vostre baril, ou « de quelqu'autre vaisseau propre à cet efléct.

«Je vous defens d'aller deschaussé hors de vostre maison, ny « sans habits de lépreux et vos cliquettes afin d'estre recogneu « d'vn chacun.

« De toucher quelque part que vous vous trouuiez quelque « chose que vous voudrez acheter pour la recognoistre, sinon « auec vne verge ou baston.

« D'entrer aux tauernes ny autres maisons sous quelque pré- « texte que ce soit, vous enjoignant que si vous voulez acheter « ou receuoir du vin qu'on voudra vous donner, vous le faciez

mettre en vostre baril.

« De respondre sur les chemins à ceux qui vous interroge-

« ront. si vous n'estes au-dessous du vent, de peur que vous « n'infectiez les passans.

« De passer par les chemins estroits, pour obuier aux rencon- « très contagieuses.

« Que si vous estes contraint en voyageant de passer l'eau , « je vous défens de toucher les pieux et autres instrumens qui « seruent à cet effect, sans auoir premièrement mis vos gands.

« De toucher aucunement les petits enfans, ny leur donner « aucune chose, ny à quelqu'autre personne que ce soit.

« De ne manger ny boire en compagnie, sinon de lépreux. »

« Finalement il l'exhortera de prendre en patience celte

affliction qu'il a pieu à Dieu de luy enuoyer, et se confier

beaucoup en sa miséricorde , qui ne luy déniera point la

guarison, quand il la recognoistra nécessaire pour son salut. »

(Extrait du Manuel de J/gr d'Angennes.)

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