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Origine du Bon-Sauveur de Gaen.
« Louis, par la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, salut. Notre amé et féal conseiller en notre conseil , le sieur de Luynes , évêque de Bayeux, nous a très-humblement fait représenter que dans la ville de Gaen le libertinage est venu à un tel point , que le lieutenant-général de police , quelque zélé qu'il soit, ne peut y apporter de remède efficace, les moyens dont il a droit de se servir n'étant pas capables de mettre un frein à la licence des filles et femmes débauchées, qui font profession publique de libertinage; que le seul moyen d'arrêter le progrès d'un si grand mal serait l'établissement d'une maison de force, dans laquelle les filles et femmes puissent être renfermées, et où l'on travaillerait en même temps à la correction de leurs mœurs et à leur conversion; que, pour l'exécution d'un dessein si utile au bien public, il aurait jeté les yeux sur une communauté qui
s'est formée depuis peu dans le faubourg de Vaucelles de la ville de Caen, sous le titre de Filles du Bon-Sauveur, qui s'est occupée jusqu'à présent à avoir soin des pauvres honteux et des malades de la paroisse, leur fournissant les secours corporels et spirituels pendant leurs maladies ; que les fdles qui la composent, si nous daignons approuver leur établissement , sont disposées à faire à l'avenir leur principal soin d'instruire, dans une maison de force dont elles auront la conduite, les filles et femmes débauchées qu'on pourra y renfermer, et à travailler, par leurs bons conseils , prières et instructions, à les faire rentrer dans leur devoir.
« Ayant eu cette proposition agréable, et désirant contribuer de tout notre pouvoir à l'exécution d'une si sainte œuvre, qui peut remédier à tant de désordres, apporter tant d'avancement à la gloire de Dieu et au salut des âmes , et empêcher que la jeunesse ne se plonge dans le libertinage :
« A ces causes et autres bonnes considérations, ayant égard à la prière qui nous a été faite par le sieur évêque de Bayeux, de l'avis de notre conseil , et de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, avons loué et approuvé, et par ces présentes signées de notre main, louons, agréons et approuvons , et en tant que besoin . avons permis et permettons l'établissement des Filles du Bon-Sauveur, dans le faubourg de Vaucelles ou autres lieux de la ville de Caen , sous le titre de la Maison du Bon-Sauveur, pour celles qui la composent ou qui la composeront à l'avenir , vivre en communauté , et donner leur principal soin à travailler à l'instruction et correction des filles et femmes débauchées qui leur seront confiées, et continuer à soulager, dans le dehors, les pauvres honteux et pauvres malades , sous la conduite du sieur évêque de Bayeux , de ses grands-vicaires et leurs successeurs , qui leur donneront les règlements, statuts et constitutions qu'ils estimeront plus convenables : voulons que la maison jouisse de tous les privilèges des autres communautés religieuses de notre royaume, à condition néanmoins que la dite maison ne pourra être convertie en maison de profession religieuse; mais demeu-
rera toujours dans l'état séculier, et qu'on y vivra selon les règles et constitutions qui seront données par les sieurs évoques de Bayeux ' permettons à la communauté d'accepter tous dons et legs qui lui pourront être faits par donation entre vifs, testament ou autrement, et d'acquérir maisons, terres, héritages et autres biens, tenir, posséder ceux qui peuvent lui avoir été donnés, légués ou délaissés , ou qu'elle a acquis, jusques à la concurrence de six mille livres de revenu par an, seulement entre l'enclos. Ci, donnons en mandement, etc.
« Donné à Versailles , au mois de septembre 1734 , et de notre règne le vingtième. « Signé: Louis.
« Pour visa, Chauvlin.
Par le roi, Chauvlin.
Gallia christiana.
Neustria pia.
La France ecclésiastique. — État dn clergé séculier et régulier des ordres militaires et des universités.
Nouvelles ecclésiastiques.
De Moléon , Voyage liturgique.
Radulphe l'Angevin, Cérémonial de la Cathédrale (Bibliothèque du chapitre).