‹ Histoire du diocèse de BayeuxChapitre 66 sur 161 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Fondation du séminaire de Caen, — du séminaire de la Délivrande, — du séminaire de Bayeux. — Retraites spirituelles. — Missions.

A l'arrivée de Mgr de Nesmond, le diocèse de Bayeux ne comptait encore que deux séminaires, l'un à Caen, l'autre a la Délivrande. Celui de Caen avait été fondé le 14 janvier 4644, sous l'épiscopat de Mgr d'Angennes. Jean Eudes Mézerai, frère de l'historien, né en 1 601 dans le diocèse de Séez, ayant quitté l'Oratoire de Caen, dont il était membre, pour établir lui-même une autre congrégation (1), acheta d'abord une maison située en face de l'abreuvoir de la rue Saint- Laurent , et y bâtit une chapelle avec la permission de l'évêque diocésain; cette maison fut le berceau du

(1) La congrégation de Jésus et de Marie.

séminaire. Il eut pour premiers bienfaiteurs M. et Mme Blouet de Camilly, ainsi que leur neveu, M. Blouet de Than (I), qui lui donna, au mois d'août 1641, trois mille livres en argent et mille cinq cents livres de rentes à perpétuité. Fermé par ordre de Mgr Mole, qui fut constamment opposé aux entreprises du P. Eudes , le séminaire de Caen fut rétabli par Mgr Servien en 1 652 , et la direction en fut remise aux Eudistes. En 1658, la ville leur fieffa une partie de la place des Petits-Prés, aujourd'hui la place Royale, où ils s'établirent. Grâce aux libéralités de Mgr de Nesmond , leur établissement devint un des plus beaux édifices de la ville. Le prélat donna deux mille livres pour aider à sa construction ; on sculpta ses armes sur la porte d'entrée; mais il ne voulut point y habiter; pendant tout son épiscopat, il conserva son logement à la Vieille-Mission, que les Eudistes occupèrent jusqu'en 1720. La chapelle de la place Royale, commencée en 1664, fut bénite en 1677. La duchesse de Guise avait contribué à la dépense pour une somme de douze mille livres. Quoique le P. Eudes eût fondé un séminaire à Rouen, un à Lisieux, et un autre à Coutances, il ouvrit celui de Caen a tous les ecclésiastiques de la province qui désiraient suivre les cours de l'université. J'aurai occasion de revenir sur les entreprises de cet homme extraordinaire, et sur les jugements contradictoires dont son caractère personnel a été l'objet.

(1) M. Ulouet de Than entra lui-même dans la nouvelle congrégation. Une faut pas le confondre avec son cousin , M. Tîlonet àe Camilly, qui en fur lo second supérieur.

séminaire Le second séminaire, celui de la Délivrande, avait ia Déiivrande. été fondé à peu près à la môme époque par un chanoine de Bayeux. Quoique le bourg de la Délivrande, situé dans la baronnie de Douvres, relevât du seigneur évêque, l'église du pèlerinage était soumise Cintra sep taj à la juridiction du chapitre, qui recueillait aussi « les fruits et émoluments du plaenil » ou place du marché. Il faisait administrer la chapelle tantôt par un fermier, tantôt par des commissaires. Ce dernier système ayant prévalu en 1638, Gilles Buhot, chanoine de Cartigny, docteur de Sorbonne , fut nommé quelques années après administrateur de la chapelle. Ce vénérable ecclésiastique, né à Bayeux en 1602, avait quitté le barreau, où il plaidait avec distinction, pour se consacrer au service de l'Église. Il avait étudié la théologie à Paris, et pris ses degrés au collège de Navarre. Pendant les trente années qu'il administra la chapelle de la Délivrande, il fit preuve d'un zèle éclairé et d'un désintéressement poussé jusqu'à l'abnégation. Le chapitre ne lui avait alloué aucune espèce d'honoraires. Il n'en préleva cependant jamais sur les offrandes des pèlerins; il les employait à réparer la chapelle et à l'embellir. Il donnait chaque année l'hospitalité à plus de douze cents personnes , et secourait tous les pauvres des environs. Une conduite si noble ne le mit point à l'abri des tracasseries de ses collègues. En 1670, on le révoqua de ses fonctions; on lui demanda des comptes détaillés ; on prétendit que les recettes de la sacristie devaient excéder les dépenses. Le pieux directeur fut obligé de se pourvoir devant le bailli de Caen; pins tard, on

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lui fit jurer, devant un conseiller au parlement, « qu'il avait fait dire toutes les messes aumônées à la Délivrande. » Il est bon de remarquer que les persécuteurs de l'abbé Buhot soutenaient à la même époque un procès scandaleux contre Mgr de Nesmond , leur évêque. Ce simple rapprochement nous dispense d'une plus longue apologie. Malgré l'affluence des pèlerins , il n'y avait que deux ecclésiastiques attachés au service de la chapelle , quand la direction en fut confiée au chanoine de Cartigny. Il n'hésita pas à partager leur modeste habitation, afin de leur donner a chaque instant l'exemple du travail. Peu à peu, la Providence lui envoya des auxiliaires: un certain nombre de prêtres vinrent lui offrir leur concours, ou plutôt se placer sous sa direction. Ce fut alors qu'il conçut le projet d'ouvrir, auprès de la chapelle, une école pratique, où les jeunes ecclésiastiques pussent se former au saint ministère, sous les auspices de la mère de Dieu (1).

Il m'a été impossible jusqu'ici de trouver la date séminaire précise de cette fondation. Mgr de Nesmond, dans le décret de 1 669, dont il sera parlé plus loin, suppose évidemment que le séminaire de la Délivrande exis-

(1) Et quidem initio , vili se tugurio-lo incluserat, cum uiio et altero, luteae domûs hospes aurcus ; nec diminuais labor sociis sensim accedentibus, cùni in his fonnandis atque excolendis haudpaulo plus ipse operae poneret, quani è quotidianâ sarcinâ transferre in illos posset. Agressus est homo privatus regalis rem operae et niagnificentia1, ut adolescentibus qui se sacris dicarent , velut sub oculis et patrocinio Virginis, rite ('(lueandis seminarium excitaret [Éloge funèbre do G. Buhot, par <i. Marcel].

de Baveux.

tait avant son épiscopat. L'abbé Beziers le rapporte a celui de Mgr d'Angennes, mort en 1647; enfin, l'abbé Buhot, dans une des pièces de son procès avec le chapitre, que nous avons sous les yeux, fait entendre très-clairement que la direction de la chapelle lui fut confiée en 1645 (1). On ne s'éloignerait donc pas de la vérité, en disant que le séminaire de la Délivrande fut constitué vers l'an 1646.

Gilles Buhot n'était pas un de ces esprits étroits qui se passionnent exclusivement pour une entrepris se, ou qui craignent que les bonnes œuvres ne se détruisent en se multipliant: il voulut, à la fin de sa vie, doter la ville épiscopale d'un établissement semblable à celui de la Délivrande, où l'on comptait plus de cent ecclésiastiques (2), et il en fit la proposition a Mgr de Nesmond. Elle fut accueillie avec empressement. En conséquence, le 1 1 mars 1669, l'abbé Buhot donna simultanément au diocèse, entre les mains du curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, vicaire-général de Mgr de Nesmond, 1° une maison (3) qu'il possédait

(1) « Ces six deniers furent établis a l'arrivée du sieur de Cartigny à la Délivrande, et tira pour lors une conclusion des dits sieurs du chapitre du 2 janvier 1645, par laquelle ils déclarent, etc.... » Et plus loin : « En tout ceci justice observera que le sieur de Cartigny n'a jamais eu de gages, et que tout ce qu'il a fait et souffert, l'espace de vingt-six ans, a été purement pour la gloire de Dieu et le service du public. » Le factum d'où cette citation est extraite, fut publié en 1671.

(2) Sacri ministerii candidatos habebat centum et ampliùs [Athenœ Normannorum'].

(3) On pense que ce pourrait être celle qui correspond aujourd'hui au n° 18, à l'un des angles que forme la rue Franche avec la rue de la Juridiction.

à Baveux, dans la rue Franche , pour établir le séminaire; 2° son établissement de la Délivrande, composé de maisons, bâtiments, enclos et jardins, tenant et aboutissant au chemin de Bernières , et tendant à la chapelle. Il les donne pour être unis et annexés au séminaire de Bayeux , « à condition toutefois , et non autrement, de faire et continuer dans le dit séminaire de Bayeux et maison de Luc , les exercices du séminaire et de la retraite spirituelle. Dans le cas où le dit séminaire viendrait à manquer, les choses données appartiendraient à celle des communautés de Paris que le dit sieur évêque ou ses successeurs y voudront appeler, soit des prêtres de la mission établie par le feu sieur Vincent de Paul, qui est celle pour laquelle le dit sieur de Cartigny aurait plus d'inclination , ou telle autre qu'il plaira au dit sieur évêque. » Enfin, le donateur exprime le vœu que l'on érige dans sa maison de Luc un oratoire, sous le nom de Jésus-Enfant et de Saint-Joseph, son père nourricier; ce qui lui fut accordé. Le décret d'érection du séminaire de Bayeux fut expédié de Paris le 11 avril 1 669, et confirmé par des lettres-patentes, que le roi signa au mois d'août de la même année.

Mgr de Nesmond déclare « qu'en fondant un séminaire auprès de son siège épiscopal , il se propose de veiller avec plus d'assiduité a sa conduite, sans néanmoins en discontinuer les exercices ailleurs, et notamment ceux qui ont été pratiqués depuis plusieurs années avec beaucoup de succès et d'édification, par son autorité et celle de ses prédécesseurs, sous la direction do maître <i. Buhot, docteur de Sorbonne,

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chanoine de Cartigny, en la maison par lui construite de ses deniers avec beaucoup de dépenses, sur le territoire de Luc, proche la fameuse dévotion et chapelle de Notre-Dame-de-la-Délivrande. » Le pontife accepte la double donation que le dit sieur Buhot a faite au diocèse de sa maison de la Délivrande et d'une autre située a Bayeux, rue Franche , paroisse Saint- Sauveur, pour l'établissement d'un séminaire, auquel le premier doit servir d'annexé. « Enfin , persuadé qu'il est du zèle, de la capacité et de l'expérience du sieur Buhot en ces sortes d'exercices, il l'établit et prépose pour être supérieur à la conduite et direction du dit séminaire et de son annexe. »

De telles paroles tombées de si haut étaient, pour le chanoine de Cartigny, une magnifique récompense : il avait trouvé dans son évoque un juge digne de l'apprécier. Il continua de partager son temps entre la prédication et la direction de ses deux séminaires. On lui doit un manuel du clergé intitulé : Cura clericalis. 11 avait rédigé une Théologie morale, que la mort ne lui permit pas d'achever ; mais il publia un Traité des sacrements, et fit imprimer son Cours de philosophie à Caen en 1673. Il est le premier professeur qui ait eu l'heureuse idée d'épargner à ses élèves la perte d'un temps considérable, en substituant aux cahiers des livres imprimés. Son exemple ne fut pas suivi : à la fin du xvnr siècle, l'université de Caen dictait encore des cahiers; en 4779, elle obtint un arrêt du parlement contre MM. Adam et Duchemin, professeurs de philosophie, l'un au collège du Bois, l'autre au collège des Arts, qui, au mépris

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de la routine , avaient mis leur cours imprimé entre les mains de leurs jeunes auditeurs.

L'abbé Bubot n'était pas seulement un théologien distingué et un philosophe érudit ; il eut aussi une grande réputation comme orateur. D'après le P. Martin , les larmes qu'on lui voyait répandre , et le son de sa voix , naturellement plaintive , disposaient ses auditeurs à la componction. C'était lui qui portait ordinairement la parole à la Cathédrale, dans les circonstances solennelles. 11 y prêcha en 1030, à l'occasion du vœu par lequel Louis XIII consacra la France à la très-sainte Vierge. Il lit l'oraison funèbre de ce monarque et celle de Mgr Servie». Le 15 juin 1643, il célébra l'avènement de Louis XIV et la bataille de Rocroi. Nous connaissons plusieurs de ces discours : ils ne sont remarquables ni par la profondeur des vues, ni par la pureté du goût, ni par l'éclat du style; on peut leur reprocher une exagération emphatique dans les éloges, des antithèses subtiles, des rapprochements forcés, un grand luxe d'érudition profane , des comparaisons tirées de l'astronomie et de l'histoire naturelle, des horoscopes fondés sur la puissance des nombres et la coïncidence des dates. Cependant ces défauts sont souvent compensés par des qualités estimables. L'accent de l'orateur, quand il expose une vérité religieuse ou morale, est celui d'une conviction profonde et d'une piété sincère ; il y a chez lui de l'ampleur, du mouvement, et parfois des traits heureux. Je citerai pour exemple cette apostrophe à Louis XIV, encore enfant : « C'est à vous, grand prince, que j'adresse maintenant ma

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voix : vous êtes petit d'âge et de corps , mais je ne laisserai pas de vous appeler grand ; car vous êtes tel dans les desseins de Dieu et dans nos espérances. » Quarante ans plus tard, Bossuet devait s'écrier à son tour: « Laissez-le croître, ce roi chéri du ciel; sous la main de Dieu, qui sera continuellement a son secours, on le verra l'assuré rempart de ses états. » Loin de moi une comparaison qui serait presque un blasphème ; je dirai pourtant qu'ici le chanoine de Bayeux a un léger avantage sur l'évêque de Meaux: il avait prédit ce que Bossuet raconte. Si l'on veut se placer à ce point de vue, et écarter toute idée de parallèle , on ne lira pas sans intérêt le récit de la bataille de Rocroi, que nous donnons à la fin de cette histoire; il eût fait honneur à Mascaron.

Gilles Buhot mourut à la Délivrande, épuisé de fatigues et riche de bonnes œuvres, le 5 janvier 4674, à l'âge de soixante-douze ans. Il est, sans contredit, le prêtre le plus distingué que le diocèse de Bayeux ait produit au xvne siècle, puisque le P. Eudes, l'abbé Petite et l'abbé de Launey étaient tous étrangers. Un manuscrit, rédigé par Nicolas Buhot, « douzième et dernier de la famille , » contient, sur la vie de son frère le chanoine, des détails curieux omis par les autres biographes. Nous y voyons, par exemple, qu'il fut toujours « si appliqué au service de Dieu , que l'on ne saurait dire qu'il ait jamais donné une heure de temps à aucun divertissement. » Pendant qu'il administrait la chapelle de la Délivrande, « il y attira tant de dévotion » que l'on y célébrait chaque année de vingt à vingt-cinq mille messes ; on y comptait

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plus de soixante mille communions, et plus de dix mille confessions générales. Quoiqu'il y eût alors cinq autels à la chapelle du pèlerinage , le nombre des messes paraîtra sans doute exagéré. Au dire de Nicolas Buhot, l'évêque de Bayeux répétait souvent que le chanoine de Cartigny travaillait à lui seul plus que cinq hommes des plus robustes, « quoique d'une petite stature et maigre. » Vincent de Paul, fondateur du séminaire de Saint-Lazare, estimait singulièrement son mérite ; les supérieurs ecclésiastiques le consultaient sur toutes les affaires importantes; quand il allait à Paris, il était l'oracle de la Sorbonne, « et sa réputation était si grande pour sa piété, que môme la reine-mère Anne d'Autriche lui a envoyé plusieurs fois un gentilhomme ou un valet de pied pour recommander à Dieu les affaires qui lui arrivaient. » Le texte de son oraison funèbre , prêchée par M. de Launey-Hue, grand-pénitencier, exprimait avec une majestueuse simplicité le jugement de ses contemporains, et dictait en quelque sorte celui de la postérité : Homo Dei (homme de Dieu). D'après son frère , il fut inhumé dans la chapelle du séminaire de la Délivrande; le P. Martin ajoute que ce fut dans le bas de cette chapelle. Il ne reste aujourd'hui aucune trace de sa sépulture.

La chapelle du séminaire, après avoir servi de club pendant la révolution, fut vendue et détruite. La nef et le chœur correspondaient à un vaste souterrain, qui existe encore. Mais, à l'extrémité inférieure, où l'abbé Buhot fut inhumé, on a bâti une maison, il y a quarante ans, et les ouvriers employés à cette

construction ont raconté depuis qu'ils avaient remué des ossements humains et des débris de vêtements sacerdotaux: c'est tout ce que nos recherches ont pu nous apprendre. Un an après la mort du chanoine de Cartigny, le séminaire de Bayeux fut transféré de la rue Franche près de l'Hôtel-Dieu , et substitué au prieuré de Saint-Jean-1'Évangéliste. Nous raconterons en détail tout ce qui se rapporte à cette translation , injustement appréciée par les détracteurs de Mgr de Nesmond.

La voilà donc définitivement introduite parmi nous, cette précieuse institution des séminaires , que le concile de Trente inaugura au xvie siècle , dont saint Charles se montra le plus ardent propagateur, et qui devait rencontrer tant d'obstacles dans certains pays. Jusqu'alors les jeunes clercs de notre diocèse n'avaient guères d'autre ressource que de se mettre au service des curés, qui consentaient à leur donner quelques leçons de latin et de théologie ; désormais ils trouveront au séminaire de Caen et à celui de Bayeux un enseignement digne de leur vocation. Une fois promus au sacerdoce , ils passeront au séminaire de la Délivrande pour y faire l'apprentissage du ministère pastoral, en attendant qu'ils soient jugés dignes de l'exercer. Tel fut, en effet, le caractère spécial que la maison fondée par Gilles Buhot eut dès l'origine , et qu'elle conserva jusqu'à la fin: nous en trouverons là preuve dans la suite de cette histoire. Retraites Ces avantages n'étaient pas les seuls que dût procurer au clergé l'établissement des séminaires. Un prêtre qui veut conserver au milieu du monde le vé-

spirituellc*.

ritable esprit du sacerdoce, a besoin de s'arracher de temps en temps à ses travaux extérieurs, pour descendre dans sa conscience, entrer en compte avec lui-même, et méditer à son profit sur les vérités qu'il enseigne. Ces exercices, connus sous le nom de Retraite spirituelle , furent inaugurés au séminaire de Bayeux par le supérieur des Jésuites de Caen, en 1670. A partir de ce moment , ils devinrent d'un fréquent usage pour les prêtres et même pour les laïcs ; mais l'origine en est plus ancienne : elle se confond avec celle des missions diocésaines, dont le P. Eudes fut le véritable fondateur.

Nous voyons , en elïet , que les missions dirigées par le P. Eudes embrassaient deux sortes d'exercices. Il y avait d'abord la prière faite en commun, la répétition du catéchisme , des instructions familières sur les principales vérités de la foi , des cantiques destinés aies graver dans la mémoire, enfin, des sermons de morale propres à remuer les consciences ; c'est ce ijui se fait encore aujourd'hui. Mais, à côté de ces exercices généraux, auxquels on admettait toute sorte de personnes, il y avait, deux fois chaque semaine, des conférences, auxquelles les ecclésiastiques seuls devaient assister. On y traitait de l'excellence du sacerdoce, des vertus qu'il exige; on y traçait des règles de conduite pour l'administration du sacrement de pénitence. Les Retraites spirituelles, instituées solennellement par Mgr de Nesmond, n'ont jamais eu d'autre caractère.

Le P. Eudes avait commencé ses missions dans le diocèse de Bayeux dès l'an 1634-, sur la demande de

Mgr d'Angennes , et elles continuèrent avec un prodigieux succès jusqu'à l'épiscopat de MgrMolé. Interrompues par son ordre, lorsque le P. Eudes encourut sa disgrâce, elles furent reprises à l'avènement de Mgr Servien. Mgr de Nesmond, afin de les multiplier, y employa concurremment les prêtres séculiers et les congrégations religieuses, et il obtint, en 4678, que le pape Innocent XI encourageât par un bref les travaux des missionnaires.

Voici dans quels termes un bourgeois de Caen appréciait, au commencement du xvme siècle, le résultat de leurs prédications.

On lit dans son journal , publié par M. Georges Mancel :

« Décembre 4706.

« Les missionnaires Eudistes et autres prêtres qu'on fit venir de Paris et autres lieux au nombre de vingt à vingt-cinq, ont commencé une mission dans l'église Saint-Pierre , qui a continué jusqu'au 9 de janvier 4707, et a fait beaucoup de bien dans la ville, tant pour les conversions, restitutions, que réconciliations. 11 y avait de très-habiles prédicateurs. On a fait des retraites pour les dames, pour les prêtres et pour les messieurs , tant officiers , qu'autres , ce qui a beaucoup édifié tout le monde. Mgr de Nesmond, évêque de Bayeux, en a fait la clôture par une procession générale qui a parti de l'église Saint-Pierre avec le Saint-Sacrement, et est allée sur la place Royale à un autel qui était dressé contre la porte du séminaire, où l'on donna la bénédiction; il y avait la plus grande assemblée qu'on puisse s'imaginer. »

Le jour où le P. Eudes, sans autre inspiration que le désir d'être utile à ses confrères, leur traça le plan des retraites sacerdotales, il ouvrit sur le diocèse une source de bénédictions qui ne tardèrent pas à produire des fruits de salut ; la même remarque est applicable aux réunions périodiques appelées aujourd'hui Conférences.

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