XII. - Les Actes du martyre de SAINT FLOXEL
Traduits (tun M.$. de la Bibliothèqw nationale, fonds Saint - Martin.
(Sous la rubrique da 17 septambre.)
Transmettons à la postérité le récit des combats du jeune et bienheureux Floxel, qui eut la gloire de subir le martyre pour la foi de Jésus-Christ, au temps, ou plutôt. en présence des césars Antonin et Maiimien, sous la présidence du préfet Valérien. Ceux qui aiment à contempler les merveilles que Dieu opère en ses saints, se réjouiront en contemplant celles-ci ; ceux qui les entendront raconter d'un bout du monde à l'autre, en seront affermis dans ta
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foi et pénétrés d'un plus grand sentiment d'adoration envers le Dieu trois fois saint.
Si Tantique ennemi ne manqua jamais de suppôts dans sa haine contre la sainte religion du Christ, ni ses suppôts de fidèles satellites, prêts à seconder leurs efforts pour l'abolir, Yalérien fut du nombre. Saint Georges avait détruit les idoles d'Apollon, de Diane, d'Hercule, de Neptune et de Minerve, qu'Ântonin et sa cour adoraient; il les rétablit et leur institua un culte incessant de jour et de nuit avec des sacrifices perpétuels. Antonin chargea même trente^ trois éphèbes, des plus nobles familles, d'y vaquer, avec ordre de rompre toutes relations avec les adorateurs du divin Crucifié ; Floxel en faisait partie. Loin d'accepter une pareille mission, il convoqua l'assemblée des chrétiens, ministres et fidèles, et leur dit : Frères, le moment est venu de nous armer de courage, soyons les champions de la foi, fermes devant l'ennemi, jusqu'au martyre. Vous savez qui a dit : N'ayez pas peur de ceux qui tuent les corps, sang pouvoir tuer les flmes; craignez plutôt Celui qui peut ploi^er le corps et l'flme dans l'enfer. Quiconque me proclamera devant les hommes, je le proclamerai devant mon Père céleste. Et le Sauveur, qui nous a fait ces promesses , ne s'est pas contenté de supporter des injures innombrables, il a subi pour nous l'ignominie, les opprobres et la mort de la croix. Puis. bientôt, victorieux de la mort, il est ressuscité afin de nous affranchir aussi de son empire, et monté aux cieux, d'où nous étions exclus, pour nous en ouvrir les portes. Ne craignons donc rien, marchons hardiment et adorons le Père-Eternel, qui est aux cieux, Jésus-Christ, son fils unique, sauveur du monde, qui a versé son sang pour nous, et le Saint-Esprit, notre avocat, qui procède de l'un et de l'autre, et forme avec eux une môme divinité en trois personnes égales. Adorons Celui qui est seul l'Eternel, Trinité dans l'Unité d'une même substance infinie et dont le règne n'aura pas de fin.
Floxel proclamant hautement cette même foi et les dogmes qui l'accompagnent devant ses compagnons, Tun d'eux, nommé Camarinus, alla le dénoncer à l'empereur: Vivez éternellement, prince magnanime, lui dk-il, je vous préviens que l'un de vos serviteurs, du nombre des trente-trois, veut nous enrôler tous dans l'Eglise du Crucifié. — L'un des trente-trois, reprit Valérien, qui avait la charge d'exterminer les chrétiens, quel est donc celui-là? — C'est Floxel, dit Camarinus, et vous pouvez facilement le savoir : vous n'avez qu'à envoyer un émissaire aux réunions des chrétiens, il verra quelle ardeur Floxel déploie en faveur de cette cause. — Floxel, celui qui nous est cher entre tous I soupira Valérien.
Il se le fit amener au prétoire. — Est-il vrai, cher et perfide eirfant, lui dit-il, que vous êtes disciple du Crucifié, que vous fanatisez votre Eglise et que vous parlez conAre nos dieux visibles ? que prétendez-vous donc, en vous levant contre nous 7
Artisan d'injustices et de aiaux:, docteur invétéré d'iniquités, lui répondit Floxel , si vous youlez entrer dans la maison de Dieu^ ne persécutez pas l'Eglise de Jésus-Christ '*\ — Et vous, répliqua le président, si vous ne voulez pas être chfltié, n'allez pas dans vos églises adorer Celui que ?u>s Juifs ont crucifié ;
(t) Ceci Ta rarfaitement à l'adresse d*UD Juif» qui récitait le psaume Lœîaitu tum in kU quv dicta ntni mlhi : in domum Domini ibimus. Les ancêtres de Valérien adoraient aussi Baal Astarté et Maicolm, sans renoncer an Seigneur. '
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car, à leur exemple, je tous lÎTrerais aux supplices, et vous verriez^ ee que valent vos crimiaelies entreprises. — Je ne vous crains pas, répondit FIomI , vos menaces ne m'intimident pas; il me confient d'aller à Téglise. Je craiiis Dieu seul ^'^ ; le Seigneur, Celui qui est plus fort que vous, et qui vous ferait chrétien vous-même, s'il le voulait. — Je suis à vos yeux im homme détestable, rempli de fureur, dit le président? — Oui, détestable, puisque vous répudiez le Christ et l'Eglise, et que vous immolez des victimes aux démoos, répondit Floxel. — Qu'on le suspende au chevalet, s'écria Yalérien avec colère.
UUiand il.y fut, l'exécuteur avertit le juge que le jeune patient n'était pas seulement un des grands de l'empire, mais le prince de la province. Valériea le fit aussitôt détacher. Est-ce donc vrai^ lui demanda-tril, ce qui est porté au rôle des dignités ? — Ma noblesse et ma dignité, répondit Floxel, sont d'être X^hrétien : J'appartiens à Jésus-Christ, qui m'a conquis la gloire et la liberté, lequel forme avec le Père et le Saint-Esprit un seul Dieu en une triple Majesté. Votre gloire à vous» c'est le pouvoir qui vous est donné pour la honte et le malheur du monde. — Je le jure par mes dieux du premier ordre et par vos supplices, s'écria Yalérien, si vous n'honorez pas Apollon, qui règle toutes les choses de ce monde, je flétrirai vos titres et vos lauriers. — Elle est grande, en effet, la puissance de vos dieux, aveugles, sourds et muets, répliqua vivement Floxel ; ils ont des yeux et ne voient pas ; des pieds, et ne marchent pas ; des oreilles, et n'entendent pas; une bouche, et ne parlent pas. Puissiez^vous devenir semblable à ceux que vous adorez. Et il vous arrivera pis, si vous ne devenez l'adorateur du Dieu crucifié, et le contempteur de votre séquelle de démons. — Qu'on le flagelle sans merci, s'écria Yalérien, dans un nouvel accès de colère ; puis , après une pause , vous êtes bien présomptueux de me parler avec une telle insolence I — Oui , je suis présomptueux, dit Floxel; le Christ est mon appui, ma force; puis, après une pause à son tour, il ajouta : Ecoutez : je veux bien discuter avec vous, mais pas de colère, s'il vous platt, autrement je cesserai de vous répondre, et vous vous tiendrez pour offensé davantage. J'ai beaucoup de choses à vous dire. — Je ne vous défends pas déparier, dit le président, mais trêve à l'orgueil, répondez avec l'humilité dont la religion chrétienne vous fait un devoir. Ce sont sans doute les grandes richesses que votre famille possède en son pays des Gaules , qui vous rendent si sottement hautain. — Non, ce n'est pas le sentiment de l'orgueil qui inspire les justes, répondit le saint martyr, et les chrétiens le sont, mais ils parlent avec douceur ou avec fermeté, selon les circonstances. Le Christ, leur maître, leur apprend à ne pas craindre ceux qui tuent les corps et sont sans pouvoir sur les Ames ; mais Celui-là seul qui peut plonger le corps et l'Ame en enfer. — J'ai supporté vos observations, dit le président avec un calme apparent^ à cause de votre rang si élevé et pour l'amour de César, dont vous possédiez l'affection ; mais je ne dois pas tolérer l'injure que vous faites aux dieux, surtout après l'ordonnance de nos empereurs relative aux chrétiens; ou sacrifier, pu être jetés aux flammes. — Insensé, répondit Floxel, deux fois insensé, vous voulez que nous abjurions Jésus-4^hrist, fils du Dieu vivant. Dieu lui-même, quoique crucifié, le Seigneur, qui a étendu les cieux et affermi
(1) C'est, quatorze siècles à Tavance, le beau vers de Racine ,
Je crains Dieu , cher Abner, et n'ai point d'antre oraînte.
la terre, pour adorer des pierres et des morceaux de bois 1 Mais, persécuteur détestable et réprouTé, ce serait un acte aussi stupide que condamnable, convenez-en donc. — Outré de colère, le préfet s'écria : Qu'on le torture affreusement, et ajouta : Vous vous souviendrez de ce qu'il en coûte pour parler avec insolence , et braver un préfet. — Cependant, le bienheureux martyr disait avec le ravissement du bonheur : Ces supplices sont mon honneur; glorîflèz-moi , vous qui y assistez. — Qu'on le suspende! s'écria Valérieui de plus en plus irrité, et faites-le souffrir comme il le mérite. — Encore plusl disait Floxel. Tout sera inutile, pauvre insensé. Le Dieu auquel je crois, est ma force; il me donnera plus de constance, que vous n'aurez de persévérance, et je vous vaincrai , vous et votre père, qui s'appelle Satan, et qui vous suscite contre les serviteurs de Dieu. — A la bouche 1 cria Valérien, et qu'il ne puisse plus nous adresser d'injures ni à nos empereurs. — Le martyr de Dieu n'en continuait pas moins son discours : mon courage se fortifie, disait'il. Je crois au Dieu crucifié. Je vous adjure, vous, par ceux que vous adorez, de dire comment ils ont formé le ciel, la terre, les mers et tout ce qui y est compris. — Vous osez soutenir, lui cria le président, que ce n'est pas Apollon ^*^ qui en est l'auteur? — Je le soutiens, dit Floxel. Insensés, cœurs fermés à la foi, adorateurs de pierres et de morceaux de bois, répondez, que faut-il adorer, du Dieu invisible, qui a tout créé, ou d'une idole visible, sourde, muette, faite de la main d'un homme visible, mortel 7
Voyant l'inutilité des supplices, Valérien essaya de gagner le saint martyr par la persuasion. Ecoutez, lui dit-il, mon bien-aimé Floxel, nos empereurs ont signé un décret, et le voici, portant que les chrétiens cesseront d'invoquer le Crucifié et adoreront les dieux de l'empire. Si vous vous y soumettez, ils vous vêtiront de pourpre, orneront votre tête d'une couronne et vous donneront le premier rang après eux. — Floxel lui répondit avec le même calme : L'adoration de vos dieux est la perte des Ames. Les couronnes de ce monde, l'or, la pourpre et les honneurs aveuglent les sages et pervertissent la pensée des justes, ainsi que nous l'apprend l'Ecriture ^*K Les tourments momentanés que vous avez le pouvoir d'infliger aux chrétiens, leur méritent un bonheur sans fin; tandis que ceux qui, au mépris de leur Créateur, s'humilient devant de vaines idoles, en vue des honneurs périssables de ce monde, se préparent des tourments sans fin. ^ Vous croiriez-vous, lui dit le président , un second Georges^ capable de briser comme lui des idoles, et de surmonter les charmes et les maléfices d'un autre Athanase, vous qui parlez avec tant d'assurance de la destruction générale de l'idolAtrie? — J'affirme que Dieu seul est adorable, répondit Floxel. Le nom de saint Georges, que vous me citez, est une preuve contre vous. Il n'a pas fléchi devant le persécuteur Dacien, bien loin de là, et il en est arrivé qu'un grand nombre d'infidèles ont répudié les faux dieux , reçu le baptême et sont devenus chrétiens. Convenez qu'il n'a eu qu'à souffler sur vos artifices et sur vos dieux pour tout disperser, comme un souffle de vent disperse de la laine, de la neige ou de la cendre. — Qu'on le suspende et qu'on le torture avec véhémence, s'écria Valérien , dans un nouvel accès de colère. — Ohl la douce réfection, disait le saint martyr I — J'espère
(1) Les Jaifo cabalistes enseignaient qne Dieu avait créé Tunivers et le gouvernait par Tintermediaire de Fange Apollîon.
(2) Une citation de l'Ecriture ne pouvait manquer d'à-propos devant on Juif.
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pourtant vaincre votre obstination à force de toarments , reprenait Valérien» — Quand je souffre, répondait le patient, c'est alors que je suis fort, parce que j'ai avec moi Celui qui est ma force, le Christ Jésus, mon soutien, mon Dieu, mon Seigneur, plus puissant que vos dieux et que tout Tempire du mal. — Insensé à votre tour, dit Yalérien, si je vous livrais au feu, comme vous le méritez, je voudrais bien voir si Celui que vous invoquez, vous délivrerait. Pour moi, je rougirais, si je mettais ma confiance en un homme crucifié. — Et moi de même, dit Floxel, si j'avais peur de vous, et par suite, ceux qui aiment le Christ, rougiraient de moi. Mais, un mot de réponse à ce que vous venez de dire : Oui, j'espère que le Christ viendrait à mon aide, si vous me jetiez au feu. Toutes choses tournent à l'avantage de ceux qui aiment Dieu, — Oh I je vois que vous êtes un magicien , dit le président. — Les magiciens sont de votre côté, dit Floxel, et du côté de vos dieux ; nous en aurons raison ; pour nous, nous nous appelons CHRÉTIENS.
Emu et à bout de raisons, le président donna l'ordre d'emmener Floxel et de l'enfermer dans l'étable du lion, espérant que tout allait être terminé. Quand la grille fut refermée, Floxel leva les yeux au ciel et dit avec larmes : Mon Dieu, aidez-moi; vous êtes le Tout-Puissant. Aussitôt le lion expira. Demeuré seul, en pareil lieu et sans aucun secours humain, Floxel reçut la visite de Dieu, sept flambeaux, répandant une splendide lumière avec un parfum merveilleux d'encens et d'aromates, s'allumèrent et éclairèrent une table couverte de mets.
Le bruit s'en répandit aussitôt dans la ville. Un homme qui avait un* fils âgé de douze ans , aveugle , sourd et muet , comprit que c'était le moment de la grâce ; il courut à la prison et, se plaçant devant la grille, il cria avec larmes : Floxel, serviteur du Christ, je vous en supplie, saint Floxel, priez pour cet enfant. Floxel répondit : Croyez au Dieu des chrétiens , votre fils sera guéri. — Oui, Seigneur, dit le père, je crois au Crucifié , fils de Dieu , créateur du ciel et de la terre. L'enfant fut guéri au même instant.
Le président ne tarda pas à envoyer ses appariteurs ; mais ils furent ébahis à l'aspect de cette lumière éclatante, à la vue de Floxel et du lion mort à ses pieds. Quand ils en rendirent compte au président, il s'écria : 0 Floxel, tu es un puissant magicien 1 Qu'on prépare, ajôuta-t-il, un grand bûcher hors de la ville. Le reste du jour se passa à recueillir le bois nécessaire et & le disposer.
Le lendemain, dès le mâtin, on l'alluma. Pendant le trajet, le bienheureux Floxel, conduit par les serviteurs du président , priait ainsi en lui-même: Seigneur, conservez-moi pour un autre genre de martyre, et faites que je sorte de ce feu sain et sauf, afin que ceux qui croient en vous, soient affermis dans leur foi, en voyant mon chétif corps sortir vivant du milieu des flammes, et convoquent la population entière du Cotentin à passer, sous votre égide, des ténèbres à la lumière. Je vous demande aussi que mon corps soit conservé pour la patrie, le pays bien-aimé du Cotentin, après qu'il aura cessé de vivre. Une voix céleste lui répondit : Ne crains rien , Floxel , je suis avec toi ; sois courageux.
Quand il approcha du bûcher, un ange apparut à ses côtés* Lorsqu'il fut
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arrivé au bord, les serviteurs du président l'y poussèrent; mais une pluie torrentielle et subite éteignit le feu, et l'ange retira le martyr sain et sauf.
Pouvait-il être consumé par le feu matériel du dehors, celui-là qui brûlait intérieurement du feu du Saint-Esprit, qui est une flamme victorieuse ?
Stupéfaits d'un pareil événement, les serviteurs le reconduisirent en prison, en se rappelant qu'il avait dit au tribunal du préfet , que le feu dont on le menaçait, ne le consumerait pas, et allèrent lui rendre compte. Qu'on le ramène au prétoire, dit celui-ci. Quand il fut venu, le préfet dit aux assistants : N'allez pas considérer cette pluie comme une victoire remportée sur nous , c'est aujourd'hui le dix-huitième jour de la lune , qui est toujours pluvieux ; elle devait tomber. — Et moi je sais, répondit Floxel, que c'est Dieu qui me vient en aide. Je le proclame, et j'affirme que s'il est tombé un torrent de pluie, ce n'est pas à cause du dix-huitième jour de la lune^ mais à cause de moi. — Qu'on lui enfonce des clous dans les mains et dans la langue, dit le président, en grinçant des dents ; du moins, il ne pourra plus parler contre nous et contre nos empereurs. — Saint Floxel ajouta : Soyez béni, mon Dieu, qui daignez couronner vos moindres serviteurs.
Il fut donc emmené hors de la ville, et un magicien lui enfonça des clous dans les mains et dans la langue. L'opération terminée, le saint martyr rendit grâces à Dieu, en disant à haute voix : Ma bouche ne saurait exprimer mon bonheur, mon cœur tressaille d'allégresse. Et il dicta le récit de ces événements à un notaire, qui les écrivit sur une charte avec le sang qui coulait des blessures. Puis , adressant la parole aux assistants , il les exhortait et disait : Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu; bienheureux ceux qui sont animés d'une véritable charité ; bienheureux les miséricordieux, parce qu'il leur sera fait miséricorde; bienheureux ceux qui renoncent aux biens du monde, parce qu'ils recevront au centuple dans le royaume de Dieu ; bienheureux ceux qui proclament leur croyance en Dieu , parce que le Fils les proclamera dans son royaume en présence du Père.
Pendant que Floxel chantait ce cantique, Yalérien en fut averti. Il manda le magicien et lui dit : Vous causez mon désespoir, en^ me trahissant. Vous n'avez pas bien percé la langue du séducteur ; il continue de parler au peuple et de l'endoctriner. —7 Je vous le jure par la puissance des dieux, répondit celui-ci ; vous pouvez m'en croire : Je lui ai enfoncé plus de clous dans la langue, qu'il n'en ait jamais été enfoncé à un autre chrétien. Qu'on me donne un animal, je vais recommencer, et vous allez voir s'il survit. On lui amena un taureau, et l'opération faite, le taureau tomba et expira. Valérien renvoya le magicien et dit : Qu'on m'amène Floxel d'office.
Lorsqu'il fut constitué en présence du président , celui-ci lui dit : Jusqu'à quand faudra-t-il, Floxel, que je vous livre aux supplices ? Je vous adjure encore une fois de m'en croire et d'accepter le conseil qui peut vous faire trouver grâce : Sacrifiez aux dieux. Si vous ne le faites pas, vous serez livré, sachez-le bien, aux plus terribles tourments. — J'admire, lui répondit Floxel, la persévérance de votre espoir dans la vertu des sévices et de la cruauté. Vous êtes vaincu par l'évidence des miracles, mais vous ne voulez pas vous rendre. Faites donc votre profession de foi en Jésus-Christ. Est-il constaté pour vous que je ne suis pas insensé ? Comment voulez-vous que j'abandonne mon Dieu, qui m'affranchit de vos tourments, et que j'offre de l'encens aux démons? Non, j'invoque Jésus crucifié, fils unique de Dieu, qui me conserve
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Tusage de ma langue ; tous Yoyez que tous les clous dont vous l'ayez percée» ne sauraient la faire taire. — Vous êtes un détestable jeune homme, dit le président : Vous attribuez à de prétendues grâces de votre Dieu, ce qui est TeffeC des maléfices. Je sais bien quel est le grand Dieu qui vous donne une autre langue ; mais sachez, vous aussi, que par votre conduite insensée vous vous préparez de plus grands tourments. — 0 homme endurci dans le mal, lui répondit Floxel, insensé I il vous arrivera à vous-même bien pis que ce dont vous me menacez. J'ai de mon côté le secours du Christ, et je vous craindrais I Je vous Taffirme par le Sauveur des chrétiens, vous ne me contraindrez jamais à offrir des sacrifices aux idoles des démons ; tel est mon dernier mot, gardez- le bien. — Le Sauveur des chrétiens, demanda Yalérien, qu'est celui-là ? — C'est Celui, répondit victorieusement Floxel , qui est l'espoir de ceux qui n'ont plus d'espoir, la joie des affligés, le soutien de ceux qui n'ont plus de soutien ; le refuge des véritables chrétiens : le Christ, vraie lumière^ qui apparaît toujours à ceux qui l'invoquent. Tel est le Sauveur des chrétiens. — Vos discours ne vous sauveront de rien, dit le président, sacrifiez enfin, et par pitié pour vous-même épargnez-vous les maux qui vous attendent. Adorez nos dieux, vous retrouverez la gloire. Mais, dites-moi, Floxel, est-ce que les supplices que je vous inflige ne vous fatiguent pas ? — Nullement, répondit le martyr, moyennant le secours du Christ. Du Christ qui vous vaincra, qui vous vaincra bientôt; car, sachez-le, le temps présent et le règne présent touchent à leur fin ^*^
Vaincu enfin par tant de constance, Yalérien fit un rapport à l'empereur de ce qui s'était passé. Ântonin appela Floxel à son tribunal. Pendant qu'on l'y conduisait, le saint martyr priait ainsi à voix basse : Merci, mon Seigneur, qui me fortifiez. Seigneur, vous êtes vous-même la patrie dont je touche le riyage.
Car il voyait enfin sa couronne.
Une voix descendit du ciel et dit : Demandez ce que vous désirez : Seigneur, répondit-il, je demande qu'après mon martyre, vous ne laissiez pas longtemps mon corps en cette terre étrangère ; ensuite , que vous exauciez sans retard ceux qui invoqueront mon nom avec justice dans la tribulation. — Il sera fait ainsi, lui fut-il répondu; demandez encore. — Le saint ajouta : Seigneur, faites que les témoins de mon martyre et ceux qui l'entendront raconter en votre saint nom, se convertissent. La voix divine répondit : il sera fait selon votre demande.
Après son interrogatoire , Antonin ordonna que les chrétiens qui se trouvaient dans le palais, le quittassent et que la milice que Floxel avait déshonorée, fût dissoute. Quant au bienheureux martyr, il le fit dépouiller des vêtements qu'il portait , revêtir d'une tunique de lin et le livra aux licteurs, qui l'emmenèrent hors le palais et le mirent à mort sur la place publique le XV des calendes d'octobre.
Pendant que les chrétiens s'affligeaient au spectacle de son supplice, les
(1) Ceci se passait le 17 septembre 303. Dioclétien et Maximien se démirent de Fempire 1» 1» mai 805; mais depuis plos d'an an déjà, Dioclétien était tombé en état de démenée.
légions joyeuses des anges ravissaient du milieu d'eux son Ame sainte et l'emportaient au ciel , pour y receyoir la couronne du martyre. Â cette même heure, une grande multitude de spectateurs , parmi lesquels il y avait des satellites de l'empereur, des compagnons du saint et de ses parents, se con* vertissaient à la foi de Jésus*Christ. Ils reçurent Teau du baptême au nom des trois personnes divines, en bénissant le martyr du Christ et en disant : Il est bienheureux d'avoir dédaigné le service de l'empereur et ses récompenses.
Les chrétiens recueillirent le corps, et lui donnèrent très -dévotement la sépulture en un lieu secret, qu'ils décorèrent convenablement.
Il reposait en ce môme lieu depuis plus de quatre mois déjà, lorsque des nautoniers de la province du samt martyr, divinement avertis, allèrent le ravir. Ils l'enveloppèrent dans un suaire de grand prix , le déposèrent dans leur navire, tendirent les voiles , allumèrent des cierges alentour, et après trois jours de navigation sur la pleine mer, ils arrivèrent au rivage du pays qui s'appelle le Cotentin. Et, le lendemain, qui était le troisième jour avant les calendes de mars, tous les évêques de la province, réunis à cette fin, lui donnèrent la sépulture au chant des psaumes et environnés d'une multitude animée de la plus sainte allégresse. Le corps du martyr exhalait une suave odeur d'aromates. Le petit coin de pays s'appelle Christorma^ et le village porte dans le lieu le nom de Duurix-Duuronna.
Depuis que le saint corps a été déposé là avec les honneurs que nous venons de rapporter, on ne saurait dire le nombre et la grandeur des merveilles qui s'y accomplissent et des grâces qui y sont obtenues. Les aveugles recouvrent la vue; les sourds, l'entendement; les boiteux, la souplesse; les possédés , la délivrance ; les infirmes et les malades , la force et la santé ; toutes les prières et les justes demandes y sont exaucées. Les navigateurs en péril n'invoquent jamais en vain le nom de saint Floxel ; il en est de même dans tous les dangers et dans toutes les tribulations. Les époux obtiennent toujours la bénédiction qu'ils réclament en faveur de leur mariage.
Ainsi le veut Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
Notes.
1° Le P. C. Suysken, des BoUandistes, a parlé de saint Floxel (voy. sub. 17 septemb.) d'une manière peu pertinente, faute de connaître ces beaux actes.
2^ L'Eglise de Bayeux a eu tort de partager en deux cet unique saint Floxel, pour en avoir un ; il lui appartient par le baptême. La chrétienté de Duurix Duuronna ressortissait à Bayeux, puisque le diocèse de Coutances n'était pas fondé.
Mais l'Eglise de Coutances, qui en a hérité, ne peut s'y désintéresser. (Voy, Mém. de M. l'abbé Noget dans VArmimre des Congrès scienti figues, année 1860, p. 90.)
3® Le lieu du martyre doit être cherché sur les rivages de la Biscaye ou de l'Espagne : c'est là que s'accomplit la grande immolation des
années 302 et 303. Nous avons eu tort de dire Autun dans notre Histoire des Eviques.
4® Dans ces Actes, la première mention de la destruction de FidolAtrie par saint Georges, se rapporte certainement à l'illustre évéque de Vienne : Makfieia queB sanetus Georgius qttondam destruxerat. Les rédacteurs du bréviaire de la collégiale de Beaune, imprimé en 1547, l'ont compris de même : Idolorum cultura a temporibus beati Georgii pêne dekia jum cestaverai. La seconde mention, dans laquelle on voit saint Georges aux prises avec le magicien Âthanase , ne peut se rapporter, dans Tétat actuel et imparfait des connaissances hagiographiques sur ce point , qu'à saint Georges de Cappadoce. Hais les actes du martyre de saint Georges de Cappadoce ayant été classés au nombre des écritures apocryphes par le pape Gélase, au concile de Rome de l'an 494, nous n'avons pas osé y prendre un renseignement. A tort, peut-être, car il n'est pas prouvé que le pape ait eu en vue ceux qui nous restent; mais, en attendant éclaircissement, il faut les tenir pour suspects. (Voy. t. I, p. 25 et suiv.)
On trouve le même Yalérien présidant au jugement des douze frères martyrs, à Bénévent ; puis à Potenza, le 28 août de la même année ; ce n'est donc pas un personnage inconnu.