CHAPITRE XXVIII. STATISTIQUE ET RESUME
L'évéque catholique du district de Londres, sous la juridiction duquel elles furent placées, était un vicaire apostolique, et à ce titre ses droits, simplement délégués, ne privaient pas l'ordinaire.
Mais elles n'ont pas été comprises dans la circonscription du nouveau diocèse de Coutances créé par le concordat de 1 801 .
Sur ce nombre de paroisses, Tévêque avait vingt-sept nominations ; les maisons religieuses, deux cent cinq présentations, dont dix alternatives ; le chapitre en avait vingt-sept, dont trois alternatives ; Thôtel-Dieu en avait quatre, dont une alternative. Le roi présentait à quinze cures, dont deux étaient alternatives, et la Sainte-Chapelle à cinq. Les cures de Lithaire, de Gréville etd'Aubigny lui avaient été données, en 1320, par le pape Jean XXII, sauf le consentement du roi de France. Philippe-Auguste ratifia la donation, en 1322, et. y ajouta la seigneurie temporelle des mêmes lieux, plus la seigneurie et les églises de Picauville et de Carquebut, avec de fort beaux domaines à Picauville, à Anneville et aux Bohons. Ces biens, ainsi que les quinze autres paroisses dont il s'était réservé la seigneurie, provenaient des confiscations prononcées contre les seigneurs qui optèrent pour l'Angleterre après la réduction de la Normandie.
Les autres paroisses étaient demeurées en mains laïques. Le droit des gradués primait tout autre droit dans les mois qui leur étaient dévolus ; mais les gradués étaient difficiles, et l'évéque ne pouvait l'être, n'ayant pas le choix
des sujets.
Le diocèse comptait huit abbayes d'hommes, Cherbourg, Montebourg, Saint-Sauveur-le-Vicomte, Blanche-Lande, Lessay, Saint-Lo, Hambye, Saint- Sever. Il était temps que toutes disparussent ; il était tard pour plusieurs, car leur maturité tournait à la pourriture. Il ne restait en évidence que des abbés, jouissant de beaux revenus qui n'avaient pas été créés pour eux , et de belles abbatiales , pareilles à des palais, bâties par eux , qu'ils n'habitaient même plus, et qui insultaient par le luxe de leur construction à la pauvreté monastique , à la simplicité des pauvres vieux cloîtres, relégués, comme des basse-cours, à l'arrière-plan, et à la pauvreté des campagnes environnantes. Les intentions des donateurs, qui avaient eu
400 inSTOIRB DU DIOCiSB DE C0UTÀNCE8 ET AVRARGHES.
en vue la prière pour les morts et pour les vivants , Faumône envers les pauvres, Tévangélisation des populations, n'étaient plus remplies. Les moines étaient partis, ce qu'il en restait, ne valait pas grand'chose ; les richesses et les abbés, plus ou moins ecclésiastiques, mais ayant tous besoin de faire grande figure, restaient seuls.
L'abbaye de Cherbourg, dite Notre-Dame-du-Vœu, occupée depuis l'évoque Algare par des chanoines de l'ordre de Saint-Augustin et qui avait subi deux ou trois réformes dans l'intervalle, avait été mise en commende l'an 1587 en faveur de Lancelot de Matignon, qui n'était ni religieux, ni chanoine d'aucun ordre, et qui la tenait déjà par résignation de Guillaume le FillAtre, curé du Theil, mais non religieux, qui la tenait lui-même, au même titre, de Léobin le FillAtre, son oncle, chanoine et élu par ses confrères ; le dernier, par conséquent, des abbés réguliers.
On voit quels progrès faisait la décadence ; le gouvernement mettant d'une manière successive les maisons religieuses en commende, cueillait les fruits à mesure qu'ils mûrissaient ; mais l'état de commende précipitait encore la décadence.
Le troisième commendataire, Henri-Guillaume le Jay, évéque de Cahors» laissa tout se perdre ou tomber en ruines, les édifices, les propriétés, les rentes et les revenus^ la discipline monastique. Son neveu et successeur, Alexandre-Guillaume le Jay, aumônier du roi, essaya de réparer le désordre. Il refit les édifices , il reconstitua les propriétés et les rentes , rétablit la comptabilité, fit venir six chanoines de la collégiale de Bourg-Achard, pour rétablir aussi la discipline ; mais il parait qu'il était déjà trop tard, Alexandre- Guillaume le Jay mourut en 4704.
En 1773 les habitants de Cherbourg présentaient une requête au roi, pour être envoyés en possession des bAtiments de l'abbaye, afin de les approprier à usage d'hospice. Il y avait encore dix chanoines. En 4774, intervint un arrêt du conseil du roi, qui attribua à l'Etat et non à la ville les susdits bâtiments. On régla pour chacun des dix chanoines une petite pension viagère, représentant la part^des revenus monastiques auxquels^ils avaient droite et on les congédia.