‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 31 sur 141 · Décembre · texte numérisé non relu

Décembre

haut de la tribune , ils' faisaient sans cesse retentir des dénonciations contre le royalisme et la contre-révolution.

Le conseil des Cinq-Cents n'avait pas à résoudre les questions de gouvernement, hormis en matière de finances. Quelques discussions assez vives furent néanmoins terminées par des votes qui montraient quelle était encore l'opinion prépondérante.

Le Directoire avait envoyé dans quelques départements des commissaires dont les pouvoirs mal définis leur donnaient quelque ressemblance avec les représentants en mission de funeste mémoire ; d'autant plus qu'il avait choisi plusieurs conventionnels non réélus. Fréron était le délégué chargé de rétablir le calme à Marseille. Cette malheureuse ville était ainsi destinée à Tal* temative des réactions sanglantes. Livrée aux désordres et aux massacres même avant le 10 août et la République, elle avait vu le sang couler aussi pendant la courte durée de la domination fédéraliste ; puis Fréron y était venu avec Barras et elle avait subi les mêmes horreurs que Lyon et Toulon. Après le 9 thermidor, la réaction y avait commis le massacre du fort Saint-Jean. Maintenant, Marseille était menacée par d'autres vengeances et d'autres fureurs. Elles furent racontées sans exagération au conseil des Cinq-Cents par M. Siméon , un des nouveaux députés.

C'était une triste occasion de récriminations , et elles ne furent pas épargnées. On revint sur tout le passé. Isnard et Cadroi furent accusés, non pas seulement de faiblesse, mais de complicité avec les égorgeurs réactionnaires. Cette discussion se renouvela plus d'une fois. La mission de Fréron se prolongea longtemps, même après que le Directoire eut promis son rappel.

11 y était depuis plus de trois mois, lorsque enfin le conseil des Cinq-Cents, après avoir écouté avec impartialité le détail des faits apportés à la tribune par Isnard et Jourdan , député du nouveau tiers , nomma une commission pour prendre connaissance de la situation des départements du midi. La séance avait été digne des jours orageux de la Convention : il avait fallu séparer Jourdan et Talot pour les empêcher d'en venir aux voies de fait.

Lyon fut menacé d'être aussi le théâtre de meurtres commis pour venger les crimes de la compagnie de Jésus. On craignit un moment d'y être livré aux hommes de Collot-d'Herbois et de Couthon; mais le mal fut arrêté. Dans presque tous les autres départements, la volonté qu'avait eue le Directoire de replacer dans les emplois publics ceux qui les exerçaient avant le 9 thermidor, eut seulement pour résultat des vexations et un commencement de persécutions.

Il n'y avait donc pas lieu de s'étonner si l'opinion publique devenait de jour en jour plus hostile au gouvernement. L'amnistie avait ouvert les prisons aux hommes qui quelques mois auparavant étaient livrés à des poursuites juridiques intentées pour les crimes et méfaits commis pendant la Terreur, ou qui étaient prévenus de complicité avec les insurgés des journées de prairial. Ces hommes reparaissaient comme agents du Directoire ; c'était évidemment le moyen de raviver la réaction , d'alarmer et d'exaspérer les esprits par la menace du retour à un régime exécré.

Le danger que le parti révolutionnaire avait en perspective s'accroissait évidemment par cette mauvaise conduite du gouvernement. Les élections avaient montré combien la volonté publique était disposée à exclure

les conTentionnels de la législature, et les Jacobins des tribunaux ou de Tadministration. Quand allait venir le reDouvellement annuel, quand la majorité serait déplacée dans les conseils législatifs , que deviendrait la domination des fondateurs de la République? L'idée de ce prochain avenir, loin d'inspirer aux conventionnels du conseil des Cinq-Cents un esprit de sagesse et de conciliation , suscitait lear irritation. Us maudissaient les élections de Tan iv, au lieu de se concilier d'avance les suffrages des futurs électeurs de l'an v; ils taxaient de royalisme et de contre-révolution les élus du peuple qui siégeaient à côté d'eux.

Les conseils avaient ouvert leur session, élu le Directoire et voté des lois, avant qu'aucune vérification des pouvoirs eût été régulièrement faite. Plusieurs élections étaient contestées; plusieurs assemblées électorales avaient procédé irrégulièrement; quelques députés étaient, aux termes de la loi du 3 brumaire, exclus de toutes fonctions publiques.

Ce fut un grand sujet de débats. Cette loi du 3 brumaire fut vivement attaquée par le nouveau tiers, qui la dénonçait comme manifestement inconstitutionnelle. MM. Thibaudeau , Pontécoulant et les républicains modérés et libéraux la défendaient faiblement en la désavouant ; mais le parti jacobin , Tallien , Chénier, Louvet, Génissieux y voyaient le salut de la patrie. Ils repoussaient avec indignation la pensée que des parents d'émigrés pouvaient être représentants du peuple. Un député de la Drôme devint l'objet d'une discussion animée ' , qui se prolongea pendant plusieurs séances. Grâce au bruit dont il était l'occasion , le nom de Job

Page 1