‹ Histoire du directoire de la République Française (volume 3)Chapitre 89 sur 141 · ÉTAT INTÉRIEUR DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

ÉTAT INTÉRIEUR DE LA RÉPUBLIQUE

membre du conseil des Cinq-Cents, conventionnel et votant de la mort du roi, mais qui appartenait à l'opinion modérée et jouissait de Testime et de la confiance publique : ce choix fut universellement approuvé.

Une police active et sans complaisance pour la faction jacobine et anarchiste était d'autant plus nécessaire que laudace des partisans de Babeuf allait toujours s'accroissant. Depuis que le général Bonaparte avait fermé leurs clubs , ils tramaient évidemment quelque sinistre complot, quelque sanglante insurrection.

C'est ce que les conventionnels des conseils et la majorité des Directeurs ne pouvaient se dissimuler; mais leur crainte était de deux sortes : ils se voyaient menacés par les anarchistes qui ne dissimulaient point le projet de les exterminer; cependant, sévir contre ce parti qui tirait son origine de l'esprit révolutionnaire, ce serait réveiller une réaction, et bientôt après elle remonterait jusqu'à eux. De là résultait la continuelle affectation de ne jamais dénoncer ou maudire les anarchistes sans leur adjoindre les royalistes, comme s'ils conspiraient en commun et marchaient au même but : c'était le thème que développait chaque jour le journal la Sentinelle^ écrit par Louvet ; le Monifeur parlait de la double bannière des anarchistes ; lorsque les journaux modérés répliquaient à celte absurde calomnie , Tallien s'indignait à la tribune contre la petite faction des royalistes constitutionnels : — « Ils veulent un mouvement de prairial, disait-il , et seraient contents de renverser par ce moyen un gouvernement qui déplaît aux royalistes et aux anarchistes; bientôt ils tenteront de renouveler les scènes de vendémiaire. «

Barras, Rewbell et La Reveillère s'associaient à cette fiction , encore que leur police sût à quoi s'en tenir sur

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la prétendue complicité des modérés avec Babeuf; ils n'admettaient point la pensée de réprimer les uns sans frapper sur les autres.

Ainsi lorsque le Directoire engagea, par un message du 15 avril, le conseil des Cinq-Cents à proposer une loi contre les individus coupables de provocations dirigées contre la sûreté de rÉtat, il eut soin d'associer le rétablissement de la royauté avec le rétablissement de la constitution de 1 793, et le rapporteur de la commission qui rédigea le projet eut soin de répéter : « Nos deux ennemis infatigables , le royalisme et l'anarchie. »

La résolution du conseil des Cinq-Cents portait les dispositions suivantes :

« Sont coupables de crime contre la sûreté de la République et contre la sûreté individuelle des citoyens tous ceux qui, par leurs discours ou par leurs écrits, soit infiprimés, soit distribués, soit affichés, provoquent la dissolution de la représentation nationale , ou celle du Directoire exécutif, ou le meurtre de tous ou aucun des membres qui les composent, ou le rétablissement de la royauté, ou celui delà constitution de 1793, ou celui de la constitution de 1 79 1 , ou de tout gouvernement autre que celui établi par la constitution de Tan m acceptée par le peuple français , ou l'invasion des propriétés publiques, ou le pillage, ou le partage des propriétés particulières sous le nom de loi agraire, ou de toute autre manière. La peine de mort prononcée par Tart. 612 du code des délits et des peines sera commuée en celle de la déportation , si le jury déclare qu'il y a des circonstances atténuantes. »

Jusqu'alors la peine de mort appliquée à des délits vaguement définis, dont l'appréciation comporte l'ar-

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