‹ Histoire du directoire de la République française (volume 4)Chapitre 25 sur 110 · Mémoires de Carnot · texte numérisé non relu

Mémoires de Carnot

ne se méfiaient pas de l'opinion publique, non plus que de l'action du pouvoir législatif; le parti royaliste leur semblait peu dangereux; s'ils avaient des craintes, elles se rapportaient plutôt aux séditions jacobines encouragées par la protection de Barras et de Rewbell.

Lareveillère était placé de manière à faire pencher la balance du côté où il inclinerait ; son caractère et ses opinions devaient de jour en jour l'amener davantage vers ses deux collègues révolutionnaires.

Le choix des fonctionnaires et employés du nouveau gouvernement ne donna lieu à aucune discorde dans l'intérieur du Directoire. D'un commun accord, ils devaient être pris parmi les hommes qui avaient servi la République , qui s'étaient déclarés pour son avènement ou dévoués à sa défense. Les cinq directeurs avaient été élus précisément pour conserver à leur parti la domination et les emplois publics. D'ailleurs il ne se présentait point d'autres candidats. En ce temps-là, les traitements étaient modiques, et même à peu près nuls depuis que les assignats n'avaient plus de valeur; les places n'étaient recherchées ni pour le revenu qu'elles pouvaient donner ni par ambition personnelle ; chacun ne songeait à les occuper que pour assurer le triomphe de son opinion ou dans l'intérêt de son parti. Tous les hommes qui jouissaient de quelque considération s'étaient écartés depuis quatre ans de la Révolution ; ils s'étaient vus proscrits, détenus ou persécutés, et n'avaient rien de commun avec le gouvernement que le 13 vendémiaire avait installé ; ils se résignaient , mais ne croyaient pas à sa durée. Ce fut même d'abord une idée assez générale ; l'existence du Directoire paraissait précaire : à peine

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