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royalistes, mais surtout la haine et le mépris pour les révolutionnaires. En général, ils prenaient pour bannière la constitution et réclamaient les libertés et la justice qu'elle avait promises. Ils irritaient les républicains qui leur supposaient des projets et des relations secrètes avec les contre-révolutionnaires de l'émigration. Le Directoire les surveillait avec une méfiance exagérée.
Aucune question n'avait donc autant d'importance que la liberté de la presse. Les hommes politiques de ^ la Révolution le pensaient ainsi. Ils auraient voulu, et Siéyès plus qu'aucun autre , écarter ce danger. Aucun préjugé libéral ne les eût arrêtés; car ils savaient bien que, pour établir la République, ce n'était pas de liberté qu'il s'agissait. Mais ils étaient entourés d'un parti où les républicains honnêtes et sincères auraient cru apostasier, s'ils avaient touché à la liberté de la presse. Siéyès haussait les épaules : mais leurs illusions rendaient la discussion impossible. D'ailleurs l'esprit littéraire a toujours eu un rôle considérable dans le mouvement de la Révolution, et il ne voulait pas être enchaîné. Enfin les vrais Jacobins, les ennemis de tout gouvernement restaient convaincus que la licence des journaux était le grand moyen d'action pour anéantir toute autorité.
En ce moment, le danger n'était pas encore du côté' de la réaction et du royalisme. Quelle qu'eût été l'intention du Directoire en ménageant la portion infime des révolutionnaires, il tarda peu à avoir la preuve qu'ils étaient non pas ses auxiliaires , mais ses mortels ennemis.
11 n'y avait pas un mois que la nouvelle constitution
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était installée, lorsque les murs de Paris furent couverts de placards qui la dénonçaient au peuple comme un code de despotisme opposé aux saintes maximes de l'égalité, consacrant l'aristocratie des richesses, méconnaissant les droits des classes pauvres et laborieuses , donnant à la propriété une sanction que lui avait refusée « la constitution de 1793, cette constitution la seule qui fût française. » *
L'auteur de ces affiches séditieuses publiait aussi un journal intitulé le Tribun du peuple ou le Défenseur des droits de V homme, par Gracchus Babeuf. Ce tribun, dont le nom a depuis été constamment invoqué par les associations secrètes ou publiques qui se sont proposé de détruire la société pour en former une autre , cet apôtre des doctrines subversives de la propriété et de la famille, était né près de Saint-Quentin. Fils d'un employé aux gabelles ancien sous- officier , il entra dès sa première jeunesse au service d'un gentilhomme des environs , qui lui fit donner une sorte d'éducation, et qui lui reconnaissant de l'intelligence et de la capacité, en fit son homme d'affaires; puis il eut à s'en plaindre , et le renvoya. Camille Babeuf s'établit dans la petite ville de Roye, et se fit commissaire à terrier, ce qui supposait quelque pratique de l'arpentage et la connaissance des affaires relatives aux propriétés féodales. Plusieurs propriétaires qui l'avaient employé furent assez mécontents de sa conduite pour lui intenter un procès, qu'il perdit.
La Révolution trouva Babeuf dans une position subalterne et dans des sentiments d'irritation contre un ordre social, où il se trouvait injustement classé. Il écrivit des pamphlets contre les impôts et contre les droits féodaux; il demanda le partage des biens com- I. ' 4
munaux. Ses écrits et ses provocations attirèrent sur lui les rigueurs des autorités locales, qui, à cette époque, avaient pourtant beaucoup de laisser-aller. Lors du 10 août, il était en prison , et en sortit pour être élu administrateur du district de Montdidier, Un an après, au mois de septembre 1793, lorsque commençait le gouvernement révolutionnaire, Babeuf fut condamné par le tribunal d'Amiens à vingt ans de fers, pour avoir commis un faux dans l'adjudication d'un bien national.
Le jugement avait été prononcé par contumace. Babeuf se réfugia à Paris. En ce moment, ce n'était point contre les condamnés pour crimes privés que la police était sévère ou vigilante. Babeuf fut employé à la commission des subsistances de la commune de Paris. 11 porta dans cette situation la turbulence audacieuse de son caractère, et mit en mouvement cette commission, en lui dénonçant une conspiration qui tendait à affamer la ville de Paris. Ses soupçons et ses accusations remontaient jusqu'à l'administration supérieure; en pleine Terreur, il attaquait sans crainte le comité de salut public, et « il osait même calomnier la Convention'. ))
La commission municipale fut destituée, tous ses membres emprisonnés, et le président périt sur l'échafaud. Babeuf, détenu pendant quelque temps, nonseulement ne fut pas traduit devant le tribunal révolutionnaire, mais, grâce à la protection de Merlin de Douai, il obtint du comité de législation et de la Convention un décret qui annula, pour défaut de forme et comme contraire à l'équité, le jugement prononcé